[Chiche-info] numéro vingt-sept, une société poubelle

From : aude@... , the 15th September 2002 15:27
  • 2002-09-15 15:27:49 — aude@... - [Chiche-info] numéro vingt-sept, une société poubelle

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         Chiche ! info
    un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                   à parution quasi-hebdomadaire                                         <<<<<<<< _______ n° 27 _____________________________________ Un avant-goût de la campagne "Sans poubelle"... Une société poubelle On peut caractériser une civilisation par les déchets qu'elle produit. Les recherches archéologiques ne reposent-elle pas en grande partie sur la fouille des strates d'accumulation de déchets successives ? Si le déchet a toujours existé, il est devenu une question à part entière avec le développement récent de la société industrielle. Auparavant les déchets, pour l'essentiel d'origine biologique, étaient recyclés sur le lieu même de leur production (nourrissage des animaux, compostage.). Les quelques biens manufacturés (outils, meubles.) étaient acquis pour la vie. Le XXème siècle à été marqué par une augmentation considérable du volume de déchets générés, tant au stade de la production (déchets industriels) qu'à celui du consommateur (déchets ménagers). La nature des déchets s'est aussi complexifiée avec l'augmentation des matières employées et la diversification des biens manufacturés : métaux, plastiques, matériaux composites (la brique de lait en est un), matériels électronique et électroménager, voitures. sans parler des déchets nucléaires. Le volume s'accroît d'autant plus en raison de modes de consommation tels que le jetable, le sur-emballage (ils appellent ça "dose pratique" ou "sachet fraîcheur"), les conserves et les plats cuisinés, sans oublier les phénomènes de mode qui font qu'il faut sans cesse acquérir les nouveaux objets "tendance" et se débarrasser des anciens. L'enfouissement de tout ce beau monde en décharges fut longtemps l'horizon indépassable de la gestion des déchets, l'important étant qu'on ne les voie plus. Mais on a commencé à s'apercevoir que les décharges étaient source de graves pollutions, notamment en raison de l'infiltration de produits toxiques (métaux lourds) à travers le sol qui rejoignent ensuite les nappes phréatiques. On peut citer aussi l'envol et la dissémination des déchets aux alentours, ou encore la prolifération d'espèces parasites (rats, insectes, bactéries.). Et puis ça commence à occuper pas mal de place. D'où le développement de l'incinération et maintenant du tri sélectif. On se rend bien compte qu'il faut se diriger vers une réutilisation maximale des nos déchets. Il faudrait voir aussi comment en limiter la production. Beaucoup de travail reste à faire en la matière et il faut se méfier du discours trop souvent idyllique des pouvoirs publics et de l'ADEME : dans les présentations au grand public, tout semble sous contrôle, des solutions de recyclages sont présentées pour n'importe quel type de déchets, on va même gagner des sous grâce aux déchets, sans compter les répercussions positives sur l'emploi (sic). La réalité est qu'aujourd'hui à peine 10 % des déchets ménagers font l'objet d'un tri sélectif. Le reste est brûlé ou part en décharge. Et ce n'est pas parce que un déchet est trié qu'il est nécessairement recyclé. [...] Comme d'habitude, l'argent est le nerf de la guerre. De l'aveu même des industriels, de nombreuses applications potentielles de recyclage buttent sur le coût élevé des processus, qui sont parfois plus chers que la production initiale qui, elle, bénéficie du coût dérisoire de la plupart des matières premières. En attendant que le coût du traitement des déchets soit réellement répercuté sur les produits neufs (ça commence avec l'écotaxe, qui augmente progressivement), ce sont nos impôts qui financent la gestion des déchets. C'est de toute façon le citoyen qui paye. Sauf qu'il est plus juste que celui qui produit plus de déchets par ses modes de consommation assume entièrement leur coût lors de l'achat, en espérant que ça le pousse à changer ses habitudes. Si l'industrie du déchet reste marginale (les polaires fabriquées à partir de bouteilles plastiques, on en voit plus au JT que dans les magasins), elle ne commence pas moins à constituer son petit lobby, dont l'intérêt objectif n'est sûrement pas la réduction de la production de déchets, tout comme le gaspillage de l'eau est dans l'intérêt des sociétés de traitement de l'eau. Tout se recycle, même l'écologie. Olivier Samain ________________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !             sur                  www.chicheweb.org _________________________________________________