[Cip-idf]La réponse de D.Mermet à “La précarité selon Mermet“

From : philippe.grau@... , the 29th September 2004 14:48
  • 2004-09-29 14:48:34 — philippe.grau@... - [Cip-idf]La réponse de D.Mermet à “La précarité selon Mermet“

Histoire d'avoir tous les sons de cloches. Voici la version de Daniel Mermet, dans un texte envoyé à LBSJS  (http://lbsjs.free.fr/) Pourquoi tant d’amour ? « Rentrant de reportage, je suis  à la fois stupéfait  et bouleversé   de découvrir  qu’en mon absence  des tracts me mettant violemment en  cause  ont  été affichés dans les ascenseurs de France Inter. Avec "un discours digne des patrons les plus brutaux", j’aurais en juin  dernier, signifié à  Thierry Scharf et Claire Hauter,  reporters  permanents de l’émission, que leur contrat "ne serait pas renouvelé à  la rentrée". Je n’ai jamais tenu de tels propos et je défie mes accusateurs  d’apporter l’ombre d’une preuve.  Cette diffamation est indigne. Je tiens donc  à  rétablir les faits. Il est  absolument  scandaleux et mensonger d’affirmer que j’aurais mis  un terme au contrat de Claire Hauter et de Thierry Scharf en juin  dernier. Je n’en ai jamais eu l’intention et je n’en ai pas le pouvoir.    Je n’ai envers les collaborateurs de l’émission qu’un rôle  réduit  au  cadre  imposé  par  France Inter, étant moi-même payé au cachet selon  un contrat  (CDD) renouvelable, comme d’ailleurs toute l’équipe de  l’émission. A France Inter, un "budget de pige"  est affecté à chacune des  émissions des programmes. C’est sur ce budget que les collaborateurs  occasionnels et les reporters de "Là-bas" ont longtemps été rémunérés  au cachet,  au gré des prestations.  C’est contre cette situation  aléatoire et fragilisante que j’ai bataillé auprès de la direction de  France Inter pour obtenir des contrats annuels pour les reporters.  Chacun en  a été témoin et il est  tout à fait malveillant aujourd’hui   de m’accuser de  précariser quiconque ! Depuis trois ans nous fonctionnons de cette manière. Thierry Scharf  ayant  un contrat d’environ 3 700 Euros mensuel  (24 000 Francs) pour  fournir la matière de quatre reportages en moyenne  par mois. Le  contrat de Claire  Hauter s’élevant à  2 720 Euros par mois pour  fournir  trois reportages en moyenne mensuellement. Fin juin dernier,  nous avons ensemble fait le bilan de la saison.  D’abord pour nous féliciter de la qualité des reportages, mais… mais  pas de la quantité ! Nous étions loin du compte. Sur les dix mois de la  saison Thierry  Scharf avait fourni environ 25 reportages (au lieu de  40) et Claire 23 reportages (au lieu de 30). Encore une fois,  j’insiste, ces reportages  ont été de très grande qualité  mais  loin  de  pouvoir  nourrir cet ogre quotidien qui s’appelle "Là-bas", 22  numéros chaque mois, 220 émissions chaque année… Il ne s’agit pas d’un conflit opposant un  gros vilain chef  à  d’innocentes victimes précarisées,  mais tout  simplement d’un budget  insuffisant. La cause de cette crise est là, et nulle par ailleurs. Et  c’est à la direction de  France Inter d’y mettre un terme. En attendant, en juin , j’ai proposé  aux reporters : - Soit de concevoir des reportages moins lourds  afin de rester dans  l’enveloppe imposée dans le cadre du contrat de grille - Soit de revenir au rythme des  piges en relevant le montant de  celle-ci. Sans aboutir à une conclusion nous avons préparé le déménagement et  chacun est parti en vacances. Jamais je n’ai parlé de "fonctionnarisation" ou "de manque de  rendement". Il est indigne de me prêter de tels propos. Il est  mensonger d’affirmer qu’un "changement de contrat a été imposé  autoritairement".  Je le répète, nous n’avons pris aucune décision,  nous promettant de nous rappeler dans l’été pour faire le point. A la mi-juillet j’ai appelé Thierry Scharf pour discuter des sujets de  la rentrée. D’emblée Thierry m’a annoncé sa décision  d’arrêter le  reportage radio et de s’orienter vers le documentaire en image. Depuis  dix ans, à  plusieurs reprises Thierry a quitté "Là-bas"  tantôt pour  le reportage télé, tantôt pour se lancer dans le  documentaire de  fiction. Chaque fois il est revenu frapper à la porte de  "Là-bas" et  la porte lui était ouverte. Aussi  pour en avoir le cœur net, je l’ai   rappelé quelques jours plus tard. Il m’a  confirmé sa décision,  sans  rancune, il avait  fait son choix. Il tentait  par ailleurs d’obtenir  de la direction de  France Inter  des piges dans des émissions, des   chroniques ou des interventions qui lui laisseraient le temps de  s’investir dans la voie fixée. Quant à Claire, sans aucune  nouvelle durant l’été mais comptant sur  elle pour septembre, elle m’apprit brièvement  cinq jours avant la  rentrée, qu’elle ne reprenait pas,  venant de s’engager avec Nils  Tavernier sur l’écriture d’un scénario ( tiré d’ailleurs d’une émission  de "Là-bas"). C’est donc bien Thierry et Claire qui ont pris la décision eux-mêmes de  suspendre leur collaboration avec l’émission et non le contraire ! Ces deux départs ont rendu la rentrée difficile. Affectivement d’abord,  on s’en doute et professionnellement ensuite. Les bons reporters radio  de magazine ne courent pas les rues… Toute l’équipe de "Là-bas" a été surprise et indignée par ce tract.   Des voix  s’élèvent pour dire  que ce règlement de compte  ne s’attaque  pas aux vrais problèmes : la précarité des pigistes permanents et des  journalistes des programmes  non reconnus et qualifiés de  "collaborateurs spécialisés", ainsi que l’insuffisance des budgets qui  conduit  à un appauvrissement du contenu comme de la forme des  émissions. Autant de thèmes pour l’action de tous et de l’action  syndicale en particulier. Le 13 septembre, en partant en reportage, j’étais  à mille lieux  d’imaginer  qu’en mon absence  sans la moindre enquête, sans daigner  m’interroger,  une chasse à cour syndicale  allait me prendre pour  gibier à partir d’ affabulations rancunières dont les raisons  je  l’avoue, m’échappent entièrement.  Parricide symbolique ? Amours  enfouies ? Comment comprendre  ces attaques fratricides qui ne font que  réjouir  le camp des maîtres ? J’avoue ma très profonde tristesse. Daniel Mermet ,  26 septembre 2004. Je suis bien sûr à la disposition de tous pour trouver une issue à  cette crise. daniel.mermet@... .»