[Chiche ! info] numero cent-soixante : le risque, une construction sociale ?

From : edition@... , the 23rd July 2007 00:25
  • 2007-07-23 00:25:19 — edition@... - [Chiche ! info] numero cent-soixante : le risque, une construction sociale ?

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          Chiche ! info
     un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                    à parution quasi-hebdomadaire                                          <<<<<<<< _______ n° 160 __________________________________ Bonjour à touTEs, nous sommes 823 abonnéEs sur cette liste. C'est l'été, les chichonNEs vous présentent les textes qu'illes ont écrits dans l'année. Celui-ci figure dans la Pastèque #4, dispo en pdf à cette adresse : http://chicheweb.org/article.php3?id_article=433. Le risque, une construction sociale ? Il y a une déferlante de sujets médiatiques et de dossiers d’actualités sur la prégnance des « risques » d’origine technologique, naturelle, sanitaire, biologique… Les conclusions des récits d’accidents, souvent alarmants à raison, préconisent sans conteste diverses formes de prévention et de gestion de ces risques. Ce texte voudrait mettre en débat l’unanimisme des réponses publiques dans le contexte français. Les politiques de prévention et de gestion des risques – sous couvert de sécurité individuelle et collective, de protection des personnes, des biens et de l’environnement – contribuent au maintien et à la justification de l’ordre social et politique mené par l’Etat. Cet ordre est défini ici comme basé sur une consommation d’énergie et de ressources naturelles, croissant grâce aux inégalités dans la répartition des richesses, des rôles sociaux, politiques et sexuels. Mon propos n’est pas la démonstration de la potentielle vérité de cette définition, mais une brève appréhension à travers d’un des éléments de son maintien. L’idée développée aborde, d’une part, le risque en tant que construction sociale. D’autre part, le développement du concept contribue à l’accroissement de la croyance en la maîtrise rationnelle du monde social. Enfin, le bon sens, dont la prévention et la gestion des risques semble procéder, élude les réflexions sur la responsabilité et le sens de l’action collective. Il y a un enjeu politique et social intense dans la définition de ce qui est considéré comme un risque collectif ou non, et dans la mise en place de moyens techniques, financiers, législatifs et administratifs pour prévenir et gérer ce risque. Le risque est un calcul mathématique de l’occurrence d’un événement : par exemple, une crue ou l’explosion d’une entreprise. L’appréhension du concept va pourtant au-delà de la probabilité. Un accident n’est qu’un aléa s’il ne provoque pas de dommages. Le risque se matérialise, politiquement et socialement, à partir du moment où cet aléa naturel ou technologique croise un enjeu humain, économique ou environnemental. C’est donc poser la question des enjeux sociaux globaux, mais aussi des représentations et des positions de chacun dans la société. Bien que certains risques (nucléaire, biologique ou chimique, mais aussi le transport de matières dangereuses air, fer, terre), soient dé-territorialisés – c'est-à-dire pouvant arriver n’importe où à n’importe qui – la perception du danger relève d’une représentation sociale de sa propre proximité aux risques. Ce premier paradoxe révèle l’impossibilité de mettre en place des politiques publiques de prévention et de gestion des risques adaptées et adoptées par l’ensemble des catégories sociales. Elles résultent alors d’un choix politique d’élaboration et de destination. Un autre préjugé est celui de la maîtrise du monde, et de ses dangers, par la preuve scientifique et ses corollaires d’évaluation/décisions grâce aux outils techniques. Le rêve scientiste est présent ; son analyse toujours actuelle. Les réponses se font, pour les risques technologiques par exemple, en terme d’amélioration des modes de production et non de remise en cause de la production ; de sécurisation d’un procédé ou d’un produit, et non de questionnement sur son utilisation. Or, plus on cherche à se rapprocher du risque zéro, plus les horizons de recherche et de perfectionnement se déploient. Non le contraire. Dès lors, l’idée que la prévention et la gestion des risques soient des marchés d’avenir habille l’image d’un capitalisme prêt à tout pour faire de sa propre fatalité un moyen lucratif. Que ce soit ce qu’on appelle le « dérèglement climatique » ou une émission de polluants est quotidiennement considéré comme des externalités négatives que la société s’emploie à analyser et emploie pour réguler. Même le sentiment d’accélération des catastrophes naturelles et industrielles, peut être amplifié par une vulnérabilité croissante des territoires humains, ne remet pas en cause les choix sociaux et politiques des modes de production. Dans son délire de maîtrise totale de ses propres incohérences, sans les remettre en cause un instant, le système social utilise la science comme une donnée pure, hors de toute pratique et utilisation sociale. La science standardise les modes d’actions, crée des croyances et des normes sociales. En décomposant les aléas en une série de facteurs, en cloisonnant les enjeux, en construisant des outils de prévision et d’intervention, en rationalisant les procédures et les habitudes, les politiques publiques actuelles de prévention et de gestion des risques sont loin de permettre un questionnement social et écologiste. Au contraire, elles maintiennent l’Etat dans une position de gendarme et de stratège. Là où l’occurrence souvent douloureuse d’une catastrophe réveille et questionne les populations, elles posent le voile de la rationalisation scientifique sur ses propres responsabilités. En accusant une défaillance technique ou humaine, elles contribuent à démobiliser la conscience de la responsabilité politique. Il ne s’agit pas d’une réflexion philosophique, peut être nécessaire, sur le sens de la prise de risque et le rôle social de la peur. Les choix politiques, sociaux, économiques et urbains réalisés sont détruits par une crue, par un éboulement, par un incendie ou par une explosion d’entreprises. Ce ne sont pas les modes de production et de consommation qui sont discutés. Le logique étatique et positiviste prône sans retour le recours aux objets techniques. Loin d’être un moyen d’égalisation des conditions et des vulnérabilités sociales, là encore, comme souvent, les inégalités règnent. Le bilan d’une catastrophe se calcule en pertes humaines pour les uns et en pertes financières pour les autres. mathilde(at)chicheweb.org Chiche ! Paname cryogénisé _______________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !              sur                   http://chicheweb.org _________________________________________________