[Cip-idf]Le Monde du jour : des histoires de Cin é ma, Croissance et Emplois

From : al.guy@... , the 28th février 2005 21:53
  • 2005-02-28 21:53:53 — al.guy@... - [Cip-idf]Le Monde du jour : des histoires de Cin é ma, Croissance et Emplois

Salut à tous, En premier lieu, l¹éditorial, parce qu¹il évoque, de façon sympathique, brièvement l¹intermittence (y voir un grand progrès pour ce quotidien). Ensuite une analyse de la croissance non créatrice de l¹emploi. Savoir deux petites choses quant à l¹abord de cet article : il y a un peu plus d¹un an, une analyse indiquait qu¹un taux de croissance à 1, 5 % ne créait ni ne détruisait d¹emplois. En fin d¹année 2004, plusieurs articles donnait un taux de 3 % désormais nécessaire pour connaître la même situation qu¹avec le 1, 5 % précédent. 2004 est donné pour un taux de croissance d¹environ 2, 5 %, 2005 table sur une même perspective... Ce qui permet de lire avec une grande sérénité les cinq articles suivants (dont 2 issus du quotidien lui même et 3 du supplément Économie) qui traitent de la réorganisation des services de l¹Emploi suite à la loi de cohésion sociale votée fin 2004. Rassurez vous tous ces articles sont assez courts, du moins pas longs. Bonne lecture - Guy -1- L'éditorial du Monde Cinéma et vitalité LA CÉRÉMONIE des Césars, à l'occasion de son trentième anniversaire, a improvisé une grande fête en l'honneur du cinéma indépendant. En décernant le César du meilleur film français de l'année à L'Esquive, d'Abdellatif Kechiche, les trois mille professionnels membres du jury ont en effet tourné le dos à un scénario convenu qui prédisait l'affrontement des deux grands succès publics de l'année, Les Choristes, de Christophe Barratier, et Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet. Ils ont délibérément salué un cinéma d'auteur, jeune et passionné, bourré d'énergie, en phase avec les espoirs et les désillusions de notre société. Le sacre de L'Esquive en est l'exemple le plus flagrant. Mais le jury des Césars a surligné son choix, samedi 26  février, en primant meilleur court métrage Cousines, de Lyès Farès, et en attribuant le Prix de la meilleure actrice à Yolande Moreau pour son interprétation dans Quand la mer monte..., de Gilles Porte. Avant eux, le prix Louis-Delluc du premier film avait déjà salué cette ¦uvre. Il ne s'agit pas là d'un hommage "politiquement correct" à un cinéma censé rendre compte de la vie en banlieue ou de l'existence de populations modestes. Les films en question n'ont rien de documentaires. Il s'agit bien de cinéma, de fiction au sens le plus fort du terme, comme nous l'écrivions lors de la sortie de L'Esquive  : "Pour la première fois, un cinéaste français filme la banlieue comme l'écrin d'une poignée de personnages, sans s'attarder, avec une rapidité sèche qui évite le sociologique." Ce film fort et beau - dont le thème central est le langage, celui de Marivaux, dont des jeunes montent une pièce sous la direction de leur professeure, et celui de leur génération -, est aussi la démonstration de la vitalité d'un cinéma fragile. En le consacrant, le jury des Césars plaide utilement pour la survie d'un système de financement exceptionnel du cinéma français. En l'occurrence, l'avance sur recettes, sans laquelle L'Esquive n'aurait pu être réalisé, et le mécanisme de l'intermittence, avec ses failles mais aussi ses mérites. Les Césars ont choisi. Bien choisi, comme ils le font périodiquement, en préférant Les Nuits fauves, de Cyril Collard, à Indochine, de Régis Wargnier, ou La Vie rêvée des anges, d'Eric Zonca, à Taxi, de Gérard Pirès. Il arrive ainsi que les distributions de prix reflètent un état de la société. Les Oscars viennent également d'en témoigner. Le vieux Morgan Freeman, considéré comme l'un des plus grands comédiens de sa génération, a enfin été primé après quatre nominations, remportant l'Oscar du meilleur second rôle masculin pour Million Dollar Baby, de Clint Eastwood. Un autre acteur afro-américain, Jamie Foxx, a été élu meilleur acteur pour son interprétation dans Ray. Des deux côtés de l'Atlantique, le cinéma avance ainsi en éclaireur. Reflet de la vie sociale comme le roman, dont Stendhal (1783-1842) théorisait qu'il devait être un miroir promené le long des grands chemins. -2-       productivité