[Cip-idf]"Dis, César, c’est quoi un intermittent ?"

From : yotogui@... , the 28th février 2006 14:58
  • 2006-02-28 14:58:41 — yotogui@... - [Cip-idf]"Dis, César, c’est quoi un intermittent ?"

Bonjour, À propos de déficit et d'inégalité, un rappel, sur un cachet, les   cotisations salariales sont perçues jusqu'à un plafond journalier de   330 euro (c'est un plafond de 9000 euro par mois pour des contrats   plus longs), ainsi lorsque Valérie Lemercier est payée 60 000 euro   pour animer la cérémonie de l'académie des César, elle ne contribue   au financement de l'Unedic que sur la somme de 325 euro. l. ------------ http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=7463 Dis, César, c’est quoi un intermittent ? Soirée des Césars 2006 musclée. Les raisons d’un mécontentement. "La cérémonie des Césars a failli être annulée à cause des   intermittents du spectacle", a-t-on entendu dès le dimanche matin sur   les radios, et dans tous les médias. Ce soir-là, des artistes, des techniciens se sont fait expulser de la   salle manu militari quand d’autres étaient contenus par un cordon de   police déployé à l’endroit des personnalités invitées et dont il   fallait assurer la protection, c’est évident... Décidément, les enfants ne comprennent pas bien: Carole Bouquet,   Jacques Audiard, Romain Duris et tutti quanti ne sont donc pas, eux,   "intermittents du spectacle"?... Et les cameramen qui filment la   soirée, les décorateurs du Châtelet ont été expulsés, eux aussi? Les   Césars ne sont pas attribués par des intermittents au sein de la   commission des Césars? C’est quoi, un intermittent? Un type qui fait   la manche dans le métro, qui profite d’un statut d’artiste qu’il a   usurpé et qui lui donne droit à une obole sur le dos des   contribuables, ah, c’est ça?... Et alors, pourquoi le protocole   d’indemnisation des salariés du spectacle tarde-t-il à subir un   salutaire toilettage? Certains délégués syndicaux ne lorgneraient-ils   pas sur le siège bientôt vacant du directeur de l’Unedic?... Trêve de plaisanterie: 99 % des invités de la cérémonie des Césars   sont intermittents du spectacle, c’est-à-dire qu’il travaillent de   façon pas tout à fait indépendante. Lorsqu’ils ne tournent pas, ils   touchent des indemnités de chômage. CQFD. Comme l’a dit très justement et avec force Gérard Lamps, César du   meilleur son, il n’est plus rare de croiser dans le milieu du cinéma   un césarisé d’hier qui vous dira dix mois plus tard: "Je suis obligé   de demander le RMI". Ainsi en est-il allé de certains très bons acteurs césarisés naguère,   comme François Négret (Au revoir les enfants) bel exemple resté des   années sans un contrat. Des dizaines d’autres professionnels seraient   à citer. Mais chut! Tabou absolu... C’est l’effet du proverbe de   métier: "Qui est vu sera vu, qui disparaît aura disparu". Une formule, un statut. En effet le statut d’intermittent n’a rien à voir avec la qualité   d’artiste du spectacle ou de technicien. C’est un statut   administratif. Voyons cela: Le cumul de trois conditions est nécessaire pour être admis au régime   de l’intermittence. Celui-ci s’adresse aux artistes, ouvriers et   techniciens engagés En contrat à durée déterminée Par une entreprise dont l’activité est enregistrée dans un des codes   NAF définis comme une activité de spectacle Pour une des fonctions figurant sur la liste des fonctions de   l’annexe spécifique du régime de l’assurance chômage de l’Unedic. L’allocation de retour à l’emploi est alors versée à compter de la   réalisation de 507 heures de travail (dans les conditions citées) au   cours des 319 jours pour les artistes et 304 derniers jours pour les   techniciens. L’indemnisation est alors ouverte pour une période de   243 jours. L’allocation se compose d’une partie fixe et d’une partie   variable qui fait intervenir à la fois le salaire perçu, le nombre de   jours travaillés ainsi que le nombre d’heures de travail réalisées. L’allocation est composée de deux parties: l’une, fixe, de 10,25 € par jour (avec un minimum garanti de 28,86 €   par jour et un maximum de 113,80 € par jour) l’autre, variable, qui correspond à: 0,195 × [(salaires sur 10 mois) / ((319 ou 304) - N)] + 0,026 € × nbr   d’heures effectuées (N est le nombre de jours où l’intermittent a été pris en charge par   la sécurité sociale, a été en chômage constaté, a effectué un stage   de la formation professionnelle ou acquis des droits au congés.) Du papier aux plateaux. En 2005, l’Etat a pallié les aberrations reconnues de ce nouveau   système mis en place en 2003, en octroyant un fonds provisoire de 15   millions d’euros destiné à ceux qui réalisent les 507 heures de   travail dans les douze derniers mois, et non dans les dix. Le   dénominateur passe alors à 365 au lieu de 319 et la même formule est   appliquée. Mais dans la réalité, celui qui a la chance d’être maintenu dans ses   droits peut se retrouver, en début d’année, calculé à 16 € par jour   d’assurance