[Cip-idf]"… en France plus de gens qui pointent au chômage qu'à l'usine…", Le Monde (divers articles et édito)

From : yotogui@... , the 28th janvier 2013 15:09
  • 2013-01-28 15:09:54 — yotogui@... - [Cip-idf]"… en France plus de gens qui pointent au chômage qu'à l'usine…", Le Monde (divers articles et édito)

Bonjour, Où le Monde fait mine de partir à la recherche du populaire pour découvrir que le salariat... c'est le chômage. l. 29 janvier 2012 : - La France ne sait pas lutter contre le chômage - La bataille du chômage - Quand les chômeurs se rebiffent - Comment sortir Pôle emploi de la confusion - " Nous voulons donner plus de marge de manoeuvre aux conseillers ", Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi - Un tour d'Europe des services de l'emploi (Espagne, Suède, GB) ÉDITORIAL La France ne sait pas lutter contre le chômage Il y a des chiffres qui parlent mieux que de longs discours. Fin décembre 2012, la France comptait 3 389 400 chômeurs, outre-mer compris, et si la hausse mensuelle, la vingtième d'affilée, a marqué le pas, on a observé une progression inexpliquée de près de 25 % des radiations administratives à Pôle emploi. Ce même mois, le nombre de chômeurs de très longue durée, inscrits depuis plus de trois ans, a dépassé le seuil du demi-million. La France peine d'autant plus à s'attaquer au mal du chômage que ses outils paraissent inadaptés ou inefficaces. Le 22 janvier, c'est la Cour des comptes qui tire le signal d'alarme. Dans un rapport très sévère, elle estime que si le régime d'assurance-chômage, l'Unedic, " a bien joué son rôle de maintien du revenu des demandeurs d'emploi, il voit désormais son efficacité sedégrader et son équité se fragiliser ". La France offre un régime d'indemnisation parmi les plus généreux en Europe, mais sa faiblesse, son talon d'Achille, est qu'il réserve " le plus haut niveau de protection aux salariés lesmieux insérés dans l'emploi ". Les jeunes et les précaires, ceux qui souffrent le plus de la crise, sont moins aidés. Il y a là une inégalité que la Cour des comptes invite les partenaires sociaux, qui doivent négocier une nouvelle convention d'assurance-chômage, à corriger en révisant les règles d'indemnisation. Le même constat peut être observé à propos de Pôle emploi. En 2009, Nicolas Sarkozy avait mené à bien une réforme attendue depuis de nombreuses années, celle de la fusion de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) et des Associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic). Christine Lagarde, alors chargée de l'emploi, avait assigné aux 45 800 agents de Pôle emploi un objectif ambitieux : chaque conseiller devait suivre, au moins une fois par mois, 60 demandeurs d'emploi. On en est loin, comme va le montrer un rapport sur les radiations que Jean-Louis Walter, médiateur national, va remettre le 31 janvier. Sous le quinquennat précédent, le gouvernement a mené une politique de Gribouille. Né en pleine explosion du chômage, Pôle emploi s'est vu affecter 1 840 agents supplémentaires après 2009, avant de s'en voir supprimer 1 800 en 2011. Dès son arrivée, Michel Sapin, le ministre du travail, a recruté 2 000 agents. Le résultat est que la belle idée de Pôle emploi est un échec. Ses moyens n'ont jamais été à la hauteur face à l'envolée continue du chômage. Chaque conseiller traite - à la va vite, et donc mal - une moyenne de 165 chômeurs ! Pôle emploi cherche à corriger ses dysfonctionnements. Sa stratégie pour 2015 vise à renforcer l'accompagnement personnalisé des publics " les plus éloignés de l'emploi ", en limitant à 70 le nombre de demandeurs par conseiller. Louable intention, mais l'organisme public aura-t-il les moyens de son ambition, alors que le chômage va continuer d'augmenter ? Pour inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année - engagement de François Hollande -, il faudrait au moins 1,5 % de