[Cip-idf]Actions autour des salles de cinéma à Paris en mars

From : yotogui@... , the 31st March 2007 09:28
  • 2007-03-31 09:28:48 — yotogui@... - [Cip-idf]Actions autour des salles de cinéma à Paris en mars

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3307 Actions autour des salles de cinéma Suite à la rencontre avec Arlette Farge  lors d'une séance de   l'université ouverte (lire des extraits ici : http://www.cip-idf.org/  article.php3?id_article=3306), nous avons été voir Le monde de Jia   Zhan Kee à la cinémathèque, sans payer notre place, avec le tract   suivant. LE MONDE ? ENTRÉE LIBRE ! - Nous sommes morts ? - Non, ça ne fait que commencer. « "N’a-t-on pas remarqué que les expériences vécues se sont détachées   de l’homme ? Elles sont passées sur la scène, dans les livres, dans   les rapports des laboratoires et des expéditions scientifiques, dans   les communautés, religieuses ou autres, qui développent certaines   formes d’expériences au dépens des autres comme dans une   expérimentation sociale. Dans la mesure où les expériences vécues ne   se trouvent pas, précisément, dans le travail, elles sont, tout   simplement, dans l’air. Qui oserait encore prétendre, aujourd’hui,   que sa colère soit vraiment la sienne quand tant de gens se mêlent de   lui en parler et de s’y retrouver mieux que lui-même ? Il s’est   constitué un monde de qualités sans homme, d’expériences vécues sans   personne pour les vivre." (L’Homme sans qualités, Robert Musil) .   Quelque chose est devenu flottant dans l’expérience. Dans un film   récent, les habitants d’une zone de miniaturisation du monde réduit à   "ses monuments", dociles aux injonctions de la communication   impériale mais indisponible à l’épreuve de ce qui leur arrive, sont   appelés les flottants (Jia Zhan Kee, The world, 2005). Si le cinéma   ne s’était pas aussi complaisamment livré à la fausse alternative art/  divertissement, il aurait pu servir d’outil de vérification de thèses   essentielles. C’est un peu le cas avec le film de Jia Zhan Kee, ça   l’est encore d’avantage avec à l’ouest des rails (Wang Bin, 2004), où   les gestes des travailleurs d’un vaste complexe industriel chinois   sont comme restitués à leur vocation de jeu : sans passé, sans suite.   Par là, leurs gestes ne diffèrent aucunement de ceux des habitants   des bidonvilles, occupés à rester là, activant vaguement ce qui passe   pour les désirs des garçons et des filles, dans un présent sans   promesses et sans pesanteur, malgré le bruit de la machine impériale   venu les écraser. C’est comme si la distance entre chacun d’eux, mais   aussi celle qui fait flotter les expériences au dessus de ceux qui   pourtant en subissent les effets ou les causes, avait pris une   amplitude telle que c’est désormais le vide enveloppant, comme un   halo autour de chaque posture des corps, qui est devenu visible. » Traversés de questions politiques que ne sauraient circonscrire de   quelconques échéances électorales, nous venons en cette zone de   miniaturisation du continent cinématographique réduit à son   patrimoine, flottants, précaires sans qualités et sans argent, faire   l’expérience en commun du film Le monde. « Du fleuve qui déborde on dit souvent qu’il est violent. Mais du lit   qu’il enserre nul ne dira qu’il est violent. » Nous avons ensuite été au festival du réel à Beaubourg pour voir les   films de Peter Nestler. La séance ayant été annulée pour nous punir   de cette intrusion, nous y sommes retournés lors d’une autre séance   où les mêmes films étaient programmés, pour voir les films et   distribuer ce tract. La séance fut gratuite pour tous... LE RÉEL ? telosblind* !! « Si le cinéma ne s’était pas aussi complaisamment livré à la fausse   alternative art/divertissement, il aurait pu servir d’outil de   vérification de thèses essentielles. » Traversés de questions politiques que ne sauraient circonscrire de   quelconques échéances électorales, nous venons, précaires sans   qualités, sans argent, en cette zone de miniaturisation du continent   cinématographique (zone festivalière), faire en commun l’expérience de Am Siel , Aufsätze, Von Griechenland , Einleitung zu Arnold   Schönbergs « Begleitmusik zu einer Lichtspielscene », Jeder ein   Berliner Kindl , Die Worte der Vorsitzenden, Farbtest : Die rote   Fahne , Oskar Langenfeld - 12 mal. Au bord du chenal, Rédactions, De la Grèce, Introduction à la   “Musique d’accompagnement pour une scène de film” d’Arnold Schönberg,   Bière