[Cip-idf]Deux choses non intermittentes écrites dans les journaux du jour

From : al.guy@... , the 30th September 2005 15:04
  • 2005-09-30 15:04:44 — al.guy@... - [Cip-idf]Deux choses non intermittentes écrites dans les journaux du jour

Salut à tous, Un article du Monde, une chronique des Échos et la terre tourne...  Bref, ils sont comme une causerie à distance...  Bonne lecture - Guy La Chine pourrait devenir le laboratoire du monde dès 2009 LE MONDE | 30.09.05 | 12h58  •  Mis à jour le 30.09.05 | 13h21 près la production, la conception. Après les T-shirts et les  soutiens-gorge, les logiciels et les médicaments du futur. Les  entreprises multinationales délocalisent en masse leurs activités de  recherche et développement (R & D) vers les pays émergents. L'ampleur  du phénomène a conduit la Conférence des Nations unies pour le commerce  et le développement (Cnuced) à en faire le thème principal de son  rapport annuel sur les investissements dans le monde, publié jeudi 29  septembre. "Les entreprises perçoivent désormais certaines régions en  développement comme d'importantes sources de main-d'oeuvre bon marché  mais aussi de croissance, de compétences et même de nouvelles  technologies" , affirme Kofi Annan, secrétaire général des Nations  unies. "Les groupes transnationaux entreprennent pour la première fois de  créer ailleurs que dans les pays développés des installations de  recherche qui ne sont pas simplement destinées à faciliter l'adaptation  aux marchés locaux,  souligne pour sa part Supachai Panitchpakdi,  secrétaire général de la Cnuced. Ils tendent de plus en plus à mener,  dans certains pays émergents, des activités de recherche qui sont axées  sur les marchés mondiaux et font partie intégrante de leur effort  général d'innovation." Les montants sont énormes. Le budget de R & D des multinationales a  représenté, en 2002, la moitié des 677 milliards de dollars investis  mondialement dans la R & D. En 2003, six d'entre elles (Ford, Pfizer,  DaimlerChrysler, Siemens, Toyota et General Motors) y ont consacré plus  de cinq milliards de dollars, alors que seuls quatre pays émergents  atteignaient ce seuil (Brésil, Chine, Corée du Sud et Taïwan). LA MOITIÉ EN ASIE-OCÉANIE L'histoire s'est brusquement accélérée. Selon la Cnuced, les groupes  allemands ont ainsi créé plus de services de recherche à l'étranger  dans les années 1990 qu'au cours des cinquante années précédentes. De  cette vague d'internationalisation, les pays en développement,  principalement d'Asie, ont été les principaux bénéficiaires. La Chine,  qui avait accueilli en 1993 son premier centre de R & D  celui de  Motorola  en compte aujourd'hui 700. Toyota a créé en Thaïlande son  quatrième centre mondial de R & D et Microsoft installé en Inde son  sixième pôle de recherche. Enfin, sur les 1 773 projets  d'investissements de R & D à l'étranger qui ont été lancés de 2002 à  2004, 1 095 ont été exécutés dans des pays en développement, la région  d'Asie-Océanie en attirant près de la moitié (861). "L'internationalisation de la R & D dans les pays en développement est  à la fois prévisible et inattendue" , note M. Panitchpakdi.  "Prévisible"  dans la mesure où les grandes entreprises augmentent leur  production dans ces pays et cherchent à innover à moindre coût.  "Inattendue en ce sens que la recherche est une activité qui exige des  compétences, des connaissances et un appui considérables, conditions   qui  sont en général réunies uniquement dans les pays développés ayant  un solide système national d'innovation" , ajoute M. Panitchpakdi. Mais là encore, l'avantage qu'avaient les grands pays industrialisés à  travers le quasi-monopole sur la formation des scientifiques et  ingénieurs est progressivement remis en cause. Les pays en  développement offrent, pour la R & D, une main-d'oeuvre qualifiée,  abondante et bon marché. 