croissance en 2013. L'objectif semble inatteignable. Mais si par miracle il l'était, la France aura bien du mal à en profiter si elle ne se dote pas d'outils efficaces contre le chômage. La bataille du chômage Il y a désormais en France plus de gens qui pointent au chômage qu'à l'usine : 4,6 millions fin décembre 2012. Face à cette armée, les troupes d'appui sont débordées, pas assez formées, inefficaces et donc légitimement frustrées. Rarement une administration publique s'est trouvée dans une telle situation d'impuissance. Mise en place en 2009, la fusion des Assedic et de l'ANPE est un échec, qui tend à fabriquer des générations de mécontents, de plus en plus prompts à en appeler à la justice. Devrait-on paraphraser le président Mitterrand et dire que, contre le chômage, on a tout essayé ? Sûrement pas, mais il faut regarder les succès étrangers et espérer que les nouveaux moyens engagés et la réorganisation en cours porteront leurs fruits. Mais la bataille de l'emploi ne se gagnera que sur le terrain de la croissance. Le Forum mondial de Davos (Suisse), qui s'est tenu du 23 au 27 janvier, a envoyé sur ce point un signal mitigé. Il se dégage désormais un consensus pour estimer que le gros de la crise est passé, notamment en Europe grâce à la réaction des gouvernements et de la Banque centrale européenne. Face à l'imminence d'un éclatement de la zone euro et même de l'idée européenne, ce sursaut a permis d'éviter le pire. La voiture Europe n'est pas partie dans le décor, mais elle n'a pas retrouvé sa vitesse initiale, celle qui permettrait d'inverser la courbe du chômage. En France, il faudrait pour cela dépasser les 1,5 % de croissance en 2013. On en est loin, même dans les objectifs du gouvernement (+ 0,8 %), déjà jugés trop optimistes par les économistes et le Fonds monétaire international. Or, un deuxième acte se déroule actuellement, avec un risque d'intensification de la guerre monétaire. Un boulet de plus pour l'Europe qui ne peut jouer de cette arme et se trouve condamnée à regarder le Japon saper, par sa politique monétaire, la compétitivité de l'Allemagne, le plus puissant membre de la zone euro. Ces deux-là sont jumeaux par leurs secteurs d'excellence - automobile et biens d'équipement - et leur dépendance aux exportations. Un affaiblissement de notre voisin aurait des conséquences majeures sur le reste de l'Europe. Seul aspect positif, cela pourrait contribuer à rendre Berlin plus compréhensif vis-à-vis des demandes de ses partenaires européens, notamment en matière monétaire. Rendre l'euro moins fort par rapport à ses concurrents sera un élément essentiel du retour de la compétitivité en l'Europe et donc de l'emploi. Philippe Escande Quand les chômeurs se rebiffent Montant des allocations revues à la baisse, réduction de la durée de leur versement, refus d'inscription... : de nombreux chômeurs se heurtent à des décisions pénalisantes de la part de Pôle emploi. Les conséquences vont du remboursement d'indus ou de trop-perçus à la radiation. Et elles résultent, dans certains cas, de dysfonctionnements de l'organisme public. Les démarches des demandeurs d'emploi relèvent du parcours du combattant. Des recours amiables contre des décisions sont possibles, mais les intéressés en sont rarement informés. Dans un premier temps, le chômeur peut saisir le directeur de son agence. En cas d'échec, il peut s'adresser au médiateur de l'organisme, ou à la direction régionale. Dans certains dossiers, il est possible de saisir les instances paritaires régionales ou territoriales (IPR, IPT). Les problèmes de paiements indus " se règlent, en général, avec les IPR ", relève Luisa Benbouzid, membre du comité CGT des chômeurs et précaires. Le traitement amiable peut aussi concerner les radiations. Mais il faut être patient. L'affaire de Patrick, à Nîmes, aura duré deux ans et demi. En octobre 2009, il dépose une