[Cntait-info]Grenoble : Manif et émeutes du mardi 28 mars

From : cntait-info@... , the 30th mars 2006 00:51
  • 2006-03-30 00:51:11 — cntait-info@... - [Cntait-info]Grenoble : Manif et émeutes du mardi 28 mars

Grenoble : Manif et émeutes du mardi 28 mars news : 200 personnes ont été interpellés, une soixantaine ont passés la nuit en GAV ---------------------------------------------------------------------------- ---------- A 10h ce matin, mardi 28, sous la pluie, une énorme manifestation anti-CPE partait de la gare en direction du Palais des Sports (au parc Mistral). 60 000 personnes disent les syndicats, ce qui paraît crédible tant il y avait de monde. De gros cortèges lycéens et étudiants, mais les travailleur-euse-s se sont aussi mobilisé-e-s en masse ! On dirait que tout le monde est là, même le Parti Socialiste, dont on se serait bien passé (quand est-ce qu'on fait dégager ces salauds de nos manifs ?). Rapidement, des centaines de personnes se regroupent en tête de cortège, devançant la banderole intersyndicale "Retrait du CPE" censée ouvrir la manif. Des drapeaux noirs et des tas de manifestant-e-s affluent ainsi en tête de manif, avec derrière eux-elles un service d'ordre (S.O.) tout aussi intersyndical que la banderole, mais beaucoup moins marrant (pourtant la banderole n'est pas spécialement drôle). Un S.O. tendu, qui fait la chaîne de façon permanente, histoire de bien se dissocier du bon millier de personnes qui marche en tête de manif. Les manifestant-e-s peuvent lire des graffiti "Nous sommes tous des casseurs" sur les murs au fur et à mesure de l'avancée de la manif. A sa tête, ça parle de faire dévier le cortège en direction de la préf', de façon à ne pas tomber dans le piège du concert-buvette proposé à l'arrivée par la CGT, mais à partir des grands boulevards, les rues menant à la préfecture sont bloquées par des cordons de CRS ou de gardes-mobiles, de nombreux mecs de la BAC surveillant en groupe les abords du parc Mistral. Sur le boulevard Clémenceau, la manif stagne un peu, puis finit par rejoindre vers 12h le concert-buvette de la CGT sur le parc Mistral. Le même cégétiste que d'habitude s'empare du micro de la sono et gueule sans conviction "Retrait, retrait, retrait du CPE" et annonce la bonne nouvelle censée nous endormir : "on est 60 000 à Grenoble !". Au programme : merguez, bières, groupes de rock et prises de parole contrôlées et limitées. Des manifestant-e-s demandent à prendre la parole et se font rembarrer par le S.O. de la CGT, qui encercle la scène de façon à ce que personne n'y accède. Des barrières de "sécurité" en métal entourent aussi la scène, c'est très accueillant tout ça, ça donne très envie de faire la fête... Des manifestant-e-s commencent alors à harceler les abords de la scène du concert, en criant notamment "Grève générale" tandis que le MC de la CGT gueule "Retrait du CPE" (faut bien les remettre à leur place ces jeunes révolutionnaires !). Lors des concerts, il règne une ambiance assez moisie, un membre d'un groupe de rock fait part de sa surprise quant au fait que les cégétistes lui aient demandé de ne pas s'exprimer entre les morceaux... Un peu plus tard, la sono est sauvagement débranchée. Une fille en profite pour prendre un mégaphone et appeler à repartir en manif (en rappelant que "l'heure n'est pas au divertissement"), en direction de la préfecture. Le temps que tout le monde se rassemble, et voici que vers 13h, un ou deux milliers de personnes traversent le parc Mistral jusqu'à la rue Haxo, bloquée rapidement par de nombreux flics au niveau de la préf'. Nous apercevons alors une énorme banderole anti-CPE déployée sur la Bastille, sur les hauteurs de la Chartreuse. La manifestation devient sauvage et s'engage dans la rue Jean Bocq, jusqu'à la place Paul Vallier, où se trouve le local de l'UMP ! Quelques dizaines de personnes s'engouffrent dans l'entrée d'immeuble où se trouve le local, tentent d'en défoncer la porte d'entrée, puis finissent par ressortir suite aux menaces d'intervention policière. Les plaques de présentation de l'UMP (et de l'UDF, ils font local commun, faut croire) sont graffitées. Des volets du local de l'UMP sont ouverts, les fenêtres brisées. A ce moment là, la confrontation entre flics et manifestant-e-s commence vraiment, et ne