[Cip-idf] Bye bye turbin, CQFD

From : yotogui@... , the 28th novembre 2014 11:19

http://cqfd-journal.org Bye-Bye Turbin : Introduction paru dans CQFD n°125 (octobre 2014), rubrique Le dossier, par  l’équipe de CQFD  mis en ligne le 25/11/2014 - commentaires A ce moment critique pour le gouvernement, il fallait bien tenter de la remettre, cette bonne vieille pression sur l’éternel assisté, vautré dans les délices des minima sociaux. Et c’est le Rebsamen du Travail qui s’y colle – suivi de près par les coups de langue squalide de Valls qui « aime l’entreprise » et les coups de baguette de Pierre Gattaz, véritable chef d’orchestre du pays, qui voudrait détricoter jours fériés, SMIC et 35 heures. Le ministre exige que Pôle emploi flique les sans-dents. Comme si toute considération objective sur la situation actuelle – mythe des offres d’emploi non-pourvues, emplois précaires, jobs absurdes, destruction de l’emploi industriel, stratégies managériales de concurrence et d’épuisement –, s’était évaporée afin de désigner l’unique responsable de ce marasme : cette feignasse de chômeur ! La ficelle est usée, mais les socialos s’y entendent aussi bien que leurs compères de la droite-dans-ta-face. En exigeant des inactifs des preuves de recherche active d’emploi, en les enjoignant, sous peine de radiation, d’être enthousiastes, flexibles et de surjouer leur motivation – « le premier travail du demandeur d’emploi, c’est le travail sur soi » –, on leur fait endosser leur rôle historique : mettre à leur tour la pression sur celles et ceux qui bossent et, à leur corps défendant, agir à la baisse sur les salaires. CQFD, qui s’est toujours placé dans le camp des réfractaires au chagrin, remet le couvert de la joyeuse désertion, et profite de son temps libéré pour réviser ses classiques : « À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. […] Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu’en ceci : les producteurs associés – l’homme socialisé – règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d’être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d’énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. » (Karl Marx, Le Capital, livre III) Tout un champ libre à défricher. Et là, on peut se retrousser les manches, mais sans eux et leurs menaces de coups de pied au cul ! Le travail en miettes paru dans CQFD n°125 (octobre 2014), rubrique Le dossier, par  Sébastien Navarro, illustré par Tanxxx  mis en ligne le 26/11/2014 - commentaires Le 2 septembre dernier, François Rebsamen, ministre du Travail, faisait le buzz en brandissant le nombre de 350 000 offres d’emplois non-pourvues en France. Ce faisant, il stigmatisait des chômeurs « tire-au-flanc » qui ne joueraient pas le jeu de la solidarité nationale en temps de crise. Conseiller à Pôle emploi, Vincent décrypte le message à l’aune de son quotidien. CQFD  : Comment la sortie de Rebsamen a-t-elle été perçue au sein des agents de Pôle emploi ?  Vincent [1]  : Parmi les collègues, il y en a qui se sont dit « Il n’a pas tort, il y en a trop qui profitent du système » ; d’autres « Encore un ministre qui se fait mousser  ! » et puis il y en a quelques-uns, plus rares, comme moi, qui ont pensé « C’est trop énorme, c’est de la manipulation. Une arnaque, quoi  ! » A peine sorti dans la presse, le chiffre de ces fameuses offres d’emplois non-pourvues était passablement contesté [2]. Comment a-t-il été fabriqué ? Ce chiffre de 350 000 offres d’emploi non-pourvues se fonde sur deux bases de données différentes. La première source vient d’enquêtes réalisées auprès d’employeurs, à partir desquelles sont exprimés les besoins de main-d’œuvre. Ce type de données peut être totalement « pipeauté » puisque les employeurs peuvent très bien se fonder sur une sensation, une impression et pas forcément sur quelque chose de concret. La seconde source provient effectivement d’offres d’emplois non-pourvues. Ici il faut faire un distinguo. D’un côté, on a des postes très