[Gisti-info]Fantasmes autour d’une invasion de bébés à Mayotte : Retour sur des chiffres trop souvent manipulés [Décryptage de l'actu par le collectif MOM]

From : gisti@... , the 14th March 2018 11:31

/_Décryptage de l’actualité _ par le collectif MOM (Migrants Outre-mer)/       Fantasmes autour d’une invasion de bébés à Mayotte       Retour sur des chiffres trop souvent manipulés *Ce **décryptage de l’actualité  **par  le site du collectif **Migrant outre-mer  **nous semble particulièrement  intéressant, aussi nous nous permettons de le diffuser. * *Le Gisti* Périodiquement depuis plus de dix ans les mêmes fantasmes, largement  diffusés, refont surface sur ce thème. En arrière plan, une offensive  - elle aussi rituelle - contre le « /droit du sol/ » à Mayotte, mais  aussi en Guyane... et pourquoi pas en métropole : ce sera l’objet d’un  prochain article. *1) La maternité de Mayotte est la « /1ère de France en nombre de  naissances/ »* (répété sans cesse. Cette réalité statistique n’est pas  due en premier lieu au grand nombre de naissances à Mayotte, mais à  *l’insuffisance de maternités à Mayotte !* Mayotte était en effet en  2014, du point de vue du nombre de naissances, le 37ème département  français (chiffres État civil). Il naît ainsi trois fois moins d’enfants à Mayotte qu’à Paris ou dans  les départements du Nord et de Seine-Saint-Denis. Si à Paris ou dans ces  départements on regroupait les maternités dans une seule grosse  structure (pourquoi pas), ces maternités seraient trois fois plus  importantes que celle de Mayotte. Cette situation où il y a une seule maternité est d’autant plus  problématique que les enquêtes périnatalité INSEE de 2010 ont montré que  c’est à Mayotte que la part des personnes ayant des distances et des  temps moyens pour se rendre à la maternité sont les plus longs (avec  tous les risques afférentes), c’est donc à Mayotte que se justifierait  la construction d’autres maternités. Les autres lieux annexes à Mayotte où des femmes accouchent dépendent  d’ailleurs du CHM de Mayotte mais, évidemment, n’ont pas les meilleures  installations (et souvent uniquement des sages femmes ; une situation  alarmante dénoncée dans un récent rapport de la chambre régionale des  comptes. Bref, il y a un manque de moyens et ce n’est pas nouveau. La  responsabilité des politiques est ici engagée. *2)* 9 000 naissances en 2015, 9 500 en 2016, 9 674 en 2017 c’est  peut-être beaucoup (et ça l’est au regard des moyens) mais ce n’est pas  si nouveau car le nombre de naissances à Mayotte avait même eu tendance  à diminuer depuis une dizaine d’années (plus de 8 000 en 2007 à 7 300 en  2014 - chiffres de l’Agence régionale de santé (ARS), donc la question  de la carence, des politiques est posée, et depuis longtemps : *si le  Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) est débordé, les chambres sont  pleines à craquer, ça l’est depuis longtemps, le problème est celui du  manque de moyens, de lits, de maternités, mais aussi de professionnels  de santé disponibles, avec le problème accru par des difficultés de  recrutement (liées à nombre de facteurs, conditions de travail,  conditions de vie difficiles à Mayotte, situation sociale dégradée et  explosive...).* Ceci s’accompagne de très très très grandes souffrances pour le  personnel en poste. Une impression juste de service dégradé pour (toute)  la population. D’où la tendance à désigner responsables de la situation  des boucs émissaires commodes. *3)* 70 % des mères qui accouchent à Mayotte seraient des «  /clandestines/ », et de plus, elles viendraient exprès pour accoucher  (pour avoir des papiers, que leur enfant devienne Français, etc.).  Affirmation souvent répétée, et tout récemment par divers responsables  politiques et reprise par les médias. Implicitement, si elles n’étaient pas là, tout irait bien mieux à la  maternité de Mayotte. Le problème serait un peu leur faute. *C’est une antienne, répétée à l’envie, mais c’est faux.