[Coordsanspap-ouest]Un voeu de droite à Rennes métropole

From : dunezat.xavier@... , the 24th November 2012 18:54
  • 2012-11-24 18:54:08 — dunezat.xavier@... - [Coordsanspap-ouest]Un voeu de droite à Rennes métropole

ADAPTATION RAPIDE DU TEXTE DEJA ENVOYE SUR CETTE LISTE A PROPOS DU VOEU DU CONSEIL MUNICIPAL DE RENNES SUR L'HERBERGEMENT D'URGENCE.  C'EST AU TOUR DE RENNES METROPOLE DE FAIRE UN VOEU ET Ô SURPRISE, LA MÊME DROITISATION DE LA VIE POLITIQUE EST REPERABLE, NOTAMMENT PARCE QUE LES "REVENDICATIONS" SONT EXACTEMENT LES MÊMES ! ALORS ALLONS-Y : RENDONS EXPLICITE CE QUI EST IMPLICITE DANS LA BELLE UNANIMITE DE RENNES METROPOLE ! Si l'on en croit le mail envoyé par M, le Conseil de Rennes métropole vient de voter à l’unanimité (toutes sensibilités confondues) un vœu concernant l’hébergement d’urgence. Ce vœu va sans doute être considéré, dans les milieux autorisés, comme une véritable subversion de l’ordre établi par les élu-e-s de Rennes métropole vis-à-vis de l’inertie de la « gauche » au pouvoir. A titre personnel, j’ai seulement reconnu un vœu de droite, au point que je me demande s’il ne faudrait pas être solidaire avec Manuel Valls, au nom de la protection du moins à droite !   En effet, quand on parle sur cette liste et ailleurs de droitisation de la vie politique française et de la gauche française, on peut partir de ce vœu, de ce qu’il dit, de ce qu’il ne dit pas, pour comprendre :     1) D’où vient le problème ?     Ce qui est dit :  Comme dans n’importe quelle analyse de droite ou d’extrême droite, le Conseil de Rennes métropole pointe notamment « une hausse sensible de populations étrangères en demande de statut ». En clair, le problème vient de la hausse du nombre de premières demandes d’asile en Ille-et-Vilaine. La régionalisation de l’accueil à Rennes à la fin des années 2000 est aussi évoquée, de même que les filières et les délais d’instruction des demandes d’asile de l’OFPRA.     Ce qui n’est pas dit :  La suppression de droite, en 1991, par la « gauche » du droit au travail des demandeurs d’asile s’est accompagnée de l’engagement sans conditions de faire face aux nécessités vitales des demandeurs d’asile (manger, se loger). Cet engagement fait aussi partie de notre engagement à respecter les conventions internationales sur le droit d’asile. De plus, les moyens consacrés à l’hébergement d’urgence ont fortement baissé à la fin des années 2000 dans le département, en particulier le nombre de places dédiées à cet hébergement. Si je me souviens bien (on peut retrouver les chiffres sur cette liste), en 2009, on est passé-e-s en 1 an de 600 places par nuit à moins de 200, tout ça en même temps que la régionalisation de l’accueil des demandeurs d’asile. De même, il faut relativiser la hausse du nombre de personnes étrangères dans notre département. La Bretagne reste la région de France ayant le plus faible taux de personnes étrangères dans sa population globale (3% !!!!) et la première nationalité accueillie en Bretagne vient d’un pays riche (l’Angleterre).  Soyons encore plus concret-e-s : en admettant que le nombre de premières demandes d’asile est passé de 500 à 1000 entre 2004 et aujourd’hui, cela signifie que, quant tu prends 1000 habitant-e-s en Ille-et-Vilaine, chaque année, on rajoute 1 personne demandeuse d’asile (au lieu de 0,5 en 2004). Je défie quiconque de repérer ça autrement que par une incantation de droite et d’extrême droite à l’invasion étrangère !!!!     Ce qui n’est pas revendiqué :  Comme dans n’importe quelle analyse de gauche ou d’extrême gauche, la hausse des moyens et du nombre de places !  Pire, le Conseil de Rennes métropole se gargarise de l’unanimité nationale avec laquelle la métropole de Rennes est mentionnée comme exemple en termes d’hébergement d’urgence. Les centaines de gens qui dorment dans la rue ou dans les squats du DAL apprécieront. Dans une situation de détresse sociale pouvant conduire des gens à crever, t’as au moins la dignité de la fermer ou alors d’annoncer que tu vas essayer de faire plus.     2) Quelle est la logique à mettre en œuvre ?     