[Cip-idf]R-U : Les chômeurs menés à la dure , l'autre modèle pour la classe dirigeante céfran

From : yotogui@... , the 7th November 2017 15:37
  • 2017-11-07 15:37:04 — yotogui@... - [Cip-idf]R-U : Les chômeurs menés à la dure , l'autre modèle pour la classe dirigeante céfran

Y a pas que les mesures de "gauche" allemandes (Hartz) pour organiser la guerre aux pauvres, le "New Labour" de Blair a aussi fait le job. l. INTERNATIONAL  Les chômeurs menés à la dure  MARION L'HOUR   01/11/2017   HTTPS://WWW.ALTERNATIVES-ECONOMIQUES.FR/CHOMEURS-MENES-A-DURE/00081294 Facebook Twitter Partager sur ... LinkedIn 9Milliards Mail Imprimer Indemnisation forfaitaire et sanctions sont les fondements du système d'assurance chômage britannique dont Emmanuel Macron compte s'inspirer. Au Royaume-Uni, l’allocation de retour à l’emploi n’est plus liée au salaire précédent depuis les années 1980", explique David Webster, directeur de recherche honoraire à l’université de Glasgow. Un chômeur célibataire touche outre-Manche 351 euros bruts d’indemnités par mois pendant six mois maximum. Une somme que peuvent venir gonfler les allocations familiales et logement. En France, le même célibataire percevrait en moyenne 1 159 euros bruts (chiffre de 2016), sur une durée maximale de deux ans, selon une étude réalisée par le Trésor français1. En revanche, au Royaume-Uni, indépendants, fonctionnaires et démissionnaires peuvent presque tous bénéficier eux aussi de l’assurance chômage. Une universalité qu’Emmanuel Macron souhaite instaurer en France. "Ici, la principale condition, c’est de chercher à temps plein un travail", précise Richard Machin, professeur de droit social à l’université de Staffordshire. A cette condition, s’ajoute depuis 1996 un contrat qui définit les "devoirs" du demandeur d’emploi. Les Jobcentre Plus doivent vérifier que les bénéficiaires de l’allocation sont de bonne foi. Ce contrôle, assorti de sanctions, fait lui aussi partie du projet du président français. En principe, l’indemnisation est déjà gelée en France quand le chômeur refuse deux offres valables d’emploi, mais en pratique la règle n’est pas appliquée. Pour la mettre en oeuvre, le gouvernement songe à détacher des agents Pôle emploi spécialisés qui ne seraient pas au contact direct des chômeurs. Situation des chômeurs au Royaume-Uni au regard des sanctions entre 2010 et 2015, en %
VOIR LE GRAPHIQUE
24%DES CHÔMEURS DÉJA SANCTIONNÉS SITUATION DES CHÔMEURS AU ROYAUME-UNI AU REGARD DES SANCTIONS ENTRE 2010 ET 2015, EN % Au Royaume-Uni, une série de manquements peut conduire à une suspension plus ou moins longue de l’indemnisation. Ces sanctions varient de 4 à 156 semaines, selon qu’un chômeur rate son rendez-vous ; que le Jobcentre considère qu’il ne cherche pas un emploi avec assez de zèle ; ou pire, qu’il quitte son travail volontairement. "Il y a un an, lorsque je travaillais, je touchais 2 000 £ par mois, se souvient avec nostalgie Clive, un quinquagénaire londonien. Je suis passé à 71 £ par semaine, puis à zéro, parce que, selon eux, je ne cherchais pas vraiment un travail." 268 000 punitions entre 2010 et 2015 Au sein du Jobcentre, quand l’agent (work coach) qui suit le chômeur juge, au vu des éléments que celui-ci lui fournit, qu’il ne cherche pas de travail avec assez d’ardeur, il lui annonce que son indemnité pourrait être suspendue. Ensuite, un decision maker tranche, en fonction des éléments supplémentaires qu’aura pu lui apporter le chômeur, et il doit lui annoncer le verdict par courrier. Un quart des bénéficiaires de l’allocation chômage ont ainsi été sanctionnés entre 2010 et 2015, soit 268 000 punitions après procédures d’appel, sans que l’on dispose de statistiques récentes sur les proportions respectives entre les différents motifs de sanction. Une étude réalisée en 20122 sur certaines catégories de chômeurs indiquait que dans 31 % des cas, le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avait motivé les sanctions, contre 12 % pour une recherche insuffisante. Depuis un pic en 2013, les sanctions tendent à diminuer. Par ailleurs, un chômeur sanctionné peut, pour ne pas sombrer, réclamer un hardship payment, une aide d’un montant de 60 à 80 % de son indemnité, auprès du ministère du Travail et des Retraites. Faim et dépression Le principe actuel des sanctions, assorties d’une possibilité d’appel devant l’administration, remplit-il sa mission ? Oui et non, si on en croit les chercheurs. Pour le National Audit Office (NAO), la Cour des comptes britannique, le système coûte 244 millions de livres entre administration et versements de hardship payments, contre seulement 132 