[Coordsanspap-ouest]« Tout est fait pour décourager les demandeurs d'asile »

From : andry_nicolas@... , the 14th February 2013 15:56

http://www.liberation.fr/societe/2013/02/14/tout-est-fait-pour-decourager-les-demandeurs-d-asile_881801?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter « Tout est fait pour décourager les demandeurs d'asile » 14 février 2013 à 15:43 Quatre-vingt réfugiés somaliens demandeurs d'asile ont squatté un immeuble du centre ville de Montpellier pendant plusieurs mois en 2012, en attendant la régularisation de leur statut de réfugié politique. (Photo David Richard pour Libération) * - * A * + *  *  *  * 3 *  *  *  *  * Tweeter * Envoyer * Abonnez-vous à partir de 1€ INTERVIEW + DOCUMENT Laurent Giovannoni, du Secours catholique, revient sur l'enquête dénonçant les conditions d'accueil des migrants en France publiée mercredi par une vingtaine d'associations. Recueilli par YOHAN VAMUR Une vingtaine d'associations (Amnesty international, la Cimade, Médecins du monde, le Secours catholique...) ont publié mercredi un rapport accablant sur les conditions d’accueil des demandeurs d’asile. Leurs enquêteurs se sont rendus dans 31 départements des 15 principales régions d’accueil entre mai et novembre 2012. Des différences de traitement selon les régions, des conditions d’accueil insuffisantes, parfois dégradantes, voire inexistantes... Ils dénoncent le parcours de combattant auquel sont désormais confrontés les demandeurs d’asile. Des dysfonctionnements sont notés à tous les niveaux de la procédure, du dépôt de la demande à l’hébergement en passant par l’accès aux soins et la défense par les avocats. Selon les associations, des réformes sont nécessaires rapidement. Laurent Giovannoni, responsable du département «Etrangers, roms et droits d’asile» au Secours catholique, détaille ce rapport. Ce rapport pointe la dégradation des conditions d’accueil des demandeurs d’asile. De quand datez-vous cette détérioration ? De la dernière loi sur le droit d’asile, en 2003. Avec cette loi, a été mise en place une régionalisation dans la demande de droit d’asile. Avant, les migrants étaient accueillis par les préfectures de département. Maintenant, ce sont les préfectures des régions qui en sont chargées. Il y a donc beaucoup moins de structures qui s’occupent d’eux, et elles n’ont pas les connaissances nécessaires pour traiter ces questions. Quelles ont été les conséquences concrètes de cette réforme pour les demandeurs d’asile ? Cette loi a rendu le système incompréhensible pour un non-spécialiste. Le nombre de demandes d’asile n’a pas augmenté depuis trente ans. On tourne entre 30 000 et 60 000 par an. Par exemple, en 1989, il y avait60 000 demandeurs d’asile mais ils étaient mieux traités que les 50 000 de 2011. Aujourd’hui, les demandeurs d’asile sont confrontés à des étapes qui n’en finissent pas. Entre les délais de plusieurs mois avant d’obtenir le moindre rendez-vous en préfecture, le manque de place en centre d’hébergement, ou ceux qui voient leur dossier refusé parce que leurs empreintes digitales ne sont plus exploitables, tout est fait pour les décourager. Cette situation est-elle spécifique à la France ? Chaque pays européen tente de dissuader les migrants de venir chez eux, de les envoyer chez le voisin. La France ne fait pas exception. On ne peut pas complètement exclure que la loi de 2003 s’inscrive dans cette logique. La France ne veut pas avoir un dispositif attrayant pour les demandeurs d’asile. Mais avant 2003, la situation n'était pas non plus parfaite. Il faut vraiment inventer quelque chose de nouveau. Aucun modèle n’existe. On doit réussir à tenir compte des nouvelles directives européennes, et en même remettre en cause certaines structures qui peuvent dater du début des années 90. Avez-vous senti un changement depuis l'élection de François Hollande ? Le dialogue existait avec le gouvernement précédent, et il a repris avec le gouvernement actuel. Mais maintenant, on sent qu’on est écouté. Tout le monde au ministère de l’Intérieur semble partager notre constat. Mais on ne peut pas se fier à ce qu'on ressent à la sortie des réunions. On ne pourra juger que sur des actes. François Hollande avait annoncé pendant la campagne une réduction du délai d’obtention du droit d’asile à six mois. Pensez-vous qu’il tiendra cette promesse ? On ne peut pas savoir si la durée sera de six mois ou pas. Ce qu’il faut faire, c’est tout simplifier. Cela conduira logiquement à une diminution du délai d’obtention du statut de réfugié. On doit trouver un système qui puisse allier rapidité dans l’examen des dossiers et qualité dans le traitement des migrants. Il faudrait aussi que la France abandonne la notion d'«Etat sûr». Quand des migrants viennent d'un pays classé comme «Etat sûr», ils ne peuvent pas bénéficier d’une admission au séjour au titre de l’asile. On doit déterminer le droit d’asile par rapport à la personne, et non par rapport à son Etat d’origine. On peut très bien vivre dans un Etat considéré comme démocratique mais qui ne respecte pas les droits de l’homme.  Qu’attendez-vous après la publication de ce rapport ? La coordination française pour le droit d’asile, qui regroupe la vingtaine d’associations signataires du rapport, souhaite maintenant être reçue par le cabinet de Manuel Valls. On veut avoir les garanties qu’une réforme aura bien lieu. Nous savons que nous ne sommes pas maîtres du calendrier. Mais il est urgent de modifier le droit d’asile. Pour l’instant, on a simplement pu constater qu’aucun projet de loi sur cette question n'était au programme pour le premier semestre de l’année. On attend donc désormais le lancement rapide d’un vrai travail de réflexion entre les associations et le gouvernement. Rapport sur le droit d'asile :