[Gisti-info]Contrôles au faciès : il est urgent d’agir ! [Action collective]

From : gisti@... , the 21st February 2018 10:59
  • 2018-02-21 10:59:40 — gisti@... - [Gisti-info]Contrôles au faciès : il est urgent d’agir ! [Action collective]

/Action collective/       Contrôles au faciès : il est urgent d’agir ! *Alors que quatre des policiers ont été renvoyés en correctionnelle pour  des violences commises sur 18 jeunes de 14 à 18 ans et que leur procès  va s’ouvrir ce mercredi matin au palais de justice de Paris, les membres  de la plateforme « En finir avec les contrôles au faciès » réagissent  aux vidéos sorties par Mediapart relatives aux actions de patrouilles de  police dans le XIIe arrondissement de Paris. * Mediapart    et Le Monde  ont publié le  14 février des images vidéo prises par la camera-piéton d’une policière  du XIIe arrondissement de Paris. Sur la vidéo, on entend une agente  ordonner à un groupe d’enfants sur la voie publique : « Contre le mur…  Contrôle de police ! », et l’on voit ceux-ci se ranger face à un mur,  bras et jambes écartés. En dépit de leur jeune âge, il est évident  qu’ils connaissent déjà par cœur cette « position de contrôle », qui  n’est bien sûr prévue par aucun texte. Dans une autre séquence, on entend une policière annoncer : « Ah, mais  il y a mon pote D. », avant d’aborder cette personne pour lui faire  subir un contrôle d’identité. Autre scène : un homme noir, sortant de  chez lui, est lui aussi contrôlé. Lorsqu’il demande pourquoi, il se voit  répondre : « Vous êtes là tout le temps ». Et une autre encore : la  caméra se détourne quelques instants au cours d’un contrôle, et  lorsqu’elle revient vers la scène, nous entendons l’homme en train  d’être contrôlé dire « vous faites quoi là ? Je n’aime pas ce qu’on me  fait là », puis « j’ai pas aimé là où on me tape le cul ». Cette fois, c’est une source policière qui révèle le caractère humiliant  de ces contrôles discriminatoires « de routine », dans des vidéos  exposant de manière très parlante ce que le sociologue Emmanuel  Blanchard qualifie de « cérémonie de dégradation   ». Il ne  s’agit en effet nullement d’incidents isolés ou exceptionnels mais de  pratiques hélas routinières, qui ciblent certains citoyens comme des  individus suspects, indésirables ou étrangers sur la seule base de leur  apparence physique ou de leur origine supposée. De telles pratiques, abusives, entament gravement les relations de  confiance entre les groupes ou communautés visés et les forces de  l’ordre. Dans un avis rendu en novembre 2016, la Commission nationale  consultative des droits de l’homme (CNCDH) décrit ainsi le problème  comme « un abcès de fixation des tensions police-population » [1  ]. Cette corrélation négative entre les « contrôles au faciès » et la  confiance envers la police est confirmée par des études scientifiques.  Une enquête de 2010 de l’Institut national d’études démographiques  (INED) révélait que plus de la moitié des personnes ayant subi des  contrôles policiers multiples exprimaient un manque de confiance dans  les forces de l’ordre, contre 25% des personnes n’ayant pas été  contrôlées [2 ]. De  même, selon un sondage effectué par le Défenseur des Droits en 2017,  56,3% des personnes disant avoir été contrôlées plus de cinq fois au  cours des cinq années écoulées déclarent ne pas avoir confiance en la  police, contre seulement 18% pour le reste de la population [3  ]. Ces enquêtes  rejoignent les nombreuses études scientifiques conduites dans d’autres  environnements, qui identifient un lien de causalité entre des pratiques  policières perçues comme injustes ou illégitimes par les populations et  une perte de confiance envers les forces de l’ordre [4  ]. Alors même que ces abus prennent place à grande échelle, avec des  répercussions négatives considérables, les gouvernements