La croissance est désormais moins "riche en emplois" qu'au cours de la dernière décennie Le chômage a atteint, en janvier, le seuil symbolique des 10  % (Le Mondedu 26  février). Pour autant, le gouvernement se veut optimiste. Jean-Pierre Raffarin a pris l'engagement de faire descendre le chômage "sous la barre des 9  %"en 2005. Un "engagement personnel"qui sera difficile à tenir, car la croissance, même si elle est au rendez-vous - le gouvernement mise sur le chiffre de 2,5  % en 2005, le consensus des économistes table sur 1,9  % -, est devenue peu féconde en emplois. Un point de croissance, aujourd'hui, est nettement moins créateur d'emplois qu'hier. En 2004, avec une progression du produit intérieur brut (PIB) de 2,5  %, l'économie française a créé 39  000  emplois. En 2001, elle en créait 246  000 avec une croissance pourtant moins dynamique, de 2,1  %. Six fois plus qu'en 2004. Comment expliquer ce décalage  ? Il y a un premier élément de réponse, purement conjoncturel  : le décalage, traditionnel, entre l'activité économique et l'emploi. En 2001, 2002 et 2003, la croissance a ralenti et les entreprises n'ont pas ajusté les emplois en conséquence. Lorsque, en 2004, l'activité a repris, elles ont donc puisé dans leurs réserves plutôt que d'embaucher. Mais ce n'est pas tout. Un autre phénomène est à l'¦uvre  : la fin de ce que les économistes appellent "l'enrichissement de la croissance en emplois". Face à la montée du chômage, les gouvernements successifs ont mis en place, tout au long des années 1990, des politiques dont l'objectif était d'inciter à la création d'emplois. Elles ont incontestablement été efficaces. Mais aujourd'hui, il n'y a plus rien à en attendre  : elles ont donné ce qu'elles pouvaient. De droite comme de gauche, les gouvernements ont exploré deux grandes pistes d'enrichissement de la croissance en emplois. L'allégement du coût du travail d'abord. A la modération salariale, appliquée en France depuis 1983, est venu s'ajouter un train de mesures de baisse des charges, pour l'essentiel ciblées sur les bas salaires. Il s'agissait ainsi d'encourager les entreprises à substituer au capital et aux travailleurs qualifiés des travailleurs moins qualifiés, et donc moins "productifs", et donc plus nombreux. Cette politique a été engagée à l'été 1993 par Edouard Balladur, elle a été élargie par Alain Juppé, puis par Lionel Jospin et, dernièrement, par Jean-Pierre Raffarin pour limiter les effets de l'augmentation du smic. Il faut également citer les politiques d'aides à l'emploi à domicile - baisse des charges et réductions d'impôt -, initiées elles aussi par M.  Balladur en 1993, et amplifiées par M.  Raffarin. RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL La seconde grande piste de lutte contre le chômage a été la réduction de la durée du travail, afin de mieux le partager entre chômeurs et actifs. La loi Robien en 1996 a incité les entreprises à passer aux 35  heures  ; les lois Aubry, en  1998 et 2000, les y ont obligées. Ces politiques ont parfois été coûteuses - les allégements de charges représentent 1,5  % du PIB - mais elles ont incontestablement rempli leur mission. Personne ne conteste qu'elles ont créé des emplois par milliers même si les experts se sont parfois disputés sur les chiffres. Gilbert Cette, professeur à l'université de la Méditerranée et coauteur, en 2004, d'un rapport pour le Conseil d'analyse économique sur "la productivité et la croissance", chiffre à quelque 950  000 le nombre d'emplois créés par toutes ces mesures sur dix ans. Aujourd'hui, l'effet de ces stimulateurs d'emplois est passé. L'Insee estime que, depuis 2004, ils ne fonctionnent plus. M.  