[Coordsanspap-ouest] Migrants : Paris, le nouveau Calais

From : muriel.elkolli@... , the 27th April 2018 10:57
  • 2018-04-27 10:57:27 — muriel.elkolli@... - [Coordsanspap-ouest] Migrants : Paris, le nouveau Calais

Migrants : Paris, le nouveau Calais
Île-de-France & Oise  Paris 
|Cécile Beaulieu|26 avril 2018,  19h20 |MAJ : 27 avril 2018, 8h51  |79 Sur le camp de migrants du Canal Saint-Martin, les tentes s'accumulent  sur les berges du bassin Louis Blanc. LP/J.-N. Guillo     Près de 3000 migrants sont installés dans le nord de la capitale et     550 supplémentaires arrivent chaque semaine. Nous sommes allés à la     rencontre de ses hommes déracinés et des riverains qui vivent au     plus près de ces camps. De dérisoires habitats de fortune, au pied du colossal centre commercial  du Millénaire  .  Sur les rives du canal Saint-Denis, quais du Lot et de l’Allier, aux  confins du XIX^e arrondissement et d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis),  les tentes igloo ne cessent de fleurir, depuis le mois de février  dernier, pour accueillir les migrants qui continuent d’affluer — quelque  80 personnes chaque jour — dans la capitale. Aujourd’hui, ils sont près de 2 500, originaires en majorité de la corne  de l’Afrique. 60 % d’entre eux sont Erythréens ou Soudanais. La plupart  obtiendront probablement, à la fin d’un interminable parcours migratoire  ,  un titre de séjour en Europe. Alors que le projet de loi Asile et immigration  ,  adopté ce lundi en première lecture à l’Assemblée, prévoit un  durcissement considérable des conditions d’accueil en France, Paris est  toujours au cœur d’une crise migratoire sans précédent. Depuis 2015, 30  camps ont été évacués dans le Nord-Est parisien. Et ce vendredi, pour la  cinquième fois, la maire de Paris Anne Hidalgo sera au cœur du campement  du Millénaire, accompagnée de personnalités, pour que les 2 500 ne  tombent pas dans l’oubli. Et pour rappeler, surtout, l’Etat à ses  responsabilités. *LIRE AUSSI >*Migrants à Paris : pour Anne Hidalgo, «la situation est  inhumaine»  ** -     «J’ai peur ici, à côté de l’eau : un homme est déjà tombé dans le     canal…» Sur les rives du canal, le temps semble s’étirer à l’infini, entre  douches sommaires et lessives. Quai du Lot, deux hommes s’affairent avec  des bâtons autour d’un rat mort, recouvert d’un linge, qu’ils jettent  dans le canal. La mine grave, Inna, assis en tailleur sous sa toile de  tente, esquisse un geste désabusé : « C’est très difficile. Je reste là,  toute la journée à ne rien faire depuis trois semaines, sauf pour aller  manger aux distributions. Et j’ai peur ici, à côté de l’eau : un homme  est déjà tombé dans le canal… comme moi, il ne savait pas nager. » Cette crainte, beaucoup la partagent, malgré les barrières de sécurité  que la Ville a fait poser pour éviter un drame. « C’est sale, j’ai peur  d’attraper des maladies dans les toilettes, je suis obligé de laisser  chauffer l’eau de la douche des heures au soleil tellement elle est  froide. C’est la pire des vies, soupire-t-il en époussetant dans un  geste machinal sa couverture. Vous vous rendez compte ? Tout ça pour en  arriver là, à 43 ans ! Je pensais avoir une vie meilleure. » ** - /Inna, originaire du Kenya, a vécu au Nigeria. Il a transité par le  Maroc puis l’Allemagne avant de rejoindre Paris./LP/ Jean Nicholas Guillo / Kényan, Inna a passé son enfance au Nigeria avant de se lancer sur les  routes migratoires : « Là-bas, il y avait tellement de violences… Mon  père y est mort, moi, j’ai perdu un œil, mais tout ça, c’est une longue  histoire. Vous savez, souffle-t-il désabusé, j’ai vu beaucoup trop de  choses, je crois que ma vie n’a plus aucune valeur. » Pour trouver refuge en Europe, Inna a transité par le Maroc, puis  l’Allemagne : « Là-bas, ils m’ont pris mes empreintes. Je suis dubliné  *. J’étais logé, j’avais un lit, mais je préférerais vivre en France. De  toute façon, si je retourne au Nigeria, on me tuera ». Inna guette les  aiguilles de sa montre : « J’ai rendez-vous tout à l’heure pour donner  des papiers pour mon droit d’asile. »     «C’était très, très violent» A quelques mètres, Adam patiente sur une chaise pliante. Cet ancien  jardinier, père de deux enfants restés au Soudan, n’est là que depuis  deux jours. Mais, à 45 ans, l’homme a le regard de ceux qui ont traversé  le pire. Il a connu l’enfer de la Libye, où il a travaillé trois mois :  « C’était très, très violent… », laisse-t-il pudiquement tomber . Il  n’en dira pas plus, évacuant les détails de son histoire dans un vague  geste de la main. « Ensuite j’ai passé quatre jours en mer, sur un tout petit bateau,  avant d’accoster en Italie où mes empreintes ont été prises. On était  une cinquantaine… C’était terrible. Maintenant, j’attends. ». Comme les  exilés du Millénaire, près de 500 migrants afghans campent sur les rives  du Canal Saint-Martin (X^e ), et une cinquantaine d’autres porte des  Poissonniers (XVIII^e ). ** - /LP/ Jean Nicholas Guillo / */Les « dublinés » sont soumis au règlement de Dublin, qui désigne le  premier pays d’Europe où un demandeur d’asile enregistre ses empreintes,  comme celui devant instruire son dossier./ Paris migrants  Millénaire  Anne Hidalgo  Loi Asile et Immigration