[Cip-idf]Révo chinoise, bureaucratie etc.

From : soulthom@... , the 31st décembre 2004 14:41
  • 2004-12-31 14:41:51 — soulthom@... - [Cip-idf]Révo chinoise, bureaucratie etc.

1939 Compte rendu sténographique d'une discussion (T 4560), traduit de  l’anglais, avec la permission de la Houghton Library. La discussion  s'est déroulée Trotsky, 0. Schüssler et C.L.R. James. Œuvres - avril 1939 Léon Trotsky Discussion sur l’Histoire Trotsky. ‑ Le camarade James a étudié cette question avec la  grande  attention et les nombreuses annotations que j'ai sont une preuve du  soin avec lequel j'ai lu son mémoire [1]. Il est important pour tous  les camarades de voir leur passé en insistant sur la clarté  révolutionnaire. Dans certaines de ses parties, le manuscrit est très  perspicace, mais j'ai relevé ici le même défaut que dans World  Revolution [2] , un livre excellent, un manque d'une approche  dialectique, un empirisme anglo‑saxon, et un formalisme qui n'est que  l'envers de l'empirisme. C.L.R. James aborde l'ensemble du sujet en fonction d'une seule date,  celle de l'apparition de la théorie de Staline du « socialisme dans un  seul pays », qui est [pour lui] avril 1924. Mais cette théorie n'est  apparue qu'en octobre 1924. Et cela fait que toute la structure est  fausse. En avril 1924, on ne voyait pas encore clairement si la révolution  allemande avançait ou reculait. En novembre 1923, j’avais demandé le  rappel de tous les camarades russes d'Allemagne [3]. Il était possible  que des couches nouvelles viennent à la révolution à un niveau  supérieur. D'un autre côté, un déclin de la révolution était possible.  Si la révolution déclinait, la première initiative de la réaction  serait d'arrêter les Russes en tant que fauteurs de troubles étrangers.  Staline s'est opposé à moi : « Vous êtes toujours trop pressé. En août,  vous disiez que la révolution était proche. Maintenant, vous dites  qu'elle est déjà finie. » Je ne disais pas qu'elle était finie ; je  suggérais de prendre une précaution. A l'été 1924, Staline a été  convaincu de la défaite de la révolution allemande. Il a demandé alors  aux professeurs rouges [4] de lui trouver quelque chose de Lénine à  dire au peuple. Ils ont cherché et trouvé une ou deux citations, et  Staline a changé le passage dans son livre [5]. La révolution allemande  a eu plus d'influence sur Staline que Staline sur la révolution  allemande. En 1923, tout le parti avait la fièvre dans l'attente de la  révolution qui venait. Staline n'aurait pas osé s'opposer à moi au  comité central sur cette question. L'Opposition de gauche était tout à  fait en pointe là‑dessus. James. ‑ Brandler est venu à Moscou convaincu du succès de la  révolution [6]. Qu'est‑ce qui l'a fait changer [d'avis] ? Trotsky. ‑ J'ai eu de nombreux entretiens avec Brandler. Il me disait  que ce qui le tourmentait, ce n'était pas la prise du pouvoir, mais  quoi faire après. Je lui disais : « Voyons, Brandler, vous dites que  les perspectives sont bonnes, mais la bourgeoisie est au pouvoir, elle  contrôle l'Etat, la police, l'armée, etc. La question est de briser ce  pouvoir. » Brandler a pris beaucoup de  notes au cours de maintes  discussions avec moi. Mais cette hardiesse même n'était, de sa part,  que la couverture de ses craintes secrètes. Il est allé à Chemnitz [7]  et, là, il a rencontré les chefs de la social‑démocratie, une  collection de petits Brandler. Et, dans son discours, il leur a  communiqué ses craintes secrètes,  par la manière même dont il leur  parlait. Naturellement ils ont  reculé et cet état d'esprit défaitiste  a atteint les ouvriers [8]. Pendant la révolution russe de 1905, il y a eu une discussion au soviet  pour savoir si nous allions défier le pouvoir tsariste avec une  manifestation pour l'anniversaire du dimanche sanglant [9]. Aujourd'hui  encore, je ne sais pas ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire à ce  moment. Le comité n'avait pas pu trancher, aussi avons‑nous consulté le  soviet. J'ai présenté le rapport, exposant l’alternative de façon  objective, et