[Agib] Le travail n'est plus un droit

From : unterberger@... , the 26th November 2004 18:15
  • 2004-11-26 18:15:46 — unterberger@... - [Agib] Le travail n'est plus un droit

LE TRAVAIL N’EST PLUS UN DROIT. L’économie sociale de marché promise par la  Constitution européenne est déjà en marche, le bon ministre des Affaires sociales, Jean-Louis Borloo, s’y emploie à travers son projet de loi de programmation pour la cohésion sociale, dont le premier chapitre est consacré au service public de l’emploi. Si, comme le stipule le projet  de Constitution européenne, le travail n’est plus un droit dans l’Union, pourquoi maintenir un service public ? C’est ce qu’anticipent les articles L.312-1 et 312-3 du projet de loi Borloo en organisant l’ouverture des « activités de placement » à des agences privées qui doivent simplement faire une déclaration à l’autorité administrative. L’ANPE peut en contrepartie créer des filiales, autorisées à facturer les services rendus aux entreprises, en évitant toute « distorsion de concurrence avec les agences privées ». Voilà comment le service public de l’emploi, il est vrai déjà bien malmené dans la réalité, devient juridiquement un service de placement de la main-d’oeuvre pour les entreprises. Le ministre est prévoyant. Dans le cadre de l’AGCS ( Accord général sur le commerce des services), ces services de placement font partie des services rendus aux entreprises, engagés dans les négociations par l’Union Européenne et promis à la libéralisation. Cet engagernent soumet ces activités à l’obligation de la concurrence et à la levée des « obstacles non nécessaires au commerce des services » (art. 6-4 de l’AGCS). De plus, dans le cadre des accords AGCS, pour ces secteurs engagés, l’Etat n’aura plus le droit de limiter le nombre de fournisseurs, français ou étrangers, et devra appliquer la règle du traitement national en accordant aux fournisseurs étrangers le même traitement qu’aux fournisseurs nationaux. Il s’agit bien d’un renoncement au monopole de service public et de l’organisation d’un marché international du placement. Le ministre est cohérent Le gouvernement français, comme les autres gouvernements de l’UE, souhaite en effet voir adoptée en 2005 la directive européenne sur les services, dite directive Bolkestein, du nom de l’ancien commissaire européen qui l’a rédigée en janvier 2003. Cette directive vise à supprimer les entraves administratives qui empêchent « l’avènement d’un marché intérieur de l’Union ». Elle consiste à autoriser le détachement temporaire de salariés dans un pays de l’Union. Ces derniers bénéficieront en matière de droit du travail du « noyau dur des règles minimales » appliquées dans le pays d’accueil, concrètement Smic et horaire maximal. Pour tout le reste, et en particulier pour la Sécurité sociale, ce sont les règles du « pays d’origine » qui s’appliqueraient. Dans la mesure où les agences d’intérim sont considérées comme entreprises de services, elles pourront installer leur siège social dans les pays où les cotisations sociales sont les plus faibles et ne seront plus soumises qu’aux exigences du pays d’origine ! Et, en vertu de l’obligation d’égalité de traitement entre opérateurs publics et privés, elles auront même quelque chance de percevoir des aides des pays où elles exercent concrètement leurs activités. Le ministre est appliqué. Il a écouté les conseils de Michel Camdessus, qui, dans son rapport au ministre des Finances, indique que « toute réforme du système doit aller dans le sens d’une simplification de l’organisation et d’une aide effective aux chômeurs qui en ont réellement besoin. En revanche, des devoirs assortis de sanctions crédibles doivent être la contrepartie des soutiens mis en place. » Il s’agit là d’assistance aux exclus, à condition qu’ils soient vertueux, il s’agit « d’offrir aux exclus une approche personnalisée et cohérente. » On croirait lire des ouvrages d’économie sociale des années 1830-1840, inspirés par le paternalisme chrétien de F. Le Play. Pour réaliser cette offrande, le projet de loi Borloo prévoit la création de 300 «  maisons de l’emploi » ayant vocation à remédier aux carences du service public, à recenser les « ressources humaines » et assurer, dans la chaleur de la maisonnée, le traitement personnalisé des chômeurs en difficulté. Juridiquement ces maisons pourront être semi-publiques sous la forme d’un GIP (Groupement d’intérêt public), regroupant des personnes morales de droit privé. On connaît le devenir des services publics ainsi réorganisés, France Télécom n’est pas loin. Devant cette organisation méthodique du chaos social déjà là et à venir, il nous reste notre pouvoir de citoyen. Nous ne serons pas consultés en 2005 (ni nos représentants élus) pour valider les nouvelles dispositions relatives à l’AGCS, nous ne serons pas consultés en 2005 pour l’adoption de la directive sur les services publics. Mais nous serons consultés pour l’adoption ou non de la Constitution européenne et nous devons refuser ce chaos programmé. Geneviève Azam, Membre du conseil scientifique d’ATTAC. ------------------------------------------ Faites un voeu et puis Voila ! www.voila.fr