Cette pense qu'il faut encore attendre un petit quelque chose des allégements de charges. "Ces mesures donnent le meilleur d'elles-mêmes lorsque les entreprises anticipent qu'elles sont définitives. Or, depuis 1993, on a changé plus de dix fois leurs modalités", explique-t-il. Quoi qu'il en soit, depuis 2004, la capacité de la croissance à créer des emplois est revenue, après dix années de parenthèse enchantée, à un rythme quasi normal. Tout comme la productivité, qui avait chuté dans la décennie 1990. La valeur ajoutée par salarié, mesure l'Insee, a crû de 0,8  % par an entre  1993 et 2002, après avoir augmenté de 1,8  % par an entre  1979 et 1992. En 2004, elle a gagné 2,1  %, estime l'institut de statistiques. "En phase de reprise, elle est au-dessus de son niveau tendanciel. Elle va revenir aux niveaux de progression des années 1980", juge Sébastien Perez-Duarte, de l'Insee. Les 35  heures et le régime des heures supplémentaires ont été assouplis. Quant au plan Borloo, qui veut relancer cette mécanique avec les emplois de services à la personne, il ne s'appliquera qu'en 2006. En attendant, pour faire reculer le chômage en France, il ne faut donc plus compter que sur une croissance très dynamique. -3- L'Etat, l'ANPE et l'Unedic cherchent à améliorer le service rendu aux demandeurs d'emploi Menacées de fusion, l'Unedic et l'ANPE renforcent leur coopération pour mieux accompagner les chômeurs. Et travaillent, avec l'Etat, à la redéfinition de leur mission Condamnés à s'entendre... et à réussir. Les deux piliers du service public français de l'emploi, l'ANPE et l'Unedic, vont devoir accélérer leur coopération et, espère le gouvernement, se montrer plus performants dans l'accompagnement et le retour à l'emploi des chômeurs. Et l'urgence est là au vu des derniers chiffres du chômage qui révèlent que le taux de 10  % est atteint à la fin janvier  2005. Sous l'égide du ministère de l'emploi et de la cohésion sociale, l'Etat, l'ANPE et l'Unedic vont élaborer une convention tripartite censée redéfinir la place de chacun dans le service de l'emploi. Mais, expliquent les dirigeants de l'ANPE et de l'Unedic, l'essentiel réside dans la relation bilatérale que sont en train de tisser les deux organismes. L'injonction vient de haut, puisque le président de la République lui-même a demandé, lors des v¦ux aux forces vives, à l'Elysée le 4  janvier, "à chacun des acteurs qu'il agisse dans un esprit de responsabilité et sans se laisser enfermer dans les conservatismes". Jacques Chirac revendiquait alors pour les demandeurs d'emploi "un point d'entrée unique dans ce service public". "Pour les formalités d'inscription et d'indemnisation, bien sûr, précisait-il, mais aussi et surtout pour bénéficier d'un accompagnement personnalisé, fondé sur une logique de droits et de devoirs, incluant l'exigence d'une recherche d'emploi active." "A défaut de cette mobilisation de tous, insistait encore le chef de l'Etat, sans doute faudra-t-il envisager de passer d'une démarche de coordination des moyens à une démarche de rapprochement des structures qui participent au service de l'emploi, à l'image de ce qu'ont fait la plupart de nos voisins européens." La menace à peine voilée n'est pourtant pas de nature à inquiéter les deux organismes. "Il n'y a pas de perspective de fusion absorption", ironisaient récemment les directeurs généraux de l'ANPE et de l'Unedic, Michel Bernard et Jean-Pierre Revoil. Avant d'ajouter que "cette fusion ne pourrait intervenir que s'il y avait faillite totale de l'un des acteurs, ce qui n'est pas le cas". Pour autant, si la fusion n'est pas à l'ordre du jour - et même difficilement réalisable vue la nature très différente des organismes, l'Unedic étant gérée par les partenaires sociaux, l'ANPE par l'Etat -, une coordination accrue entre les différents intervenants sur le marché de l'emploi semble acquise. Les responsables de l'ANPE et de l'Unedic reconnaissent la nécessité d'une "coopération stratégique de façon à ce que le demandeur d'emploi ne souffre pas de l'existence de deux organismes", ainsi que le dit M.  Bernard. Il y a plus d'un an déjà, en janvier  2004, le ministre des affaires sociales, François Fillon, prenait connaissance du rapport Marimbert qui dénonçait un dispositif complexe et éclaté entre "plusieurs maîtres d'ouvrage", "source de déperdition de temps et d'énergie pour les agents des services de l'emploi" et de "complication" pour les chômeurs et les entreprises. Douze mois plus tard, c'était au tour de l'actuel ministre de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, de recevoir le rapport de Pierre Cahuc et Francis Kramarz qui, tout en plaidant pour la mise en place d'une sorte de "sécurité sociale professionnelle", vantait les mérites d'un "guichet unique" pour le demandeur d'emploi, accompagné d'un "traitement différencié" pour "cibler les dépenses sur les