[Cip-idf]La mairie de Paris cherche à faire craquer la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France

From : cip.idf@... , the 25th décembre 2010 17:39
  • 2010-12-25 17:39:31 — cip.idf@... - [Cip-idf]La mairie de Paris cherche à faire craquer la Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France

Mediapart : La mairie de Paris cherche à faire craquer la   Coordination des intermittents et précaires d’Ile-de-France http://www.mediapart.fr/article/offert/39f7e0576ae508cbde3a41935f2a19ef Après avoir invité la Coordination des intermittents et précaires   d'Ile-de-France à s'installer quai de la Charente, à Paris, la mairie   veut l'en faire partir. Par tous les moyens. Symbole de la révolte   des intermittents du spectacle en 2003, la CIP-IDF, lieu expérimental   d'auto-organisation, est devenue encombrante aux yeux des élus   socialistes de la ville. La mairie de Paris cherche à faire craquer la Coordination des   intermittents et précaires d’Ile-de-France 24 Décembre 2010 Par Carine Fouteau 1 2 3 Lire Aussi Les Afghans du square Villemin évacués en plein été Après avoir invité la Coordination des intermittents et précaires   d'Ile-de-France (CIP-IDF) à s'installer quai de la Charente, à Paris,   la mairie veut l'en faire partir. Par tous les moyens. Symbole de la révolte des intermittents du spectacle en 2003, la CIP-  IDF, lieu expérimental d'auto-organisation, à l'origine entre autres   des «grèves» de chômeurs, est progressivement devenue encombrante aux   yeux des élus socialistes de la ville. Au point que le tribunal   d'instance du XIXe arrondissement, à la demande de la Société   d'économie mixte de la ville de Paris (Semavip), a ordonné, le 17   septembre 2010, son expulsion et l'a condamnée à de lourdes   astreintes financières. Depuis plusieurs semaines, les négociations sont au point mort, la   situation apparaît bloquée. À tout moment, l'évacuation par les   forces de l'ordre peut avoir lieu. Sollicité, le président de la cour   d'appel a proposé, le 14 décembre, une procédure de conciliation.   Acceptée par la CIP-IDF, celle-ci a été refusée par la Semavip. La   mairie vient, en outre, de rejeter une offre de médiation venue du   Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac). Au départ, les intérêts des uns et des autres étaient pourtant   convergents. À l'automne 2003, Christophe Girard, adjoint au maire   chargé de la culture, juge utile d'héberger la Coordination qui   vient, cet été-là, de jouer un rôle déterminant dans la lutte contre   la réforme de l'assurance-chômage des intermittents. Festivals   annulés, blocages de tournage, occupations de plateaux de télévision   et de radios, élaboration d'une expertise collective donnant lieu des   contre-propositions: les modes d'action employés tranchent avec les   usages des organisations syndicales, peu revendicatives dans le   secteur, à l'exception de la CGT. À peine quelques mois après avoir   fait irruption dans l'espace public, la CIP-IDF s'impose comme un   interlocuteur central des élus et des pouvoirs publics. Manière d'afficher son soutien, la mairie de Paris lui ouvre les   portes du 14 quai de la Charente. Des centaines d'initiatives voient   le jour, dépassant les questions culturelles. Permanences   hebdomadaires d'information sur les droits des intermittents, des   chômeurs et des «bénéficiaires» des minima sociaux, occupations de   locaux de Pôle emploi ou des Caisses d'allocations familiales, débats   publics, projections de films, concerts, lectures, création d'une   «Université ouverte» ou encore établissement de liens avec la   recherche publique: en quelques mois s'invente un espace d'échange et   de production de savoirs, ouvert à tous et gratuit. «La ville de   Paris les traite comme des malpropres» En juin 2008, la situation se dégrade lorsque la Semavip demande à   récupérer le bâtiment pour y construire des logements sociaux et une   crèche. «Cet endroit, nous l'avons mis à disposition gratuitement et   à titre temporaire. Gratuitement, j'insiste. Les choses étaient   claires dès le début», indique-t-on au cabinet de Christophe Girard,   chargé du dossier. Dans les mois qui suivent, deux propositions de re-  logement sont faites, l'une avenue Gambetta, l'autre rue Curial.   Aucune n'est retenue par la CIP-IDF. La première car le site, dont la   superficie est divisée par deux, ne permet pas d'accueillir du   public, la seconde car les locaux sont situés dans un quartier où   elle estime sa présence inappropriée. Certains, à la Coordination, regrettent de ne pas avoir accepté   l'avenue Gambetta, qui, depuis, a été re-attribuée, mais tous sont   d'accord pour dire que la rue Curial ne convient pas. «Dans une cité   qui manque cruellement d'équipements collectifs, nous considérions   que la priorité était de rendre cet endroit inutilisé disponible pour   les habitants», indique la CIP-IDF, dans un communiqué du 9 décembre.   «Ces locaux, ajoute-t-elle par ailleurs, ne (seront) disponibles   qu'après une phase de travaux et pour une période brève», puisque «la   parcelle concernée doit être rapidement transformée en espace vert». La mairie confirme l'information, précisant même que les lieux   devront être libérés... à l'automne 2011. Soit environ six mois   d'activité réelle. Néanmoins, précise-t-on, «c'est à prendre ou à   laisser». «Les choses ont assez duré, insiste-t-on, cela fait deux   ans qu'on aurait dû commencer les travaux. Il s'agit d'une grande   opération d'intérêt général. Ces gens ne semblent pas très préoccupés   par l'intérêt général. C'est regrettable. On a fait d'innombrables   réunions, avec des propositions correspondant au cahier des charges.   Maintenant, ça suffit. Notre priorité absolue est de libérer le quai   de la Charente.» Même tonalité au cabinet de Roger Madec, maire (PS)   du XIXe arrondissement et président de la Semavip: «On leur propose   des locaux, on est prêt à mettre de l'argent pour les retaper, ils   n'en veulent pas et on se fait accuser de tuer un lieu   d'expérimentation sociale. C'est le monde à l'envers! D'accord, pour   Curial, six mois d'occupation, c'est trop court, mais on pourrait   aller au-delà, deux ans peut-être.» Cette proposition, la Coordination la qualifie de «leurre» et la   considère comme un moyen pour se débarrasser d’elle. Elle-même a   repéré plusieurs bâtiments inoccupés. Elle vise notamment deux étages   vides d’un ancien immeuble de bureaux situé boulevard de Charonne.   Elle l’a fait savoir depuis longtemps. En vain. «On n’est pas une   agence immobilière quand même! C’est nous qui faisons les   propositions, pas eux. On a l’impression d’avoir invité un ami à   dormir et qu’il ne veut plus partir!», lance-t-on au cabinet de   Christophe Girard. «La situation est surréaliste», indique René Dutrey, conseiller de   Paris (Verts), l’un des seuls élus à soutenir la CIP-IDF. «La ville   de Paris a été bien contente d’accueillir le fleuron de la lutte des   intermittents en 2003, et maintenant, elle les traite comme des   malpropres. Cette gestion est inacceptable, notamment le refus de   médiation», estime-t-il. Selon lui, les désaccords sont aussi   politiques: «La mairie est très agacée par certaines de leurs   opérations de tractages, où ils disent ce qu’ils pensent de la   politique sociale et culturelle de la ville.» «Leur proposer Curial,   ajoute-t-il, c’est aller dans le mur, ça montre leur volonté, au   fond, de ne pas les reloger.» «C’est dommage, regrette-t-il, car des solutions existent pour les   collectifs d’artistes. Il suffirait de gérer de manière plus fluide   le patrimoine inoccupé de la ville. Le collectif de la Gare   expérimentale a le même problème. Entre le moment où un bâtiment est   acheté et le moment où commencent les travaux s’écoulent toujours au   minimum deux ou trois ans. Pendant cette période, il est plus   économique que les lieux soient occupés que laissés vides.» «Nous   avons besoin de lieux pour habiter le monde» Dans le bras-de-fer qui l'oppose à la mairie de Paris, la   Coordination pèse moins lourd qu'en 2003. Structure mouvante et   fragile, elle peine parfois à se prononcer collectivement et la   fatigue liée à deux années de contentieux commence à se faire sentir.   Mais elle peut encore compter sur son activisme et son influence,   comme en témoigne la pétition «Nous avons besoin de lieux pour   habiter le monde», signée par plus de 6.000 personnes, parmi   lesquelles de nombreux philosophes, chercheurs, metteurs en scène,   musiciens et écrivains. À quelques semaines de la renégociation des règles du régime   d'assurance-chômage, l'enjeu devient politique. En vue de cette   échéance, le Syndeac, représentant le patronat du secteur, rappelle   Bertrand Delanoë à ses engagements, le maire ayant promis que «la   Coordination ne serait pas à la rue» et qu'il n'y aurait pas   d'expulsion sans relogement. «À l'heure où la situation devient de   plus en plus difficile pour l'ensemble des techniciens et des   artistes intermittents du spectacle, où la précarité gagne du terrain   dans notre pays, il est primordial, écrit cette organisation, de ne   pas rajouter du chaos en sanctionnant la Coordination qui joue un   rôle essentiel et indispensable sur le plan de la solidarité dans nos   professions. À la veille de la renégociation du protocole de   l'assurance chômage, les sanctions prononcées à l'encontre de la CIP-  IDF constituent une attaque violente faite aux artistes et   techniciens et un signe négatif très fort donné à l'ensemble des   professionnels de l'art et de la culture.» En offrant l'hospitalité à la Coordination, il y a sept ans, la   mairie de Paris a pris parti. La manière dont elle saura, ou pas,   renouer le dialogue, fera office de test sur sa capacité à   accompagner, sur le long terme, des projets centrés sur des questions   sociales et culturelles supposées centrales pour elle.