[Cip-idf]La démocratie performative de …mes couilles en plastoc par Marie-Hélène Bourcier

From : yotogui@... , the 8th mars 2007 09:55
  • 2007-03-08 09:55:12 — yotogui@... - [Cip-idf]La démocratie performative de …mes couilles en plastoc par Marie-Hélène Bourcier

http://www.mouvements.info/ La démocratie performative de …mes couilles en plastoc par Marie-Hélène Bourcier Echec de la promesse de démocratie participative de Ségolène Royal :   elle aurait pu être performative, elle n’est que normative Une campagne présidentielle classique est une séquence d’actes de   langage bien alignés qui suit une narration contrôlée : celle de « la   rencontre entre la nation et l’élu.e de son cœur » puis de ses urnes.   Dans ce récit linéaire à la fois politico-sexuelle et hétérocentrée   tout commence par la déclaration (d’amour) du candidat/de la   candidate. L’autre volet indispensable de toute campagne est la   projection moderniste d’un espace public dit rationalisé et dont la   fonction idéale, pour reprendre la conception habermassienne, serait   de permettre à l’opinion publique d’exercer un pouvoir citoyen dans   l’arène communicative nationale. Elle a eu des couilles, Ségolène Royal en essayant de faire un   nouveau type de politique. Eût-elle été féministe, il lui aurait même   été possible de préciser que ses couilles étaient en plastique,   participant d’une forme de masculinité (et donc du pouvoir qui lui   est attaché) dont on sait la « nature » prosthétique et ambulatoire.   Loin d’être biologique, la masculinité et ses privilèges afférents   sont une construction culturelle et sociale. Une arme politique pour   les féministes, en politique et ailleurs, qui depuis les suffragettes   en passant par la Nouvelle Femme des années 30 et « Rosie The Riveter   »1, savent bien que les appropriations de la masculinité qu’on leur   reproche comme autant des manquements à « leur » féminité révèlent   bien plus l’interdiction d’accès à certaines tâches et masquent mal   la fragilité de la caution masculiniste : si la masculinité est   culturelle, son lien naturel et attributif avec le pouvoir peut être   défait. La masculinité, ses codes et ses privilèges ne sont pas   réservés aux hommes biologiques. Elle a eu des couilles, Ségolène Royale en tentant de jouer la carte   de la démocratie participative. On l’a même cru un instant post-  moderne ; la seule qui aurait intégré les nouveaux experts et les   renversements d’expertise, celle qui aurait brisé avec la fiction   rationnelle de l’espace public moderne fondamentalement excluant (des   femmes, des minorités et des pauvres…) en proposant une politique in   process, carburant à l’énergie performative et révélant par là même   la dimension performative de la sphère publique. Au lieu de continuer   à projeter celle-ci dès le départ, de croire à sa stabilisation tout   en oeuvrant au contrôle de la circulation de la communication, de   faire croire à la présence des différents publics, Ségolène Royal a   essayé de faire avec. D’attendre. Après la remontée des débats   participatifs, l’espace public apparaîtrait différent et pour ce   qu’il est toujours : le produit de discours, des paroles des publics,   des micropublics. Position de Pénélope, d’attente et d’écoute et donc prétexte à re-  féminisation pour certains. Il est d’ailleurs intéressant de voir que   Ségolène Royal à la différence de bien des femmes politiques qui se   sont cassées les dents sur le masculinisme d’Europe le plus serré,   celui français, est rarement accusé de transgresser son genre. On est   loin des MAM trop testotéronées au goût de Nadine Morano. Ségolène   Royal a essayé de bricoler un nouvel agencement d’énonciation plus   démocratique qui, dans un premier temps en tout cas, ne faisait pas   d’elle la source de l’énonciation et encore moins de profération   autoritaire. Il faut dire que c’était une bonne manière de pallier son exclusion   de départ du schéma narratif matrimonial imposé. Certes, elle a dû se   plier à l’exercice de la déclaration car, comme le disait l’expert   psychanalytique à la télévision dans ses conseils de bon copain à   Sarkozy, une déclaration de candidature est une déclaration d’amour.   A lui de modérer ses ardeurs et de ne pas prendre la France « à la   hussarde ». De fait, il ne restait plus qu’à l’instit « troisième   république » à se fondre dans l’immersion participative. Imaginerait-  on que Marianne soit séduite par une femme ? Comment Ségolène Royale   pouvait-elle prendre la République à moins d’être lesbienne ? Sarkozy   enchaînait crescendo : déclaration puis transformation (le « j’ai   changé du discours » de la Porte de Versailles), agrandissement   (carrure de présidentiable comme l’assura complaisamment un bel   article du Monde). De son côté, Ségolène Royale ripait : distance   avec son parti, discussion en rond à hauteur de ses interlocuteurs.   