[Cip-idf]L'Humanité d'hier : Les intermittents s'invitent aux césars

From : al.guy@... , the 28th février 2006 10:10
  • 2006-02-28 10:10:53 — al.guy@... - [Cip-idf]L'Humanité d'hier : Les intermittents s'invitent aux césars

Salut à tous, Allez, un p'tit coup de Césars - Guy culture Les intermittents s’invitent aux césars Cérémonie . La 31e soirée des césars a été fortement perturbée par les  intermittent qui entendaient dénoncer les blocages persistants sur les  négociations de leur assurance chômage. Le ballet des voitures dépose en flux continu les participants devant  le Théâtre du Châtelet, réquisitionné par Canal Plus pour accueillir la  31e cérémonie des césars. Les invités, apprêtés comme il se doit, la  plupart indifférents à ce qui se passe dans la rue, s’engouffrent dans  le théâtre. Les caméras de Canal Plus évitent soigneusement de filmer  ce qui se déroule là, sur l’autre trottoir, en face, où sont regroupés  plus de cinq cents intermittents. Contenus derrière un quadrillage de  barrières métalliques imposant. Tenus à distance par un déploiement de  forces de l’ordre impressionnant. La sono diffuse en boucle les propos  du ministre de la Culture où il est question, « solennellement » de  construire « un système d’assurance chômage pérenne et équitable pour  le 1er janvier 2006 » pour les professionnels du spectacle et du  cinéma. Ça tombe bien. Les manifestants ne demandent pas autre chose.  Et ce depuis bientôt trois ans. L’agitation est dans la rue, mais pas  seulement. La police charge les manifestants À l’intérieur du Châtelet, ça s’agite pas mal. On devine un va-et-vient  incessant, une tension perceptible malgré les vitres qui ne laissent  rien passer. Des hommes en pingouin grimpent pour redescendre aussitôt  les marches du théâtre. Le noeud papillon de travers. À 21 heures, un  coup de fil prévient les manifestants que la cérémonie des césars n’a  toujours pas commencé. Dehors, on ne sait pas bien ce qui se passe à  l’intérieur. Et vice versa. Entre-temps, la police a cru bon de charger  les manifestants côté quai de la Mégisserie, histoire de pouvoir  balancer du gaz lacrymogène et faire dispersion. « Sortez du  Châtelet ! », « Pas de cinéma sans intermittents ! », « Vos césars ne  valent rien », « Pas de culture sans droits sociaux », scande-t-on de  plus belle dehors. On sait alors qu’une poignée d’intermittents a pu  monter sur le plateau du théâtre et improviser une prise de parole.  Dans une adresse virulente au ministre, assis aux premiers rangs de  l’orchestre, ils lui rappellent ses engagements et estiment que « cette  soirée ne peut se dérouler comme si de rien n’était. Voilà plus de deux  ans que [le ministre] nous balade, mène un simulacre de négociations ».  La direction de Canal Plus estime que les téléspectateurs n’ont pas le  droit de savoir ce qui se passe, ni à l’intérieur du théâtre ni à  l’extérieur. Préfère couper l’image et le son et diffuser en boucle des  rétrospectives des césars, histoire de faire patienter les  téléspectateurs et probablement de rassurer les annonceurs. Comment  appelle-t-on cela ? Censure ? À l’intérieur, les choses se gâtent. Les  intermittents, dans les travées du théâtre, sont sur le point de  sortir. Ils ne doivent pas aller assez vite au goût des organisateurs,  qui font intervenir le service d’ordre. Des invités quittent la salle Échauffourées, coups, c’est à ce moment-là que certains des invités  décident de quitter la salle tandis que la grande majorité préfère  regarder ses chaussures ou le plafond. Robert Guédigian et Ariane  Ascaride (lire ci-contre), Sam Karmann, deux autres producteurs  d’Agathe Film, Aurélien Ferenczi, rédacteur en chef de Télérama, entre  autres, se lèvent et s’en vont pour marquer leur désapprobation. Le  réalisateur Xavier Beauvois, depuis la salle, s’insurge : « Il y a  plein d’intermittents parmi les nommés ! » Kad et Olivier, en coulisse,  regrettent ouvertement l’intervention de la sécurité pour évacuer la dizaine d’intermittents de la salle :  « C’est lamentable d’avoir fait intervenir la sécurité. Quitte à perdre  dix minutes d’antenne, il valait mieux leur donner la parole », dixit  Olivier. Nathalie Baye, césar de la meilleure actrice pour le Petit  Lieutenant, dédiera sa récompense « aux actrices, plus particulièrement  à celles qui ne travaillent pas. À celles qui sont dans le trou, car la  chose la plus difficile dans ce métier, c’est de ne pas avoir de  travail. » À l’extérieur, on ressent les secousses de ce qui se déroule à  l’intérieur. Guédiguian et Ascaride franchissent les portes du théâtre.  Le temps de les reconnaître et les applaudissements et bravos  réchauffent les coeurs des manifestants. Qui leur remettent le « césar  du courage politique ». Il est 21 h 18. Les organisateurs ont fait  évacuer les contestataires. La cérémonie peut commencer. Marie-José Sirach culture « C’était dehors qu’il fallait être » Le réalisateur Robert Guédiguian a quitté la salle par solidarité. Vous êtes un des rares à avoir quitté la cérémonie des césars,  pourquoi ? Robert Guédiguian. Il m’a semblé que, samedi soir, c’était dehors qu’il  fallait être. C’était le bon côté. Avec Arianne, nous sommes partis sur  une position de principe. À l’intérieur, des intermittents sont  intervenus avec raison pour rappeler la situation qui n’a que trop  duré, et l’avenir inquiétant qui s’annonce pour le 8 mars prochain. Ils  sont descendus du plateau. Et là, le service d’ordre a commencé à les  virer assez brutalement. Je me suis levé, j’ai gueulé une première  fois. Puis j’ai vu qu’un des gars saignait. Je ne mange pas de ce  pain-là : je ne pouvais pas rester dans ce théâtre bourgeois, engoncé  dans mon beau costume comme si de rien n’était. Dans les couloirs, la  bousculade continuait. Avec Ariane, nous nous sommes interposés. Les  gars de la sécurité l’ont reconnue, ils ne savaient plus comment agir.  On a été suivis par quelques personnes. Je suis au bureau de l’Académie  des césars, je tiens à dire mon indignation devant ce qui s’est passé.  Si la profession était plus drôle, elle les aurait laissés participer à  l’ensemble des festivités, cela aurait pu prendre des airs de  happening. Mais non seulement ils ne sont pas drôles, mais les  organisateurs n’ont pas diffusé le film de Dominique Cabrera dans la  soirée comme ils s’y étaient engagés. Peut-on parler de famille du cinéma après ce qui s’est passé ? Robert Guédiguian. Du fait du système législatif français, il existe  une famille « obligée » du cinéma français, puisque le cinéma des  riches profite au cinéma des pauvres. Au-delà de ce système économique,  l’idée de famille repose aussi sur un accord qui rassemble l’ensemble  de la profession, riche ou pauvre, de droite comme de gauche : celui de  l’exception culturelle. Tout le monde défend l’idée que le cinéma  français doit exister sous toutes ses formes. C’est une famille soudée  par des intérêts communs, mais qui est caractérisée par des oppositions  très fortes. Propos recueillis par M.-J. S. culture Ils ont dit « Je ne suis pas du tout d’accord avec la manière dont les choses se sont passées avec les intermittents. Moi aussi, j’ai été intermittent. » Jacques Audiard, réalisateur, huit fois récompensé pour le film De battre mon coeur s’est arrêté.