millions de livres d’économies avérées. Le système ne permet donc pas de gain financier spectaculaire. Quant aux chômeurs, ils subissent des conséquences parfois dramatiques. "J’ai fait les poubelles des supermarchés, j’ai mendié, je me sens de plus en plus déprimé", reconnaît Clive. "Les sanctions font entrer les gens dans la pauvreté, confirme Richard Machin. Pour pouvoir toucher les indemnités, les chômeurs sont contraints de signer ce contrat, qui n’en est pas un, puisqu’ils n’ont aucune liberté de ne pas y souscrire. Et les conditions qui l’accompagnent peuvent poser problème à ceux qui sont fragiles psychologiquement, handicapés, sans abri..." Une étude de l’université d’Oxford, publiée en octobre 2016, suggère qu’il existe un fort lien entre les sanctions autour de l’allocation chômage et la fréquentation des banques alimentaires3. Hypothèse corroborée par le National Audit Office, qui reconnaît que les sanctions peuvent engendrer "la faim et la dépression" chez les parents isolés et les personnes qui ont déjà des fragilités psychologiques. Découragés par la complexité des procédures, les chômeurs vulnérables renoncent parfois à leur indemnisation, quand, à l’inverse, les plus aisés peuvent choisir de s’en passer. Sur le million et demi de chômeurs britanniques, au sens du BIT, moins de la moitié réclame une indemnité. Par ailleurs, selon les Jobcentre Plus, la quantité de sanctions peut varier du simple au triple, signe qu’elles sont souvent liées à une appréciation subjective. "Or, les chômeurs se retrouvent rarement face au même coach", indique Charles Law, cadre du syndicat britanniques PCS. Les réductions de moyens prévues pour le service de l’emploi ne devraient pas aider. La productivité impactée Dans son rapport de novembre 20164, le NAO cite plusieurs études internationales selon lesquelles les sanctions incitent à retrouver un poste plus rapidement. Mais ce rapport ne comporte aucune donnée britannique à l’exception de celle-ci : 62 % des chômeurs indemnisés déclaraient en 2014 que l’existence de sanctions les incitait à remplir les conditions fixées par le contrat de recherche d’emploi. Quant à l’effet des sanctions, lorsqu’elles sont prononcées, 51 % des chômeurs de longue durée affirmaient en 2012 qu’elles n’influaient pas sur leur recherche d’emploi, contre 35 % qui déclaraient qu’elles les incitaient à remplir les conditions du contrat avec le Jobcentre. "Après une sanction, écrit le NAO, les punis ont autant de chances d’arrêter de demander l’allocation que de trouver un emploi." En revanche, le NAO cite cinq études internationales selon lesquelles les sanctions poussent les salaires à la baisse. En clair, les chômeurs acceptent de postuler à des emplois moins bien payés qu’ils ne le souhaiteraient, ce qui réduit leurs revenus. Selon David Webster, qui cite à la fois le Financial Times et une étude publiée par l’International Journal of Epidemiology5 à l’appui de sa thèse, cette déqualification aurait un impact négatif sur la santé des salariés, leur bien-être... et donc sur la productivité. Elle constituerait l’un des facteurs qui expliquent que le niveau de productivité6 de la Grande-Bretagne soit, en 2015, inférieur de 14 % à la moyenne des membres du G77 et de près de 20 % par rapport à la France. "Si Emmanuel Macron me demandait mon avis, je lui dirais ça, plaisante David Webster, de l’université de Glasgow. Cela ne l’embête peut-être pas d’être considéré comme dur avec les chômeurs, mais je suis sûr qu’il s’inquiète de la productivité de l’économie française. Et c’est bien ça qu’il faut regarder pour tirer les leçons de l’expérience anglaise !" 1."Système d’allocations chômage en Europe : le système français est-il vraiment avantageux ?", Direction générale du Trésor, 5 septembre 2017 (https://lc.cx/GcGj). 2."Evaluation of Support for the Very Long-Term Unemployed Trialblazer", Department for Work and Pensions, Research Report no 824, p. 32 (https://lc.cx/GpiR). 3."Austerity, Sanctions and the Rise of Food Banks in the UK", BMJ 2015. 4."Benefit Sanctions", National Audit Office, 30 novembre 2016, p. 16 (https://lc.cx/Gp54). 5."Re-Employment, Job Quality, Health and Allostatic Load Biomarkers : Prospective Evidence from the UK Household Longitudinal Study", International Journal of Epidemiology, 10 août 2017 (https://lc.cx/Gp5S). 6.OECD.Stat, (http://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=PDB_GR&lang=fr) 7."Le ralentissement persistant de la croissance de la productivité pèse sur les niveaux de vie", OCDE, 17 mai 2017 (http://www.oecd.org/fr/economie/le-ralentissement-persistant-de-la-crois...)