[Gisti-info] Un an après la réforme de l’OFII : Lettre ouverte de l'ODSE aux ministres de la santé et de l’intérieur sur la dégradation des conditions d’accès aux droits des personnes malades étrangères

From : gisti@... , the 9th March 2018 14:54
  • 2018-03-09 14:54:17 — gisti@... - [Gisti-info] Un an après la réforme de l’OFII : Lettre ouverte de l'ODSE aux ministres de la santé et de l’intérieur sur la dégradation des conditions d’accès aux droits des personnes malades étrangères

/ODSE/       Un an après la réforme de l’OFII       Lettre ouverte aux ministres de la santé et de l’intérieur sur la       dégradation des conditions d’accès aux droits des personnes       malades étrangères Madame Agnès Buzyn Ministre des Solidarités et de la santé 14 Avenue Duquesne 73350 Paris 07 SP Monsieur Gérard Collomb Ministre de l’Intérieur Place Beauvau 75800 Paris Cedex 08 Copie à Monsieur Jacques Toubon Défenseur des Droits 7 rue Florentin 75008 Paris Copie à Monsieur Patrick Bouet Président du Conseil National de l’Ordre des Médecins 4 rue Léon Jost 75017 Paris Copie à Madame Thanh Le-Luong Directrice du Pôle Santé de l’OFII 44 rue Bargue 75732 Paris Cedex 15 Paris, le 23 février 2018 Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Il y a tout juste un an, l’évaluation des besoins de prise en charge des  personnes malades demandant à ce titre un droit au séjour passait des  Agences régionales de santé à l’Office Français de l’Immigration et de  l’Intégration. La loi garantissait également la prise en compte des  possibilités effectives de soins appropriés dans le pays d’origine. Avec  cette réforme, le Gouvernement d’alors promettait une appréciation plus  souple, plus efficace mais aussi plus harmonieuse nationalement des  conditions médicales, notamment concernant la possibilité d’accès aux  soins dans le pays d’origine, et une confiance restaurée des préfets  envers les avis médicaux. Malheureusement, au terme d’une première année d’observation, nos  organisations ne peuvent que constater la dégradation des conditions  d’accès aux droits générée par cette réforme. Nous nous inquiétons, en  premier lieu, du choix fait par l’OFII de mettre en œuvre une politique  de lutte contre la fraude impactant négativement le respect des droits  des malades et les délais de déroulement de la procédure. Les  convocations en vue de vérifier l’identité des demandeurs et/ou  d’effectuer des examens complémentaires, autorisées par décret, sont  systématiquement utilisées pour les personnes inconnues des services  médicaux de l’OFII, y compris celles dont les dossiers ont été traités  par les ARS par le passé. Or :   * Ces contrôles systématiques engorgent l’activité des médecins     rapporteurs et ont pour conséquence des délais d’instruction tout à     fait anormaux : alors que la réglementation prévoit trois mois pour     l’évaluation médicale, celle-ci durerait en moyenne sept à huit mois     selon l’OFII. De fait, en 2017 nos organisations n’ont observé que     peu de résultats d’évaluation médicale et de décisions     préfectorales, compte-tenu de ces délais démesurés.   * Nos organisations ont à plusieurs reprises observé des pratiques     préoccupantes dans le cadre de ces convocations en raison notamment     de l’absence d’informations et de consentement éclairé du patient. Il est enfin à noter la démesure de cette politique de contrôle  systématique au regard du volume réel de fraude détecté, qui semblait en  septembre dernier inférieur à 1% des dossiers traités par l’OFII. En second lieu, les instructions données aux préfets par le Ministre de  l’Intérieur afin que les récépissés de demande de délivrance ou de  renouvellement du titre de séjour ne soient remis qu’une fois le rapport  médical établi au niveau de la délégation territoriale de l’OFII ont eu,  et continuent d’avoir, des conséquences humainement dramatiques.  