[Chiche ! info]numero cent-soixante-quatre , la démocratie en questions

From : edition@... , the 6th October 2007 12:48
  • 2007-10-06 12:48:45 — edition@... - [Chiche ! info]numero cent-soixante-quatre , la démocratie en questions

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          Chiche ! info
     un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                    à parution quasi-hebdomadaire                                          <<<<<<<< _______ n° 164 __________________________________ Bonjour à touTEs, nous sommes 826 abonnéEs sur cette liste. Le dernier banquet ayant été aussi l'occasion de faire cinq jours pleins  de découvertes, nous vous livrerons ici des comptes-rendus des ateliers. Cette semaine : un atelier sur les structures de la démocratie. Lire aussi « A-t-on les élu-e-s qu'on mérite ? », texte chichon daté du 16 mai : http://chicheweb.org/article.php3?id_article=435. Ce texte-ci est mieux mis en forme et plus agréable à lire sur http://chicheweb.org/article.php3?id_article=442. Il y a un vrai refus de penser dans ses bases le système politique couramment appelé démocratie. L'usage de certains stéréotypes en témoigne  : « la dictature c'est ferme ta gueule, la démocratie c'est cause toujours », « la démocratie est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres », « on a les élu-e-s qu'on mérite ». On y lit une grande insatisfaction, mais l'impossibilité de penser son dépassement autrement que dans des réformes mineures. Des événements politiques récents montrent un grand manque de culture démocratique (méta-démocratique ?) jusque dans les milieux militants. Dans les collectifs unitaires en 2006-2007, l'exigence au départ d'un (double) consensus devient vite mise en place tacite par le PC d'un vote majoritaire, qu'on le veuille ou non. L'excuse : le consensus n'était pas là. Cette expérience malheureuse n'a pas qu'un seul coupable (l'intérêt politique des partis ou la malhonnêteté de certains acteurs), elle est le résultat d'une inculture commune : le consensus ne préexiste pas, il se construit, avec l'aide de techniques déjà connues. Au soir du 6 mai, les manifestantEs qui sentent l'obligation morale et politique qui leur est faite de manifester sont incapables d'exprimer leur légitimité, tant en ce qui concerne la remise en cause du caractère démocratique de l'élection que le rappel au pouvoir désormais en place qu'aucune majorité ne peut légitimement construire son pouvoir sur l'oppression d'une minorité. La taille excessive des sociétés d'aujourd'hui est l'un des obstacles mis en avant à l'imagination d'un autogouvernement du peuple : la démocratie représentative actuelle serait la seule possible... L'histoire de la construction politique de la démocratie représentative est ici très utile pour nous permettre de relativiser cette impossibilité de penser, repenser. Les Principes de la démocratie représentative de Bernard Manin (1995, Champs Flammarion) est ici une aide précieuse. Quand Montesquieu, Rousseau, mais aussi des auteurs anglophones, fixent au XVIIIe siècle les règles et les enjeux de la démocratie moderne, ils utilisent le bilan de pratiques républicaines à Athènes, Rome, Florence et Venise pour opposer : -le tirage au sort, qui est véritablement démocratique -l'élection, qui dégage du corps électoral des élites, et qui est de l'ordre de l'aristocratie -le concours, qui est purement méritocratique. Fondements de la démocratie moderne Pourtant les révolutions qui suivent à une génération d'écart, en 1776 au Etats-Unis et en 1789 en France, ne pensent même pas la possibilité du tirage au sort ou l'écartent très rapidement. Les personnes qui mettent en oeuvre les constitutions états-unienne et française ont tout à fait conscience que l'élu sera supérieur à ses électeurs. Elles imaginent même parfois un cens pour l'éligibilité. Si le corps électoral pourra être composé de tous les hommes libres et suffisamment mûrs de la nation, il sera possible de permettre aux seuls membres d'un corps restreint d'être élus. Les classes les plus riches sont celles qui font la preuve du plus grand discernement, notamment en matière économique, et on ne pense pas ces classes comme ayant un intérêt propre. La représentation pourrait peut-être sortir du corps électoral des personnes qui ressemblent aux électeurs, dont les électeurs apprécient justement le caractère de similarité, mais on note que de fait elle dégage des personnes supérieures selon leur jugement, « les meilleurs d'entre nous ». Le mot élite a d'ailleurs les mêmes sources que le mot élection. Ce sont des notables, des personnalités reconnues, tant par leur position sociale que par leurs qualités, qui profitent dans un premier temps du système électoral. La deuxième question, qui fait un débat plus important chez les fondateurs, est celle du mandat impératif et révocable. Il est tout à fait possible de donner une validité juridique aux instructions données par les électeurs, et ce n'est donc pas une question de faisabilité si cette technique est refusée. L'assemblée est un lieu de débats, les idées y évoluent, et soumettre un élu à un mandat impératif ferait échouer de fait ce travail des idées. On n'élit pas sur une idée de départ qui refuserait