[Chiche ! info]Répression sur les militant-e-s anti-nucléaire

From : edition@... , the 2nd December 2008 13:09

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          Chiche ! info
     un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                    à parution quasi-hebdomadaire                                          <<<<<<<< _______ n° 195__________________________________ Bonjour à tou-te-s, nous sommes 952 abonné-e-s sur cette liste. Voici une lettre ouverte de Cécile Lecomte, notre copine chichonne engagée contre le nucléaire en Allemagne. Elle a été écrite dans la cellule de garde à vue de longue durée de Braunschweig, commissariat de police et unité de gardes mobiles, Friedrich-Voigtländer Str., le 9 novembre 2008 vers midi. L'escalade menace l'Etat nucléaire – Des conditions de détention inhumaines • Etat nucléaire, Etat policier Depuis jeudi 6 novembre, je me trouve en garde à vue. La détention a été requise par la Direction de la police de Lüneburg et confirmée par les tribunaux du Land de Basse-Saxe. J'ai participé jeudi matin à une action d'escalade en public avec Robin Wood. Pour protester contre le transport imminent de containers de déchets radioactifs ("Castors") dans le Wendland, nous avons grimpé sur un pont sur le canal latéral de l'Elbe et y avons déroulé des banderoles. Les autres militant-e-s, après un contrôle d'identité, ont rapidement été libérés. Je suis la seule à avoir été mise en garde à vue. Non, on ne me reproche rien – c'est une mesure purement préventive... pour prévenir le danger. l'État nucléaire a peur de l'écureuil. Je suis ébranlée au plus haut point, mais il est de la plus haute importance pour moi de faire connaître ce que je ressens. Et une chose  est sûre : je ne me laisserai pas abattre. Vive la résistance ! Tous ensemble, nous sommes forts ! • Quelques précisions sur le contexte politique de mon emprisonnement L'escalade est ma passion et ma forme d'action politique préférée. D'où mon surnom de l'Ecureuille – Eichhörnchen en allemand. C'est une forme d'action non-violente qui peut être particulièrement efficace pour attirer l'attention et éveiller les consciences. Les transports de matières nucléaires m'ont ainsi maintes fois donné l'occasion de protester de là-haut dans les airs. Mais de telles actions tout en finesse ne plaisent guère à nos adversaires ! Ils ne savent pas comment se comporter face à cette forme de résistance et voient le danger partout. Cependant, si escalader un arbre est jugé si dangereux par la police et les tribunaux, dans ce cas  beaucoup de gens sont dangereux ; car la protestation aérienne contre les Castor représente au plus une infraction de première catégorie, tout comme la participation à un sit-in ! Je me demande donc pourquoi les grands pontes des Verts, qui ont annoncé publiquement leur participation au sit-in, n'ont même pas été arrêtés pour prévenir la menace. Mais non, il ne s'agit pas de prévenir un danger – sinon, le transport de Castors ne démarrerait pas et il n'y aurait pas de centrales nucléaires, s'il s'agissait véritablement de droit à la vie et à la sûreté physique. Non, il s'agit tout bonnement de criminaliser la résistance. Criminaliser et punir l'engagement politique. L'estimation du danger sur laquelle repose l'ordonnance  de la garde à vue de longue durée (ou plutôt la "détention de sûreté" - terme utilisé sous le régime nazi-, comme j'ai pu le lire sur un fax de solidarité qui m'était adressé), se base sur des données non contrôlées enregistrés par la police telles un début d'enquête judiciaire. Un simple coup d'œil à mon casier judiciaire le prouve. Il est vide. Mais la police et les tribunaux utilisent cette soi-disant mesure préventive à des fins répressives contre moi. Je dois être punie, parce que je  suis une militante convaincue de ce qu'elle fait, parce que j'ai refusé récemment de payer une amende et que je suis allée en prison au lieu de payer – comme dernièrement ces 24h à la maison d'arrêt de Lünebourg pour 5 euros! La détention est une punition pure et simple. La mise en scène théâtrale lors de mon audition devant le tribunal suffit à elle seule à le démontrer : un juge partial, qui a de toute évidence rédigé à l'avance sa décision contre l'antinucléaire "réfractaire", un directeur de la police et d'autres membres de la Direction, qui