Appuyées sur une interprétation juridique contestable et d’ailleurs  réfutée par de nombreux juges administratifs, ces instructions  condamnent au dénuement des personnes gravement malades : perte de leur  emploi, de leur formation professionnelle, de leurs prestations  sociales… Le recours au contentieux se présente souvent comme la seule  solution pour obtenir un récépissé et donc une réouverture des droits,  mais ne permet pas de réparer les conséquences des préjudices subis. En troisième lieu, les instructions du Ministère de l’intérieur  continuent aussi d’empêcher les personnes gravement malades ayant  demandé l’asile, notamment lorsqu’elles sont soumises à une procédure  Dublin, de voir enregistrer et instruire leur demande d’admission au  séjour au regard des possibilités effectives de soins dans leur pays  d’origine comme la loi le prévoit. En quatrième lieu, nos organisations sont particulièrement alarmées par  le respect aléatoire des orientations du Ministère de la Santé par le  collège des médecins de l’OFII. Le suivi de ces orientations  réglementaires s’impose aux services de l’OFII et nos organisations  considèrent qu’il appartient au Ministère de la Santé de s’assurer de  leur respect effectif. A titre d’exemple, le service médical de l’OFII  estime qu’en Angola, au Cameroun ou encore au Mali les soins sont  effectivement accessibles pour des personnes atteintes de graves  troubles psychiatriques alors même que la documentation disponible  montre les insuffisances voir l’inexistence, dans ces mêmes pays, de la  prise en charge psychiatrique. Par ailleurs, deux saisines adressées il  y a plus de six mois pour des personnes séropositives originaires  d’Angola et de Guinée-Conakry ayant fait l’objet d’avis médicaux  défavorables et en conséquence de refus de séjour et d’OQTF n’ont reçu  aucune suite de la part du Ministère de la Santé. Ces deux situations ne  sont pas isolées, nos organisations ayant eu connaissance début 2018 de  plusieurs autres avis médicaux défavorables pour des personnes  séropositives. Enfin, nos toutes premières observations concernant les décisions  préfectorales nous mènent à conclure à la persistance des pratiques de  refus de séjour et d’éloignement du territoire en contradiction avec les  avis médicaux. Le 1er février dernier, une personne porteuse du VIH a  été expulsée vers une mort certaine dans son pays d’origine en dépit  d’un avis médical favorable à son maintien en France et d’une saisine en  urgence de vos services. Cette expulsion inhumaine a été maintenue alors  que le Défenseur des droits s’était vivement ému, le 16 octobre 2017, de  la reprise des éloignements du territoire de personnes porteuses du VIH,  qui « [marque] /une régression particulièrement terrible et une atteinte  au droit fondamental le plus essentiel, le droit à la vie/ ». Nos organisations demandent instamment :   * Que vous agissiez auprès de l’OFII pour que soit abandonné le     caractère systématique des convocations en vue d’assurer     l’identitovigilance et/ou des examens complémentaires ; mais     également pour que ces examens aient lieu dans le respect effectif     de la déontologie médicale et des délais réglementaires     d’instruction des demandes ;   * Que vous reveniez sur les instructions concernant la délivrance des     récépissés, afin que ceux-ci soient remis dès l’enregistrement de la     demande ;   * Que vous preniez des mesures pour assurer le respect par les     médecins de l’OFII des orientations du Ministère de la Santé. Nous     considérons que seules des ressources mises à dispositions ou     validées sur le fond par les services du Ministère de la Santé     devraient pouvoir être utilisées comme référentiel d’évaluation des     possibilités d’accès aux soins dans les pays d’origine.   * Que vous assuriez le respect par les préfets des avis médicaux,     étant rappelé que seules sont laissées à l’appréciation préfectorale     les conditions administratives permettant de déterminer le type de     protection offert aux personnes malades, et qu’en aucun cas une     personne remplissant les conditions médicales, appréciées par les     médecins de l’OFII, ne saurait être éloignée du territoire. Plus largement, nous espérons que l’accès aux droits des personnes  malades étrangères, y compris lorsqu’elles ont sollicité l’asile, ne  sera pas davantage restreint avec la nouvelle réforme qui se prépare et  que leurs droits fondamentaux et leur besoin de protection seront  davantage respectés. Nos organisations souhaitent pouvoir vous rencontrer pour évoquer  ensemble ces sujets. Dans l’attente de votre réponse, recevez, Madame la Ministre, Monsieur  le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées. L’ODSE         Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site         www.odse.eu.org  /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org /  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article5875  /