[Chiche-info] numéro onze, Chiche ! au Liban

From : aude@... , the 18th avril 2002 19:01
  • 2002-04-18 19:01:52 — aude@... - [Chiche-info] numéro onze, Chiche ! au Liban

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         Chiche ! info
    un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                   à parution quasi-hebdomadaire                                          Présentation_mission http://chicheweb.org/article.php3?id_article=42 c'est un petit texte qui présente d'une part l'initiative des tentes de la résistance, et d'autre part le sens et les buts de leur présence ici en tant que chichons.
 Journal
http://chicheweb.org/article.php3?id_article=43 le résumé de ce qu'ils ont vécu jusqu'ici. très succinct. et sans la liste des interviews déjà réalisées.
 Burger King
http://chicheweb.org/article.php3?id_article=45 ça, c'est le compte-rendu + analyse de l'action Burger King de mardi après midi. une première à Beyrouth, comme vous verrez en lisant ce texte. A+ Thierry, -------------
 Présentation_mission
http://chicheweb.org/article.php3?id_article=42 Pour répondre aux exactions commises par Israël en Palestine depuis quelques semaines, un mouvement spontané a vu le jour à Beyrouth : comme il n¹est plus possible de s¹approcher de la frontière israélienne pour y établir un siège symbolique, des tentes on été montées début avril place des Martyrs, dans le centre-ville, où des jeunes militants se relaient jour et nuit. Une semaine d¹action a lieu du lundi 15 avril au dimanche 21 : des forums, des projections de films, des ateliers de formation militante, des discussions avec des victimes de la guerre, une visite des camps de réfugiés palestiniens au Liban sont prévues. Entre autres. Cette action a vocation à être un point de convergence international pour ceux qui soutiennent les Palestiniens dans les épreuves qu¹ils subissent aujourd¹hui. C¹est dans ce cadre que nous ­ cinq chichons de différents groupes locaux ­ sommes partis, afin de : - participer, en tant que mouvement, à ce point de convergence et de débats ; - démontrer que la solidarité internationale existe, et est nécessaire ; - créer les prémices d¹un réseau nord/sud d¹échange et de travail entre militants. Nous ferons parvenir, au fur et à mesure, le déroulement de notre mission, par l¹intermédiaire du site ouaibe http://chicheweb.org/rubrique.php3?id_rubrique=16, qui sera notre principal vecteur de communication. Nous souhaitons de plus profiter de notre présence en ces lieux pour ramener diverses opinions & sommes de vécus, à propos des thèmes suivants : -    le conflit israélo-palestinien (évidemment) et sa perception par les Libanais ; -    la question de la non-violence dans un environnement violent ; -    la pertinence des thèmes écolos dans un pays qui a d¹autres priorités beaucoup plus immédiates (crise économique grave) ; -    la perception de la globalisation par les Libanais. Les informations seront récoltées sous forme d¹enregistrements numériques ­ vidéo, son, image ­ que nous synthétiserons à notre retour en France, pour en faire des reportages sur supports variés.
 Journal
http://chicheweb.org/article.php3?id_article=43 le résumé de ce qu'ils ont vécu jusqu'ici. très succinct. et sans la liste des interviews déjà réalisées. 12 avril, 1 heure du mat¹ L¹avant-garde arrive : Flo débarque, accueillie par Namik, qui nous attend depuis 6 mois. Le 13, même heure - les choses sérieuses commencent : Guillaume, Christophe et Bruno sont là. - Place des Martyrs, le campement sur un des bords loge une cinquantaine de personnes, dont quelques internationaux, mais la plupart sont Libanais. Une grande bâche de 25 mètres de long sur 3 mètres de large abrite la plupart des campeurs, et nous élisons domicile dans une grande tente posée à côté, exprimant en cela nos aspirations refoulées au confort bourgeois. - Juste un (gros) problème : les "militants" du Hezbollah ont planté leur chapiteau ­ une mosquée ­ au centre de la place des Martyrs, à l'endroit où devait se tenir le forum... Malgré l¹autorisation que nous avions obtenue, aucune autorité n¹osera contrarier le Hezbollah. Nous en sommes donc réduits à occuper un bord de cette immense place et à tout faire pour éviter la récupération et l¹amalgame. dimanche 14 avril -    les flics nous font enlever la grande tente, tout en tolérant la bâche ; va comprendre... -    l¹ambiance du campement est sympa, solidaire et autogestionnaire ; français, anglais et arabe sont parlés indifféremment. Au niveau de l'ambiance politique, ici c'est très rouge, on est presque les seuls écolos, on a rencontré un gars de Greenpeace, mais bon dans la lutte anti-impérialiste, c'est pas étonnant qu'on soit aux côtés des rouges et assimilés. A partir du peu qu¹on a entendu jusqu'ici, on suppose que la plupart des gens ici sont plus pro-palestiniens que pacifistes. Des discussions plus poussées nous en diront plus. -    Après-midi : meeting pro-palestinien cet après-midi, organisé par un journal libanais de gauche. Là, on commence à cerner la complexité de la situation politique libanaise : les pro-palestiniens sont très variés, il y a la gauche (dont beaucoup de communistes), des panarabistes (adeptes de Nasser), des "nationalistes-socialistes" pansyriens (autrement dit des fachos), des militants du Hezbollah, des pseudo-socialistes druzes, des mecs qui font le salut nazi à l'occasion, sans bien comprendre toutefois ­ espérons-le ­ le sens de leur geste, des jeunes écolos français égarés, et on doit en oublier. Au programme, lecture de poèmes en arabe, et sans nier la musicalité de