le soviet, à une majorité écrasante, a décidé de ne pas  manifester. Mais je suis certain que, si j’avais dit qu'il fallait  manifester et si j'avais parlé en conséquence, nous aurions eu une  grosse majorité pour la manifestation. C'était pareil pour Brandler. Ce  qui manquait à l'Allemagne de 1923, c'était un parti révolutionnaire... Vous m'accusez moi aussi de dégénérescence quand vous citez Fischer  [10]. Qu'ai‑je dit dans cette interview ? Au cours d'une révolution, il  vaut mieux rejeter toujours la responsabilité sur l’ennemi. Ainsi, en  1917, on m'a demandé, au soviet : « Les bolcheviks préparent‑ils  l'insurrection ? ». Que dire ? J'ai dit : « Non, nous défendons la  révolution, mais si on nous provoque... » C'était la même chose. La  Pologne et la France utilisaient le prétexte des bolcheviks russes pour  préparer l'intervention et des mesures réactionnaires. C'est avec  l'accord complet des camarades allemands que j'ai donné cette  interview, pendant que les camarades allemands expliquaient la  situation aux ouvriers allemands. Mais, pendant ce temps, j'avais un  détachement de cavalerie, sous Dybenko, tout prêt, à la frontière  polonaise [11]. James. ‑ Vous ne serez pas d'accord avec Victor Serge qui dit que la  bureaucratie a saboté la révolution chinoise, en d'autres termes, que  son attitude vis‑à‑vis de la révolution chinoise a été la même que plus  tard avec la révolution espagnole ? Trotsky. ‑ Pas du tout. Pourquoi l'auraient‑ils sabotée ? J'étais dans  une commission, avec Tchitchérine, Vorochilov et d'autres, sur la  révolution chinoise. Ils étaient même contre mon attitude qu'ils  trouvaient pessimiste. Ils étaient anxieux de la voir vaincre. James. ‑ Pour le succès de la révolution démocratique bourgeoise. Mais  leur opposition à la révolution prolétarienne n'était‑elle pas  l'opposition d'une bureaucratie qui était tout à fait disposée à  soutenir une révolution démocratique bourgeoise, mais, parce qu'elle  était une bureaucratie, ne pouvait pas soutenir une révolution  prolétarienne ? Trotsky. ‑ Formalisme. On avait en 1917 le plus grand parti  révolutionnaire au monde. Et en 1936, il étrangle la révolution en  Espagne. Comment s'est‑il transformé entre 1917 et 1936 ? C'est la  question. Selon vos arguments, la dégénérescence aurait commencé en  1917. A mon avis, tout a commencé dans les premières années de la Nep  [12]. Mais, même en 1928, l'ensemble du parti attendait avec passion le  résultat de la révolution chinoise. Ce qui est arrivé, c'est que la  bureaucratie a pris certaines habitudes bureaucratiques de pensée. Elle  proposait de retenir les paysans pour ne pas effrayer les généraux.  Elle voulait pousser la bourgeoisie à gauche. Elle voyait le Guomindang  comme organisme de responsables et pensait que, si l'on mettait les  communistes aux postes responsables, cela pouvait changer le cours des  événements. Mais comment pouvez‑vous rendre compte d'un tournant qui  exigeait une Commune de Canton [13]  ? James. ‑ Victor Serge dit que ce n'était qu'à l'usage du 6° congrès  mondial qu'ils avaient besoin de cette Commune, « même un quart d'heure  » [14]. Trotsky. ‑ C'était plus à l'usage interne du parti qu'à celui de  l'Internationale. Le parti était transporté par la révolution   chinoise. C'est seulement en 1923 qu'on avait connu une pareille  intensité.  Non, vous cherchez à partir d'une dégénérescence complète.  Staline et compagnie croyaient vraiment que la révolution chinoise  était une révolution bourgeoise démocratique et cherchaient à établir  la dictature du prolétariat et de la paysannerie. James. ‑ Vous voulez dire que Staline, Boukharine, Tomsky, Rykov et les  autres n'avaient pas compris le cours de la révolution russe ? Trotsky. ‑ Ils ne l'avaient pas compris. Ils y avaient participé et les  événements les avaient dépassés. Leur position sur la Chine était la  même que celle qu'ils avaient en avril 1917, avant l'arrivée de Lénine.  