techniques, d’ingénieur ou de cadre dirigeant, principalement dans les technologies de pointe. Dans l’informatique, des sociétés ont du mal à recruter parce que les postulants sont rares et que certaines cherchent le mouton à cinq pattes. D’ailleurs, après être passées par Pôle emploi, elles font appel à des cabinets de recrutement, des chasseurs de tête, qui vont débusquer les candidats chez la concurrence moyennant pas mal de pognon. Ceci concerne une part infime des offres d’emplois bien évidemment. Tout le reste, c’est-à-dire la majorité des offres non-pourvues, concerne des jobs dont soit le salaire est trop faible, soit les conditions de travail sont trop pénibles, soit l’employeur est connu comme étant un esclavagiste. Dans ces jobs-là, on observe un accroissement de la logique de turn-over où, sur un même poste de travail, on voit se succéder de plus en plus de personnes. En France, on a un paradoxe que les gens ont du mal à appréhender : plus il y a de chômage, plus il y a de précarité et plus on a d’offres d’emplois. Dans les années 1980, le turn-overétait de 26 % : entre le 1er janvier et le 31 décembre, pour une entreprise de 100 salariés, quand 26 personnes rentraient dans la boîte, autant la quittaient. Aujourd’hui, on atteint une moyenne de 50 %, avec un pic de 60 % en Bretagne. Justement, toi qui travailles à Lorient (Morbihan), peux-tu nous parler de la réalité que tu observes depuis ton poste de conseiller à Pôle emploi ? Sur le bassin de Lorient, la population active est de 100 000 habitants pour une population totale de 220 000 habitants. Sur ces 100 000 personnes, 75 % ont le même métier du 1er janvier au 31 décembre (les fonctionnaires, les CDI) ; 10 % ne travaillent pas et 15 % ont un emploi « en miettes » : soit ils font un peu de CDD ou d’intérim, soit des temps partiels qu’ils sont obligés de cumuler pour remplir leur frigo. On en arrive à cette terrible situation où ces 15 % d’emplois « en miettes », soit 15 000 personnes, se partagent 110 000 contrats de travail dans une seule année  ! 15 % travaillent avec une moyenne de six contrats par an, sachant que les plus chanceux vont négocier un seul contrat tandis que d’autres vont en cumuler des dizaines. On est sur cette fameuse « macdonaldisation » de l’emploi qui fait que sur un même poste de travail vont se succéder une dizaine de personnes, notamment dans les secteurs de l’aide à domicile, l’agroalimentaire, la ­sécurité, la restauration. Or, cette « macdonaldisation » est devenue une vraie technique de recrutement. J’ai un collègue, recruté récemment comme conseiller à Pôle emploi, qui avait travaillé chez Décathlon à Vannes. Il avait quitté sa région natale pour un job de chef de rayon, il était très motivé. Il faisait beaucoup d’heures  : il finissait sa journée vers une heure du matin et réattaquait cinq heures plus tard. Il avait juste le temps de reconstituer sa force de travail avant de repartir travailler. Au bout de trois mois à suer sang et eau, la pression étant devenue insupportable, il est allé voir son supérieur hiérarchique. Il lui a dit que ce n’était pas possible de continuer comme ça mais son chef n’en a eu cure. Il lui suffisait de piocher le premier CV dans la pile de son bureau… et de lessiver une nouvelle personne en trois mois. Ça veut dire que sur un même poste de travail, qualifié et à responsabilités comme chef de rayon d’une enseigne commerciale, on n’en a rien à foutre de faire tourner quatre personnes à l’année. Cette logique de turn-over poussée à l’extrême, on l’observe aussi dans le bâtiment. C’est l’histoire du gars embauché en CDI, avec beaucoup d’heures supplémentaires qui, promesse de patron, soit lui seront payées, soit feront l’objet de récupération. Sauf qu’au bout de trois mois, le gars ne voit rien venir. Ici, il y a deux types de réactions. Le salarié qui gueule beaucoup et qui va réclamer ses heures, celui-là, c’est simple, il est viré. Par contre, celui qui gueule un peu, que l’on