demande d'allocation de retour à l'emploi (ARE). Celle-ci est acceptée mais, dix mois plus tard, il est radié car, selon Pôle emploi, il n'a pas fourni les pièces justifiant le salaire qu'il percevait, ce qui laisse entendre qu'il a fraudé. On lui réclame alors la somme de 2 248,40 euros. Il saisit le médiateur, en vain, puis trois courriers du service juridique de Pôle emploi le menacent de le traîner devant les tribunaux. Il engage de nouvelles démarches, cette fois avec le comité CGT. Miracle : en février 2012, l'IPR statue en sa faveur : c'est en fait Pôle emploi qui lui doit 16 131,53 euros ! Reste que, " souvent, les demandeurs d'emploi n'ont pas le réflexe de contester une décision, par manque d'information, remarque Florent Hennequin, avocat en droit social. La motivation des indus, par exemple, n'est pas fournie par Pôle emploi. Il n'y a aucun moyen de connaître les calculs, sauf à engager une procédure ". Il s'agit alors de saisir le tribunal de grande instance - mais là aussi, il faut patienter deux à trois ans avant d'avoir une audience - ou le tribunal administratif, selon les cas. Rappel à l'ordre L'éventualité d'une condamnation peut parfois pousser Pôle emploi à régler le problème " en dernière minute, avant l'audience, par une transaction ou par une annulation de la décision de radiation ou de rejet d'indemnisation ", relève Rose-Marie Péchallat, coadministratrice de l'association d'aide aux chômeurs Recours radiation. C'est le cas dans une affaire où Pôle emploi prélevait des trop-perçus sur les allocations de onze ex-salariés d'une même entreprise en raison d'un mauvais calcul de sa part. L'organisme public a clos le dossier le 22 janvier. D'autres chômeurs doivent aller au bout de leur procédure. Et certains jugements font grand bruit. Comme l'ordonnance du 11 septembre 2012 rendue en référé par le tribunal administratif de Paris. Soutenu par le comité CGT des chômeurs et précaires, un demandeur d'emploi poursuivait l'organisme pour absence de suivi. Il n'avait bénéficié que de trois rendez-vous à son agence en trois ans, ce qui, a-t-il plaidé, le privait de " la liberté fondamentale du droit à l'accès effectif au travail ". C'est, semble-t-il, la première fois qu'un dossier de ce type arrivait devant le juge. Pôle emploi a été condamné et enjoint à le recevoir " dans les huit jours ", à le " rencontrer de manière régulière ", etc. En somme, un rappel à l'ordre de ses obligations légales. Mais l'organisme, appuyé par le ministère du travail, a porté un recours en annulation devant le Conseil d'Etat. Ce dernier a jugé qu'il n'y avait pas de situation d'urgence justifiant le recours au référé. " Mais le Conseil d'Etat ne remet pas en question le constat de violation d'une liberté fondamentale ", se félicite Me Hennequin, qui défendait le plaignant. Ce jugement " a connu un écho auprès de nombreux demandeurs d'emploi ", ajoute-t-il. Un dossier collectif d'une vingtaine de personnes devrait être déposé devant le juge au cours du premier trimestre 2013. Francine Aizicovici Comment sortir Pôle emploi de la confusion Pôle emploi, créé en 2009 pour améliorer la prise en charge des chômeurs, s'est fait déborder par la crise. Après avoir bénéficié en 2012 de moyens supplémentaires, l'opérateur public met progressivement en oeuvre de nouvelles règles d'accompagnement et de suivi pour concentrer les efforts sur les publics les plus fragiles Monsieur, je vous écris car j'ai été radié de la liste des demandeurs d'emploi. Ceci sans avoir reçu aucun avertissement avant radiation, ni de courrier m'informant des motifs et la date de cette radiation. Je l'ai appris indirectement par une lettre du Pôle emploi, datée du 2 décembre 2011, me réclamant le remboursement d'un trop-perçu d'un montant de 476,47 euros pour le motif d'une radiation de la liste des demandeurs d'emploi. " Ce courrier, envoyé au médiateur