[Gisti-info]Mineur⋅e⋅s isolé⋅e⋅s : pour une protection de l’enfance, immédiate, pleine et entière [Action collective]

From : gisti@... , the 20th February 2018 17:38

/Action collective/       Mineur⋅e⋅s isolé⋅e⋅s : pour une protection de l’enfance,       immédiate, pleine et entière La mission bipartite (composée de ministères et de départements), nommée  par le Premier ministre, a rendu son rapport sur la réforme du  dispositif d’évaluation et d’accueil provisoire d’urgence des mineur⋅e⋅s  isolé⋅e⋅s étranger⋅e⋅s. Loin des considérations de protection de l’enfance, ce rapport confirme  la vision purement budgétaire et technocratique qui semble animer les  pouvoirs publics, n’utilisant même jamais le terme « enfant » lui  préférant celui de « flux ». Tout en décrivant deux scénarios possibles, ce rapport semble  privilégier le transfert de compétences des missions d’évaluation et  d’hébergement d’urgence des départements vers l’État, ce qui aboutirait  à un régime discriminatoire à l’égard des jeunes exilé.e.s. Nous nous opposons à ce transfert de compétences, les mineur⋅e⋅s  isolé⋅e⋅s devant relever de la protection de l’enfance et être  considéré⋅e⋅s avant tout comme des enfants et non comme des étranger⋅e⋅s. Les dysfonctionnements actuels proviennent essentiellement d’un manque  de moyens financiers et humains criant, avec pour conséquence des  évaluations empreintes de suspicion, des mises à la rue brutales et/ou  des conditions de prise en charge indignes. Par ailleurs, sont prévues un certain nombre de préconisations communes  aux deux scénarios particulièrement inquiétantes qui nous alertent sur  les objectifs réels de cette réforme. Ainsi, la notion « d’accueil provisoire d’urgence » semble disparaître  au bénéfice d’une simple « mise à l’abri ». La création d’un circuit court pour les jeunes manifestement mineur⋅e⋅s  ou majeur⋅e⋅s interroge : qui va décider de « l’âge manifeste », sur  quels critères objectifs et fiables et quel recours sera effectivement  prévu ? Il est inacceptable de priver ainsi de nombreux jeunes d’un  droit à une protection sans que leur situation n’ait même été examinée. La question du maintien de la mise à l’abri des jeunes, en cas de  recours contre la décision de non-lieu à assistance éducative, si elle  est énoncée dans le rapport, n’est pas tranchée, alors que le maintien  du jeune dans un lieu d’hébergement jusqu’à l’épuisement des voies de  recours est l’unique moyen de voir respecté le droit au recours effectif  qui doit être protégé conformément aux articles 6 et 13 de la Convention  européenne des droits de l’Homme. La note ne traite d’ailleurs pas des  conditions concrètes pour exercer ce recours, notamment quant à  l’information donnée au jeune et l’accès à un avocat. Enfin, sous prétexte de prévenir les réévaluations dont le chiffre n’est  pas établi – de l’aveu de la mission elle-même –, un fichier national  biométrique est proposé pour créer un système de reconnaissance des  jeunes évalués majeurs, ce qui est inacceptable en termes de libertés  individuelles. Les deniers publics employés à ce fichier, chiffré à  hauteur de 5 millions d’euros, seraient mieux employés pour aider les  départements à protéger dignement les jeunes. Le socle commun proposé par la note, vient en réalité créer de  véritables centres de tri, lieux d’hébergement spécifiques, où les  jeunes seraient fichés, triés et évalués, sans garanties de pouvoir  exercer leurs droits. Au-delà de ce socle commun, le scénario imaginé par la mission  concernant le transfert de compétences à l’État de la mise à l’abri et  de l’évaluation, est totalement irréaliste et particulièrement dangereux. Ainsi, les missions de mise en œuvre de l’évaluation de la minorité et  de l’isolement pourraient être confiées au Préfet. La note prévoit que  des agents des préfectures, en lien avec la police aux frontières,  seraient chargés d’évaluer la véracité de la minorité et donneraient  soit un avis conforme sur la minorité, soit une décision de refus de  saisine du parquet, décision insusceptible de recours. Ce scénario, qui revient à laisser l’entier pouvoir aux préfectures de  statuer sur la minorité, confirme nos inquiétudes quant au régime  discriminatoire qui pourrait désormais s’appliquer pour ces mineur⋅e⋅s  isolé⋅e⋅s étranger⋅e⋅s, les abandonnant à des centres de tri et laissés  à disposition des préfectures pour mieux les éloigner, après des  procédures d’évaluation alibi et des accompagnements socio-éducatifs  inexistants. Une telle réforme serait non seulement contraire aux principes et aux  droits tels que définis par les conventions internationales, mais  renverserait également tous les principes de protection de l’enfance du  droit français. Le gouvernement doit faire le choix du respect des droits des enfants en  allouant des moyens supplémentaires aux services de la protection de  l’enfance.   Le 20 février 2018 * Signataires du collectif Jujie (Justice pour les jeunes isolés  étrangers) : *   * ADMIE (Association pour la Défense des Mineurs Isolés Étrangers)   * AMIE Lyon (Accueil des Mineurs Isolés Étrangers)   * La CIMADE   * DEI-France (Défense des Enfants International)   * ENSEIGNANTS POUR LA PAIX   * FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou⋅te⋅s les     Immigré⋅e⋅s)   * FEDERATION SUD Éducation   * FCPE Nationale (Fédération des Conseils de Parents d’Élèves)   * FERC-CGT (Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture)   * FSU (Fédération Syndicale Unitaire)   * GISTI (Groupement d’information et de soutien des immigré⋅e⋅s)   * LDH (Ligue des Droits de l’Homme)   * MEDECINS DU MONDE   * MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples)   * MELTING PASSES   * MIN’DE RIEN 86   * PARIS D’EXIL   * RESF (Réseau Éducation Sans Frontières)   * SAF (Syndicat des Avocats de France)   * SNPES-PJJ/FSU (Syndicat National des Personnels de l’Éducation et du     Social -PJJ/FSU)   * SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE *Note de la mission bipartite du 22 janvier 2018* /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org /  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article5866  /