Dans leurs différents écrits, vous verrez les passages qui montrent  qu'ils n'avaient pas compris. Une forme différente d'existence, leurs  habitudes bureaucratiques, ont affecté leur façon de penser et ils sont  revenus à leur position antérieure. Ils l'ont même inscrit dans le  programme de l'I.C. : révolution prolétarienne pour l'Allemagne,  dictature du prolétariat et de la paysannerie pour les pays  semi‑coloniaux, etc. (Ici, Trotsky demande à Van d'apporter une copie  du « Projet de programme » [15] et en lit un extrait). J'ai condamné  cela dans ma « Critique du projet de Programme ». James. ‑ Et au sujet de la déclaration de Boukharine en 1925, qu'en cas  de guerre, les révolutionnaires devraient soutenir le bloc  bourgeois‑soviétique [16] . Trotsky. ‑ Après le Testament de Lénine, Boukharine voulait démontrer  qu'il était un vrai dialecticien [17]. Il a étudié Hegel [18] et  essayait à tout propos de démontrer qu'il était réaliste ; d'où «  Enrichissez‑vous ! », « le socialisme au pas de la tortue », etc. [19]  . Et pas seulement Boukharine, mais moi-même, nous tous, à différentes  reprises, nous avons écrit des absurdités. Je vous donnerai tout ça. James. ‑ Et l'Allemagne 1930‑1933 ? Trotsky. ‑ Je ne puis pas être d'accord que la politique de  l'Internationale ne faisait que matérialiser les directives de Moscou.  Il faut voir la politique dans son ensemble, du point de vue intérieur  et international, sous tous les angles. La politique étrangère de  Moscou et l'orientation vers Genève de la social-démocratie ont pu  jouer un rôle [20] . Mais il y a eu aussi la nécessité de tourner, à  cause de l'effet désastreux de la politique antérieure du parti en  Russie. Après tout, la bureaucratie a affaire à 160 millions d'hommes  qui ont traversé trois révolutions. Tout ce qu’ils disent et pensent  est collecté et classé. Staline voulait démontrer qu'il n'était pas un  menchevik. D'où son brutal tournant à gauche. Il faut voir ça comme un  tout, sous tous ses aspects. James. ‑ Mais le stalinien britannique Campbell écrit que, quand, en  1928, la délégation britannique s'entendit présenter la théorie du  social‑fascisme, il s'y opposa d'abord mais fut rapidement convaincu de  sa justesse [21] ... Trotsky. ‑ J'ai vu le document qui cherche à clarifier votre position,  mais il ne la clarifie pas. Vous dites que vous acceptez mon opinion  sur 1923, mais, plus loin dans le document, je vois bien que vous ne  l'acceptez pas réellement... Je trouve étrange que vous puissiez être  aussi réaliste sur la question nègre et aussi non dialectique sur  celle‑ci (je vous soupçonne d'être juste un peu opportuniste la  question nègre, mais je n'en suis pas tout à fait sûr).   En 1924, le mot d'ordre de Staline [le socialisme dans un seul pays]  correspondait à l’état d’esprit des jeunes  intellectuels sans  formation, sans tradition... En dépit de cela, quand Staline a voulu  étrangler ouvertement la révolution espagnole, il lui a fallu éliminer  des milliers de vieux bolcheviks [22]. Le premier conflit est parti de  la révolution permanente, parce que la bureaucratie voulait la paix et  la tranquillité [23]. Là‑dessus est arrivée la révolution allemande de  1923. Staline, alors, n'osait même pas s’opposer ouvertement à moi.  Nous n'avons appris que bien plus tard qu'il avait secrètement écrit à  Boukharine une lettre où il disait qu'il fallait retenir la révolution  [24]. Puis, après la défaite allemande, est venue la lutte sur  l'égalité [25]. C'est en défendant les privilèges de la bureaucratie  que Staline est devenu son chef indiscutable... La Russie était un pays arriéré. Ses dirigeants avaient des conceptions  marxistes, mais, après Octobre, ils sont vite revenus à leurs vieilles  idées. Vorochilov et les autres me répétaient : « Mais comment  pouvez‑vous penser que les masses chinoises, si arriérées, pourraient  établir la dictature du prolétariat ? » En Allemagne, ils espéraient maintenant un miracle pour casser le cou  de la social‑démocratie ; leur politique avait tout à fait échoué,  n'avait pas réussi à détacher les masses d'elle. D'où cette nouvelle  tentative pour s'en débarrasser... Staline espérait que le parti  communiste allemand remporterait une victoire et penser qu'il avait un  « plan » pour permettre au fascisme de prendre le pouvoir est absurde.  