peut contenir, on le garde. On réussira même à lui faire fermer sa gueule, sachant que de toute façon qu’on l’aura à l’usure. Résumé de l’affaire  : tu recrutes trois salariés dont deux se barrent au bout de trois mois pour heures sup’ non payées et c’est tout bénéf : tu mets la pression sur celui qui reste et tu pioches deux autres candidats dans le tas de CV à disposition. En 1967, Pompidou faisait cette déclaration choc qui prête à sourire aujourd’hui  : «  Si un jour on atteint les 500 000 chômeurs en France, ça sera la Révolution. » Un demi-siècle et trois millions de chômeurs plus tard, la révolution n’étant pas à l’ordre du jour, comment peut-on interpréter le message véhiculé par Rebsamen ? Pour les politiques, il s’agit de faire croire que la transformation de l’organisation du travail à l’œuvre depuis les années 1970/1980, avec la création des CDD, de l’intérim, des emplois aidés, etc., est purement conjoncturelle alors qu’elle est structurelle. En pointant du doigt des gens qui bossent au black tout en touchant leurs allocations, ils font diversion sur l’essentiel, à savoir que ce sont des décisions politiques qui ont permis l’intensification du rythme du travail et le morcellement des emplois. D’ailleurs, ces chômeurs ne sont pas des gens qui ne cherchent pas d’emploi, mais qui ne cherchent plus d’emploi. Ils connaissent l’organisation du travail sur leur bassin d’emploi et savent que ce que l’on va leur proposer va impliquer de brader leur santé pour des clopinettes, de se mettre en danger psychologiquement ou physiquement. Dans les chantiers navals, c’est l’employeur qui ne va pas changer la cartouche du système respiratoire régulièrement, alors que l’environnement est fait de matériaux composites nocifs ; dans l’agroalimentaire, ce sont des conditions de travail impossibles qui font qu’à 50 ans, tu es vermoulu et bon pour l’inaptitude. Il ne faut pas s’étonner si de plus en plus de gens, une fois leurs droits au chômage ouverts, se disent maintenant je vais en profiter, refaire ma baraque, m’occuper de mes gosses, faire un peu de black pour compléter et après on verra bien. On est dans le système D. Il y a une forme d’injonction schizophrène dans cette société dont l’oukase permanent est de vouloir fondre les corps dans des emplois qu’elle précarise et détruit allègrement par ailleurs. En même temps, on voit bien les gains pour le patronat  : une main-d’œuvre toujours plus corvéable, quand elle ne déserte pas. Qu’est-ce qui fait que dans certains secteurs industriels il y a un tel turn-over  ?  La volonté d’exploiter au maximum les gens. Et ce qu’on observe, c’est que le commerce est concerné. Dernièrement, j’ai rencontré deux jeunes femmes, 22 et 25 ans. Celle de 22 ans bossait dans un KFC [3], et a été reconnue inapte à son poste de travail par la médecine du travail. Les gestes répétés qu’elle faisait en cuisine, la tension qu’elle subissait, l’ont conduite à l’inaptitude. A 22 ans ! L’autre jeune femme de 25 ans était vendeuse dans un magasin avec un contrat de 25 heures. Comme ça ne lui suffisait pas pour vivre, elle mettait des prospectus dans les boîtes aux lettres. C’est au cours de ce second job qu’elle a eu un accident du travail : elle s’est déchiré le biceps. Elle a été reconnue inapte et licenciée de son poste de vendeuse car elle ne pouvait plus soulever les cartons. C’est cette société-là dont on ne veut pas entendre parler. Et c’est pour cacher cette forêt-là qu’il y a ce fameux arbre des offres d’emplois non-pourvues. On pointe du doigt des personnes qui bossent au black, réalité bien faible au regard du gâchis de vies humaines, pressées au maximum au moment où elles ont le plus de jus, soit entre 25 et 45 ans. Il est faux de dire qu’on n’est pas compétitif en France. Il suffit de regarder les chiffres de l’OCDE, on est tout en haut de l’échelle en termes de richesse produite par travailleur et par heure. C’est ça qui quantifie la productivité. Mais à quel prix ? Au prix