de Pôle emploi en 2011, a été suivi de nombreux autres l'année suivante. Le haut niveau de chômage, avec 4,6 millions de personnes inscrites à Pôle emploi fin décembre 2012 - et tenues de faire des " actes positifs de recherche d'emploi " -, selon les derniers chiffres publiés par le ministère, vendredi 25 janvier, nécessiterait un renforcement de la prise en charge des demandeurs d'emploi. Mais Pôle emploi est encore empêtré dans de nombreux dysfonctionnements nés de la fusion de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) et des Association pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic) en 2009, qui laissent chômeurs et conseillers entre désarroi et colère. Le médiateur national, Jean-Louis Walter, qui remettra le 31 janvier au conseil d'administration de Pôle emploi un rapport sur la gestion des listes d'emplois et les radiations, indique que " les 6,5 millions de dossiers traités par l'organisme public dans l'année génèrent 560 000 réclamations ". La plupart sont examinées dans les agences. C'est le cas de nombreuses radiations " abusives " pour absence à convocation, qui sont annulées en cours de procédure. " Les convocations qui arrivent par mail ne sont pas toujours repérées par les demandeurs d'emploi, car ils sont identifiés comme des spams - courriels indésirables - par certains fournisseurs d'accès ", indiquait au médiateur une directrice d'agence pour justifier l'annulation d'une radiation. Il y a en moyenne 40 000 radiations effectives chaque mois. Quelque 20 000 réclamations par an remontent au médiateur sous forme de saisine. " En 2012, la majorité des cas portent sur des questions d'indemnisation ", précise-t-il. Pourquoi ? La multiplication des situations particulières, dont le nombre a augmenté avec la crise : " 62 % des erreurs de calcul d'indemnisation concernent des demandeurs d'emploi en activité réduite ", indique M. Walter. L'autre raison : le manque de polyvalence des agents. " Comme il y a de moins en moins de spécialistes, il y a des problèmes réguliers sur certains profils ", explique Rose-Marie Péchallat, de l'association Recours radiation. Elle connaît bien les rouages internes de l'opérateur public pour y avoir travaillé durant vingt ans, jusqu'en juillet 2010. Quelle qu'en soit l'origine, ces erreurs placent les demandeurs d'emploi dans des situations économiques périlleuses, seuls face à leurs factures et leurs agios. Les associations de défense des chômeurs auditionnées, le 16 janvier, à l'Assemblée nationale par la mission d'information sur Pôle emploi et le service public, rapportaient à tour de rôle " la confusion ", " la catastrophe ", " les dysfonctionnements " qu'incarne, pour les demandeurs d'emploi, l'organisme public. " Dans le Languedoc-Roussillon, un chômeur s'est vu réclamer 2 200 euros d'indus. Mais c'est Pôle emploi qui va lui rembourser 16 000 euros : il y avait eu une mauvaise analyse du dossier d'indemnisation, témoigne Luiza Benbouzid, de CGT-Chômeurs. Les chômeurs rentrent à Pôle emploi avec la crainte de ne pas avoir le bon papier. " Le malaise est partagé par les conseillers. Dans l'émission " Les Infiltrés " que France 2 diffusera vendredi 1er février, le reportage des journalistes dans deux agences, réalisé en mai et mi-novembre, montre des agents écrasés par l'explosion du chômage et par les rigidités administratives de l'organisme. Ceux-ci n'arrivent pas à suivre les chômeurs au moins une fois par mois, contrairement à l'objectif officiel formulé jusqu'à peu. Il faut voir comment, lors de l'entretien d'embauche d'une conseillère, en réalité la journaliste " infiltrée ", le responsable des ressources humaines de l'agence explique que son job sera notamment d'" écraser " les projets de formation des chômeurs qui voudraient s'orienter vers des secteurs peu porteurs. Et il faut voir comment la journaliste découvre que, dans son