Ce qui est dit :  Comme dans n’importe quelle analyse de droite (mais pas d’extrême droite), le Conseil de Rennes métropole écrit qu’« il faut conjuguer valeurs humanistes, respect de l’Etat de Droit et sens de la responsabilité ».  Par valeurs humanistes, vous n’entendrez pas « valeurs républicaines » mais vous entendrez une fois encore la nécessité de ne pas loger tout le monde, seulement les plus fragiles (familles avec enfants, malades…). L’expulsion de trois squats il y a deux semaines avec des enfants (dont plusieurs avaient un cartable sur le dos car ils n’ont pas pu aller à l’école ce jour-là, expulsion empêche) montre que même les valeurs humanistes ont légèrement déteint. Mais passons… Plus intéressant : le respect de l’Etat de Droit. Quand on utilise cette formule, on veut nommer le jamais nommé respect de l’état de droite : poursuites légales contre les squats de logements vides (respect de la propriété, même vide), non logement des gens qui n’y auraient pas droit selon la politique d’immigration (sans-papiers pour aller vite), application aveugle de la hiérarchie des textes législatifs (la protection de la propriété reste supérieure à la protection de la vie), etc. Encore plus intéressant : le sens de la responsabilité. Cette formule n’a rien à voir avec la responsabilité qui consisterait à ne pas laisser des gens crever dehors ou encore à empêcher toute discrimination dans l’accès au logement selon la situation du séjour. Non non.  Le sens de la responsabilité, c’est ce courage politique qui consiste à intenter des procès contre les pauvres à la rue qui osent se protéger du risque de mort en violant la propriété, à payer des dizaines de flics pour expulser 4 squats en 2 semaines, à organiser rationnellement l’expulsion du squat de Pacé (cf. les réunions préparatoires entre préfecture et municipalité de Pacé), à détailler la situation des gens à la rue pour ne reloger que les familles avec enfants (parfois sans le père), à contacter une entreprise pour évacuer – voire détruire – les affaires des pauvres et les empêcher de resquatter facilement ailleurs, à se taire sur les rires des flics pendant qu’ils font le sale boulot, à empêcher les « soutiens » des pauvres de venir manifester leur solidarité dans les lieux évacués, parfois à empêcher les médias de « voir » tout ça. Oui, équipe de Rennes métropole, vous savez faire preuve de responsabilité et, surtout, vous avez tellement bouffé de sarkozysme en 10 ans que vous osez reprendre sa terminologie pour sauver votre face (de droite).     Ce qui n’est pas dit :  « Liberté, égalité, fraternité » ou encore « valeurs républicaines ». Je sais, c’est culcul et planplan mais l’équipe de « gauche » de Rennes métropole n’y a même pas (plus) pensé.      Ce qui n’est pas revendiqué :  L’égalité, valeur suprême de la gauche voire condition d’une liberté effective, doit guider le traitement du problème du logement.  En attendant de rendre possible dans les plus brefs délais un accès à des logements dignes pour tous et toutes, français-es ou étranger-e-s, avec ou sans papiers, l’égalité nous commande de demander au ministre de l’Intérieur d’ouvrir immédiatement et d’équiper en quelques heures des lieux vides pour mettre à l’abri les gens sans logement.  Et s’il n’y a pas assez de lieux vides publics, alors nous réquisitionnerons les lieux vides privés, notamment les milliers de résidences secondaires du bord de mer vides 10 mois sur 12. Bien entendu (nous ne sommes pas des gauchistes), l’état de chaque propriété fera l’objet d’une garantie étatique en cas de détérioration. Et, tout aussi bien entendu (nous ne sommes pas de droite non plus), les réquisitionné-e-s ne feront l’objet d’aucune indemnisation (mis à part électricité, eau, etc.).     