cette langue, c¹était un chouïa aride, malgré les intermèdes musicaux. -    on n¹a pas vu de la journée nos voisins du Hezbollah ; bizarre ; auraient-ils planté leur chapiteau juste pour nous emmerder ? -    le soir, réunion du grouplokal Chiche ! Beyrouth, pour définir le sens et les buts de notre mission ici, ainsi que le délégué permanent à la vaisselle (Christophe, choisi consensuellement par ses pairs). -    On apprend qu¹il y a une manif demain, qui promet d'être fort chaude, à l'occasion de la visite de Colin Powell à Beyrouth. Les pronostics que nous obtenons de différentes sources vont de la promenade bucolique à la guerre civile... la décision d¹y aller ou non est donc longue à venir. Mais notre folle témérité l¹emporte. Adieu. "Ils savaient que c'était dangereux, mais ils y allèrent quand même. Les cons." [Guillaume C.] lundi 15 avril -    9h du mat¹ : LA manif. Soulagement et déception. Pas d¹émeute, mais échec relatif de la mobilisation de la gauche locale, bien moins nombreuse que la veille au concert, et que nos chers amis du Hezbollah qui envoie en masse écoliers et femmes voilées en avant-garde pour forcer le respect aux policiers (ici on n¹arrête pas les femmes). Et Colin Powell est passé en hélico, blocage raté. -    15h : briefing pour l¹action « Burger King » censée commencer une demi-heure plus tard ; super, l¹organisationS mais une heureuse surprise nous attend : l¹organisateur a de sérieuses notions d¹action directe non-violente, même s¹il manque visiblement d¹expérience en la matière ; en effet, aucune action de ce type n¹a jamais été organisée à Beyrouth. Ce sera donc une grande première. Cf. le compte-rendu de cette action. -    Nos chers amis du Hezbollah mettent leur sono à fond toute la journée. -    2h du mat¹ : Laurent arrive, en fanfare. Le groupe est enfin complet, six chichons pour une action à Beyrouth, c¹est parti !
 Burger King
http://chicheweb.org/article.php3?id_article=45 ça, c'est le compte-rendu + analyse de l'action Burger King de mardi après midi. une première à Beyrouth, comme vous verrez en lisant ce texte. Premiers pas de l¹action directe non-violente à Beyrouth : Chiche ! y était 15 avril 2002 : blocage non-violent d¹un Burger King, pour appeler au boycott des produits américains, en réaction à la politique des USA dans le conflit israélo-palestinien. Le contexte local de crise, les conflits armés, conduisent à des pratiques militantes musclées ; même si les manifs pacifiques sont ici chose courante, l¹action directe non-violente n¹est pas une habitude locale. C¹est donc la première action de ce type organisée par des militants libanais. Nous sommes dix : trois chichons et sept libanais (quatre filles et six garçons) ; nous sommes peu nombreux car il a fallu ne choisir que des personnes capables de s¹en tenir à un comportement non-violent. Notre rôle, au-delà de notre expérience de ce type d¹action, tient à notre passeport français : en effet, notre présence est susceptible de minimiser les risques d¹intervention (très) violente de l¹armée ­ la police n¹étant pas habilitée à nous expulser du restaurant par la force. En effet, la dépendance du gouvernement libanais vis-à-vis des pays occidentaux rend délicate la molestation de leurs ressortissants. Toutefois, selon les organisateurs, une issue violente est envisageable : l¹expulsion manu militari ­ avec, en option, lacrymos ou tabassage ­ suivie d¹une arrestation ; le dessert consistant pour nous en une éventuelle expulsion du Liban, ce serait dommage, avouez-le, 36 heures après notre arrivée à Beyrouth. C¹est pourquoi nous avons beaucoup hésité avant de nous décider à participer à l¹action, d¹autant que l¹on n¹a appris les modalités de l¹action qu¹une heure avant. L¹action consiste en l¹occupation du restaurant par le blocage des caisses. Nous entrons incognito puis nous asseyons en même temps devant les caisses, formant une chaîne humaine en nous tenant pas les bras. Une cinquantaine d¹autres militants s¹asseyent devant le restaurant. Nous tenons des panneaux indiquant : « sauvez des vies palestiniennes en boycottant les pays finançant Israël », « les balles israéliennes sont fabriquées en Amérique », « nos dirigeants ne "peuvent pas", nous, nous pouvons : boycottez !», etc. Le message veut n¹avoir aucune connotation religieuse, et éviter tout amalgame avec le Hezbollah. Le gérant s¹énerve un peu. Nous lui expliquons le sens et la forme de notre action. Comme nous refusons de quitter les lieux, il fait venir la police sur place. S¹ensuivent des négociations incessantes, durant lesquelles nous opposons, à l¹illégalité de l¹action mise en avant par les flics, son caractère international et non-violent. De ce fait, nous réussissons à imposer notre présence pendant 45 minutes, après quoi nous quittons le Burger King, continuant notre chaîne humaine à l¹extérieur, entourés par celle formée par les autres participants. Puis, par crainte des arrestations, nous nous dispersons rapidement. Cette action a été un réel succès, car elle a montré la possibilité d¹actions directes non-violentes mais efficaces à Beyrouth : l¹absence de répression a légèrement surpris nos camarades libanais, habitués à des rapports plus « tendus » avec la flicaille locale ; l¹action n¹a pas été récupérée par le Hezbollah ; enfin, tout ceci s¹est déroulé sous les yeux d¹une dizaine de journalistes et photographes, nous assurant ainsi l¹impact médiatique désiré. ________________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !             sur                  www.chicheweb.org _________________________________________________