[Gisti-info]ADDE, Gisti, SAF : Mayotte : quand chacun s’emploie depuis des années à souffler sur les braises … [Action collective]

From : gisti@... , the 20th March 2018 10:07

/Action collective/       ADDE, Gisti, SAF       Mayotte : quand chacun s’emploie depuis des années à souffler sur       les braises … Alors que, dans une petite île de l’archipel des Comores, la tension  augmentait d’année en année... Alors que, parmi les 250 000 habitants de ce département les uns sont  français mais beaucoup plus pauvres que ceux qui vivent en métropole,  tandis que les autres, qualifiés d’étrangers, sont pour la plupart  originaires des îles du même archipel où la pauvreté est bien pire [1  ]... Alors que le fossé économique et institutionnel entre les uns et les  autres se creuse d’année en année. Alors que, régulièrement, parlementaires et gouvernements ne parlent que  de la « pression migratoire » exercée sur l’île afin de renforcer les  moyens et les effectifs des forces de police et de justifier le  non-droit omniprésent. Rien d’étonnant à ce que le climat s’échauffe et que la violence monte  entre les Mahorais et les autres. Des Mahorais ont commencé en 2016 à exclure de leurs villages les  personnes d’origine comorienne avec l’appui de leur maire et devant des  « forces de l’ordre » passives. Des mairies refusent d’inscrire des enfants en raison de l’origine de  leurs parents et un juge se permet de valider cette pratique [2  ]. Début mars 2018, pour tenter de mettre fin aux barrages violents mis en  place par des collectifs de Mahorais, le gouvernement ne trouve rien  d’autre que les vieilles recettes : l’image apocalyptique d’une invasion  de la maternité de Mayotte par des mères comoriennes accouchant  d’enfants qui deviendraient français dès leur naissance. Les fantasmes sont commodes pour gouverner ! Pourtant, naître sur le sol  français n’a jamais permis d’acquérir immédiatement la nationalité  française [3 ]. Le  gouvernement imagine même de donner à cette maternité un statut  extraterritorial qui en ferait un « centre de tri » : ne seraient  réputés nés à Mayotte que les bébés dont l’un des parents est  français... Peu importe les aberrations juridiques, la violation de la  Constitution, il s’agit d’innover et de faire de cette maternité une  exception en matière d’accès à la nationalité [4  ]. Puis, dans l’espoir de calmer la colère des manifestants mahorais, le 13  mars dernier, la ministre des Outre-mer prenait douze engagements au nom  du gouvernement dont sept sur la "lutte contre l’immigration  clandestine" désignant, une fois de plus, l’étranger comme responsable  de tous les maux. Une course effrénée aux chiffres est lancée. Des  camions de gendarmerie sont postés un peu partout sur l’île. Des bus  scolaires sont réquisitionnés et affrétés pour transporter les personnes  interpellées. Comme toujours à Mayotte mais plus encore actuellement,  des procédures expéditives et bâclées ; toujours plus de mineurs isolés  fabriqués par l’éloignement de leurs parents. Résultat : 450  interpellations en quatre jours… Dans le lot, de nombreuses personnes  pourtant légalement protégées contre une mesure d’éloignement (parent  d’enfant français, jeune arrivé à Mayotte l’âge de 13 ans, titulaire de  récépissés, etc.). Qu’importe si cette politique aveugle renforce l’inimitié entre les  Mahorais et leurs voisins largement responsable de l’insécurité  croissante sur l’île de Mayotte : à court terme, le gouvernement y voit  un moyen de favoriser de futures négociations avec les Mahorais. Depuis que les responsables politiques attisent les peurs des uns et des  autres en préférant les fantasmes et les expulsions à une vraie  réflexion sur l’avenir de l’archipel, les dangers vont grandissant. La chasse à l’homme organisée dimanche par des habitants du nord de  Mayotte [5 ], pour  livrer des personnes étrangères à la police n’est pas le seul signal  d’alarme… 20 mars 2018 Signataires :   * Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE)   * Groupe d’information et des soutien des immigré⋅e⋅s (Gisti)   * Syndicat des avocats de France (SAF) / [1 ] PIB par  habitant estimé en 2014 : 557€ aux Comores, 8 603€ à Mayotte, 32 736€ en  métropole, Observatoire de l’Outre-mer, novembre 2017  [2 ] TA de  Mayotte, réf., 14 mars 2018, n° 180032  [3 ] Voir deux  décodages du collectif migrants outre-mer : « Fantasmes autour d’une  invasion de bébés à Mayotte »    (12 mars 2018) et « Rumeurs sur le droit du sol »    (18 mars 2018) [4 ] Réponse à  une question d’actualité au gouvernement n°0250G du sénateur Thani  Mohamed Soilihi  , 9 mars 2018 [5 ]  Communique d’un nouveau « collectif des citoyens du nord »  ,  17 mars 2018 / /Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s www.gisti.org /  Page Facebook du Gisti    Page Twitter du Gisti   /Sur le Web : www.gisti.org/spip.php?article5881  /