C'est une déification de Staline. James. ‑ Il les a obligés à arrêter leur opposition au plébiscite rouge  [26]. Il a fait dire à Remmele [27] : « Après Hitler, notre tour ». Il  leur a fait arrêter les combats de rue contre les fascistes. Trotsky. ‑ « Après Hitler, notre tour ! », c'était une fanfaronnade, un  aveu de faillite; Vous y accordez trop d'importance ! Schüssler [28] ‑. ‑ On a arrêté les combats de rue parce que les  détachements armés étaient de petits détachements du P.C. De bons  camarades se faisaient constamment descendre. Dans la mesure où  l'ensemble des ouvriers n'y prenaient pas part, ils ont renoncé. Ce fut  un de leurs zigzags. Trotsky. ‑ Vous y êtes ! Ils ont fait toutes sortes de choses. Il leur  est même arrivé de proposer le front unique. James. ‑ Duranty [29] a dit en 1931 qu'ils ne voulaient pas la  révolution en Espagne.   Trotsky. ‑ Ne prenez pas au sérieux ce que dit Duranty. Litvinov  voulait dire qu'ils n'étaient pas responsables de ce qui arrivait en  Espagne. Il ne pouvait pas le dire lui-même, aussi l'a­-t-il fait dire  par Duranty. Peut‑être même qu'ils ne voulaient pas d’ennuis avec  l'Espagne, avec les difficultés qu'ils avaient chez eux… Mais je dirais  que Staline souhaitait sincèrement le triomphe du parti communiste  allemand en Allemagne 1930-1933… De même, vous ne pouvez pas considérer l'Internationale Communiste  comme un simple instrument de la politique extérieure de Staline. En  France, en 1934, le parti communiste était tombé de 80000 adhérents à  30000. Il fallait avoir une politique nouvelle. Nous ne connaissons pas  les archives de I’I.C., la correspondance, etc. En même temps, Staline  cherchait une nouvelle politique étrangère. Des deux côtés, il y a eu  ces tendances qui ont produit ce nouveau tournant. Il y a différents  aspects d'un même processus. Le parti communiste français n'est  seulement une agence de Moscou, mais une organisation nationale, avec  des députés, etc [30]. Tout cela n'est cependant pas très dangereux, bien que cela révèle un  grand manque du sens des proportions que de dire que toute notre  propagande n'a eu aucun sens. S'il en était ainsi, nous aurions fait  faillite. Ce qui est beaucoup plus dangereux, c'est attitude sectaire  vis‑à‑vis du Labour Party. Vous dites que j'ai avancé le mot d'ordre [de gouvernement] Blum‑Cachin  [31]   sans réserves. Puis vous vous souvenez de « Tout le pouvoir aux  soviets » et vous dites que le front unique n'était pas le soviet.  C'est la même approche sectaire. James. ‑ En Angleterre, nous avons eu des difficultés à revendiquer un  gouvernement du Labour avec les réserves nécessaires. Trotsky. ‑ En France, dans notre presse, dans nos archives, dans notre  propagande, nous avons régulièrement fait toutes les réserves  nécessaires. Votre échec en Angleterre est dû à la maladresse, au  manque de souplesse aussi, du fait de la longue domination de la pensée  bourgeoise en Angleterre. Je dirais aux ouvriers anglais : « Vous  refusez d'approuver mes idées ? Bien, peut-être me suis‑je mal  expliqué. Peut‑être êtes‑vous stupides. De toute façon, j'ai échoué.  Mais, maintenant, vous croyez en votre parti. Allez‑vous laisser  Chamberlain [32] garder le pouvoir ? Portez votre parti au pouvoir. Je  vous aiderai de toutes mes forces. Je sais qu'il ne fera pas ce que  vous voulez, mais, puisque vous ne me croyez pas et que nous sommes  petits, je vous aiderai à l'y porter. » C'est très important d'évoquer périodiquement ces questions. Je  suggérerais que vous écriviez un article de discussion sur ces points  et que nous le publiions dans notre presse. Notes   [1]  James avait rédigé pour Trotsky, avant leur discussion, un  mémoire sur l’histoire de l'Opposition de gauche.   [2]  James avait écrit une histoire du Comintern intitulée World  Revolution 1917‑1936 : The Rise and Fall of the Communist International  (Révolution mondiale : la montée et le déclin de l'I.C.).   [3]  L’I.C. avait envoyé en Allemagne, pour aider la préparation de  l'insurrection allemande qui avait été décidée à Moscou, un certain  nombre de techniciens, dont des militaires. Après la décision de  renoncer à la grève générale et à l'insurrection prévue et datée,  Trotsky avait demandé leur rappel, car il estimait que la perspective  de victoire était rejetée à des années plus tard. Zinoviev, au  contraire, avait commencé par affirmer que rien n'était  fondamentalement changé.   [4]  L'Institut des professeurs rouges était une école supérieure des  cadres du parti qui fournit de nombreux collaborateurs à Boukharine et  à Staline, mais également quelques‑uns des meilleurs militants de  l'Opposition de gauche. L'expression ici est péjorative et désigne des  hommes prêts à adapter la théorie aux directives.   [5]  Il s'agit des fameuses phrases de Lénine utilisées par Staline  comme « caution » pour son affirmation que la construction du  socialisme était possible dans un seul pays.   [6]  L'ancien maçon Heinrich Brandler (1881‑1967) était président du  K.P.D. depuis 1921 et leader de sa « droite ». Il n'avait pas jugé la  situation comme révolutionnaire et fut très surpris, à son arrivée à  Moscou du sentiment des Russes, à la fin août‑début septembre : il  s'aligna alors sur eux.   [7]  D*après le plan mis au point par les représentants de l’I.C. en  Allemagne (dont Radek et Piatakov), la conférence des conseils d'usine  convoquée à Chemmnitz, en Saxe, le 21 octobre 1923, devait appeler à la  grève générale dans le pays, pour défendre le gouvernement ouvrier de  Saxe contre l'intervention menaçante de la Reichswehr (Cf. Pierre  Broué, Révolution en Allemagne 1918-1923.)   [8]  Brandler, devant le refus des social‑démocrates de voter pour la  grève générale, à la conférence de Chemnitz, renonça à la proposer,  décommandant du coup l’insurrection qui devait en sortir.   [9]  Le « dimanche sanglant » était le 9 janvier 1905, où l'agent de  la police tsariste, le pope Gapone, avait conduit vers le Palais  impérial une manifestation populaire qui avait été accueillie par un  feu nourri. La discussion dont parle Trotsky avait donc eu lieu a la  fin de 1905, avant l'arrestation des membres du soviet.   [10]  Dans son mémoire, James citait un livre du journaliste américain  Louis Fischer (1896‑1970), Les Soviets dans les affaires mondiales,  citant une interview de Trotsky par le sénateur américain King  (Izvestija, 30 septembre 1923), dans laquelle il avait déclaré : « Si  nous pouvions donner la victoire a la révolution allemande sans courir  le risque d'entrer en guerre, nous ferions tout notre possible. Mais  nous ne voulons pas la guerre. » (p. 405).   [11]  Pavel E. Dybenko (1889‑1938), paysan puis docker, bolchevik en  1912, ancien marin de Cronstadt, commandait en 1923 une division. Il  avait été fusillé depuis.   [12]  La Nouvelle politique économique dite N.E.P. ou Nep fut adoptée  au congrès du parti en mars 1921 : elle constituait un essai pour  ranimer la vie économique en faisant appel au profit et d'abord à celui  du paysan.   [13]  L'insurrection de Canton, en décembre 1927, souvent appelée «  Commune » se fit au nom d'un « soviet » et fut durement réprimée.   [14]  Trotsky avait déjà eu en déportation une discussion sur ce point  avec Préobrajensky qui n'y voyait que l'aspect « manœuvre de Staline »,  lui‑même y voyant un « révélateur ».   [15]  Il s'agit du texte rédigé à Alma‑Ata pour le VI° congrès de  l’I.C. et dont les délégués étrangers eurent connaissance. Van est  l'appellation familière de Jean van Heijenoort, secrétaire de Trotsky.   [16]  Boukharine avait dit cela au IV' congrès de l’I.C., dans le  cours de la discussion sur le programme. Critiqué dans Die  lnternationale par un militant allemand, il répéta et développa cette  idée dans le cours de la discussion du V° congrès de l’I.C. en 1924.   [17]  La lettre au congrès qu'on appelle « testament » de Lénine  mentionnait la faiblesse de Boukharine sous l'angle de la dialectique.   [18]  C'est évidemment dans les travaux du philosophe allemand  Friedrich Hegel (1770‑1831) que l'on peut trouver la meilleure  initiation à la dialectique.   [19]  Ce sont là les deux plus célèbres formules de Boukharine dans sa  défense de la politique de concessions aux paysans aisés, les koulaks.  Le 17 avril 1925, dans un discours au théâtre Bolchoï, il avait  notamment dit : « Aux paysans, à tous les paysans, nous devons dire :  enrichissez‑vous et ne craignez pas que la contrainte s'exerce sur vous  ! » Sans renoncer à l'orientation, il avait dû pourtant désavouer la  formule jugée excessive.   [20]  L' « orientation vers Genève » signifie la position des  socialistes favorables à la S.D.N., donc aux alliés occidentaux.   [21]  Il s'agit de John Ross Campbell (1894‑1969) qui avait adhéré au  C.P.G.B. en 1922 et fut d'ailleurs exclu du bureau politique en 1929.  Bien des délégués eurent des réactions initiales hostiles : Togliatti  (Ercoli) par exemple.   [22]  Trotsky ne fait pas toujours aussi ouvertement qu'ici le lien  entre la politique stalinienne en Espagne et l'élimination des  vieux‑bolcheviks en U.R.S.S. que l'opposition du P.C. tchèque, avec  Guttman et Kalandra, avait opérée d'emblée.   [23]  Dans les années vingt, Staline disait que Trotsky était partisan  de « la révolution en permanence ».   [24]  Il s'agit de la lettre du 7 août 1923 de Staline à Boukharine et  Zinoviev; cf. P. Broué, op. cit., pp. 704‑705.   [25]  Zinoviev, porte‑parole en 1925 de la Nouvelle Opposition,  affirmait qu'Octobre avait été inspiré par « la philosophie de  l'égalité ». Mais la lutte contre « le nivellement gauchiste » avait  été l'un des leitmotive de Staline.   [26]  A l'été 1931, les nazis avaient réclamé l'organisation d'un  référendum en Prusse, nécessaire pour y écarter du pouvoir le  gouvernement social‑démocrate minoritaire au Landtag. Les communistes  allemands, d'abord hostiles, tournèrent ensuite et firent campagne pour  le plébiscite qu'ils appelaient « rouge » tandis que les nazis  l'appelaient « brun ». Ils appelèrent les ouvriers à voter contre les  social‑démocrates et avec les nazis dans ce référendum.   [27]  Hermann Remmele (1880‑1939), dirigeant du K.P.D., était l'auteur  de cette formule peu opportune mais qui avait le mérite de bien résumer  la politique suicidaire du K.P.D. qui se résignait à la victoire des  nazis et s'en consolait en pensant qu'elle le débarrasserait de la  social‑démocratie.   [28]  Otto Schüssler (1905‑1982), ouvrier saxon membre de l'Opposition  de gauche, avait été secrétaire de Trotsky à Prinkipo, puis membre du  S.I. sous le nom d'Oscar Fischer. Il venait, après bien des avatars,  d'arriver au Mexique sans passeport et avait repris à la mi‑février ses  fonctions de secrétaire allemand auprès de Trotsky.   [29]  Walter Duranty (1884‑1957) avait été correspondant du New York  Times en U.R.S.S. et les trotskystes avaient utilisé ses dépêches sur  l'Espagne pour interpréter la politique de l'I.C.   [30]  C'est la première fois, dans cette période, que Trotsky souligne  l’intégration d'un parti communiste dans une société bourgeoise donnée.  Il reviendra sur la question.   [31]  Trotsky avait lancé la formule « gouvernement Blum‑Cachin »  comme forme concrète du gouvernement ouvrier, ou gouvernement P.S.‑P.C.  Cf. Trotsky, Le Mouvement communiste en France, p. 214. Léon Blum  (1872‑1950), haut fonctionnaire venu tard a l'activité politique avait  été l'inspirateur dans la S.F.I.O. de la « résistance » à l'adhésion à  l'Internationale communiste, puis le maître à penser de la S.F.I.O.  après la scission de Tours. Marcel Cachin (18691958), ancien guesdiste,  social‑patriote rallié ensuite au « centre » pendant la guerre, avait  rejoint les communistes lors de la scission. Il était plus un symbole  qu'un dirigeant.   [32]  Neville Chamberlain (1869‑1940), d'une grande famille  d'industriels de Birmingham, conservateur longtemps décidé à la  politique de « concessions » à Hitler, signataire de l'accord de  Munich, était en train de se rallier a la « fermeté ».