personnes qui en ont le plus besoin". Aujourd'hui, des chantiers sont ouverts et, explique le directeur de l'Unedic, "on s'est donné toute la période du printemps pour tester des processus nouveaux". Parmi lesquels la compatibilité des systèmes informatiques. Aladin (Unedic) et Géode (ANPE) vont donc se parler plus encore qu'ils ne le font déjà. Mais, se justifient les deux directeurs, il existe déjà un système de gestion informatisée du demandeur d'emploi, "Gide Un bis", qui propose un dossier géré par l'Unedic mais accessible à l'ANPE. "Le vrai sujet, explique un responsable de l'agence nationale, est celui du dossier unique du demandeur d'emploi", "DUDE" en langage codé. Et si l'accès des deux organismes au même dossier semble acquis, la question reste entière concernant les autres intervenants sur le marché de l'emploi. Quid des futures maisons de l'emploi que souhaite mettre en place M.  Borloo, des collectivités territoriales, des organismes de formation ou encore des agences d'intérim  ? Car, depuis la perte du monopole dans le placement des demandeurs d'emploi par l'ANPE, le 1er  janvier 2005, d'autres prestataires s'installent plus solidement sur ce marché. Outre des sociétés encore marginales comme l'australienne Ingeus ou la néerlandaise Maatwerk, des entreprises du travail temporaire, telles le groupe suisse Adecco, ou Manpower, ont annoncé l'ouverture d'activités de recrutement et de placement des chômeurs. L'ANPE manifeste son intérêt pour des expériences de coopération avec ces entreprises. Quant aux syndicats, ils craignent que, derrière la menace de fusion de l'Unedic et de l'ANPE, ne se profile l'éclatement du service public de l'emploi. Rémi Barroux -4-       Des "plates-formes de recrutement par simulation" pour aider les chômeurs à valoriser leurs compétences Montrer le meilleur de soi-même lors d'un entretien d'embauche, ce n'est plus forcément arborer une liste infinie de diplômes, une motivation à toute épreuve ou une expérience pointue. La tendance est au recrutement de "talents", terme à la mode qui désigne ce que l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) appelait avant les "habiletés". Grâce à des tests, on apprécie la façon dont un candidat résout des difficultés concrètes et obtient le résultat demandé. Les formateurs de l'ANPE d'Ile-de-France, qui vient d'inaugurer une "plate-forme de recrutement par simulation", avancent le côté "ludique" de la méthode, censée valoriser le candidat et lui faire perdre son appréhension en le confrontant à des tâches précises. UN MOYEN DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS Pour l'agence, c'est aussi un moyen de mettre en scène des métiers où la demande est importante  : aide à domicile, commerce, grande distribution, hôtellerie, bâtiment. Créée par l'ANPE il y a cinq ans, cette méthode a permis d'embaucher plus de 20  000 personnes, dont 10  000 pour la seule année 2004. Le recrutement par simulation permet aussi d'offrir un emploi aux personnes peu ou pas qualifiées, ou victimes de discrimination à l'embauche. 55  % des personnes recrutées par cette méthode sont des femmes ayant choisi des postes dits "masculins", 49  % des jeunes ayant une faible expérience professionnelle et 50  % des demandeurs d'emploi de longue durée. Ses concepteurs font valoir que l'échec est mieux appréhendé par les candidats qui comprennent pourquoi ils sont pris, ou pas. Cette simulation ne dispense pas d'un entretien et ne constitue qu'une première évaluation. 5  000  tests sont prévus à la plate-forme ANPE-République, à Paris, pour les prochains mois, et le nombre d'emplois à la clé est de 750. "Efficace",assure l'ANPE au vu des premiers résultats, cette méthode impose cependant une logistique assez lourde  : coordination avec l'entreprise demandeuse, mise au point des tests... Une des premières entreprises à avoir tenté l'expérience, Ikea, a décidé de l'utiliser pour les trois quarts des 420  salariés qui travailleront dans son nouveau magasin du Val-d'Oise. D'autres entreprises se sont déclarées intéressées. Mathilde Damgé -5- (Supplément Économie)  Le reclassement des chômeurs attire le secteur privé alors que le taux de chômage vient de refranchir la barre des 10  %, la question du placement des demandeurs d'emploi