pour tous, Les Citations du Président, Essai couleur : le   drapeau rouge, Oskar Langenfeld - 12 fois. Nous étions une trentaine à nous rendre à Beaubourg pour voir ces   films programmés le samedi 10 mars, décidés à entrer dans la salle   sans nous être acquittés du billet d’entrée. Faire l’expérience en   commun de ces films importe ; pour ces réalisateurs, le cinéma engage   à quelque chose. La question d’ailleurs "à quoi engage le cinéma"   plutôt que les sempiternelles atermoiements stériles autour d’un   cinéma engagé ou politique, nous apparaît cruciale. Il ne peut s’agir   de seulement considérer ces films comme appartenant à l’histoire du   cinéma ou comme figures d’un courant du cinéma politique, mais de   tenter de les rendre au présent et de pouvoir s’en saisir comme d’un   héritage possible. « Ne pas payer notre place » pour les voir était   ainsi une tentative de rendre possible cette expérience et permettait   aussi, à la plupart d’entre nous - rmistes, chômeurs ou précaires -   de tout simplement entrer dans la salle. De fait, il y eut   bousculade, le zèle triste et défensif des précaires employés par le   festival, l’atteste aujourd’hui encore. Ce geste simple et intrusif, à nos yeux relativement insignifiant, à   l’aune de ce qui traversent ces films et qui nous traversent, ne   mériterait pas d’explications, et moins encore de revendications,   s’il n’avait pas rencontré une situation de blocage entraînant la   décision, par la direction du festival, d’annuler la projection.   Cette décision fût prise immédiatement : nous fûmes qualifiés de   preneurs d’otages, de fascistes, de violents et donc Punis de   projection(s). Le terme "punis" a ici son importance : il fut   prononcé par madame la directrice. Pas de fric, pas de film ; pas de   bras, pas de banania. Et puis on ne fait pas intrusion, cela ne se   fait pas, le réel ne peut avoir lieu. L’arrivée rapide d’une dizaine   de vigiles en costumes et en gants de cuir noir, prenant place tout   autour de la salle et exigeant l’évacuation de tous les spectateurs   fut, il est vrai, du plus glaçant effet. Beaucoup de spectateurs, partageant notre étonnement devant cette   réaction délirante, insistaient avec nous pour que les films soient   projetés. Nous étions tous venus ici pour voir ces films, mais il   faut croire que cette décision simple ne pouvait pas être maintenue.   Après nous être vus demandés, par la direction du festival, de   présenter nos excuses aux gens à l’entrée (ce que nous avons fait   malgré le ridicule de la situation, situation comprise des personnes   qui munies de billets, s’excusaient à leur tour...), après avoir   accepté de nous mettre sur le côté de la salle pour que les gens   ayant acheté un billet soient tous sûrs d’avoir une place assise, la   séance fut définitivement annulée par la direction du festival, pour   des raisons de sécurité... Tristesse, stupidité, état des choses. Le problème en fait, c’est   l’irruption ; le problème, c’est de ne pas montrer patte blanche. Le   problème, c’est de vouloir retrouver de la présence dans des lieux   qui instituent des programmes mais qui ont oublié que programmer   n’est pas montrer ; que montrer des films, cela n’est pas remplir des   rayons ou des cases comme on empilent des tendances dans la grande   distribution : le grand marché fictif. Le problème, c’est de se   satisfaire de cet intolérable présent, où il suffit de programmer   deux fois des films d’importance pour s’acquitter d’une conscience   politique à l’intérieur de vitrines (Beaubourg) désertées de pensées   en acte. Nous ne sommes pas venus militer pour la gratuité de   l’ensemble des marchandises culturelles (rien à foutre d’entrer   gratos pour aller voir les dernières conneries en date), nous étions   venus montrer par notre présence et pour ces films, notre amitié pour   les choses dites politiques. Devant ces réactions, il faut donc bien reconnaître que notre   intrusion a été vécue comme violente. Mais la seule violence qu’on   peut nous imputer est celle de ne pas considérer comme évident le   fait de devoir payer un droit d’entrée pour voir certains films, de   ne pas consommer ces films comme de vulgaires marchandises et de   travailler à les voir pour ce qu’ils sont. Une gigantesque publicité   pour la culture proclame sur le fronton de Beaubourg, « Le beau est   toujours bizarre ». Le normal sera donc toujours laid. Ceux du 15 mars * telos : le but, la fin... blind : aveugle...