[Agib] "L'ATERMOIEMENT DEFINITIF" INTERMITTENTS -ETAT DES LIEUX-

From : unterberger@... , the 31st May 2006 11:52
  • 2006-05-31 11:52:40 — unterberger@... - [Agib] "L'ATERMOIEMENT DEFINITIF" INTERMITTENTS -ETAT DES LIEUX-

« L’atermoiement définitif » ou « La sainte alliance du libéralisme culturel et de la planification bureaucratique »   Dans « Le Procès » de Frantz Kafka, le personnage principal poursuivi dans un procès dont il ne connaît aucun des chefs d’accusation demande quand aura lieu le procès, quand sera rendu le verdict. On lui apprend alors que son amnistie ou sa mise hors de cause est d’emblée exclue. Le mieux auquel il peut prétendre est « l’atermoiement définitif » : aucune charge portée contre lui ne sera jamais retirée, mais peut-être le jugement ne sera-t-il jamais rendu, et on continuera à faire peser sur lui une lourde suspicion sans décider définitivement de le condamner.  Voilà bien où nous en sommes aujourd’hui avec le dossier des intermittents. Après trois ans de crise aucun nouvel accord n’a été trouvé, et le protocole de 2003, loin d’être abrogé est bien celui qui s’applique aujourd’hui à chaque examen de droit.    Il y a trois ans de cela, la signature de l’accord du 26 juin 2003 nous signifiait le fait majeur qui nous était incriminé « Vous êtes trop nombreux. ». Peu importait pourquoi, comment, nous étions devenus si nombreux, il fallait quel qu’en soit le conséquences, quel qu’en soit le coût, que le nombre d’intermittents diminuât, et que surtout cessât d’être attractif un système d’indemnisation du chômage qui permettait d’allier la précarité de nos emplois à la sécurité de nos revenus sur l’année. La date anniversaire, véritable ancrage nous permettant de ne pas dériver dans la précarité était supprimée.   Nous nous sommes défendus. La lecture du protocole, la stigmatisation de ses aberrations, les annulations des festivals, les interventions aussi  récurrentes qu’intempestives des intermittents sur les espaces publics, ont eu raison de la légitimité des signataires, de la carrière d’un ministre, et de la compétence des apparatchiks de la culture qui avaient soufflés leurs analyses aux deux autres.  Nous avons créé un « Comité de suivi » regroupant élus, syndicats, coordination. Cet organe informel, mais pour le coup représentatif, a rédigé une Proposition Parlementaire de Loi (PPL), reprenant les véritables  revendication de ceux qui étaient concernés au premier chefs par la réforme, c’est à dire les intermittents : (mettre la liste ici). Plus de 470 députés ou sénateurs de la majorité comme de l’opposition se sont engagé à signer cette PPL sitôt qu’elle sera signée. En un mot, la porte de sortie de la crise est balisée et connue de tous.   Pendant ce temps-là, la réforme destinée à « professionnaliser » continuait à s’appliquer, excluant jusqu’à 25.000 intermittents, rattrapés par une Allocation de Fond Transitoire payée par l’État afin d’obvier à l’incurie des signataires de l’accord. Ceux qui ont gagné 243 jours d’allocation supplémentaires avec cette AFT leur permettant de continuer à répéter, à jouer, à tourner, à vivre, à travailler n’oublient pas que c’est  grâce eux-même et par la pérennité de leur lutte qu’ils  ont acquis ce sursis.  Nous avons aussi compris que loin d’être un secteur marginal destiné à disparaître, l’activité culturelle était devenue un lieu économique central, décisif de l’économie contemporaine, une case essentielle à contrôler dans le jeu d’échec du pouvoir.   Pendant ce temps-là, les Gargamels du paritarisme, négociateur du Médef et de la CFDT, mitonnaient leur réforme de la réforme. En effet, le Protocole du 26 juin 2003 risquant de passer sa date de péremption, il leur fallait le proroger, ce qu’il firent en janvier 2006. Dans ce vieux chaudron, ils replongèrent le protocole congelé de 2003, assaisonné de beaucoup d’épices et de condiments pour en masquer le goût, ainsi que d’une idée empruntée (l’abandon la référence au Salaire Journalier de Référence pour le calcul de l’Indemnité Journalière ). Tout le monde savait déjà en 2003 que ce fameux SJR est une incitation à la sous-déclaration du travail. Donc, les intéressés que nous sommes se félicitent d’abord de voir les gestionnaires de l’Unedic commencer à se soucier de paraître posséder quelque reste de bon sens.  