3) Que faut-il demander à Manouel ?     Ce qui est dit : le Conseil de Rennes métropole « demande instamment » à Valls de :   * « renforcer la lutte contre les filières d’immigration et de travail clandestin » :  En voilà-t-y pas une jolie demande de « gauche ». Les pauvres et/ou les persécuté-e-s ont besoin de fuir leur pays pour ne pas crever et, du coup, 1000 d’entre elles-eux viennent en Ille-et-Vilaine. Pour venir, les étranger-e-s utilisent comme n’importe quelle personne qui fuit (c’était aussi le cas pour la France occupée quand les gens voulaient rejoindre la « zone libre » ou un autre pays…) des « passeurs » et donc des « filières ».  Face à cette invasion et à ce mauvais coup des demandeurs d’asile qui ne veulent pas prendre l’avion comme tout le monde avec un beau passeport et un visa, le Conseil de rennes métropole propose donc de réprimer avec vigueur les gens qui leur permettent de venir ou les gens qui les font travailler. Ben oui, si les étranger-e-s ne peuvent plus venir, il n’y en aura plus. Et si les étranger-e-s ne peuvent plus travailler clandestinement, ben ils-elles se casseront.  Bref, pour lutter contre les problèmes de logement à Rennes, supprimons l’immigration – du moins celle liée au droit d’asile – et tout ira mieux. C’est un peu comme si le patronat rennais proposait de résoudre la pauvreté dans le département en empêchant les pauvres de venir ici ou en les envoyant chercher la richesse ailleurs. C’est pas très gentil mais c’est pas con et, surtout, bien de droite comme logique, non ? Conseil de Rennes métropole : si ce vœu a été voté « à l’unanimité », je reconnais là l’habileté rédactionnelle de la « gauche » au moment de séduire la droite. Et dommage qu’il n’y ait aucun-e lepéniste au Conseil de Rennes métropole car vous auriez eu encore plus d’unanimité !   * « respecter les conventions internationales sur le droit d’asile et de mettre en œuvre les procédures visant à réduire les délais d’instruction » des demandes d’asile :  Là, il y a dû y avoir un bug cérébral entre la main gauche et la main droite du Conseil de Rennes métropole. Tout est dans le « et » de la phrase. La première partie est plutôt de gauche (c’est là sans doute qu’on peut lire IMPLICITEMENT que le Conseil de Rennes métropole a le courage de réclamer « instamment » à Valls le respect du droit à un hébergement pour les demandeurs d’asile, davantage de CADA, etc.). Mais la seconde partie de la phrase vient désillusionner tout lecteur comme moi, à la recherche optimiste et effrénée de tout signal me permettant encore de répondre aux gens qui disent « pff, la « gauche » et la droite, c’est pareil ! ». En effet, la seconde partie réclame, en langage économique, une hausse de l’efficacité productive de l’OFPRA. Là encore, c’est bien de droite comme demande : si les étranger-e-s restent à Rennes, c’est aussi parce qu’ils-elles en ont le droit pendant la procédure d’asile (droit qui compromet la demande précédente). La procédure d’asile peut prendre du temps, surtout quand elle est bien faite (constitution du dossier, étude du dossier, renseignements pris auprès des informateurs de l’OFPRA sur le pays, vérification des preuves de chaque demandeur d’asile, convocation de la personne, entretien, recours en cas de premier refus…).  Il faut donc réduire les délais, quitte à mal faire le travail (PUISQUE RIEN D’AUTRE QUE LA RÉDUCTION DES DÉLAIS N’EST DEMANDÉE EN LA MATIÈRE !). Quand Sarko est arrivé au pouvoir en 2002, sa première obsession fut de réduire les délais d’instruction de l’OFPRA. Il avait même fixé des objectifs productifs à chaque agent de l’OFPRA (2,4 dossiers par jour si je me souviens bien). Conseil (unanime) de Rennes métropole : tu trouve pas ça rigolo de te retrouver en phase harmonieuse et totale avec les revendications historiques du sarkozysme ? Ben, si tu savais pas, tu comprendras pourquoi nous te taxons de droitisé (même inconscient).   * « poursuivre l’action engagée vers une péréquation nationale de l’accueil » :  Bon, ça, c’est assez classique comme demande et ça veut juste dire qu’il faut que le Limousin accueille plus de demandeurs d’asile pour qu’on en accueille moins en Ille-et-Vilaine. Vous aurez reconnu le courage des demandes précédentes, à savoir « faites en sorte et donc multipliez les techniques, dans le respect de l’Etat de Droit, de dégager le plus d’étranger-e-s possible de notre département ». On pourrait s’inquiéter du fait que les demandeurs d’asile, dans leur grande majorité, ne viennent pas quelque part par hasard (ni par calcul économique) mais avouez que ce serait prendre en compte le désir des étranger-e-s et, comme on vous l’a dit, on n’est pas des gauchistes non plus. Conseil (unanime) de Rennes métropole : je ne t’en veux pas pour cette revendication faussement techniciste avec laquelle je ne suis pas d’accord mais avoue qu’elle continue d’enrichir le portrait que tu veux donner de ta ville : « Nègr…euh, pardon, étrangers demandeurs d’asile et pas anglais, ne venez pas chez nous ! ».   * « recréer des bornes d’accueil départementales » :  Bon, là, pour des novices, c’est incompréhensible. Si j’ai bien compris, le Conseil de Rennes métropole demande « instamment » à Valls de rendre à nouveau possible la prise d’empreintes digitales des demandeurs d’asile dans les autres préfectures de Bretagne. Il demande donc l’ouverture de bornes eurodac (c’est leur nom) à Quimper, Lorient, St Brieuc. C’est très de « gauche » ça encore. En effet, il est très courageux de réclamer que les prises d’empreintes répressives continuent et s’étendent sous la « gauche », comme sous Sarko.  Sans parler de l’implicite qui dégouline d’explicite dans cette revendication : « Bougnoul…euh pardon, étrangers demandeurs d’asile et pas anglais, allez chez nos voisins même bretons mais pas chez nous ! ».     Ce qui n’est pas dit :  Ben, vous aurez vu que le terme « régularisation » est invisible, que l’idée de fierté d’accueillir des gens persécuté-e-s et/ou pauvres n’apparaît jamais, que la volonté de faire plus pour supprimer le problème du mal logement n’est même pas effleurée.     On va encore m’engueuler parce que je pleure mais, quand tu sais que notre collectif existe depuis 10 ans et n’a jamais renié ce que toute personne de gauche digne de ce nom devrait revendiquer (régularisation de toutes les personnes sans-papiers, égalité de traitement entre français-es et étranger-e-s, libre circulation et installation des gens dans le monde et donc en France), un tel vœu d’un Conseil de collectivité locale – qui n’est pas le plus à droite de France – te donne plutôt envie de lâcher. Comme si la gauche n’existait plus tellement l’intention subversive de ce vœu va dans le sens de la droite, voire de l’extrême droite, de la « lepénisation des esprits » comme on dit depuis 20 ans en étant accusé-e d’exagérer.   Heureusement, nous militons et, contrairement aux gens qui écrivent ces vœux, nous voyons tous les jours ces étranger-e-s vivre ici. Nous sommes des camarades de lutte, parfois des potes (même si c’est difficile tellement « leur » politique d’immigration nous empêche de partager des choses concrètes dans la « vraie vie »).   Je sais que c’est culcul mais, il y a deux semaines, ces deux enfants avec leur cartable sur le dos qui ne pouvaient aller à l’école républicaine à cause de la politique « du logement » rennaise – faite de valeurs vaguement humanistes, de respect de l’état de droite et de sens de la responsabilité policière au moment d’expulser « les pauvres » – m’ont plutôt incité à continuer.    A tout de suite donc…