d'évoluer, mais on élit sur la capacité personnelle à comprendre les enjeux de la discussion et à faire évoluer sa pensée. C'est pour cette raison que dès juillet 1789 sont abandonnées les « doléances » pour lesquelles ont été envoyés les représentants aux Etats généraux. Le seul contrôle de l'électeur sur l'élu reste donc la possibilité de ne pas le réélire. Naissance du parti Les coûts d'une campagne électorale rendent de fait difficile pour des individus moins fortunés de se présenter et d'être élus. On commence à se mettre en commun par affinités politiques pour supporter les coûts des campagnes et faire avancer ses idées. Le second XIXe siècle est aussi le moment des grandes idéologies, et nul doute que les deux raisons, technique et idéologique, vont de pair pour expliquer la naissance de ce qu'on appellera la démocratie de partis. Les partis de l'époque sont très cadrés politiquement, ils disposent de leurs propres organes de presse (ne reste aujourd'hui que L'Huma), de leurs propres structures de solidarité. Il y a une peur originelle du système des « factions » : on craint qu'elles perdent de vue l'intérêt général. Le vote de classe, le vote identitaire ou familial, est en effet très fort. Le programme du parti s'apparente de fait à une contrainte excercée sur l'élu-e, choisi-e en fonction de ce que son parti propose pour la société. On peut donc penser qu'il s'agit d'un renforcement de la démocratie et du pouvoir du peuple. Un détail cependant qui modère cette impression : jamais l'élu-e n'a été lié-e à son parti, et il n'a pas été rare de voir une personne élue avec l'aide d'un parti changer de camp en cours de mandat, sans être sommée de remettre son élection en jeu. Ce système a des défauts intrinsèques. L'électeur/ice est captif/ve du parti dont il/elle se sent proche, et ne peut qu'en accepter les candidat-e-s. Ex : sympathisant-e-s socialistes contrainte-e-s de voter Royal, électeurs/ices de droite votant Sarkozy au second tour malgré leur désaccord initial. D'autre part, les qualités principales qui portent les candidat-e-s devant l'électeur/ice sont celles qui permettent de s'imposer dans un parti politique, et qui peuvent ne pas correspondre aux valeurs de la société (ambition, esprit stratégique, etc.). D'autre part les partis n'ont jamais été soumis à des exigences de démocratie interne. Un groupe de personnes réunies en parti ou en association a des comptes à rendre à la société, en matière financière notamment. Il s'agit donc d'un choix politique d'accepter les cultures politiques propres des partis, plus ou moins autoritaires. Ex : coup de force de Sarkozy sur l'UMP qui arrive à dissuader un-e autre candidat-e de se présenter contre lui, avec plébiscite de janvier 2007 ; gestion du FN comme une entreprise familiale. La démocratie des partis, malgré les avancées qu'elle propose, a donc beaucoup de défauts, mais on peut encore trouver pire. La démocratie du public A partir des années 1970, la démocratie change d'aspect sous le coup de deux changements sociaux. Les media de masse et leur développement (radio, télévision) permettent désormais à un-e candidat-e de toucher ses électeurs/ices sans la médiation d'un parti. Ex : la campagne hors-parti (à contre-parti ?) de Ségolène Royal. La complexité du monde, avec l'interdépendance d'une multitude d'acteurs politiques (communes, régions, états, UE, mondialisation, secteur économique, etc.) rend difficile à un parti de proposer un programme prêt à l'application qui ne tienne pas compte du contexte qui l'entoure et qui change constamment. On doit donc de nouveau faire confiance en l'appréciation de la personne élue et la choisir pour ses qualités propres. Le résultat de ce système est une perte du sens politique, qui a son tour pèse sur cette nouvelle démocratie, en un cercle vicieux. De nouvelles élites arrivent au pouvoir, sur d'autres qualités que les anciennes, cette fois-ci sur des qualités de communication et de charisme personnel (savoir inspirer la confiance). Les candidat-e-s font des propositions, auxquelles les électeurs/ices se contentent de répondre (intuition des chercheurs, pas prouvée ou alors je n'ai pas bien compris). L'élu-e sera le candidat-e qui aura trouvé le meilleur clivage, celui qui à la fois semble pertinent au plus grand nombre d'électeurs/ices (qui le comprennent, le prennent à leur compte) et lui est aussi favorable. Ex : Sarkozy en 2007 ne peut espérer gagner sur un clivage riches profitant du système économique/pauvres et laissés pour compte, d'où son « invention » du clivage selon les valeurs de la France de toujours contre celle de mai 68 (il avait déjà contribué à la construction du clivage autour de l'insécurité en 2002). Suite à cette présentation, qui je l'espère permet de repenser à la base le caractère démocratique du système politique dans lequel nous vivons, voici en annexe une proposition de réforme, en forme de retour au tirage au sort des Anciens, pour renouveler le débat sur les formes de la démocratie. Aude, d'après une intervention du vendredi 31 août 2007 à Bazens _______________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !              sur                   http://chicheweb.org _________________________________________________