est d'une actualité brûlante. surtout depuis que l'anpe en a perdu le monopole. les syndicats s'inquiètent de la casse du service public L'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) a perdu, depuis le vote par le Parlement du plan Borloo de cohésion sociale en décembre  2004, son monopole en matière de placement des chômeurs. Désormais, les spécialistes privés du recrutement et de l'intérim peuvent accompagner des demandeurs d'emploi. Objectif  : raccourcir la durée d'indemnisation de ceux-ci, sachant qu'un chômeur "coûte", en moyenne par an, 1  500  euros de cotisations en moins et 22  500  euros d'allocations en plus. Il faut rappeler que le monopole de l'ANPE était théorique, puisque seulement 40  % des emplois vacants lui étaient notifiés par les entreprises. L'Agence recourait déjà au service de 4  000 sous-traitants privés, notamment dans le cadre du Plan d'aide au retour à l'emploi (PARE) pour lequel ceux-ci réalisent des évaluations de compétences des chômeurs. L'intersyndicale CGT, SNU, FO et CFTC de l'ANPE s'est inquiétée de longue date, de la "  casse du service public de l'emploi". "  Notre inquiétude porte sur les conventions passées entre l'Unedic, l'ANPE et des agences privées. Par exemple, celle signée avec l'australien Ingeus et qui prévoit de lui payer 4  300  euros pour le placement d'un chômeur de moins de 50 ans et 6  000  euros pour celui d'un plus de 50 ans", s'exclame Régis Dauxois, secrétaire général adjoint de FO ANPE. "  Le service public pouvait assurer ces placements grâce à la compétence de ses conseillers et à son réseau d'entreprises, poursuit-il. Nous, nous prenons en compte la situation humaine et professionnelle du chômeur et nous ne sélectionnons pas les cas les plus faciles. Alors que les acteurs privés - supposés plus efficaces que nous - ne vont se préoccuper que des plus employables et laisseront de côté ceux qu'ils estimeront trop éloignés du marché du travail, donc pas rentables pour eux..." Les agences de travail temporaire, grandes bénéficiaires du plan Borloo, ne veulent pas de conflit avec le service public."Nous sommes conviés à participer à la remise au travail des demandeurs d'emploi et nous répondons à des appels d'offre de l'Unedic ou de conseils généraux pour trouver un emploi à des RMistes, commente Jean-Pierre Lemonnier, président de Manpower France. Il s'agira d'accompagner le chômeur, d'évaluer ses compétences et de le former. Mais l'ANPE restera le maître d'ouvrage du retour à l'emploi  : en France, si on veut être efficace, il faut accepter une intervention publique forte et une collaboration avec les partenaires sociaux" Même son de cloche chez Adecco  : "  La loi Borloo est astucieuse en ce qu'elle offre aux personnes et aux entreprises un réseau de 6  000  agences d'intérim françaises, sans qu'il en coûte au départ un euro à l'Etat, déclare Philippe Marcel, président d'Adecco France, qui se prépare à recruter des centaines de consultants pour faire face à ces nouvelles tâches. Nous mettons à la disposition du service public de l'emploi, qui reste le décideur, notre connaissance du marché. Nous abordons avec modestie ces expérimentations. Il ne s'agira pas de dire si l'intérim est plus performant que l'ANPE, mais de travailler en confiance dans l'intérêt du chômeur. Une mise en concurrence serait dramatique  !" Du côté de l'ANPE, on confirme cette façon de voir l'avenir. "D'ores et déjà, nous confions le placement  de certains demandeurs à d'autres opérateurs. Par exemple, nous orientons les jeunes vers les missions locales, déclare Jean-Marie Marx, directeur général adjoint chargé du développement des services. Avec la loi de cohésion sociale, ce ne seront pas les opérateurs privés qui choisiront les demandeurs d'emploi à reclasser, mais nous qui leur adresserons les personnes qui, d'après leur profil, présenteront les plus grands risques de chômage longue durée. Nous nous sommes mis d'accord avec l'Unedic sur les expérimentations à mener. Après les contrats passés avec Maatwerk en région parisienne et Ingeus dans le Nord - Pas-de-Calais et en Haute-Normandie, nous préparons de nouvelles opérations pour le mois d'avril, mais nous ne traiterons jamais de cette façon des centaines de milliers de chômeurs, pour la bonne raison