n'ont apparemment rien de mieux à faire que de s'occuper de ceux qui grimpent aux arbres. En effet, je doute que le président de la police tienne à s'exprimer lors de chaque audition de militant-e-s devant le tribunal. Brauer, le directeur de la police, était là avec ses trois insignes (étoiles) dorés. • La dignité humaine est intangible... sauf quand le Castor arrive Je suis habituée aux mesures répressives des autorités et ce n'est pas la première fois que je me trouve en garde à vue. Mais je suis un être humain - et vient un moment où je craque, sous le poids du stress. Les premières 24h, malgré de mauvaises conditions de détention, j'ai encore tenu bon. J'étais à Lünebourg dans une cellule et baladée d'un endroit à l'autre entre les tribunaux... Vendredi dans la nuit, on m'a envoyée au centre de garde à vue de longue durée du commissariat de police à Braunschweig. Et là, je me demande comment il est possible qu'on puisse traiter des êtres humains d'une manière aussi indigne et méprisante. Déjà, lors du trajet vers Braunschweig, je me suis effondrée et on m'a transférée dans une ambulance. Mais le médecin de la police n'a pas levé le petit doigt. Il aurait en fait dû reconnaître que mon état de santé n'était pas compatible avec la détention, tout simplement parce que j'étais psychologiquement à bout. Je considère cela comme de la non-assistance à personne en danger. Mais j'ai malgré tout été admise à la prison et accueillie de manière très désagréable par l'équipe de nuit, traitée comme une véritable criminelle. On m'a crié dessus, alors que j'étais constamment en larmes. On m'a humiliée par des expressions xénophobes. Et les conditions de détention sont clairement bien pire qu'en taule ! La cellule individuelle certes spacieuse, mais sans toilettes, sans véritable fenêtre. Privation de sommeil du fait du refus des gardiens d'éteindre la lumière, promenade menottée sur le terrain de la police entre des garages... Heureusement, la résistance contre l'industrie nucléaire est portée par beaucoup de personnes solidaires. • La solidarité permet la victoire – La résistance ne se laisse pas abattre ! A Lünebourg avait déjà lieu une manifestation de solidarité devant le poste de police. Je l'ai remarqué, comme la manifestation le samedi soir à Braunschweig. Entre les deux, il m'a été très dur de tenir, mais des avocats se sont occupés de moi et cela, je l'estime beaucoup : requêtes auprès du tribunal, plaintes contre la police pour privation de liberté et coercition. L'avocate a pu imposer que je reçoive des visites et que la lumière soit éteinte la nuit. J'ai ainsi reçu la visite d'un médecin, qui m'a apporté de la chaleur humaine, des sucreries et des journaux. Je me suis follement réjoui quand j'ai appris que le Castor restait bloqué depuis des heures à la frontière - même si cela signifiait pour moi un plus long séjour au trou. En effet, dans sa décision, le tribunal évoquait pour attester de ma dangerosité, le fait que je me présente à la presse comme "le grain de sable qui fait gripper la machine et comme une partie du mouvement". Oui ! C'est bien ce que je suis, ce que sont tous ceux qui résistent ! Et c'est notre force ! C'est ce qui me donne la force de tenir malgré ces conditions inhumaines. Je sais pourquoi je reste debout – nous savons tous ce qui nous fait tenir debout. Parce que l'on craint ma résistance d'escaladeuse, on m'enferme. Mais cette résistance-là, ces gens qui s'opposent, tout cela montre que l'on ne peut pas nous abattre. Merci à tous les militant-e-s pour leur solidarité. Bien sûr, j'aurais bien aimé être là à la manif de samedi. J'ai entendu que beaucoup, beaucoup de gens y étaient. Ça fait plaisir. Je me réjouis aussi que le Castor se rapproche avec un grand retard de sa destination. Je suis épuisée, la détention est extrêmement pesante et je préfèrerais tellement être dehors, dormir dans un arbre, prendre des gens dans mes bras et pouvoir exprimer librement mon opinion et ma protestation. J'essaie autant que possible de tenir le coup. A tout bientôt ! Puisse cette lettre atteindre le plus de monde possible et être rendue publique ! Cécile l'Ecureuille _______________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !              sur                   http://chicheweb.org _________________________________________________