successifs et  les élus de la République n’ont de cesse d’éluder le problème. Encore  récemment, le 1er février, les députés de la majorité présidentielle ont  ainsi rejeté une proposition de loi qui visait à prévenir ces dérives,  et coupé court à de nouveaux débats. La loi proposée aurait simplement  ouvert la voie à l’expérimentation des récépissés de contrôle, et aurait  imposé de fonder les contrôles sur des motifs objectifs et  individualisés : deux mesures qui ont prouvé leur efficacité ailleurs  (Grande-Bretagne, Espagne, Etats-Unis..). L’annonce gouvernementale de la mise en place d’une police de sécurité  quotidienne fait l’impasse sur les pratiques discriminatoires et les  abus en matière de contrôles d’identité, fouilles et palpations de  sécurité. Le gouvernement feint de croire que la poursuite de  l’expérimentation des caméras-piétons, qui n’a pas eu d’effet notable,  préviendra les contrôles discriminatoires : en somme, il préfère ne pas  prendre de front le problème. Ces vidéos filmées par une policière parisienne ne sont qu’un exemple de  plus de la violence – verbale, sociale, et parfois physique – et du  caractère dramatique des pratiques actuelles. Elles nous rappellent  qu’il est urgent d’agir. Les membres de la Plateforme pour « En finir avec les contrôles au  faciès »  appellent le  gouvernement et les élus à prendre sans attendre une nouvelle direction  et à soutenir publiquement une réforme en profondeur des contrôles  d’identité, que la condamnation de l’Etat en novembre 2016 par la Cour  de cassation rend inéluctable. Les membres de la plateforme appellent aussi les conseils municipaux à  manifester, via des résolutions, leur adhésion de principe à  l’application, dans leurs villes, d’expérimentation de récépissés de  contrôle. Les associations locales et les collectifs de citoyens peuvent  quant à eux organiser des événements publics, écrire aux élus, témoigner  des pratiques discriminatoires et des abus en matière de contrôles  policiers, et fournir une assistance aux personnes visées par ces  contrôles afin qu’elles puissent partager leur expérience et avoir accès  à des recours (juridiques ou autres). Ces organisations sont membres de  la plateforme « En finir avec les contrôles au faciès » [5  ]. Le 19 février 2018 Contactez-nous à l’adresse plateforme@... *Signataires :*   * Groupe d’information et de Soutien des Immigré.e.s   * Human Rights Watch   * Ligue des Droits de l’Homme   * Maison Communautaire pour un Développement Solidaire   * Open Society Justice Initiative   * Pazapas   * Syndicat des Avocats de France   * Syndicat de la Magistrature   * WeSignIt / [1 ]  Commission nationale consultative pour les droits de l’homme, Avis sur  la prévention des pratiques de contrôles d’identité abusives et/ou  discriminatoires, 8 novembre 2016, p. 6. [2 ]  Trajectoires et Origines : Enquête sur la diversité des populations en  France, premiers résultats octobre 2010, coordonnée par Cris Beauchemin,  Christelle Hamel et Patrick Simon, p. 112, consultable à l’adresse :  https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/19558/dt168_teo.fr.pdf [3 ] Défenseur  des Droits, Enquête sur l’accès aux droits : Relations  police/population, le cas des contrôles d’identité, janvier 2017, p. 28. [4 ] Lorraine  Mazerolle, Sarah Bennett, Jacqueline Davis, Elise Sargeant et Matthez  Manning, Legitimacy in Policing : a Systematic Review, janvier 2013, p.  12 – 17 ; Jason Sunshine et Tom Tyler, « The Role of Procedural Justice  and Legitimacy in Shaping Public Support for Policing », juillet 2003,  p. 513 – 521 et 534 – 536. [5 ] Des  informations complémentaires et des ressources en ligne sont disponibles  sur le site de la Plateforme  / /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org /  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article5867  /