* Selon les données d’État civil (INSEE), sur les 9500 enfants nés à  Mayotte en 2016, les trois quart avaient une mère domiciliée à Mayotte  et née ailleurs (69% dans une autre île de l’archipel des Comores, 5% à  Madagascar). Parmi les enfants, 58 % avaient au moins un parent français, et étaient  donc des enfants français par filiation dès la naissance [1  ]. Le fait qu’il y ait beaucoup d’enfants étrangers à leur naissance (42 %)  et beaucoup de parents étrangers (compte tenu des couples  franco-étrangers, on peut les estimer à 45 % du total des parents) n’a  rien d’anormal puisque, en 2015, plus de la moitié des adultes de 18 à  79 ans résidant à Mayotte étaient étrangers [2  ]. Ces mères que l’INSEE désigne comme domiciliées à Mayotte sans y êtres  nées sont celles que tous conviennent de qualifier de « /clandestines/ »  récemment débarquées à Mayotte pour accoucher. Pourtant, parmi elles, certaines sont en situation régulière, voire  françaises. Une partie de ces personnes est certes en situation irrégulière, ce sont  ces « /clandestines/ ». Mais elles vivent pourtant souvent depuis très  longtemps à Mayotte, ce que montrent les données du recensement. Peu  habitent à Mayotte depuis moins de 5 ans [3  ]. Le problème vient donc davantage du fait qu’il est difficile, bien plus  encore comparé à la métropole, pour ces personnes étrangères d’obtenir  un titre de séjour (du fait de législation plus difficile, des pratiques  de la préfecture de Mayotte, des conditions de vie et d’habitat, etc.),  c’est pour cela qu’elles sont sans papiers. Il n’est pas rare qu’elles  soient interpellées et expulsées malgré une présence et une vie  familiale établie à Mayotte de longue date. Les « /clandestines/ » qui viennent d’arriver (ou de revenir) pour  accoucher, cela existe certes, les Comores sont bien un repoussoir du  point de vue des politiques publiques de santé, mais c’est assez  minoritaire. Si ce n’est pas du tout la perception des agents de l’hôpital ce qui est  vrai et ce que voient et perçoivent les agents hospitaliers, c’est que  70 % des mères venant accoucher (57 % en 2013 selon rapport chambre  régionale des comptes de 2015, et 49 % de l’ensemble des patients du  CHM) ne sont pas affiliées à l’assurance maladie (d’où le « /70 % de  clandestines/ » qui est cité à l’envie dans les médias). Ces agents  hospitaliers peuvent en déduire qu’elles sont toutes sans papiers  ("clandestines"), ce qu’on ferait aisément en métropole. Mais, à  Mayotte, il se trouve que beaucoup de personnes non affiliées à  l’assurance maladie devraient l’être. Selon une enquête commandée par la  préfecture, entre un tiers et un quart des habitants de Mayotte ne sont  pas affiliés (étude de en 2009) : 22 % des Français (qui devraient  pourtant tous l’être évidemment !) et 53 % des étrangers qui ne sont pas  tous sans papiers [4 ]  et donc qui devraient aussi être affiliés). Il y a beaucoup de difficultés pour obtenir l’assurance maladie à  Mayotte pour tout un ensemble de raisons, dont certaines dues aux  autorités et dénoncées par le Défenseur des droits. Voir sur ce point :   * le chapitre « /protection sociale/ » du tout récent Cahier juridique     Gisti et MOM, Singularités des droits des étrangers dans les     Outre-mer  ;   * cette page consacrée à la protection sociale en outre-mer et     notamment à Mayotte . *4) Conclusion : le problème ne vient pas des « /clandestines/ » mais de  politiques publiques très dégradées (et depuis longtemps).* Il serait temps de donner les moyens à Mayotte en matière de santé, de  traiter ce territoire à égalité du point de vue des droits, en matière  de santé, d’éducation, de politique d’emploi, etc., mais aussi de lutter  contre les inégalités extrêmes sur l’île au lieu de jouer sur les  divisions sociales qui nourrissent une société de frustration et de  violence. Un rapport de la Cour des comptes « /La santé dans les outre-mer, une  responsabilité de la République  / »  (juin 2014) montre que les dépenses de santé sont 3 à 4 fois moins  élevées par habitant à Mayotte que dans les autres départements français  (deux fois moins s’agissant des dépenses d’éducation par élève).  Qu’est-ce qui peut justifier ça ? Mais il est plus facile d’accuser les femmes comoriennes, de faire  croire qu’on réglera les problèmes en faisant de la maternité de Mayotte  un territoire étranger... 12 mars 2018 / [1 ] Voir : «  /Une natalité record, naissances 2016 à Mayotte  / », INSEE flash Mayotte,  n° 54, 31 août 2017 [2 ] Voir «  /Migrations, natalité, solidarité familiale  ", INSEE analyse Mayotte,  n°12, 10 mars 2017/ // / [3 ] Voir «  /Mayotte, département le plus jeune de France  ", INSEE première, n°1488,  6 février 2014/ /// // [4 ] Selon  l’étude « /Migrations, natalité et solidarités familiale/ » citée en note 2 // / //         Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site         www.migrantsoutremer.org  /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org /  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article5879  / //