La presse s’employait à la rapetisser en tout sens jusqu’à ce qu’elle   rejoigne son challenger dans la phase d’incarnation, de   personnalisation et de fusion avec la nation. Entre temps, faute d’être vraiment post-moderne, elle avait planté la   force performative qui aurait peut-être permis de complexifier   l’espace public en période électorale (et plus). Les micro-publics,   les contre-publics pour reprendre une formulation de Michael Warner   n’ont pas pu émerger. Elle les a même figés. L’expertise est de   nouveau bloquée par le haut. Au lieu de profiter des tensions   productives entre ces nouveaux micro-publics qui auraient pu émerger   de la démocratie participative, nous voilà de nouveau dans la   démocratie normative, avec le rassemblement unifié de la nation   autour de la Madone pour horizon. L’émancipée du Parti Socialiste   voit la vieille photographie de famille recouvrir les différences   culturelles et sociales : les éléphants sont de retour, une équipe   bien blanche, majoritairement masculine et même pas   multigénérationnelle pour ne pas parler du reste qui manque. Le problème, c’est d’avoir ramassé les mails comme des copies pour en   faire des synthèses des débats participatifs consultables sur le site   Désirs d’Avenir, d’avoir stoppé la circulation des paroles pour les   transformer en une présentation démagogique de verbatim agrémentés de   prénoms. Pour qu’émergent les micro contre-publics et qu’ils comptent   politiquement, pour qu’ils soient dotés d’une capacité d’agir et de   décider qui ne se limite pas au jour du vote, il fallait que la   circulation des paroles ne soit pas interrompue, qu’elles ne soient   pas ramenées à un propos individuel ou testimonial, bref qu’elles ne   soient pas dépolitisées et finalement arborées de manière descendante   par la candidate. Il fallait même les visibiliser. Car l’émergence de   nouvelles formes d’agir politiques post-modernes en cours – Ségolène   Royale n’a fait que tenir compte d’une modification de l’espace   public généralisée dans les pays démocratiques occidentaux et dont   elle n’a d’ailleurs pas aperçu la dimension transnationale – ne se   confond pas avec l’interactivité d’Internet ou une participation qui   n’aboutirait pas à une augmentation du pouvoir citoyen. L’émergence   de ces publics actifs que le dispositif de Ségolène Royale aurait pu   booster n’a rien à voir avec son écrasement télévisuel que réalise   une émission comme J’ai une question à vous poser. Définis et choisis   en fonction des critères socio-économiques des sondeurs   échantillonneurs, qui valent pour caution scientifique ! De manière à   éviter le casting par la production, a-t-on jamais vu public plus   individualisé donc dépolitisé et captif ? Il ne s’agissait pas de générer un niveau d’intervention personnel,   individuel et testimonial mais d’aller contre la construction stable   et excluante de l’espace public national et de visibiliser en toute   conscience des micropublics actifs. De ménager des espaces entre la   construction simpliste de la réalité de la campagne par les sondages   ou des émissions de télévision finalement populistes. Mais Ségolène   Royal n’a eu de cesse de reprendre le fil de la narration classique   de la progression vers le jour J. Pacte, promesses, con-fusions   habituelles dans l’ontologie de la nation : « je suis la nation », «   vous l’êtes », « je ne suis rien sans vous », « mon équipe, c’est   vous »… un faible dialogue macroscopique a pris la place d’une   reconstruction permanente et macrostruturelle des publics politiques   actifs. Cet écrasement de la démocratie performative par le retour de la   démocratie normative n’a pas de quoi surprendre dans un pays comme la   France. Il prouve aussi que ce n’est pas le clivage droite/gauche qui   joue ici mais plutôt un autre, celui moderne/post-moderne et à quel   point l’ancrage socialiste français est prisonnier de son   républicanisme universaliste. Sans doute plus que le libéralisme à la   Sarkozy qui a compris la nécessité de l’action positive   (l’Affirmative action que les journalistes français jouissent de mal   traduire par « discrimination positive »), et c’est triste à dire.   Pourtant, il n’y aura pas d’égalité sociale et culturelle tant que ne   sera pas constitué un nexus de sphères publiques multiples. Tant que   ne seront pas autorisées de nouvelles formes de pouvoir citoyen et de   micro-souverainnetés qui peuvent faire face à la transnationalisation   et aux déports de puissance sur des institutions elles aussi trans ou   non étatiques. Il est fini le temps où l’Etat pouvait protéger,   réguler, cadrer, diffuser les valeurs. Et qui s’en plaindrait ? Les contrepublics ne sont pas composés d’individus ou d’internautes   sans réseaux. Ils ne se confondent pas non plus avec la somme de   collectifs (dont on voit bien qu’ils ne s’additionnent jamais comme   le prouve assez l’éclatement de la gauche de la gauche). Ils sont en   conflit avec les groupes sociaux dominants et heurtent les normes de   la culture dominante. Ce sont eux qui révèlent les marges de la   démocratie normative, moderne et rationnelle qui écrase les   différences, les cultures et les multi-identités. Eût-elle été   féministe par choix et avec précision, Ségolène Royale se serait   souvenue qu’en citant Ni Putes Ni Soumises comme référence, elle fait   la promotion non pas d’un féminisme mais d’une association fabriquée   par le PS, qui reconduit le stigmate des putes et leur exclusion au   profit d’une vision sélective de La Femme. Elle n’aurait pas été   sourde à l’expertise avérée et revendiquées de l’association Les   Putes qui l’interpelle et ne leur substituerait pas les fantasmes de   Laurence Rossignol. Eût-elle été féministe par elle-même qu’elle   aurait développé une réelle réflexivité féministe et des politiques   sexuelles et de genre, ce qui lui aurait évité de se retrouver   féministe de position vues les attaques misogynes dont elle fait   constamment l’objet ou de renouer avec la féminitude maternalisante   et anti-féministe d’Antoinette Fouque. La pire promesse que n’a pas   tenue Ségolène Royale, c’est bien de ne pas avoir mis la méthode   participative au service de l’empowerment des publics actifs. Il ne   leur reste que le geste du vote – insuffisant comme le prouvent les   dernières échéances dont le 22 avril et le non à la constitution –   dans un espace sur lequel ils n’ont pas prise, construit par et pour   les amis de Sarkozy dans les limites légales de la décence.