s'arrêtera pas avant de longues heures. Une ou deux grenades lacrymogènes sont lancées et une première dispersion a lieu. La majeure partie des manifestant-e-s se retrouvent non loin de la Chambre de Commerce et d'Industrie, au coin du boulevard du Maréchal Lyautey et de la rue Hoche. Les flics se ramènent, de plus en plus nombreux, déjà. Nous sommes déjà moins nombreux, et nous avançons sans conviction dans la rue Hoche. Des tas de flics gardent les entrées de la CCI (après que celles-ci aient été forcées, en vain, par quelques manifestant-e-s). Rue Hoche, une voiture de police nationale est à l'arrêt, face à nous. Il n'y a qu'un policier à son bord, mais la manif n'est pas encore chaude, ça observe avant tout. La moitié des manifestant-e-s doublent la voiture de police, puis celle-ci est caillassée et bousculée. Le flic sort et balance en vrac deux trois grenades lacrymos, aidé dans la foulée par les CRS qui gardent la CCI un peu plus loin. Nouvelle séparation de la manif, tout le monde court, une moitié a le temps de s'engager sur la gauche, boulevard Gambetta (je me trouve dans ce groupe, si d'autres veulent raconter un peu comment ça s'est passé dans l'autre groupe...). Des CRS coupent la rue à ce moment là et l'autre partie de la manif part de l'autre côté. Nous prenons donc le Boulevard Gambetta jusqu'à la place Gustave Rivet, les flics aux trousses : nouvelle dispersion. Je fais partie de celles et ceux qui se sauvent par l'avenue Albert 1er de Belgique. Les flics ne sont pas loin derrière, on est de moins en moins nombreux, plusieurs d'entre nous trouvant des planques en attendant de se retrouver, plus tard... Nous arrivons essoufflé-e-s dans le parc Mistral en passant à côté de la Halle Clémenceau, et nous nous apercevons que deux motards de la police nationale nous suivent de près ! Ils arrêtent l'un d'entre nous, et entre l'épuisement et notre faible nombre, nous ne pouvons réagir. Dégoûté-e-s, mais pas abattu-e-s, nous rejoignons la "fête" cégétiste, et là, on s'aperçoit qu'il n'y a plus personne, à part quelques zélés du S.O. ! On peut dire que sur les 60 000 personnes susceptibles d'assister au fameux concert, pas grand monde n'a jugé intéressant de le faire (pourtant, la sono avait été remise en état de marche). Quelques autres manifestant-e-s arrivent sur le parc, on discute un peu de la suite, on se refile des conseils et des infos. Puis on se dirige en petits groupes vers la préf', le centre-ville... On y croise d'abord des tas de flics, puis pas mal de manifestant-e-s éparpillé-e-s. Il se passe quelque chose en même temps, c'est sûr, mais on ne sait pas bien quoi encore. Nous rejoignons un important groupe de manifestant-e-s avenue Alsace-Lorraine. Des odeurs de lacrymos, ça a chargé, caillassé, lacrymogéné, du côté de la gare, puis sur le cours Berriat. Avenue Alsace-Lorraine aussi. Nous bloquons le croisement Alsace-Lorraine / Jean Jaurès, mais la flicaille arrive de tous les côtés, notamment la BAC qui déboule du nord du cours Jean Jaurès. Nous filons vers le boulevard Gambetta par des petites rues. Là, l'ambiance est déjà bien chaude, et c'est loin d'être fini ! Tout le monde se rassemble au fur et à mesure sur la place Victor Hugo, qui devient spontanément le point de ralliement des manifestant-e-s. Toutes les issues n'y sont pas bloquées. A chaque fois que les flics s'y pointeront, ils seront caillassés avec divers projectiles trouvés sur place. L'ambiance est plus que bonne entre les manifestant-e-s, ça discute de partout, on s'encourage, on s'entraide (le sérum phy' et le citron, contre les lacrymos - lacrymos dont les flics ont fait grand usage ce jour là). Des affrontements sporadiques ont lieu entre la place Victor Hugo et les petites rues du centre-ville. les flics ripostent à la lacrymo et en chargeant. Un groupe important de manifestant-e-s s'éloigne sur le boulevard Agutte Sembat en direction de la CCI. Des poubelles sont renversées en travers de la route ainsi que toute sorte de mobilier urbain, pour bloquer la circulation, car pendant tout ce temps de confrontation, les voitures circulent tant bien que mal, et c'est parfois dangereux... Arrivé-e-s au coin de la CCI, les manifestant-e-s continuent de mettre un max de trucs en travers de la route. Un automobiliste fait son show et