planning, elle n'aura qu'une demi-journée par semaine pour recevoir les demandeurs d'emploi de son " portefeuille ", au nombre de 160. Qu'il est loin, l'objectif de 60 demandeurs d'emploi par conseiller annoncé par Christine Lagarde, ministre de l'économie lors de la fusion ! Pôle emploi indique une moyenne de 165 avec de grandes disparités. " La moyenne est largement au-dessus de 200 ", indique Sébastien Socias, secrétaire général de FO-Personnels publics. Des conseillers de région parisienne font ainsi état de portefeuille de 331 demandeurs d'emploi actifs à Villejuif (Val-de-Marne), de 250 à suivre à Stains et de 368 à Aulnay (Seine-Saint-Denis), où " les entretiens durent en moyenne une vingtaine de minutes ", selon les conseillers. Pour analyser, diagnostiquer, comprendre les attentes et les capacités de chaque demandeur, cela tient de la gageure. Pourtant, depuis 2009, Pôle emploi n'a cessé d'évoluer pour améliorer la prise en charge des chômeurs. Les sites mixtes réunissant les services de l'ANPE et de l'Assedic ont été créés afin que les demandeurs d'emploi ne se rendent plus que dans un seul lieu. La plate-forme téléphonique du 39 49 - passage obligé avant l'inscription - a été mise en place pour désengorger les agences et donner rapidement une information de premier niveau. Le premier entretien regroupe désormais les questions liées à l'inscription, l'indemnisation et le diagnostic. Mais " l'effectif face au public étant insuffisant, il est difficile de recevoir tout le monde rapidement en tenant compte des besoins des demandeurs d'emploi ", constate Bernie Billey, délégué syndical central CFDT-Pôle emploi. De plus, quatre ans de fusion n'ont pas suffi à doter les agents de Pôle emploi de la double compétence " indemnisation ", propre aux anciens agents de l'Assedic, et " accompagnement ", qu'assuraient ceux de l'ANPE. Encore aujourd'hui, " tous les agents ne sont pas susceptibles de donner des informations de premier niveau ", note Françoise Kermorgant, déléguée syndicale centrale de FO-Pôle emploi. " Le parent pauvre de la multi-compétence telle que voulue par la fusion, c'est l'indemnisation ", estime M. Socias. Un début d'amélioration du service de Pôle emploi a été enregistré dès 2010 sur le délai d'inscription, mais pas sur le traitement des dossiers. " Il y a des cas complexes, qui nécessitent une compétence à la fois informatique, comptable et d'accompagnement. Ce profil de conseiller, c'est la perle rare qui n'existe pas ! ", insiste M. Socias. Le médiateur note, pour sa part, une avancée sur la question des indus réclamés après des radiations abusives, dans la mesure où la rétroactivité des radiations est supprimée depuis le 1er janvier 2013. Il constate, en revanche, que la situation se dégrade sur deux points : le ton du courrier est de plus en plus violent, insultes à l'appui, et un phénomène nouveau est apparu en 2012 : la judiciarisation. " Ce sont des avocats qui écrivent désormais au médiateur, alors qu'on recevait auparavant des courriers très personnels ", note-t-il. Depuis la fusion, les moyens déployés pour Pôle emploi n'ont jamais été à la hauteur de la progression du chômage. Pire, l'espoir d'un retour de la croissance en 2011 a été à l'origine d'une politique de stop-and-go sur le recrutement. Après avoir embauché 1 840 agents supplémentaires pour réagir à la forte hausse du chômage de 2009, le gouvernement, pariant sur un retour de la croissance, a supprimé 1 800 postes en 2011. Un turnover qui a été dommageable à la polyvalence des agents. A son tour, mi-2012, le ministre du travail, Michel Sapin, annonçait 2 000 recrutements de plus comme l'instrument du succès de la nouvelle offre de service de Pôle emploi. Depuis la fusion, " compte tenu de l'évolution du nombre de chômeurs, de l'évolution insuffisante en parallèle des effectifs de Pôle emploi, le métier évolue vers des