que cet accompagnement, ce coaching des personnes les plus en difficulté coûte plus de 4  000 euros par personne  !" L'ANPE a donc choisi en matière de placement d'assumer, encore plus que par le passé, un rôle de régulateur, bienvenu à un moment où le taux de chômage vient d'atteindre les 10  %. Alain Faujas -6-       ALAIN LECANU, vice-président de l'Unedic "Il faut promouvoir de nouvelles méthodes" Sur quels critères l'union nationale pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (unedic) a-t-elle décidé de faire partenariat avec le cabinet de placement australien ingeus  ? Tout s'est passé simplement  : en mai  2004, le PDG d'Ingeus a écrit à l'Unedic pour présenter son action et faire part de son expérience. En 2003 déjà, nous avions fait appel à une société hollandaise du nom de Maatwerk, chargée de retrouver un travail à 150  chômeurs. Il s'agissait d'une expérience locale, à laquelle l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) n'était pas associée. Je crois que la moitié des chômeurs a retrouvé un emploi, ce qui n'est pas entièrement satisfaisant. Avec Ingeus, nous inaugurons un partenariat entre le service public de l'emploi et un cabinet de placement privé. Depuis quatorze ans, il est un acteur du marché de l'emploi australien. En 2003, Ingeus s'est implanté au Royaume-Uni. Le replacement des chômeurs a l'air efficace dans les pays anglo-saxons mais nous sommes conscients que le contexte français est différent avec l'éclatement du marché de la réinsertion que se partagent différents organismes dont l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), l'Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) et l'Association pour l'emploi des cadres (APEC). Pourquoi l'Unedic n'a-t-elle pas lancé d'appel d'offres  ? Le courrier d'Ingeus a simplement précédé notre démarche. L'Unedic n'a donc pas jugé nécessaire de lancer un appel d'offres. Nous avons vu dans la proposition australienne une bonne initiative, riche en enseignements. Il ne s'agit, pour l'instant, que d'une expérimentation. Si les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous, nous renégocierons un partenariat. Légalement, l'attribution d'un marché de 26  millions d'euros nécessite un appel d'offres. Le syndicat FO ANPE envisage d'ailleurs un recours en justice. Si certains syndicats préfèrent le terrain juridique, soit. Mais rien ne nous empêchera de soutenir un dispositif d'aide au retour à l'emploi. Nous avons étudié le dossier d'Ingeus et considéré que son action apportait un véritable avantage à l'ANPE. Il faut promouvoir de nouvelles méthodes, celle du "coaching" à l'australienne en est une. Chaque demandeur d'emploi rencontre son conseiller une fois par semaine pour fixer ses objectifs et faire le bilan. Plus on saura accompagner un chômeur, plus le suivi est efficace, et plus les chances sont grandes de voir correspondre l'offre et la demande d'emploi. Le service public de l'emploi est-il en voie de disparition  ? Nous assistons à la fin d'une époque. C'est, en tout cas, ce que permet la loi de cohésion sociale en signant la fin du monopole de l'ANPE en matière de reclassement de chômeurs. Cela ne signifie pas que l'agence pour l'emploi reste sur la touche. Au contraire, elle est partenaire de ce changement. La loi Borloo a confirmé le rôle de l'agence dans le service public de l'emploi, aux côtés des collectivités locales. Nous n'en sommes qu'au stade de l'expérimentation d'un partenariat avec le privé, je le répète, il faut donc en relativiser la portée. La mise en concurrence de cabinets de placement, d'entreprises d'intérim et de l'ANPE n'était-elle pas une proposition du Medef  ? Le patronat a été le premier à en parler, en effet. Mais il est impossible de s'opposer aux initiatives d'aide au retour à l'emploi. Aujourd'hui, il existe plusieurs organismes comme l'ANPE, l'AFPA, l'Unedic ou l'APEC, qui gèrent la question du placement des chômeurs, sans toutefois parler le même langage. La loi de cohésion sociale a le mérite d'instituer le "dossier unique". Toutes ces instances disposeront de la même base de données où figureront l'historique de la formation du salarié, sa durée d'indemnisation et ses différentes rencontres avec l'ANPE. La CGC milite pour l'instauration d'un système