[Cip-idf] Le Monde du soir : Intermittents

From : al.guy@... , the 30th September 2005 14:05
  • 2005-09-30 14:05:38 — al.guy@... - [Cip-idf] Le Monde du soir : Intermittents

Salut à tous, Ci-dessous la livraison du jour. Bonne lecture - Guy Intermittents : Jean-Paul Guillot présente son constat et ses  recommandations LE MONDE | 30.09.05 | 13h03  •  Mis à jour le 30.09.05 | 13h03 Un contre-temps, un arrêt temporaire du compte à rebours avant un  nouveau décollage. Le ministère de la culture se voulait optimiste,  jeudi 29 septembre, après l'intervention de la Coordination des  intermittents et précaires lors de la réunion sur le nouveau régime  d'indemnisation des artistes et techniciens. Les intermittents, qui  occupaient la Comédie-Française voisine  - le spectacle de la soirée a  été annulé -, ont envahi le ministère de la culture, où les partenaires  sociaux lançaient la renégociation des annexes 8 et 10 de la convention  Unedic. Dénonçant le "paritarisme en trompe l'oeil", la Coordination  exigeait sa présence dans les discussions. Les participants ont alors  quitté la salle, à l'exception de la CGT, qui a regretté "que le Medef  ait pris prétexte de cette intrusion pour s'en aller". Une nouvelle réunion devrait donc être convoquée et le calendrier être  revu. Avec toujours le même objectif : modifier, d'ici au 31 décembre,  la trajectoire actuelle du régime, faute de quoi, celui-ci  s'autodétruira en plein vol. A cette date, la convention d'assurance  chômage arrivera en effet à expiration. Ses deux annexes  - qui  définissent le régime des intermittents du spectacle  - deviendront du  même coup caduques. La réunion était donc attendue. Or, en dépit des  imprévus, elle est parvenue à remplir son objectif premier : définir  les paramètres initiaux de la négociation, afin de sortir le dispositif  d'une orbite incontrôlée. Le rôle du pilote avait été confié à l'économiste Jean-Paul Guillot. En  juin, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, lui avait  donné mission d'"aider les partenaires sociaux" à élaborer de nouvelles  règles du jeu. Jeudi, il a eu le temps de présenter ses constats et  quelques recommandations. Chacun connaît en effet le déficit élevé des annexes 8 et 10 : 952  millions d'euros en 2004. Un trou d'autant plus lourd que l'assurance-  chômage affiche des pertes d'ensemble abyssales (13 millions d'euros).  Mais les faiblesses du dispositif vont bien au-delà, a expliqué M.  Guillot. Non seulement, le système a conduit à multiplier le nombre de  bénéficiaires beaucoup plus vite que le volume d'activité, en  favorisant le fractionnement du travail. Mais il a laissé s'instaurer  des iniquités flagrantes. "L'indemnisation de deux professionnels aux  caractéristiques très voisines peut être très sensiblement différente",  résume l'expert. Ainsi, quelques dizaines d'heures supplémentaires  travaillées peuvent faire passer l'indemnité journalière perçue pendant  les périodes de chômage de 75 à 35 euros. Encore quelques dizaines  d'heures et celle-ci remonte à 70 euros. Ces défauts, le protocole  contesté de 2003, signé par le Medef et la CFDT, ne les a pas gommés.  Il a, au contraire, conduit à une augmentation de 20 % des allocations  versées, tout en réduisant le nombre de nouveaux bénéficiaires du  système. M. Guillot invite toutefois à envisager une perspective plus  large. Façon pour le ministère de ne pas fâcher les signataires d'hier,  qui seront nécessairement ceux de demain. Mais aussi, en montrant que  la dérive est ancienne, de mieux faire accepter les réformes qu'il  propose. MOINS DÉCOUPER LE TRAVAIL Or celles-ci sont multiples. Il invite d'abord à restructurer l'emploi  culturel. Le nombre de conventions collectives serait ramené de vingt à  huit et le recours à l'intermittence y serait précisément défini. Faute  de convention signée d'ici à fin 2006, Jean-Paul Guillot propose  d'interdire à un secteur l'emploi d'intermittents. De quoi motiver des  employeurs hésitants. Pour les inciter encore à moins découper le travail, l'expert invite à  exiger "une cotisation supérieure pour les contrats très fractionnés".  Une telle mesure permettrait, au pis, d'augmenter les ressources du  régime. Au mieux, elle ferait chuter le volume d'allocations. Car c'est  aussi, et peut-être surtout, sur une rationalisation des dépenses que  M. Guillot fait porter son effort. Le régime actuel "conduit les  professionnels à tenter d'optimiser leur allocation journalière et le  nombre de jours indemnisables" en dissimulant des cachets ou en  refusant du travail. Il convient "de trouver une formule qui valorise  clairement à la fois toute la rémunération annuelle perçue et la  totalité du temps de travail effectué", conclut l'expert. Un tel  "protocole vertueux" se devra d'être "simple" , "lisible"  et  "équitable". Pour mesurer l'effet de chaque paramètre, sur les revenus des  intermittents comme sur les comptes de l'Unedic, les partenaires  disposeront, pendant la négociation, des simulations de l'expert. Ils  pourront, par exemple, évaluer les conséquences concrètes, d'un plafond  "salaires + indemnités", réclamé par beaucoup, afin d'éviter que  certains très hauts revenus ne touchent des allocations. Lors de l'irruption des manifestants, jeudi, Denis Gauthier-Sauvagnac  saluait, au nom du Medef, les travaux accomplis. Jean Voirin (CGT),  lui, n'a pas eu le temps de s'exprimer, mais jugeait les propositions  "très positives". De quoi donner un peu d'espoir au ministère de la  culture. Nathaniel Herzberg Article paru dans l'édition du 01.10.05 Bibliographie "Sociologie d'une exception" cousue de paradoxes LE MONDE | 30.09.05 | 13h03  •  Mis à jour le 30.09.05 | 13h03 Les Intermittents du spectacle, de Pierre-Michel Menger. Editions de  l'EHESS, 288 p., 14 euros. De quelque côté qu'on le prenne, le conflit des intermittents apparaît  comme un nid de paradoxes. Depuis vingt ans, il ne frappe pas un monde  en déclin qui chercherait à sauvegarder ses emplois  - comme la  sidérurgie ou le textile  - mais un secteur en expansion, créateur  constant d'activité. Son ressort n'est pas la lutte contre la  flexibilité, mais la promotion de l'hyperflexibilité. Il n'oppose pas  patrons et salariés mais les rapproche, au contraire, dans un souci  commun de préserver le système d'assurance-chômage. Ces incongruités,  Pierre-Michel Menger, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en  sciences sociales (EHESS), en analyse les causes et en détaille les  conséquences, en dressant la "sociologie d'une exception". Méticuleusement, il observe les modifications intervenues sur le marché  du travail culturel. A commencer par la "substitution à grande échelle"  opérée entre emploi permanent et emploi intermittent. Plus largement,  entre 1990 et 2002, alors que le volume de travail intermittent  progressait de 68 %, l'effectif d'intermittents indemnisés gonflait de  115 %, le nombre d'employeurs de 140 % et le nombre de contrats de 269  %. "Dans ces chiffres se lit toute la dynamique d'un marché du travail  désintégré", avertit l'auteur. Cette désintégration, il serait illusoire ou naïf de l'attribuer aux  spécificités du geste artistique, par nature fragile et temporaire.  Chiffres à l'appui, Menger démontre qu'elle s'explique par "des choix  organisationnels et économiques de réduction de coûts fixes de  main-d'oeuvre, d'augmentation de la flexibilité interne et de  production par relations de coopération et de sous-traitance entre  entreprises". LA FAUTE À QUI ? Chacun y trouve son compte. Les artistes bénéficient de salaires  relativement hauts et préservent leur liberté. Les entrepreneurs  profitent d'un réservoir inépuisable de main-d'oeuvre et réduisent  leurs coûts fixes. Quant à l'Etat, il laisse "l'Unedic, premier mécène  de France" , subventionner indirectement sa politique de promotion  culturelle tous azimuts. "Pour un économiste à la recherche d'une  mobilité parfaite des facteurs de production, comme le veulent les  modèles les plus irréalistes de la théorie de la concurrence pure et  parfaite, le rêve devient ici réalité, pourvu que le coût assurantiel  de ce rêve soit oublié." Or le coût, chacun le sait aujourd'hui, est  important. Le déficit des annexes 8 et 10 de la convention  d'assurance-chômage n'a cessé de se creuser, pour atteindre 952  millions d'euros en 2004. Aucune réforme n'est parvenue à enrayer le  mouvement. La faute à qui ? Aux fraudes ? Le "rituel expiatoire" de leur  dénonciation offre une échappatoire aussi commode qu'illusoire. Aux  "petits arrangements" entre employés et employeurs ? Insuffisant,  estime l'auteur, qui en dresse toutefois une liste imposante. C'est la  construction même du système qui est selon lui viciée. "La couverture  du risque de chômage, telle qu'elle a été organisée, a créé les  conditions de la diffusion et de l'amplification des risques plutôt que  sa réduction." Déresponsabilisés, les employeurs fragmentent et  dispersent le travail. Et l'Unedic trinque. L'auteur aurait pu en rester là. Etudier, analyser. N'est-ce-pas là le  rôle du sociologue ? Mais, tel l'historien qui tenterait de prévoir  l'avenir, il se risque à proposer une réforme, avec l'idée simple de  "substituer à la coalition d'intérêts une logique de négociation, voire  de conflictualité", entre employeurs et employés. A la solidarité  interprofessionnelle, qui aujourd'hui couvre la totalité des dépenses,  s'ajouteraient deux nouvelles sources de financement : une tarification  différenciée des cotisations patronales, qui viserait à faire payer  plus à ceux qui sollicitent davantage le régime, et une implication  directe de l'Etat et des collectivités territoriales. C'est que, pour Pierre-Michel Menger, le conflit des intermittents,  au-delà du seul secteur culturel, invite à s'interroger sur  "l'architecture même de la protection sociale et l'évolution de  l'Etat-providence actuel". Quand la dualité entre CDI et CDD  s'effiloche, que partout l'opposition entre salarié et travailleur  indépendant s'effrite, la situation exceptionnelle des intermittents du  spectacle pose des questions universelles. Là réside sans doute  l'ultime paradoxe. Nathaniel Herzberg Article paru dans l'édition du 01.10.05