"Soyons touTEs des électrons libres et de notre union naîtra la bombe atomique sociale"
A+ dans les luttes; -pj49-


----- Message transféré ----
De : ~j~ <jvole@riseup.net>
À : infozone_l@samizdat.net
Envoyé le : Samedi, 11 Juillet 2009, 18h56mn 51s
Objet : [infozone_l] Lettre ouverte de la Parole Errante

SUR JOACHIM GATTI (À DIFFUSER LARGEMENT). Lettre ouverte de Stéphane Gatti
(son père)

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A Montreuil, la police vise les manifestants à la tête.

Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée
dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues
d’Italie, avait pris la forme d’un "centro sociale" à la française :
logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers,
repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette
expérience avec tendresse. L’évacuation s’est faite sans violence. Les
formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d’une
heure. En traversant le marché le matin, j’avais remarqué leurs airs
affairés et diligents.

Ceux qui s’étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé
pour protester contre l’expulsion d’organiser une gigantesque bouffe dans
la rue piétonnière de Montreuil.

Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la
farine et fabriqués à la main attendaient d’être jetés dans le bouillon.
Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des
banderoles pour rebaptiser l’espace. Des images du front populaire ou des
colonnes libertaires de la guerre d’Espagne se superposaient à cette fête
parce que parfois les images font école. J’ai quitté cette fête à 20h en
saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c’était le dernier jour dans les locaux de la
Parole errante à la Maison de l’arbre rue François Debergue, de notre
exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de
théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire,
L’appel des Appels, des lectures, des présentations de livres… Ce jour-là,
on fermait l’exposition avec une pièce d’Armand Gatti « L’homme seul » lu
Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs
versions de la vie d’un militant chinois s’y confrontent : celle de la
femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…

C’était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux
de Mai. D’un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils
venaient se cacher... ils sont repartis. On m’a appelé. Joachim est à
l’hôpital à l’hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n’avait pas perdu
conscience. Son visage était couvert de sang qui s’écoulait lentement
comme s’il était devenu poreux. Dans un coin, l’interne de service m’a dit
qu’il y avait peu de chance qu’il retrouve l’usage de son œil éclaté. Je
dis éclaté parce que je l’apprendrais plus tard, il avait trois fractures
au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...

Entre ces deux moments ; celui où je l’ai quitté à la fête aux gnocchi et
l’hôtel Dieu que s’était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux
d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement,
les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés
devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face
de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui
marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au
moyen de leur flashball.

A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers.
J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de
l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et
m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de
Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers
ont été appelés.

Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces
tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question
de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour
personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le
communiqué de l’AFP :

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui occupait, avec d’autres
personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a
perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de
sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait
partie d’un groupe d’une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés
mercredi matin des locaux d’une ancienne clinique. Ils avaient tenté de
réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s’étaient
heurtés aux forces de l’ordre. Les squatters avaient alors tiré des
projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de
flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l’évacuation. Trois
personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l’œil
puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n’avait
toutefois pas donné de précision sur l’état de gravité de la
blessure."Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son
œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine
entre la perte de l’œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la
préfecture à l’AFP.

D’abord, la police tire sur l’image d’un jeune de 20 ans qui essaye de
reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour
absolution, et c’est le premier scandale.

Quant à Joachim, faut-il rétablir la vérité sur l’identité de Joachim
Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à
laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s’il y avait
un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?

Joachim n’a pas 20 ans mais 34 ans.

Il n’habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses
activités de la clinique.

Il est cameraman.

Il fabrique des expositions et réalise des films.

Le premier film qu’il a réalisé s’appelle « Magume ». Il l’a réalisé dans
un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd’hui, il
participe à la réalisation d’ un projet dans deux foyers Emmaüs dans un
cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l’AFP en leur réclamant de
le publier. Il serait écrit simplement — mais au moins ceci — :

Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en
plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs
expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti *

http://la-parole-errante.org/index.php?cat=LPE-PRESENTATION

* S.G. est notamment le curateur et animateur, et scénographe avec
Pierre-Vincent Cresceri, de l’exposition générale et des événements pour
mémoire de 1968-69 @ la maison de l’arbre à Montreuil : " Comme un papier
tue-mouches dans une maison de vacances fermée… " citée dans le texte pour
se conclure le même jour que la charge de police, le 8 juillet.

http://www.armand-gatti.org/index.php?art=291

         

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