[Chiche-info]numéro quarante-huit, Chiche ! à Evian

From : audelistes@... , the 4th June 2003 10:13
  • 2003-06-04 10:13:32 — audelistes@... - [Chiche-info]numéro quarante-huit, Chiche ! à Evian

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         Chiche ! info
    un bulletin �colo-alternatif et tout et tout,                   � parution quasi-hebdomadaire                                         <<<<<<<< _______ n� 48_____________________________________ Bonjour � touTEs. Chiche ! a pass� le week-end du 29 mai au 1er juin � Evian, pour le contre-sommet du G8. Plein de choses � vous raconter, car nous �tions dispers�Es et nos exp�riences ont �t� tr�s diff�rentes les unes des autres. Florence � la legal team, S�bastien aux c�t�s de Sortir du nucl�aire, Aude au point G, camp f�ministe non-mixte, Lolo le Savoyard dans l'organisation du village anarchiste, et j'en passe. C'est Olivier qui commence : "Ce texte � pour objectif de d�crire les �v�nements tels que je les ai v�cus ou per�us durant mon s�jour du c�t� d'Evian. J'�tais situ� � Annemasse o� se trouvaient le centre de convergence contre G8 (d�part de la grosse manif du samedi cot� fran�ais), ainsi que les deux villages alternatif. Petit rappel ; il y avait d'une part le village intergalactique (VIG) qui (pour l'essentiel) regroupe les organisations  et activistes internationaux (allemands surtout, mais aussi anglais, hollandais, espagnols et italiens), et le village anti-capitaliste, anti-patriarcal et anti-guerre (VAAAG) qui regroupe le milieu libertaire.  Jeudi 29 mai, apr�s-midi : Les camps sont � peu pr�s mis en place et commencent � se remplir. Manif festive part pour aller � la rencontre des habitantEs d'Annemasse, qui sont terroris�e par un mois de blocus policier et de conditionnement m�diatique qui leur promet l'invasion des barbares. Tout se passe bien, des habitantEs nous  saluent aux balcons. Les forces de l'ordre, barricad�es autour du commissariat, se font discr�tes. Vendredi 30 mai : Les gens continuent d'arriver au village. Je ne sais pas combien on �tait en tout, mais il devait y avoir au moins 5000 personnes au plus fort. Des ateliers de discussion sont organis�es par les diff�rents groupes au sein des villages. Les genTEs sont invit�Es � participer aux t�ches collectives et aux assembl�es g�n�rales sur la vie du camp. Samedi 31 mai : Journ�e essentiellement consacr�e � la pr�paration des actions du lendemain. Les activistes anglais nous font l'entra�nement � l'action de blocage non violente. Les gens s'organisent en groupes d'affinit� qui choissent de prendre en charge une t�che particuli�re (occupation des lignes de front, construction des barricades, ravitaillement en eau, etc.). Les actions de blocage doivent se tenir sur trois lieux diff�rents : Celle qui a le plus de chance de perturber le G8 est celle de Lausanne, ou de nombreux d�l�gu�s du G8 doivent embarquer en bateau et traverser le lac Leman vers Evian. Comme ils ne sont pas tr�s nombreux l� bas, les troupes les plus motiv�es sont parties d'Annemasse le matin pour rejoindre les camps alternatifs de Lausanne. Il y a ensuite le blocage des ponts de Gen�ve, � la fois symbolique et destin� � bloquer la circulation dans la ville. Enfin, un  cort�ge doit tenter d'avancer le plus loin possible en direction d'Evian en partant d'Annemasse, et bloquer par la m�me occasion l'arriv�e du petit personnel du G8 (cuisiniers, traducteurs...) qui doit emprunter cette route. En d�but d'apr�s midi, certains partent pour une action quelque peu improvis�e, destin�e � perturber le meeting du PS qui doit avoir lieu en ville. La manif sera accueillie par les lacrymos mais le meeting fut effectivement emp�ch�. Dimanche 1er juin : R�veil vers 3-4h du matin. Les villages se r�partissent entre deux cort�ges. Le premier part vers Gen�ve pour participer aux blocages des ponts et revenir par la grande manif transfrontali�re. Le second, auquel je participe, prend d'un bon pas la route d'Evian. Au bout de 6-7 km on tombe sur les premi�res voitures de flics qui nous arr�tent quelques instants avant de nous laisser progresser en ouvrant la route. Quelques km plus loin au niveau de St Cergues on arrive cette fois-ci en vue des rang�es de