[Gisti-info]63 migrants morts en Méditerranée : l’armée française devra finalement s’expliquer [Action collective]

From : gisti@... , the 26th juin 2014 18:50

action collective   63 migrants morts en Méditerranée : l’armée française devra finalement   s’expliquer. À la suite du drame du « bateau cercueil » (left-to-die-boat) qui a  coûté la vie, en mars 2011, à 63 personnes à proximité des côtes  libyennes, au plus fort des opérations militaires coalisées en  Méditerranée, quelques rescapés et plusieurs organisations ont déposé  une plainte, le 14 juin 2013, mettant en cause l’armée française pour  non assistance à personne en danger. Sans même engager la moindre investigation, la juge d’instruction, le 6  décembre 2013, a prononcé un non lieu « ab initio », en reprenant à son  compte les affirmations de l’état major des armées selon lesquelles  aucun bâtiment français n’était présent sur cette zone. Elle faisait  ainsi bon marché des rapports d’organismes européens concluant à la  nécessité de mener une enquête approfondie afin d’identifier les navires  impliqués. Parce que les rescapés et les familles des victimes, ainsi que les  organisations qui les soutiennent, avaient le droit d’en savoir plus, un  appel a été formé contre l’ordonnance de non-lieu. La chambre de l’instruction vient d’infirmer l’ordonnance de non lieu :  elle estime qu’une information judiciaire doit être ouverte et menée à  son terme. Cette décision sonne comme un avertissement adressé à l’Union européenne  et à ses États membres qui s’emploient à dresser toutes sortes  d’obstacles : juridiques, physiques, paramilitaires, au franchissement  des frontières par des migrants jugés indésirables aussi longtemps  qu’ils n’ont pas été « choisis ». On sait bien, pourtant, que  l’accumulation de dispositifs aussi coûteux que sophistiqués ne dissuade  pas les candidats au départ mais les contraint seulement à recourir à  des voies de plus en plus dangereuses pour gagner l’Europe. La décision des juges français d’ouvrir une enquête fera peut-être  prendre conscience de ce que les morts en mer, dont la liste s’allonge  chaque jour, ne peuvent être tenues pour de simples dommages collatéraux  de cette cynique politique de « gestion des flux migratoires ». Elle  invitera, espérons-le, à cesser de se voiler la face sur les drames  engendrés par cette politique, a fortiori lorsqu’ils se déroulent sous  les yeux de nos armadas.       Rappel des faits : En mars 2011, 72 migrants quittent la Libye en guerre, à bord d’un  zodiac à destination de l’Italie. Très rapidement, ils perdent le  contrôle de l’embarcation et lancent un appel au secours. Leur appel est  reçu par les garde-côtes italiens qui adressent alors des messages de  détresse à l’OTAN et aux bâtiments militaires présents en mer  Méditerranée en indiquant leur localisation. Ces appels seront  renouvelés toutes les 4 heures pendant 10 jours. Personne ne leur vient  en aide. Le zodiac croise un avion, un hélicoptère militaire, deux  bateaux de pêche et un gros navire militaire, qui ignorent ses signaux  de détresse. Après 15 jours de dérive, le bateau est rejeté sur les  côtes libyennes. A son bord, seuls 11 survivants, dont 2 meurent peu  après le débarquement en Libye. 63 personnes, dont 20 femmes et 3  enfants, ont trouvé la mort faute de secours. (Voir, Communiqué de  presse, « 63 migrants morts en Méditerranée : l’armée française mise en  cause pour non-assistance à personnes en danger », et le rapport de  Forensic Oceanography). Cette affaire met également en cause les forces militaires britanniques,  italiennes, canadiennes, espagnoles, américaines et belges qui se  trouvaient elles aussi à proximité de l’embarcation en dérive. A ce  titre, les survivants ont d’ores et déjà déposé plainte en Italie, en  2012, en Espagne, en juin 2013, et en Belgique, le 26 novembre dernier.  Par ailleurs, des demandes de communication d’informations ont été  déposées au Royaume-Uni, aux États-unis et au Canada afin d’obtenir des  précisions sur les actions des armées de ces deux pays en Méditerranée à  la période des faits litigieux. Une enquête de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, publiée  en avril 2012, a conclu que, « Les pays dont les navires dans les  environs du bateau battaient pavillon ont manqué à leur obligation de  sauver ces personnes » (Voir le rapport, « Vies perdues en  Méditerranée : qui est responsable ? »). Dernièrement, la Cour  européenne des droits de l’Homme a été amenée à se prononcer sur le sort  réservé par l’Italie aux migrants qui tentent de gagner l’Europe par la  Mer. Dans l’affaire Hirsi c. Italie, elle a qualifié d’intolérable le  mépris et l’indifférence qui leur sont réservés, affirmant que la mer  Méditerranée n’est pas une zone de non droit. Paris, le 26 juin 2014 *FIDH Gisti LDH Migreurop* / / /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org/**  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article4673/