agresse quelqu'un qui mettait une barrière de chantier en travers de la route. L'agression est de courte durée car tou-te-s les manifestant-e-s alors présent-e-s soutiennent l'action du blocage. Quelques minutes plus tard, des flics arrivent en masse et coursent tout le monde. Nouvelle dispersion. Je me réfugie dans un immeuble, ouvert par un manifestant, qui y cache quelques personnes pendant un moment. Rencontres, discussions, on veut tou-te-s continuer, on est chaud-e-s ! Nous retournons vers la place Victor Hugo, qui se remplit de monde à nouveau. Les flics sont là, armés jusqu'aux dents. La rage est là, "c'est la guerre", ça parle guérilla urbaine et dépassement de la question du CPE. On apprend qu'il y a déjà eu un paquet d'interpellations, que la plupart des personnes arrêtées sont des jeunes maghrébins, ça parle haine de la police et de la justice raciste. Les lacrymos volent par dizaines, mais la place ne se vide pas. Les projectiles volent également nombreux vers la flicaille. Une dizaine de mecs de la BAC font parfois de courtes apparitions, flashballés et casqués, sortant de la rue du Dr Mazet, mais n'interviennent pas. On se demande à un moment s'ils viennent protéger le magasin d'Air France parce qu'ils bloquent devant pendant quelques minutes, mais finissent par le quitter en marche arrière, pas vraiment rassurés. A force de charges et d'incessants ballets de lacrymos, les esprits s'échauffent. Quelques voitures en subissent les conséquences. Les vitrines du Quick tremblent, mais ne cèdent pas. Lors d'une salve de lacrymos, une grenade atterrit sur le toit du chapiteau d'une patisserie, qui s'embrase. Par ailleurs, une vitrine de magasin serait tombée en se prenant une balle de flashball. Après la grenade lancée par erreur jeudi dernier chez des particuliers du côté de la préf', ça fait des bonnes bourdes à l'actif de la police (rires). L'heure avance, au fil des affrontements, la place Victor Hugo se remplit, puis se vide, puis se remplit. Fatigués de balancer des lacrymos en vain, les flics jouent le jeu de l'apaisement et de nombreux cars de CRS se retirent. Deux ou trois élu-e-s se ramènent avec leurs écharpes bleu-blanc-rouge. A part quelques citoyen-ne-s, tout le monde s'en fout. En tout cas, on sent que des syndicalistes et autres gauchistes sont arrivé-e-s, puisque des "Retrait, retrait, retrait du CPE" sont entonnés. Auparavant, les quelques slogans criés pendant la manif sauvage étaient plutôt "La rue, la rue nous appartient" ou "L'Etat assassine, assassinons l'Etat". Les syndicalistes (Sud, essentiellement) et les élu-e-s poussent pour partir en manif "tranquille", ça suit, mais les manifestant-e-s restent dans l'ensemble très énervé-e-s. Non seulement rien n'assure que le CPE sera retiré, mais il est clair pour tou-te-s que nous ne sommes pas là seulement contre le CPE. Nous sommes là pour exprimer un ras-le-bol bien plus global, que même la démission d'un gouvernement ne calmera pas. "On va tout niquer, sérieux !" Des poubelles sont renversées à nouveau sur le boulevard Agutte Sembat mais des manifestant-e-s citoyen-ne-s insistent pour les ramasser et les remettre sur le trottoir. Des discussions s'engagent dans le cortège sur l'intérêt ou non de caillasser les flics, de mettre du bordel dans les rues, etc. mais ce n'est pas toujours le bon moment, des flics en civil pouvant se balader dans la manif avec une oreille indiscrète... Arrivé-e-s au croisement du tram Chavant, des barricades de fortune sont installées avec les barrières de chantier qui s'y trouvent. La plupart des voies sont bloquées, laissant des espaces pour pouvoir passer à pieds. Un moment d'hésitation divise la foule. La bande à syndicalistes et pacifistes (LCR et autres citoyen-ne-s) veulent nous emmener jusqu'au parc Mistral (un nouveau stand bière-merguez ?), on se demande pourquoi... Une rumeur dit que les élu-e-s voulaient négocier avec les flics la libération des personnes interpellées, mais personne ne captait bien avec qui illes allaient bien pouvoir négocier dans un parc. Négociations ou pas, la plupart des manifestant-e-s (jeunes des cités, anarchistes, autonomes, révolutionnaires de tous poils, et autres !) appellent à se diriger vers le commissariat, parce que c'est bien là que nos potes sont enfermé-e-s. "Police