[Chiche-info]numéro huit : cantine à Dijon et un texte pour réfléchir

From : aude@... , the 27th March 2002 17:54
  • 2002-03-27 17:54:25 — aude@... - [Chiche-info]numéro huit : cantine à Dijon et un texte pour réfléchir

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         Chiche ! info
    un bulletin écolo-alternatif et tout et tout,                   à parution quasi-hebdomadaire                                         <<<<<<<< _______ n° 8 _____________________________________ Salut à touTEs La date des 6 et 7 avril est confirmée pour la cantine qui aura lieu à Dijon. Comme le temps passe très vite, ça ne laisse qu'un peu plus de 15 jours pour que vous puissiez prévoir l'envoi de cantiniers. Pour communiquer votre venue, contacter Chiche ! Dijon au 03 80 28 72 60 / 06 70 10 34 57 / chichedijon@..., et moi aussi par la même occasion pour que je puisse suivre. Deuxième info : Le court-bouillon Anne Gaelle s'occupe de la mise page du prochain numéro. Au début on pensait le faire pour l'avoir à la cantine, mais je pense que ce sera trop tard. Donc je propose que ça parte juste aprés la cantine, avec dedans le compte rendu de la cantine et des groupes locaux. Contributions à envoyer à : annega@... A bientôt, Olivier ______________________________________________________ La séquence flash-back... En 1973, André Gorz publie dans Le Sauvage une remarquable démystification du luxe automobile. Pour retrouver ce texte dans son intégralité : www.carbusters.ecn.cz/freesources. Cet article fait partie d'une sélection de textes et de dessins contre la culture automobile, "La voiture, ça tue, ça pollue et ça rend con", disponible dans les groupes locaux de Chiche ! (sauf Nantes). Un luxe sans valeur Quand la voiture a été inventée, elle devait procurer à quelques bourgeois très riches un privilège tout à fait inédit : celui de rouler beaucoup plus vite que tous les autres. Personne, jusque-là, n'y avait encore songé : la vitesse des diligences était sensiblement la même, que vous fussiez riches ou pauvres ; la calèche du seigneur n'allait pas plus vite que la charrette du paysan, et les trains emmenaient tout le monde à la même vitesse (ils n' adoptèrent des vitesses différenciées que sous la concurrence de l' automobile et de l'avion). Il n'y avait donc pas, jusqu'au tournant du dernier siècle, une vitesse de déplacement pour l'élite, une autre pour le peuple. L'auto allait changer cela : elle étendait, pour la première fois, la différence de classe à la vitesse et au moyen de transport. [...] Paradoxe de la voiture automobile : en apparence, elle conférait à ses propriétaires une indépendance illimitée, leur permettant de se déplacer aux heures et sur les itinéraires de leur choix à une vitesse égale ou supérieure à celle du chemin de fer. Mais, en réalité, cette autonomie apparente avait pour envers une dépendance radicale : à la différence du cavalier, du charretier ou du cycliste, l'automobiliste allait dépendre pour son alimentation en énergie, comme d'ailleurs pour la réparation de la moindre avarie, des marchands et spécialistes de la carburation, de la lubrification, de l'allumage et de l'échange de pièces standard. A la différence de tous les propriétaires passés de moyens de locomotion l' automobiliste allait avoir un rapport d'usager et de consommateur - et non pas de possesseur et de maître - au véhicule dont, formellement, il était le propriétaire. [...] Les magnats du pétrole perçurent les premiers le parti que l'on pourrait tirer d'une large diffusion de l'automobile : si le peuple pouvait être amené à rouler en voiture à moteur, on pourrait lui vendre l'énergie nécessaire à sa propulsion. Pour la première fois dans l'Histoire, les hommes deviendraient tributaires pour leur locomotion d'une source d'énergie marchande. [...] Il ne restait qu'à amener le peuple à rouler en voiture. Le plus souvent, on croit qu'il ne se fit pas prier : il suffisait, par la fabrication en série et le montage à la chaîne, d'abaisser suffisamment le prix d'une bagnole ; les gens allaient se précipiter pour l'acheter. Il se précipitèrent bel et bien, sans se rendre compte qu'on les menait par le bout du nez. Que leur promettait, en effet, l'industrie automobile ? Tout bonnement ceci : "Vous aussi, désormais, aurez le privilège de rouler, comme les seigneurs et bourgeois, plus vite que tout le monde. Dans la société de l'automobile, le privilège de l'élite est mis à votre portée." Les gens se ruèrent sur les bagnoles jusqu'au moment où, les ouvriers y accédant à leur tour, les automobilistes constatèrent, frustrés, qu'on les avait bien eus. On leur avait promis un privilège de bourgeois ; ils s' étaient endettés pour y avoir accès et voici qu'ils s'apercevaient que tout le monde y accédait en même temps. Mais qu'est-ce qu'un privilège si tout le monde y accède ? C'est un marché de dupes. Pis, c'est chacun contre tous. C' est la paralysie générale par empoignade générale. Car lorsque tout le monde prétend rouler à la vitesse privilégiée des bourgeois, le résultat, c'est que rien ne roule plus, que la vitesse de circulation urbaine tombe - à Boston comme à Paris, à Rome ou à Londres - au-dessous de celle de l'omnibus à cheval et que la moyenne, sur les routes de dégagement, en fin de semaine, tombe au-dessous de la vitesse d'un cycliste. Rien n'y fait : tous les remèdes ont été essayés, ils aboutissent tous, en fin de compte, à aggraver le mal. Que l'on multiplie les voies radiales et les voies circulaires, les transversales aériennes, les routes à seize voies et à péages, le résultat est toujours le même : plus il y a de voies de desserte, plus il y a de voitures qui y affluent et plus est paralysante la congestion de la circulation urbaine. [...] Après avoir promis à tout le monde qu'on irait plus vite, l'industrie automobile aboutit au résultat rigoureusement prévisible que tout le monde va plus lentement que le plus lent de tous, à une vitesse déterminée par les lois simples de la dynamique des fluides. Pis : inventée pour permettre à son propriétaire d'aller où il veut, à l'heure et à la vitesse de son choix, la bagnole devient, de tous les véhicules, le plus serf, aléatoire, imprévisible et incommode : vous avez beau choisir une heure extravagante pour votre départ, vous ne savez jamais quand les bouchons vous permettront d'arriver. Extraits de "L'idéologie sociale de la bagnole", André Gorz, 1973 ________________________________________________ Retrouver virtuellement la multitude de Chiche !             sur                  www.chiche.ouvaton.org ________________________________________________