traitements de masse, avec une segmentation des publics suivant leur difficulté présumée d'accès au travail ", dit Dominique Simon, membre du bureau national du SNU-FSU Pôle emploi. Il s'agit de constituer des portefeuilles par profil sociologique, fonction du degré d'autonomie du demandeur d'emploi. La stratégie 2015 présentée par Jean Bassères, le directeur général de Pôle emploi, va dans ce sens. Les solutions d'accompagnement différenciées préconisées par Pôle emploi 2015 prévoient un accompagnement renforcé pour les publics " les plus éloignés de l'emploi ", à raison d'une limitation de 70 personnes par portefeuille, un accompagnement guidé pour les demandeurs ayant des difficultés moindres dans le cadre de portefeuilles pouvant osciller entre 100 et 150 demandeurs d'emploi, et, enfin, un simple suivi pour les demandeurs les plus autonomes, dans le cadre de portefeuilles pouvant aller de 200 à 350 personnes. Lancé dans un contexte de crise aggravée, où la hausse du chômage doit se conjuguer avec la réduction des dépenses publiques, le succès de Pôle emploi 2015 tient du défi. Jean-Baptiste Chastand et Anne Rodier " Nous voulons donner plus de marge de manoeuvre aux conseillers " Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi Face à la hausse durable du chômage, comment Pôle emploi répond-t-il à l'urgence ? Notre premier objectif est de contribuer à respecter l'engagement du gouvernement d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin 2013. Nous sommes mobilisés pour la réussite des emplois d'avenir et des contrats de génération. Pour améliorer le quotidien des chômeurs et des conseillers, l'urgence nous impose de changer. C'est pourquoi nous mettons en place de nouveaux services plus personnalisés pour les demandeurs d'emploi et qui donnent plus de marge de manoeuvre aux conseillers. Ne faudrait-il pas renforcer les moyens de Pôle emploi ?  Il fallait d'abord mettre en place les renforts qui ont été accordés : c'est chose faite. L'effort du gouvernement a porté sur 2 000 contrats à durée indéterminée. C'est sans précédent dans l'histoire de Pôle emploi et exceptionnel dans le contexte actuel de crise des finances publiques. Nous allons augmenter le temps consacré à l'accompagnement et au suivi des chômeurs à hauteur de 2 000 équivalents temps plein principalement en simplifiant nos processus et nos organisations. Notre objectif est aussi de réduire les fonctions supports à hauteur de 600 équivalents temps plein d'ici à 2014. De nouvelles modalités de suivi des demandeurs d'emploi vont être mises en place. Qu'est-ce que cela va changer pour les chômeurs ?  Aujourd'hui, trois régions - Auvergne, Centre et Corse - ont commencé la mise en oeuvre des nouvelles modalités d'accompagnement et de suivi. Ces services seront déployés dans toutes les régions au cours du premier trimestre 2013. Nous visons un traitement plus personnalisé en fonction des besoins des demandeurs d'emploi. Il y aura trois catégories d'accompagnement et de suivi, et donc trois catégories de portefeuille. Les personnes les plus éloignées de l'emploi seront suivies par des conseillers qui géreront des portefeuilles de 70 personnes maximum. Les agences définiront qui est " éloigné de l'emploi " ; elles sont les mieux placées pour connaître les caractéristiques du bassin d'emploi et les chômeurs pour lesquels, cela pourra conduire à changer de conseiller. Ces derniers assureront cette information auprès des demandeurs d'emploi. Les portefeuilles de chômeurs jugés les plus autonomes pourront dépasser les 300 personnes. Comment les conseillers contrôleront-ils la recherche d'emploi ?  Il faut que nous précisions dans quelles conditions ce sujet doit être traité. Mais pour cette catégorie de demandeurs d'emploi - qui sera minoritaire -, le nombre de contacts physiques sera plus limité. Ne pas répondre à un SMS ou à un courriel pourra-t-il justifier une radiation ?  