de gens cassés, broyés à 25, 30 ans. Avant d’assister à ces entretiens, je ne pensais même pas que c’était possible. BYE-BYE TURBIN La dame-pipi est l’avenir du chômeur paru dans CQFD n°125 (octobre 2014), rubrique Le dossier, par  Olivier Cyran, illustré par Tanxxx  mis en ligne le 28/11/2014 - commentaires François Rebsamen, le ministre de la remise au turbin, a plus d’un boulot de merde dans son sac pour te ramener dans le giron soyeux du travail. Il y en a un, pourtant, qui échappe encore au catalogue de Pôle emploi. Jusqu’à quand  ? Si d’aventure vous êtes de passage à Bruxelles et qu’une envie perverse vous gagne d’engloutir une cheesy crust au Pizza Hut du boulevard Anspach, en plein centre-ville, vous ne serez pas déçu du voyage  : à défaut d’un repas digeste, vous y trouverez des chiottes d’une blancheur phosphorescente, sentant bon l’hygiène industrielle et l’huile de coude ménagère. La satisfaction de pisser sur une faïence aussi immaculée que le sourire de George Clooney et d’appartenir du même coup à une clientèle choyée, sinon « premium », n’est toutefois pas incluse dans le prix de la pizza. Il vous en coûtera 50 centimes, comme l’indique le petit panneau posé sur le tréteau à la sortie, où le préposé au nettoyage est en train de s’éponger le front avant sa prochaine corvée de serpillière. C’est que le forçat des urinoirs doit les récurer de fond en comble tous les quarts d’heure, ce qui lui laisse peu de temps pour empocher son pourboire. Qu’il soit occupé ou non, notez que vous pouvez fort bien vous abstenir de cracher au bassinet. La direction a interdit en effet au nettoyeur de réclamer son dû à haute voix, par souci impérieux de ne point incommoder la clientèle. Tout ce qu’il a le droit de faire, le nettoyeur, c’est espérer que vous ne détournerez pas le regard de sa soucoupe et que vous consentirez à y jeter un peu de petite monnaie. Sinon, tant pis pour lui. Si cela vous étonne que l’entretien des WC – tâche notoirement la plus dure et la plus stratégique dans le secteur de la restauration – soit rémunéré en pièces jaunes au bon vouloir du consommateur, vous pouvez toujours appeler le gérant, qui se fera une joie de vous affranchir. Reliefs d’acné juvénile et sourire en fente de tirelire, le zozo paraît avoir été démoulé le matin même par une école de commerce. « J’espère que le monsieur, enfin, le monsieur "dame pipi" ne vous a pas importuné ? », s’enquiert-il, tandis que l’intéressé glisse furtivement un regard inquiet par la porte entrouverte des gogues. Non non, pas du tout, s’empresse-t-on de corriger le manager, que l’on pressent rapide à s’emporter lorsqu’il ne suce pas son pouce. Ce qui nous importune en revanche, lui explique-t-on, c’est la politique de Pizza Hut consistant à refuser un salaire en bonne et due forme au valeureux travailleur affecté au lessivage de nos mictions. « Oh, vous n’êtes pas les premiers à vous plaindre, même si d’habitude les gens se plaignent surtout pour les 50 centimes… » Et le poussin dirlo d’ajouter  : « C’est la nouvelle politique de la maison, la façon la plus efficace qu’on ait trouvé pour assurer la propreté des toilettes, qui est un vrai problème dans le centre de Bruxelles. En face, au McDonald’s, ils font pareil. » Pas de salaire, pas de statut, pas de droits  : la formule magique pour optimiser le rendement. Sait-il au moins combien de sous son nettoyeur peut espérer comptabiliser à la fin du mois ? « J’en sais rien. Ce n’est pas mon problème puisqu’il n’appartient pas à l’équipe du restaurant. » On se demande pourquoi le gouvernement français, pourtant si prompt à encourager l’entrepreneuriat, n’a pas encore pris exemple sur la Belgique pour assouplir un peu plus son droit du travail et célébrer en grande pompe le retour des « dames pipi » – ou des « messieurs dames pipi », pour reprendre la délicate terminologie du gérant bruxellois – dans les restaurants bien de chez nous. Gageons que cela ne saurait tarder. Déjà, nombre de vieux