partout, justice nulle part", ou justice de classe et justice raciste partout aussi... Deux bons tiers des manifestant-e-s se dirigent donc vers le comico en prenant par le boulevard Jean Pain, mais la flicaille bloque. Quelques pierres volent vers les flics, qui ripostent assez vite à la lacrymo, en inondant le croisement jusque dans la rue Jean Bistési et l'avenue Jean Perrot, toutes deux empruntées par différents groupes de manifestant-e-s. La place Pasteur est barricadée vite fait avec du mobilier urbain. les flics se ramènent peu à peu, chargent ou feignent de charger, ça se disperse peu à peu vers le sud, direction le lycée Mounier pour certain-e-s, place Gustave Rivet pour d'autres, sous la menace de la BAC, arrivée en force de l'autre côté du boulevard du Maréchal Joffre. La dispersion paraît définitive à ce moment là, il était 18h30, mais franchement, je n'en suis pas sûr... Peut-être que ça a continué du côté de Mounier ? Ce qui est sûr, c'est que la ville entière pue la lacrymo, que la ville est jonchée de débris de grenades lacrymo, de cartouches et de balles de flashball, de canettes et d'autres projectiles, ainsi que de poubelles et de leurs déchets déversés, de barrages routiers improvisés avec du mobilier urbain, etc. D'après une dépêche de l'Associated Press, "au moins une voiture* a été renversée et plusieurs autres ont eu leurs vitres cassées. Des incidents moins violents ont également eu lieu en centre-ville où deux vitrines ont été brisées ainsi que dans le secteur de la gare". La violence n'aura pas été extrême mais Grenoble a vécu aujourd'hui une série de petites émeutes, dans toute la ville. Les caillassages et les blocages de rue ont été très fréquents, l'impunité policière a pris un coup sur sa sale gueule, ce qui n'est pas une fin en soi, mais si on veut en finir avec ce monde de merde, il va falloir de toute façon en finir avec sa police (entre autres). Autre aspect et non des moindres, la plupart des grenoblois-es qui nous croisaient faisaient part parfois d'une rage envers les flics similaire à la nôtre. Petite anecdote, une fille rentrait chez elle cet après-m' et les crs lui ont balancé de la lacrymo. Elle a gueulé et ils lui ont répondu "vote à droite !" (rires). La lutte contre le CPE focalise pas mal de mécontentement contre le gouvernement, ou plus largement contre l'Etat et l'organisation sociale du système dont nous sommes dépendant-e-s (notons que la gauche ne sera pas non plus une solution à ces problèmes). Ce que j'ai trouvé génial et que je tiens à signaler pour contredire les rumeurs sur les "casseurs" et les "cailleras" qui terroriseraient les "gentil-le-s étudiant-e-s", c'est l'excellente ambiance entre tou-te-s les manifestant-e-s (ou entre tou-te-s les "casseur-euse-s", si vous préférez). On était des centaines, des milliers, même, pendant cinq heures on a bougé tou-te-s ensemble, au-delà de nos clivages et de nos statuts ("cailleras, keupons, même combat !"), uni-e-s contre les flics et l'Etat, avec un peu de temps pour avoir de bonnes conversations et, surtout, beaucoup de plaisir à agir ensemble. Il n'y a eu aucune agression entre manifestant-e-s. Il y a eu beaucoup d'entraide. Et il faudra encore plus d'entraide et de luttes communes pour briser la séparation qui existe entre nous, nos vécus, nos parcours, selon qu'on est étudiant-e ou déscolarisé-e, blanc-he ou maghrébin-e ou reunoi-e ou autre. Ce qui est sûr, c'est que dans ces moments ces différences sont invisibilisées entre nous, mais pas aux yeux des flics, qui conservent une mentalité et des réflexes racistes permanents. La solidarité active doit s'accroître ! La lutte continue ! Ni l'Etat ni la municipalité ne nous feront taire, NI SARKO NI DESTOT, INSURRECTION ! Ailleurs, les manifs ont mobilisé par millions puisque plus de trois millions de personnes auraient manifesté aujourd'hui ! http://auvergne-indymedia.org/IMG/jpg/doc-443.jpg Apparemment il y a eu des débordements également à Paris, en banlieue parisienne, à Rennes, Lille, Caen, Toulouse, Rouen, Dijon, etc. ---------------------------------------------------------------------------- ---- * Une voiture de police ? il se dit qu'une voiture de flics a été retournée. Bon, moi je l'ai pas vue, hein. C'était impossible de tout voir, de toute façon.