CRS, juste avant le rond-point que l'on avait l'objectif d'occuper. Nous avan�ons calmement en nous serrant les coudes jusqu'au moment ou partent les bombes lacrymog�nes. Moment difficile car nous sommes touTEs serr�Es sur la route et qu'il est difficile de reculer et se d�gager sans se marcher dessus. N'�tant pas loin du d�but du cort�ge, j'en prends plein la gueule et je m'en vais r�cup�rer un peu plus loin, pendant que d'autres commencent d�j� � poser les barricades avec ce qu'ils ont pu emmener ou prendre en chemin (branches d'arbre, barri�res m�talliques, panneaux de circulation...). Progressivement la situation s'installe. Du bois est amen� de l'arri�re (on a des tron�onneuses) pour allumer un feu au niveau des barricades. Les personnes se relayent pour rester aux premi�res loges tandis qu'a l'arri�re du cort�ge les gens se posent tranquillement. Des petits groupes commencent � explorer sur les c�t�s � travers champs pour trouver des points de contournement. Evidemment, les flics sont l� aussi. Un deuxi�me barrage s'installe � droite en amont vers le village. Ca ne d�range pas les CRS d'envoyer � nouveau les lacrymos au milieu du village. Avec un petit groupe, je pars pour tenter de trouver un autre chemin encore plus haut � flanc de montagne. Les habitantEs que l'on croise sont pour la plupart amicaux et nous indiquent o� il y a des chemins. Nous essayons une premi�re route mais on aper�oit des gendarmes qui nous guettent un peu plus loin.  Il faut chercher plus haut. On finit par trouver le moyen d'acc�der aux champs qui dominent le village. Je t�l�phone en bas pour dire que �a pourrait passer, qu'un petit groupe d'une cinquantaine de personnes pourrait continuer jusqu'� d�passer le barrage des CRS, leur faire coucou et �ventuellement se replier, juste pour les �nerver... Mais  finalement la solution n'est pas retenue car il est pr�f�rable de garder le maximum de forces en bas pour ne pas que les flics chargent. De retour en bas on apprend que les autres blocages � Gen�ve et Lausanne sont un succ�s, retardant le passage des d�l�gations du G8. Un peu plus tard, les m�dias locaux annoncent que le G8 est retard� d'une demi-journ�e, notamment � cause des traducteurs qui ne sont pas arriv�s � Evian !  La question se pose de savoir combien de temps nous devons tenir la route. Les flics tirent des lacrymos sans discontinu depuis le d�but mais on s'organise pour les �touffer avec de l'eau, des mottes de terre ou des bouses de vaches. Les gens se r�partissent sur la route et dans les champs adjacents, en fonction du vent, pour prot�ger le cort�ge. Ca devient presque amusant de d�jouer ainsi les attaques des flics... Vers midi on sent quant m�me que les flics deviennent plus  pressants. Il sont de plus en plus nombreux en face des barricades. On commence tous � �tre fatigu� par les efforts et la chaleur (le barrage dure depuis 7h du matin). La d�cision est prise collectivement de repartir tranquillement avant que �a ne d�g�n�re.  Le blocage se termine sans incident majeur. Il y a tout de m�me quelques bless�Es qui ont �t�s heurt�Es par les lacrymos ou commotionn�Es par les esp�ces de gros p�tards qu'ils envoient pour effrayer les manifestantEs. Il est possible que quelques personnes imprudentes se soient fait arr�ter sur le barrage dans le village mais on ne sait pas tr�s bien. De retour � Annemasse, on apprend que les choses se sont moins bien pass�es � Gen�ve et � Lausanne. A Gen�ve il y avait eu un peu casse la nuit avant (vitrines de banques ou de multinationales...) et les flics sont remont�s. Des �chauffour�es se produisent alors que les flics continuent de courser les manifestants � travers les rues. Le squat d�nomm� "L'Usine" qui est le centre de coordination anti-G8  de Gen�ve et local d'Indymedia est encercl� par les forces de l'ordre dont certaines se sont d�guis�es en black-block pour s'approcher et forcer le passage � l'int�rieur. D'autres personnes qui s'�taient r�fugi�es dans un mus�e ont �t� �galement �vacu�es. A l'heure o� j'�cris ces lignes je ne sais pas trop comment �a c'est termin�. Des contr�les d'identit� et des arrestations ont eu lieu, mais le mat�riel  vid�o ne semble pas avoir �t� saisi. Selon la police, l'Usine, en r�alit� un centre alternatif culturel install� depuis de nombreuses ann�es, �tait suspect�e d'�tre le rep�re des black-blocks, ce qui bien s�r n'a aucun fondement. Mais c'est surtout � Lausanne que la situation fut la plus critique. Le blocage sur la route venant de Gen�ve � en fait �t� rapidement repouss� et les flics ont poursuivit les manifestantEs � travers la ville.  