Cela concerne les trois catégories d'accompagnement et de suivi. En accompagnement " guidé ", la formule intermédiaire qui concernera la majorité des demandeurs d'emploi avec des portefeuilles d'environ 100 à 150 demandeurs, il y aura aussi des contacts qui pourront se faire par téléphone ou sur Internet. Le fait de ne pas répondre à un courriel ou à un SMS ne constitue pas, à lui seul, un motif de radiation. Ces nouvelles modalités ne vont-elles pas générer un surcroît de travail pour des conseillers déjà débordés ?  On ne demande pas de travail supplémentaire au conseiller ; on lui donne les moyens de faire son travail dans de meilleures conditions. Notre objectif est de donner plus de marge de manoeuvre aux conseillers avec un cadre obligatoire très allégé. Ce qui aujourd'hui est décidé est, outre l'entretien d'inscription, un entretien au quatrième mois et un autre au neuvième mois. Et c'est le conseiller qui appréciera, en fonction des caractéristiques et des attentes du demandeur d'emploi, le mode et la fréquence de contact les mieux adaptés à sa situation. Ce changement, très important, permettra de sortir d'une logique " mécaniste ". De nombreux dysfonctionnements sont liés au problème de la double compétence - indemnisation et accompagnement...  C'est le thème important actuellement en discussion avec les partenaires sociaux. Il s'agit de savoir s'il y a, ou pas, un socle commun de compétences qui devrait être maîtrisé par tous les conseillers de Pôle emploi qui sont en contact avec les demandeurs d'emploi. Notre ambition est que tous ces conseillers puissent réaliser le premier entretien - d'inscription et de diagnostic -, qui comporte des volets sur l'indemnisation mais aussi l'intermédiation. Le plan Pôle emploi 2015 prévoit un effort de formation de cinq millions d'heures, soit en moyenne cinq jours par agent et par an. Pôle emploi ne serait-il pas plus efficace en ne faisant que de l'indemnisation et de la formation ?  Aujourd'hui, notre priorité est d'assurer l'inscription et l'indemnisation dans les meilleurs délais possibles. Ils se sont d'ailleurs maintenus malgré l'augmentation de la charge de travail. Près de huit chômeurs sur dix ont leur premier entretien dans les dix jours suivant leur inscription. Notre objectif est de maintenir notre qualité de service pour l'inscription et l'indemnisation et de l'augmenter pour l'accompagnement des chômeurs et le traitement des offres d'emploi. Où en est le projet de connecter les fichiers des Urssaf sur ceux de Pôle emploi ?  Nous sommes désormais autorisés à récupérer automatiquement auprès de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss, la caisse nationale des Urssaf) les déclarations préalables à l'embauche. Celles-ci comportent le numéro de Sécurité sociale du demandeur d'emploi. Y avoir accès va nous permettre de transmettre à chaque conseiller l'information selon laquelle tel demandeur d'emploi vient d'être embauché. Nous travaillons également avec la Dares (service de statistiques du ministère du travail) à définir un indicateur à partir de ces déclarations d'embauche, qui mesurera la contribution de nos services à la reprise d'emploi. Depuis votre arrivée à Pôle emploi en décembre 2011, qu'est-ce qui a vraiment changé pour les chômeurs ?  