35 000 RETOURS À BANGALORE Près d'un tiers des étudiants de l'enseignement technique supérieur au  niveau mondial étaient scolarisés en Chine, en Inde et dans la  Fédération de Russie. "En outre, de plus en plus de scientifiques et  d'ingénieurs formés en Occident retournent en Chine et en Inde afin de  mener des activités de R & D pour le compte d'entreprises étrangères ou  nationales. A Bangalore, quelque 35 000 Indiens non résidents sont  rentrés après avoir suivi une formation et travaillé aux Etats-Unis" ,  rappelle la Cnuced. Faute d'offrir une main-d'oeuvre suffisamment qualifiée, une grande  partie des pays en développement se retrouve délaissée. "Le gros de  l'activité de recherche est attiré par quelques pays seulement" ,  reconnaît M. Panitchpakdi. Si l'Asie est plébiscitée, les  multinationales implantent en revanche très peu de R & D en Amérique  latine  Brésil et Mexique exceptés , et seulement pour y adapter la  technologie ou les produits aux marchés locaux. La désaffection est  plus grande encore pour l'Afrique, à l'exception du Maroc  (STMicroelectronics conçoit une partie de ses semi-conducteurs à Rabat)  et de l'Afrique du Sud. Les thèmes de R & D varient fortement en fonction des pays. Les trois  quarts de la recherche menée dans les pays en développement d'Asie par  les multinationales américaines portent sur les ordinateurs et les  produits électroniques, alors qu'en Inde plus des trois quarts de leurs  dépenses sont consacrées aux services, en particulier la mise au point  de logiciels. Au Brésil et au Mexique, en revanche, les produits  chimiques et le matériel de transport représentent plus de la moitié de  toutes les dépenses de R & D de ces groupes. "Il existe des raisons fondamentales pour que l'internationalisation de  la R & D vers les pays en développement se poursuive" , pronostique M.  Panitchpakdi, qui évoque l'intensification de la concurrence et la  pénurie de personnel dans les pays industrialisés en raison du  vieillissement de la population. Dès aujourd'hui, plus de la moitié des  entreprises multinationales ont délocalisé une partie de leur R & D en  Chine, en Inde ou à Singapour. Cette proportion devrait encore augmenter. Selon l'enquête menée par la  Cnuced auprès des grands groupes, la Chine devrait même devenir, d'ici  à 2009, leur premier lieu d'implantation de leurs activités de  recherche. Elle devancerait les Etats-Unis, aujourd'hui premiers, et  l'Inde, tandis que le Royaume-Uni, deuxième, rétrograderait à la  cinquième place et que la France glisserait de la quatrième à la  septième place, juste derrière la Russie. Pierre-Antoine Delhommais Article paru dans l'édition du 01.10.05 Les Echos du 30 septembre 2005 - Page 13 La chronique de PAUL FABRA  Marché unique ou patriotisme économique ? La crainte la plus fréquente que suscite immédiatement la notion de  patriotisme économique, aujourd'hui en plein renouveau, et pas  seulement en France (le référendum n'a pas fini de tourner et retourner  les esprits), est celle de son incompatibilité supposée tant avec la  construction européenne qu'avec la mondialisation. La vraie question,  dans le monde tel qu'il est, est plutôt inverse : est-ce qu'on peut  faire fonctionner durablement, et dans l'intérêt du plus grand nombre,  une économie ouverte sur le monde extérieur et dont les entrepreneurs  se considèrent affranchis des liens d'appartenance à leur pays  d'origine ou de résidence ? Une telle affirmation pourra apparaître paradoxale et inutilement  provocante. Elle permet pourtant d'expliquer pourquoi la grande  mutation qui a eu lieu à partir du milieu des années 1980 en Europe n'a  pas tenu ses promesses en matière d'emplois créés ; pourquoi il en est  de même à propos de l'essor des relations commerciales avec le reste du  monde. Quelle différence fondamentale distingue le phénomène dit de  mondialisation qui s'est développé, disons, depuis vingt-cinq à trente  ans et le libre-échange triomphant des années 1960 et des premières  années de la décennie suivante ? On ne fait aucune révélation en  caractérisant la mondialisation par une mobilité considérablement  accrue des ressources en capital, mobilité érigée en principe moteur de  l'économie capitaliste. Les capitaux, quel que soit le lieu de  résidence de leurs détenteurs, vont se placer là où leur rentabilité  est la plus élevée. Cela s'est toujours produit, mais jamais, et de  loin, sur une échelle aussi grande. Les profits sont d'autant plus  hauts que les salaires sont plus bas. Le phénomène est considérablement  amplifié si les pays à bas salaires disposent des techniques de  production les plus modernes et les plus efficaces. Quand une entreprise supranationale investit dans les pays émergents  les ressources d'épargne qu'elle s'est procurées sur les marchés  financiers des pays développés, elle