[Gisti-info]« Mayotte, terre d’émigration massive » - Un article du Plein Droit 96

From : gisti@... , the 4th avril 2013 11:23
  • 2013-04-04 11:23:15 — gisti@... - [Gisti-info]« Mayotte, terre d’émigration massive » - Un article du Plein Droit 96

Mayotte, terre d’émigration massive *Antoine Math* Chercheur, Institut de recherches économiques et sociales (Ires) * « Le problème de Mayotte, c’est l’immigration massive. » Cette antienne répétée à l’envi par les médias et les responsables politiques de l’île pour expliquer sa situation difficile et les mauvaises conditions de vie de ses habitants ne résiste pas à une analyse sérieuse. Et si le problème de Mayotte n’était pas tant l’immigration que l’émigration  ? * Dans les médias métropolitains, Mayotte est un sujet à la mode. Les reportages se caractérisent par une forte compassion face aux situations humaines dramatiques mais ils sont aussi très superficiels, masquant une certaine paresse, ce qu’attestent d’ailleurs de nombreuses erreurs factuelles. Ils reprennent les clichés habituels soufflés par les responsables politiques et hauts fonctionnaires métropolitains quant aux raisons de la situation difficile de l’île. Sans se pencher sérieusement sur la situation réelle, ils ressassent toujours le même refrain  : le problème de Mayotte, le problème à Mayotte, c’est l’immigration, évidemment qualifiée de massive. /Le Monde/ qui a consacré récemment une enquête sur Mayotte, en offre une nouvelle illustration [1 ]. Annoncé en première page par un «  Mayotte submergée par les migrants  », le dossier se poursuit par un article «  La catastrophe migratoire à Mayotte  » résumant le fil conducteur suivi par la journaliste. Dès sa parution, ce dossier a fait le miel des sites et blogs d’extrême droite car Mayotte concentre toutes ses phobies  : l’immigration et une île peuplée de musulmans, noirs, «  polygames  », pauvres, assistés, coûteux… Dans la presse hexagonale, les Mahorais – les habitants de Mayotte ayant une carte d’identité française – sont la plupart du temps largement ignorés. Quand les reportages parlent des conditions de vie effroyables, de la pauvreté, des bidonvilles, c’est pour indiquer ou laisser entendre, contre toute évidence, que c’est le lot des seuls immigrés comoriens, voire des seuls «  clandestins  », que cette situation est finalement le résultat, pour ne pas dire la faute, de l’immigration. Or une majorité des Mahorais partagent aussi ces mauvaises conditions de vie, et ce, depuis très longtemps. Rappelons que dans cette île où, selon l’Insee, 92 % de la population vit sous le seuil de pauvreté métropolitain alors que le coût de la vie y est plus élevé, le niveau de vie moyen des Français nés à Mayotte (les Mahorais) est de 290 euros mensuels seulement (190 euros pour les étrangers) quand celui des Français non originaires de Mayotte est d’un montant «  métropolitain  », près de cinq fois supérieur [2 ]. Et si la presse parle des Mahorais, c’est en général pour évoquer la seule minorité relativement plus aisée, celle des élites dirigeantes, élus et fonctionnaires locaux mêlés, présentées comme responsables de nombreux dysfonctionnements. Il est en effet parfois difficile de faire des immigrés comoriens la seule cause de tous les maux. Il ressort en définitive qu’à Mayotte, tous les habitants, Comoriens et Mahorais, posent problème, sauf les métropolitains envoyés sur l’île et notamment ceux qui dirigent les administrations. L’article du Monde s’attarde d’ailleurs sur les courageux métropolitains travaillant sur place pour assurer le service public (éducation, santé) et souvent découragés face à l’ampleur des difficultés rencontrées et à la faiblesse des moyens. Mais, imputer tous les maux de Mayotte aux Comoriens ou, éventuellement, aux «  locaux  » permet aux reportages de rester totalement a-critiques sur les actions et les politiques publiques menées sur cette terre placée sous la tutelle de la France depuis plus de 170 ans. Les reportages, au contraire, manquent rarement de rappeler les bienfaits apportés par la France, les efforts de l’État qui injecterait désormais un milliard d’euros par an, sous-entendant que Mayotte serait un puits sans fond pour les finances publiques. Cette antienne est d’ailleurs abondamment reprise par l’extrême droite. Même si ce chiffre d’un milliard d’euros était réel, il confirmerait la discrimination subie par ce territoire et ses habitants puisque la dépense publique (État, collectivités locales, sécurité sociale) s’y élèverait à environ 4 700 euros par habitant alors que la dépense publique par habitant en France est de l’ordre de 17 300 euros, soit trois à quatre fois plus. Dit autrement, si la dépense publique par habitant était la même à Mayotte, elle devrait s’élever non pas à 1 milliard d’euros, mais à environ 3,7 milliards d’euros. Dans le même registre de la France généreuse avec une terre ultramarine qui coûte très cher, les reportages se complaisent à répéter les discours convenus sur les immenses efforts consacrés à Mayotte dans le domaine de l’éducation ou de la santé. C’est certes exact en comparaison d’il y a deux ou trois décennies quand l’État se moquait bien de scolariser et vacciner les enfants de Mayotte. Mais ce qui n’est pas dit c’est qu’on est très loin d’un traitement égalitaire. Ainsi le niveau des dépenses d’éducation par élève est encore moitié moins élevé à Mayotte en comparaison des autres régions de France. Et le constat est peu ou prou le même en matière de santé. Les habitants pâtissent bien toujours des dispositions discriminatoires applicables à Mayotte pour les services publics et les transferts sociaux [3 ]. Préférant les clichés, en particulier sur les «  clandestins  » causes de tous les soucis, la presse ignore d’autres réalités. Puisqu’elle insiste sur les questions de migration et de démographie, en particulier sur l’«  immigration massive  » ou l’«  invasion  » des Comoriens, elle devrait logiquement informer honnêtement, à partir des données également disponibles dans les recensements de l’Insee, sur la forte hémorragie de Mahorais fuyant les conditions économiques et sociales. Or, pas un mot ou presque n’est dit sur cette émigration, pourtant environ deux fois plus importante que l’immigration, signe d’un profond malaise et de problèmes économiques et sociaux qui ont peu à voir avec l’immigration. (...) *> La suite de l'article est à l'adresse* http://www.gisti.org/spip.php?article3047 *Extrait du /Plein droit/  **n° 96 *(mars 2013)*   « Du service au servage  »* (mars 2013, 9€)* * *Vous pouvez commander la revue  auprès du Gisti* (chèque, carte bancaireou virement) */Plein droit/**, la revue du Gisti** **www.gisti.org/pleindroit  * Articles à l'unité sur Cairn.info Abonnements : www.gisti.org/abonnement  Librairies : www.gisti.org/diffusion La newsletter Gisti-info   Les fils RSS du Gisti   Commander le Plein droit 96   Page Facebook du Gisti Page Twitter du Gisti  _______________________________________________ * Gisti-info@... * abonnement/desabonnement via le web a http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/gisti-info * abonnement par mail : ecrire a gisti-info-on@... * desabonnement par mail : ecrire a gisti-info-off@...