[Cntait-info] ORDRE MORAL A LA CAF !

From : cntait-info@... , the 22nd avril 2008 23:29
  • 2008-04-22 23:29:26 — cntait-info@... - [Cntait-info] ORDRE MORAL A LA CAF !

Nous vous relayons cet extrait du numéro zéro "Le Beurre et l'Argent du Beurre ", la feuille d'infos du Réseau Solidaire d'Allocataires, à lire et télécharger ici : http://www.collectif-rto.org/spip.php?article637 Par ailleurs la deuxième édition du Café des Coupables aura lieu jeudi matin à la CAF de Champigny sur Marne à partir de 10h. Table de presse et café gratos, discussion assurée ! :-) ================================================ Ordre moral à la CAF Il parait que nous vivons dans un pays où la femme est libre, où perdureraient certes, certaines inégalités hommes/femmes, mais rien qui ne puisse être corrigé dans le cadre du système. Il parait qu’en France, les femmes couchent avec qui elles veulent et que personne n’a de compte à leur demander sur leur sexualité ou leur vie amoureuse. A part dans ces banlieues incultes où sévirait l’intégrisme religieux… Pourtant des centaines de milliers d’entre nous peuvent à tout instant avoir à justifier de l’état de leurs relations sentimentales, des centaines de milliers d’entre nous en sont réduites à dépendre des revenus de leur conjoint, mari ou concubin pour survivre. Des centaines de milliers d’entre nous ne peuvent vivre dans le même logement qu’un homme sans être obligées de prouver qu’elles ne partagent pas aussi son lit. Et ceux à qui elles doivent rendre des comptes ou cacher leurs « incartades « sous peine de se retrouver privées de tous leurs droits ne sont pas d’affreux barbus ou des missionnaires arborant la croix, mais des fonctionnaires tout ce qu’il y a de laïcs, les contrôleurs de la Caisse d’Allocations Familiale, investis par l’Etat du pouvoir d’ingérence dans notre vie privée. Dès sa conception, le RMI a été conçu comme un revenu calculé par foyer. Depuis toujours, donc, si votre mari ou votre concubin travaille, à vous de vous arranger au quotidien pour qu’il subvienne à vos besoins. Et si aucun des deux n’a de revenus, alors le RMI couple, diminué d’un tiers par rapport au montant de deux RMI simples, sera versé sur un seul compte. Au choix, celui de l’homme ou de la femme. Rien de sexiste là dedans ? Au départ, non, même si dans les faits, les femmes au chômage ont toujours été plus nombreuses que les hommes, et leurs salaires beaucoup plus faibles, ce qui les a donc toujours plus exposées au risque de se retrouver dans la situation de dépendance vis-à-vis du conjoint… Beaucoup plus exposées donc au risque de se retrouver avec un contrôle sur le dos. Et encore plus dans le cas où elles ont des gosses, l’immense majorité des allocataires de l’Allocation Parent Isolé étant des femmes. Percevoir des allocations de la CAF, c’est donc aussi renoncer à une part d’intimité, accepter que l’Etat ait un droit de regard sur l’usage que nous faisons de nos corps et de nos coeurs. Et à travers le pouvoir de catégorisation du « concubinage « que détient tout contrôleur CAF, c’est finalement un code de la Femme qui se dessine, un code réactionnaire, avec ses non-dits pudiques. Que cherche à prouver le contrôleur lorsqu’il accumule des faisceaux de preuve : les voisins qui ont vu un homme sortir de chez vous tous les matins, le fait que le logement est bien petit pour y vivre avec un homme qui ne serait pas votre concubin ? Même si ce ne sera jamais évoqué, ce qui est sous entendu, c’est bien la présomption de rapports sexuels. Car c’est bien cela qui conditionne au fond cette fameuse vie commune, qui peut être contestée si vous hébergez un homme dans votre deux pièces, mais pas dans un studio. C’est bien cela qui sous-tend toute la démarche d’enquête, car les textes sont formels, il ne suffit pas de vivre à la même adresse, et inversement, la vie commune peut exister même si aucun papier administratif n’est là pour la valider. Le contrôle de la CAF est donc avant tout un contrôle de nos corps et de nos vies amoureuses. Finalement, ce refus historique d’individualiser les prestations, à quoi correspond-il si ce n’est à une conception réactionnaire des rapports amoureux et de la famille. La femme en éternelle dépendance : si elle a des rapports sexuels avec un homme, si elle l’accueille à son domicile, alors celui-ci doit subvenir à ses besoins, et à ceux de ses enfants. L’Etat comme chef de famille de substitution, c’est-à-dire possédant la même autorité souveraine, le même droit de surveillance en échange d’une participation à la subsistance de la femme. Et nous sommes presque toutes concernées, hormis les plus riches : contrairement aux idées reçues, les contrôles de la CAF ne se cantonnent pas aux Rmistes et aux allocataires de l’API, mais à toutes celles qui perçoivent par exemple des allocations logement. Ou à celles dont le titre de séjour mentionne « vie privée et familiale » où les allocations familiales dépendent d’une relation continue avec un homme. L’augmentation exponentielle des contrôles CAF n’est donc pas seulement une question budgétaire, et l’intrusion de plus en plus fréquente dans nos vies privées, le jugement et la sanction qui en découlent vont de pair avec le renouveau de l’ordre moral sous toutes ses formes. En silence, les femmes sont à nouveau mises sous surveillance, à nouveau contraintes de rendre des comptes, d’entrer en clandestinité dès lors que leur choix de vie ne correspond pas aux codes imposés d’en haut. Une contrainte discrète et souvent intériorisée grâce à la culpabilisation ambiante : lorsque les droits sociaux sont présentés comme une aumône honteuse, lorsque être allocataire du RMI ou de l’API est une marque d’infamie que la plupart d’entre nous cherchent à dissimuler, comment dénoncer publiquement le contrôle et l’humiliation ? Si ce n’est en s’inspirant des luttes de celles qui nous ont précédé ? En bravant collectivement les bien pensants, les nouveaux donneurs de leçon, et un pouvoir politique qui cherche une nouvelle fois à nous dénier le contrôle de nos corps et de nos vies ?