L'année 2012 a surtout été consacrée à la préparation de notre projet stratégique " Pôle emploi 2015 " et à notre nouvelle offre de service. Les plus grands changements vont intervenir à partir de 2013. Propos recueillis par A. Rr Un tour d'Europe des services de l'emploi ROYAUME-UNI Les Jobcentres sont débordés Les agences britanniques chargées de l'aide à la recherche d'emploi et celles responsables du versement des allocations sociales ont fusionné dès 2002. Et leur rapprochement est souvent montré en exemple. Pourtant, avec la crise, les Jobcentres peinent à faire face à l'afflux de nouveaux chômeurs. Chaque conseiller doit désormais recevoir 75 personnes par semaine, contre 40 avant la crise. En moyenne, les rendez-vous ne durent que vingt minutes, deux fois moins longtemps qu'autrefois. Enfin, les Jobcentres, surtout ceux spécialisés dans les petits boulots, ne savent pas appréhender les demandes des cadres. Leur efficacité n'est d'ailleurs pas démontrée : seules 20 % des petites entreprises du pays recrutent par leur intermédiaire. Reste un aspect positif : le versement des allocations est rapide. Il intervient en moyenne moins de deux semaines après qu'un nouveau chômeur a déposé son dossier. Eric Albert (Londres, correspondance) Un tour d'Europe des services de l'emploi ROYAUME-UNI Les Jobcentres sont débordés... Les agences britanniques chargées de l'aide à la recherche d'emploi et celles responsables du versement des allocations sociales ont fusionné dès 2002. Et leur rapprochement est souvent montré en exemple. Pourtant, avec la crise, les Jobcentres peinent à faire face à l'afflux de nouveaux chômeurs. Chaque conseiller doit désormais recevoir 75 personnes par semaine, contre 40 avant la crise. En moyenne, les rendez-vous ne durent que vingt minutes, deux fois moins longtemps qu'autrefois. Enfin, les Jobcentres, surtout ceux spécialisés dans les petits boulots, ne savent pas appréhender les demandes des cadres. Leur efficacité n'est d'ailleurs pas démontrée : seules 20 % des petites entreprises du pays recrutent par leur intermédiaire. Reste un aspect positif : le versement des allocations est rapide. Il intervient en moyenne moins de deux semaines après qu'un nouveau chômeur a déposé son dossier. Eric Albert (Londres, correspondance) ESPAGNE L'aide aux chômeurs victime des coupes budgétaires Malgré l'augmentation dramatique du chômage, qui touche plus de 6 millions de personnes et 26 % de la population active, le gouvernement espagnol a pris cet été des mesures drastiques pour réduire les dépenses d'aide aux chômeurs. Madrid a en effet abaissé le montant des allocations, déjà limitées à 1 100 euros par mois, établi des critères plus restrictifs pour bénéficier de l'aide de 400 euros mensuels sur six mois accordée aux chômeurs en fin de droit. Introduite en 2009 et reconduite depuis tous les six mois, cette aide sera maintenue tant que le taux de chômage sera supérieur à 20 %. Les dépenses de " politique active pour l'emploi " (primes pour l'embauche de chômeurs de longue durée, formations, etc.) ont été réduites de 50 % en deux ans, ce qui s'est traduit par une baisse de l'offre de formations de réinsertion professionnelle. Enfin, les réductions de personnels dans les agences pour l'emploi provoquent des retards de prises en charge. En Andalousie, où le taux de chômage atteint 35 % de la population active, le délai pour obtenir un premier rendez-vous peut atteindre vingt-trois jours depuis que la région a licencié plus de 800 conseillers. Sandrine Morel (Madrid, correspondante) SUÈDE 39 % des chômeurs ne sont pas indemnisés L'inscription des chômeurs suédois se passe bien... quand ils ont le droit de s'inscrire. Depuis l'arrivée de la droite au pouvoir en 2006, les conditions d'accès à l'Agence de l'emploi se sont beaucoup durcies, et 39 % des chômeurs n'ont pas droit aux indemnités chômage. Pour les autres, les indemnités - 80 % du salaire brut passé, plafonné à 80 euros par jour - sont régulièrement versées. Mais seuls 10 % des chômeurs se voient payer ces 80 %. Le gouvernement suédois a limité le recours à la formation, misant plutôt sur des coaches individuels pour encadrer les chômeurs, désormais poussés à accepter toutes sortes d'emploi, même distants. Avec des résultats peu encourageants. Dans un sondage paru en juillet 2012, l'Agence de l'emploi était l'administration la plus mal notée par les Suédois. Olivier Truc (Stockholm, correspondance)