chômage, et tel autre à 250 € par jour (notamment   certains gros salaires du monde de la pub et du cinoche, n’est-ce   pas...) Les professionnels du spectacle donc, puisque c’est bien d’eux qu’il   s’agit au moins une fois l’an à l’occasion des Césars, râlent à cause   d’un protocole d’assurance-chômage qui défavorise les petits cachets   au détriment des gros. Les premiers voient souvent leur moyen de   subsistance baisser dramatiquement (une couturière de l’opéra de   Paris s’était retrouvée à 12 € par jour en 2005, selon une source du   Syndicat français des artistes) et les seconds voient, par le   truchement de cette formule, leurs indemnités augmenter. Nul doute   que les "satisfaits" de ce protocole étaient notamment dans la salle   du Châtelet, invités aux Césars. Résultat: aucune économie. Au contraire, le déficit annoncé par   l’Unedic s’est creusé de 100 millions d’euros depuis 2003 pour   atteindre 900 millions d’euros!!! En pareil cas et pour n’importe   quel autre secteur socio-économique, il y aurait urgence. Là, non...   les syndicats patronaux (MEDEF), certains syndicats professionnels   (CGC, CFDT) laissent pourrir le poisson par la tête, et le   ministère... ne tient pas ses propres engagements, pris devant   l’Assemblée nationale, de recourir à la voie législative si aucune   négociation ne se révélait possible. Déficit d’image. Malheureusement, le message ne passe toujours pas dans l’opinion. Il   est vrai qu’entendre siffler ou huer les stars du ciné français fait   vite passer les intermittents pour de pauvres fainéants aigris et   jaloux. Il y a dans cette rage revendicative ou dans cette détresse,   un peu du syndrome "Act up": je me sens exclu (voire je veux être   exclu) pour jouir enfin d’une identité spécifique (à défaut de   notoriété), donc je m’exclus moi-même... Ce n’est pourtant ni la réalité, ni le message qui devrait passer.   Zéro pointé pour les meneurs d’actions qui sont, paradoxe, si peu   nombreux. Et lorsque l’un d’entre eux parvient à prendre la parole,   ou la vole, c’est toujours avec un air de revenir des manifs de 68,   longs cheveux et panne de rasoir en prime. De quoi donner à moudre   aux caricaturistes de tous poils et saper définitivement l’image de   ces métiers dans l’opinion publique. D’autant que Canal +, le 25   février 2006, a simplement coupé la diffusion de l’intervention   desdits intermittents bien coiffés en début de soirée. On ne veut   décidément pas les voir, nos cancéreux! "Pas de cinéma pour les intermittents!" ...entendait-on crier à la cérémonie des Césars. Mais nom d’un chien   andalou, répétons-le: il n’y a que des "professionnels du spectacle".   Bien sûr, certains intermittents du spectacle (dénomination Assedic)   sont plus ou moins connus du public, certains gagnent mieux leur vie   que d’autres, mais que ce soit dans le froid de cette soirée du   Châtelet ou bien au chaud dans ses fauteuils de velours rouge, il n’   y avait ce soir-là que des "professionnels du spectacle". Evidemment,   depuis que l’action publique a disparu, depuis que la Société   française de production n’est plus, le secteur a été ouvert au privé,   et qui dit privatisation dit exclusions, passe-droits, fils de. En un seul coup d’oeil aux génériques, on voit que les Césars sont   héréditaires. Ce serait dommageable à tous de laisser se propager l’idée qu’il y   aurait d’un bon côté des "professionnels", des "stars", et de l’autre   côté de la rue des "intermittents", intérimaires du spectacle,   travailleurs à mi-temps, plus "chômeurs marginalisés" que véritables   artistes ou techniciens. Ce sont les mêmes! Ceux-là, sur les   plateaux, font en sorte que la lumière sur Messieurs Depardieu soit   parfaite, que les costumes de Messieurs Cassel soient toujours   raccord et impeccables, que l’émotion de Melle Mastroïanni soit   intacte à l’image; tous, à leur niveau, ajoutent une pierre à   l’édifice de leur gloire. Comme en peinture, c’est l’ombre qui   contribue à ce que la lumière soit belle. On aimerait alors les voir plus solidaires, plus impliqués, ces   professionnels récompensés, drapés dans leur succès fragile, et l’air   de ne pas y toucher (aux assedics). On vit tous dans l’attente du jugement du Luxembourg contre le régime   français spécifique aux intermittents. Au-delà des querelles de   syndicats, des "problèmes de famille", les menaces que la Cour des   communautés européennes fait planer sur ces métiers se précisent. La   politique attentiste en matière de droits sociaux actuellement   observée en dit long. Les stars irradiées de lumière le savent toutes, mais se taisent.   C’est aussi leur carrière qui sera touchée. Benoît RIVILLON, professionnel du spectacle, syndiqué, Délégué du MRC   au Monde des Arts "Les demandeurs d’emploi des métiers du spectacle analyse synthèses   et tableaux Observatoire de l’Anpe novembre 2005" www.anpe.fr Menger Pierre "Sociologie d’une exception." éd. EHESS http://www.culture.gouv.fr/