Pour le reste, les traducteurs du volapuk de l’Unedic que nous sommes devenus ont décryptés que le fond de sauce de ce projet est un vrai relèvement du nombre d’heure nécessaires à faire sur un an pour ouvrir les droits : (donner l’exemple pour les deux annexes). Il constitue enfin une véritable politique d’inquisition bureaucratique qui sous couvert d’une lutte vertueuse contre les abus vise à éradiquer les structures de productions les plus légères.   Aujourd’hui, les cuisines du paritarisme ont laissé échapper donc un brouet qui sous le nom de « Protocole du 18 avril » circule entre signataires potentiels, et que pour l’heure, cuisiniers en tête, nul ne veut s’aventurer à consommer tel quel, craignant peut-être de s’empoisonner.  Le ministre de la Culture, ayant compris que les mots « date anniversaire » déclenchait une appétence chez les intermittents a enveloppé ce projet de protocole d’un fumé d’arôme artificiel, inventant un dispositif créant une vrai-fausse date anniversaire, qui est en réalité une simple prime à la sortie du système qui serait aux intermittents ce que la prime de retour au pays  est aux immigrés.   Nous pourrions nous abstenir de lire la prose de gens qui ne représentent qu’eux-même et rien dans nos professions, si leurs prétentions ne constituaient un danger pour la démocratie. Nous pourrions préférer utiliser notre énergie pour nos spectacles ou nos films, si ces gens-là n’étaient pas en train de faire passer nos pratiques pour de la délinquance.   Nous pourrions rire de ces atermoiements, de cette bouffonnerie pathétique que constitue ces « négociations » sans fin, si la vie de plus de 100.000 intermittents n’était pas en jeu.  Or, il faut savoir que la CFDT conditionne sa signature à la condition que les parlementaires ne déposent pas ensuite la PPL reprenant les revendications du Comité de Suivi, et qui abrogerait de fait l’accord. En clair, un syndicat minoritaire exige des représentants élus de la Nation de renoncer à écrire la loi et prétend le faire à sa place. Il faut enfin savoir aussi que les mesures de contrôle avancées par le Ministère de la Culture (nouvelles exigences posées lors du renouvellements de licences d’entrepreneurs du spectacles ou les numéros d’ordre imposée par spectacle) seront d’autant plus facilement appliquées qu’elle ne lui coûteront rien. À défaut de voir l’État et les collectivités locale se doter des moyens nécessaires à l’accomplissement des politiques culturelles qu’elles ont voulues, ceux-ci laisseront des bureaucrates faire le tri à l’aveugle parmi les compagnies. Celles qui ont les moyens de payer administrateurs permanents, des comptables, des juristes répondre aux demandes de plus en plus complexes de la technocratie culturelle survivront. Pour les autres : tant pis. Il faut savoir enfin que la CFDT comme le  ministère de la Culture s’accordent pour accentuer la politique de contrôle Assedic des compagnies et des maisons de productions indépendantes. On promet d’examiner les cas des intermittents qui ont eu trop régulièrement des nombres d’heures avoisinants 507, qui ont trop souvent le même employeur,  qui dirigent leur propre structure. Or à ce compte-là, chacun sait que c’est plus de la moitié des intermittents qui sont présumés fraudeurs.    Quel est le but des cet atermoiement définitif ?  Le but est de nous faire vivre dans la peur. Menacé en permanence par l’épée de Damoclès du Contrôle, pris à la gorge par le manque d’heure, incapable de nous repérer dans le maquis des réglementation, nous serons autant de cas particuliers devant les guichets, autant d’entreprise personnelles en concurrence mutuelles, autant de serviteurs zélés des technostructures culturelles. En effet, dans ce domaine culturel devenu central de l’économie contemporaine, nous serons isolés, impuissants et dociles. Loin de s’opposer la concurrence économique et le bureaucratisme planificateur s’entendent à merveille pour nous priver de la jouissance de nos pratiques, de nos  vies, et de nos œuvres et s’en emparer.    Nous ne dirons pas à personne ce qu’il doit faire, et comment le faire pour lutter contre cette sainte alliance du libéralisme culturel et de la planification bureaucratique. Chacun sait et peut s’organiser comme il l’entend pour le faire. Nous connaissons les plateaux de tournages, les coulisses des festivals, nous faisons partie des équipes qui y travaillent. Nous saurons comment résister. Nous saurons comment le faire savoir. Nous saurons nous coordonner.