métiers que l’on croyait disparus ont fait leur réapparition, ressuscités par l’engouement contemporain pour le larbinat. Du cireur qui fait reluire les godasses du cadre supérieur sur le parvis de la Défense au « personal shopper » qui trimballe les sacs de courses du chaland joufflu dans les centres commerciaux de luxe [1], le secteur de la domesticité représente un formidable gisement d’emplois. Des emplois de service d’autant plus bullshit qu’ils sont réservés aux malheureux qui acceptent de se déclarer comme auto-entrepreneurs, entendre par là  : qui acceptent d’être payés à la tâche, sans revenu fixe, ni droits au chômage, ni couverture sociale. Près d’un million de travailleurs sont aujourd’hui affiliés à ce régime génialement dérogatoire au droit du travail [2], parmi lesquels des moniteurs de sport, des enseignants de fac et même, oui, des journalistes. Tu diriges un canard ou un site d’informations en ligne évidemment de gauche ? Même plus besoin de recruter des pigistes, fussent-ils jetables et sous-payés  : contente-toi de les faire enregistrer comme auto-entrepreneurs, comme ça tu les paies en honoraires, sans avoir à régler un centime de cotisations sociales. Malin. Et si le journaliste-éponge n’a pas les moyens de s’acquitter de ses propres cotisations, il n’a qu’à déposer une soucoupe à la sortie du bureau. La fierté d’être un vrai entrepreneur, « indépendant » et « free-lance », suffit bien à compenser les petits inconvénients de l’ultra-précarité. «  Les étudiants vont désormais pouvoir concilier études et création d’entreprise », exultait récemment Le Figaro, après la création par la ministre Fioraso d’un statut d’étudiant-entrepreneur. Comme l’explique un des crânes d’oeuf qui ont pondu ce plan gattazien, l’objectif consiste dès cette année à « sensibiliser les 2,5 millions d’étudiants à l’entrepreneuriat, qu’ils soient en philosophie ou à Polytechnique » (Le Figaro, 30/08/14). Des polytechniciens bientôt dames-pipi chez Pizza Hut ? Pas si bête, finalement. Au turbin, camarade ! paru dans CQFD n°125 (octobre 2014), rubrique Le dossier, par  l’équipe de CQFD  mis en ligne le 27/11/2014 - commentaires Différentes approches du « Travaillez plus » à travers l’affiche politique. 1. En 1966, si le travailleur chinois rayonne – irradie même – c’est qu’il doit « travailler dur pour l’amour de la Révolution » et passer son temps libre à lire du Mao, que du Mao, encore du Mao – ce dernier d’ailleurs a fait supprimer le système bourgeois des droits d’auteur la même année, à l’exception unique de ses propres copyrights (pas fou le Grand Timonier !). De quoi faire frissonner de bonheur et à distance confortable plus d’un petit Badiou. 2. Dans l’URSS de Khrouchtchev, on ne travaille plus trop pour la gloire du Petit Père des peuples ou pour la construction du modèle soviétique mais pour toucher une meilleure paye. Tandis que l’ouvrier au type slave compte ses billets d’un air satisfait, le métèque du Caucase se demande quelle mauvaise vodka il va pouvoir se payer avec ses clopinettes. « Qui travaille plus, gagne plus », proclame cette affiche, dont le mensuel Alternatives économiques supputait en 2008 qu’elle aurait pu être la source cachée du slogan de Nicolas Sarkozy. 3. « Gagner davantage » encore… Dans cette affiche de propagande pour le STO en Allemagne, il ne s’agit pas de faire plaisir à pépé Pétain ou à tonton Adolf ni même de lutter contre la pieuvre judéo-bolchévique, mais simplement de mettre du beurre dans les épinards en allant turbiner là où se concentrent les efforts industriels de l’époque. Eh ouais mon gars, faut être dans la réalité et se sortir les doigts, plutôt que de rester planté là les mains dans les poches sur le pas de la porte ! Même pas foutu de remplacer un carreau  ! 4. « Travaillez plus pour... » Dans cette Une, le journal CQFD rend un vibrant hommage à la valeur travail à travers sa figure totémique, le hamster travailleur qui... Non. Attendez... J’ai un doute...