procède à un transfert de pouvoir  d'achat au profit de ceux-là au détriment de ceux-ci. Ainsi l'emploi et  la rémunération de l'emploi sont-ils, toutes proportions gardées,  orientés à la baisse dans les pays développés et à la hausse dans les  pays émergents. Le « système » est très favorable aux grands groupes  américains et européens, industriels et commerciaux, et aux  consommateurs de ces mêmes continents développés. Cependant, à la  longue, l'évolution des revenus des consommateurs dépendra du succès ou  de l'échec des politiques faisant une place plus ou moins grande au «  patriotisme économique ». Mais Etats-Unis et Europe occidentale ne se trouvent pas tout à fait  logés à la même enseigne. Un afflux continuel d'épargne en provenance  des pays à faibles revenus moyens mais à haut potentiel d'épargne (du  fait de la présence d'une classe très riche) se dirige vers les  Etats-Unis. C'est ainsi que les fortunes latino-américaines sont gérées  à Miami et, circonstances aggravantes, plus investies aux Etats-Unis  que dans le pays d'origine et, souvent, de résidence aussi de leurs  détenteurs. Autre et encore plus importante particularité du positionnement de  l'Europe occidentale dans l'économie mondialisée. Elle est elle-même  devenue un terrain de chasse pour les fonds d'épargne (américains en  général) en quête d'acquisitions lucratives. Cela tient aux conditions  dans lesquelles s'est opérée, à partir du milieu de la décennie 1980,  la grande mutation du marché commun d'origine - essentiellement une  union douanière. En fait, la fusion annoncée entre eux au sein d'un  grand marché intérieur « sans frontières » proclamé par l'Acte unique  signé en 1985 n'a pas vraiment eu lieu sur le terrain proprement  économique. Mais grande innovation par rapport au traité de Rome :  l'Europe s'est ouverte en grand à la finance nouvelle. Le traité de  1957 participait de l'esprit de son temps. Il se méfiait des mouvements  de capitaux (ils avaient provoqué l'effondrement monétaire du début des  années 1930). Il limitait leur libéralisation au stricte nécessaire. Incroyable illusion, les pays membres se fixèrent un court délai pour  transformer en un ensemble fusionnel le marché commun, qui englobait  déjà les espaces nationaux des pays membres - mais sans la prétention  de les rendre, pour l'essentiel, indistincts les uns des autres ! Le  Big Bang (sic) était annoncé pour le 1er janvier 1993. Comme le cabinet de Jacques Delors, alors président de la Commission  européenne, était composé de bureaucrates et que lui-même raisonnait  dans les mêmes termes, la réalisation du « marché unique » a été  ramenée à la mise en oeuvre d'un programme administratif à la fois  considérable et dérisoire. Passant en revue la nomenclature statistique  des secteurs et branches d'activités, les eurocrates ont assimilé la  tâche à accomplir à l'adoption par les pays membres de quelque 272  directives. Il s'agissait, dans chaque cas, d'abolir les obstacles  administratifs les plus voyants faisant, dans chaque profession  considérée, à la libre concurrence entre résidents dans des pays  différents (d'où l'équivalence des diplômes, par exemple, du reste très  imparfaitement réalisée...). Les gouvernements n'ont pu éviter de se mettre en position de  porte-à-faux. Un Schröder veut sauver le « modèle allemand ». Mais  c'est lui qui supprime, sur la demande vociférante des marchés,  l'imposition des plus-values de cession des actifs industriels et  commerciaux. Maintes firmes industrielles familiales (le « Mittelstand  ») sont ainsi incitées à se vendre à des fonds étrangers plus soucieux  de rentabiliser au plus vite leur achat plutôt que de perpétuer le  potentiel industriel allemand. La même remarque s'applique en France.  Où est la « discipline » exercée par le marché ? L'espace européen apparaît comme une duplication, manoeuvrée de  l'extérieur, de l'économie mondialisée par la finance. Ni l'espace  indien ni l'espace chinois ne le sont. Ni même l'Amérique profonde du  Middle West et du Sud. Allez faire une OPA sur une banque chinoise ! En  Chine et en Inde, la mondialisation est une aventure nationale,  exaltante en tant que telle. En Europe, cela peut prendre l'allure  d'une épreuve. La dévitalisation industrielle (voir plus haut) apparaît  comme une menace à terme sur le niveau de vie.