C'est aussi l� que les black-block s'�taient donn� rendez-vous pour casser du capitaliste, ce qui a sans doute beaucoup �nerv� les forces de l'ordre. Lors d'un blocage d'un pont, un activiste qui �tait suspendu au bout d'une corde � chut� est s'est gri�vement bless�.  Par la suite la police suisse � reconnu sa responsabilit�, la corde ayant �t� malencontreusement coup�e (!), une enqu�te � �t� ouverte. Alors que la plupart des manifestantEs avaient rejoint les camps alternatifs (il y en avait deux ; un l�gal et un autre ill�gal...), la police � encercl� les camps et � forc� les gens � sortir en envoyant des lacrymog�nes depuis les h�licos et en chargeant au canon � eau. La police entendait filtrer la sortie en demandant aux gens de  montrer leurs papiers, ce qu'ils ont collectivement refus� (il y avait des sans-papier dans les camps, et les autres sont s�rs de se retrouver ensuite sur liste noire). Du coup la police � commenc� � arr�ter tout le monde. Sachant ce qu'il se passait, une manifestation de soutien s'est enclench�e en ville, avec les habitants de Lausanne. La police a alors d� cesser les arrestations, mais environ deux cent personnes �taient d�j� interpell�es et plac�es au centre de d�tention.  Avec ces informations, c'est un peu l'agitation aux villages  d'Annemasse. Des rumeurs d'encerclement du camp circulent. La  Legal Team a du mal a filtrer les informations fiables. Vers huit heures du soir, une assembl� g�n�rale des deux villages d�cide de partir faire un sit-in devant la mairie d'Annemasse pour protester contre la r�pression cot� suisse. Au moment de partir, on apprend que les personnes arr�t�es �  Lausanne ont �t� finalement rel�ch�s et ont semble-t-il �t� trait�es correctement. Le sit-in est n�anmoins maintenu. Avec le soutien de l'association des r�sidentEs d'Annemasse, le maire donne son accord pour notre manif et la police au d�part un peu mena�ante n'intervient pas. Minuit; retour au camp. Fin d'une journ�e �prouvante o� on a  beaucoup march� ! Lundi 2 juin : J'ai quitt� Annemasse en milieu de journ�e, donc la suite m'a �t� racont�e par ceux-celles rest�Es sur place. Avec les forces restantes sur Annemasse, il n'est plus question d'essayer de perturber le G8. Il est propos� une action symbolique devant le si�ge de l'OMC pour protester contre la privatisation de l'eau. L'id�e est d'entasser le maximum de bouteilles vides devant le b�timent. Cette action � pu avoir lieu sans incident particulier. La police a quand m�me fini par chasser les manifestantEs, qui ont alors rejoint une autre manif organis�e par les genTEs de Gen�ve cette fois-ci, en protestation contre les r�pressions de la veille. En fait cette manif � rapidement �t� bloqu�e et encercl�e par la police qui � voulu proc�der � des contr�les d'identit� de tout le monde. Comme dans les fois pr�c�dentes, les manifestants on refus�. Des �lus du canton de Gen�ve qui soutenait la manif ainsi que le maire ont tent� de n�gocier pendant des heures pour faire sortir les manifestantEs.  Visiblement exc�d�es par la situation et les troubles des jours pass�s, les forces de l'ordre n'ont rien voulu savoir et on pos� un ultimatum, avant de charger � coup de canons � eau et de balles en caoutchouc sur les manifestantEs qui �taient assis-es par terre pacifiquement. La situation �tait d'autant plus chaotique que des flics suisse chargeaient d'un cot� tandis que des flics allemands (ramen�s en renfort pour le G8) bloquaient de l'autre apparemment sans coordination. Ce n'est que vers minuit que la situation s'est d�bloqu�e et que les manifestantEs ont pu sortir librement et regagner progressivement leur camps respectifs." Olivier, le mardi 3 juin _________________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !             sur                  www.chicheweb.org _________________________________________________