d'informatisation qui permettra à chaque organisme d'accéder uniquement aux points du dossier qui l'intéresse. Peut-on espérer que l'introduction de ces acteurs privés permettra à l'Unedic de réduire son déficit  ? L'opération sera rentable pour l'Unedic si la durée d'indemnisation du chômeur est réduite. Un chômeur représente en moyenne 1  500  euros de cotisations en moins chaque année, tandis qu'il touche 22  500  euros d'allocations en moyenne. Pour l'heure, l'économie réalisable pour l'assurance-chômage est difficile à chiffrer. Nous allons suivre de près les résultats obtenus à Lille et à Rouen où l'expérimentation va durer deux ans. Alors, nous pourrons déterminer combien aura coûté à l'Unedic un chômeur replacé par une société privée après quelques mois d'indemnisation. Propos recueillis par Soazig Le Nevé ALAIN LECANU  2003 Secrétaire national à l'emploi et à la formation de la CFE-CGC (Confédération française de l'encadrement), à laquelle il a adhéré en 1986, Alain Lecanu, 52 ans, est également vice-président de l'Unedic.  Titulaire d'un BTS électronique, il est aujourd'hui cadre chez EADS. -7-      L'intérimaire recherche le durable une étude bva montre que les missions servent aussi à acquérir une formation professionnelle L'intérim devient de plus en plus une stratégie élaborée par les demandeurs d'emploi pour se rapprocher de la situation professionnelle à laquelle ils aspirent. Telle est l'une des conclusions de l'étude réalisée en mai  2004 par l'institut BVA pour le Fonds professionnel pour l'emploi dans le travail temporaire (FPE-TT) auprès d'un échantillon représentatif de 1  005  personnes et constitué d'après la méthode des quotas après stratification par régions. Pourquoi se tourne-t-on vers l'intérim  ? 64  % des réponses disent que c'est dans le but de "trouver un emploi rapidement" (54  % lors de l'enquête de 2002)  ; 38  % veulent y acquérir une expérience professionnelle (29  % en 2002) et 36  % veulent diversifier leurs expériences professionnelles avant de se fixer (25  % en 2002). Ceux qui disent ne pas vouloir travailler tout le temps sont 21  % (16  % en 2002). Plus on est jeune et moins on est diplômé, plus le recours au travail temporaire est contraint. Quel parcours effectue-t-on dans l'intérim  ? Contrairement à leur réputation, les intérimaires ne sont pas des instables  : 43  % des personnes ayant répondu avaient travaillé en intérim plus de neuf mois dans l'année précédant le sondage  ; 67  % étaient inscrits dans une seule agence ; 44  % ont effectué leurs missions dans une seule entreprise. Dans un contexte économique difficile, les intérimaires acceptent plus facilement que par le passé des missions proposées par leur agence. En 2004, 36  % ont refusé au moins une mission dans l'année  ; ils étaient 39  % dans ce cas en 2002. Pour expliquer un refus, ils invoquent désormais moins une rémunération insuffisante, une durée trop courte ou un lieu de travail trop éloigné, mais plutôt une autre activité en cours ou une qualification insuffisante. Comment sortent-ils de l'intérim  ? Au bout d'un an, plus de la moitié des intéressés sont sortis de l'emploi temporaire  : un sur quatre a obtenu un contrat à durée déterminée - CDD, 12  % - ou un contrat à durée indéterminée - CDI, 14  %  ; 18  % sont devenus ou redevenus chômeurs. 62  % de ceux qui ont trouvé un emploi en CDI ou en CDD ont été recrutés par l'entreprise où ils avaient effectué une mission (52  % en 2002). 46  % sont restés intérimaires parce que ce style de vie professionnelle leur convient ou qu'il est une stratégie d'attente. 10  % continuent dans cette voie parce qu'ils n'ont pas le choix. Enfin, quand on les interroge sur la définition qu'ils donneraient de l'intérim, les sondés répondent qu'il s'agit d'une "solution d'attente" dans 47  % des cas, d'une "bonne solution pendant plusieurs années" dans 43  % des cas et d'une "solution utile mais qui doit durer peu de temps" dans 10  % des cas. A noter que les personnes interrogées estiment que leurs missions tendent à être plus intéressantes depuis un an, c'est le cas pour 43  % des interviewés. 40  % constatent que la rémunération est meilleure, mais 43  % se plaignent d'un rallongement des délais entre les missions qui leur sont proposées. Al. F.