[IACAM !] Du rififi dans la prison

From : iacam@... , the 25th May 2012 18:02
  • 2012-05-25 18:02:52 — iacam@... - [IACAM !] Du rififi dans la prison

*A Roanne comme ailleurs,* *Du rififi dans la prison* *Quand les prisonniers prennent la parole...* Alors que, dans diverses prisons, les prisonniers et prisonnières  résistent et protestent contre leur sort de différentes manières, des  détenus de Roanne ont écrit et rendu publique une lettre de  revendications (recopiée ci-dessous), adressée à la direction du Centre  de Détention et à la Juge d'application des peines de Roanne. Ils  souhaitent qu'elle circule largement, auprès de toute personne  intéressée, et dans les autres prisons. Ils ont besoin de notre solidarité ! Chose rare, cette lettre a été intégralement publiée dans la presse,  elle circule déjà dans d'autres prisons, sur internet, et auprès de  divers collectifs et associations concernés de près ou de loin par les  problèmes liés à la prison. Plusieurs de ces collectifs ont depuis  interpellé l'administration pénitentiaire pour exprimer leur soutien  envers cette action, demander une réponse publique, et affirmer leur  vigilance quant à une éventuelle répression contre les auteurs de cette  lettre. Le dimanche 6 mai 2012, un rassemblement spontané a eu lieu aux abords  de la prison : une trentaine de personnes ont exprimé leur solidarité  avec ces revendications. ... les défenseurs du système carcéral réagissent... L'administration pénitentiaire semble pour le moment silencieuse face à  ces revendications. Certains (dont des syndicats de surveillants) s'offusquent que des  détenus aient eu l'audace de dénoncer publiquement leur sort. Pour  décrédibiliser leurs requêtes, ils utilisent encore et toujours  l'argument de la souffrance des victimes d'actes délictueux, et ils  n'hésitent pas à mentir au sujet de la réalité de ce qui se passe en  prison. Une semaine plus tard, dans la presse locale, on n'entend plus  parler de cette lettre, mais, suite à divers incidents survenus en  détention, la parole est donnée aux syndicats de surveillants : comme  d'habitude, ils se plaignent et dénoncent la "dangerosité" des détenus,  comme pour nous faire oublier que ces derniers et leurs proches  souffrent et justifier la répression de toute protestation de leur part. Il est très rare que des prisonniers prennent la parole publiquement  pour dénoncer ce qu'ils subissent et demander d'être entendus. Beaucoup  veulent (faire) croire que ces prisonniers souhaitent que leur prison  deviennent un Club Med. Il ne faut pas prendre ces prisonniers pour des  imbéciles. Ils savent comme nous qu'une cage dorée reste une cage, ils  ne rêvent pas d'être en colonie de vacances, ils dénoncent ce qu'ils  subissent et réclament une amélioration du quotidien et un  assouplissement des possibilités d'aménagements de peine. Ceux qui défendent la prison préfèrent en général désigner la population  carcérale comme un ramassis de délinquants, dangers pour la société, qui  ont bien mérité ce qui leur arrive. Mais en rédigeant cette lettre, ils  nous rappellent que, eux et leurs proches, subissent des choses  infernales, ont des choses à dire, et mille raisons de se révolter. Nous nous reconnaissons dans cette lettre. En dénonçant ce qu'ils  subissent, en exigeant des améliorations pratiques, des possibilités  réelles d'aménagements de peine, le respect de droits qui leur sont  octroyés dans les textes mais pas dans la réalité, l'assouplissement de  certains contrôles, etc., ces prisonniers nous semblent remettre en  cause radicalement l'idée que la prison est une solution à quoi que ce  soit. ... Pourquoi et comment soutenir les prisonniers ? Comment agir à leurs  côtés ? En rendant publique une telle lettre, les prisonniers s'exposent à de  gros risques de pressions et de sanctions, souvent infligées de manière  arbitraire et pour l'exemple, d'ailleurs. Rappelons qu'un détenu accusé  d'avoir été à l'initiative d'une simple pétition sur les conditions de  fouilles au parloir et à l'entrée des Unités de Vie Familiale a été  placé à l'isolement il y a quelques mois et subit la misère depuis. C'est parce que la prison nous révolte, nous touche ou nous menace, que  nous nous reconnaissons dans cette lettre et souhaitons y réagir, avec  vous. Comment ? En nous renseignant sur ce qu'il se passe en prison, sur ce  que ça signifie que d'être enfermé ou d'avoir un proche enfermé, et en  le faisant savoir. En contactant les autorités pénitentiaires et  judiciaires pour exprimer notre soutien et demander des réponses. En  faisant circuler massivement et partout cette lettre, en en parlant. En  nous mettant en contact entre personnes concernées, en nous serrant les  coudes. En disant haut et fort que l'enfermement ne résoud rien. ... Eninventantmille manières d'être solidaires ! Pour agir, témoigner, demander du soutien, vous pouvez contacter divers  collectifs comme Papillon (emissionpapillon@...   ou Papillon chez CSA La Gueule  Noire, 16 rue du mont, 42100 saint-étienne) Vous pouvez aussi trouver plus d'informations sur http://  lenumerozero.  lautre.net  *Quelques nouvelles récentes de l'agitation dans les prisons* Ducos / Martinique Le 19 avril, une pétition est signée par des prisonniers du centre de  détention. Elle évoque les conditions extrêmement difficiles dans  lesquelles ils sont enfermés. Ils déposent une plainte contre  l'administration pénitentiaire. Le 2 mai, des détenus se barricadent dans une unité, et saccagent du  mobilier après une fouille de surveillants. Les gendarmes sont appelés  pour venir à bout de la mutinerie. Corbas / Lyon La maison d'arrêt de Corbas fait partie des établissements  pénitentiaires récemment conçus. Si les conditions d'hygiène y sont  moins déplorables qu'en d'autres endroits, l'enfermement est tout autant  insupportable. Encore plus d'isolement sensoriel, très peu de contacts  possibles entre les prisonniers... En 2011, 11 personnes s'y sont  suicidées. Au cours de l'été, deux textes paraissent où les prisonniers  parlent des conditions dans lesquelles ils sont enfermés, avec la  volonté d'y amener un changement. En décembre, un rassemblement devant la prison vient soutenir leur  position. Le même jour, un prisonnier réussit à s'échapper de cette  prison moderne, il passe deux heures dehors avant d'etre dénoncé par un  habitant du quartier. Vezin le Coquet / Rennes Au cours d'une altercation avec un surveillant, des détenus s'emparent  de ses clés et vont alors ouvrir les portes des autres cellules. Une  mutinerie commence au cours de laquelle du produit vaisselle et de la  lessive sont deversés au sol, des caméras de videosurveillance sont  détruites, et un incendie débute dans une cellule. Les Eris  interviennent pour mater les révolte. 4 personnes sont désignées comme  « meneurs », et passent en comparution immédiate le 10 avril. Lors du  procès, ils expliquent qu'ils demandent depuis des mois, sans aucun  effet, un transfert dans un établissement où ils pourront être visités  de leurs proches, et racontent les humiliations et violences qu'ils  vivent en prison. Cela n'empêche pas qu'ils écoppent de condamnations  lourdes. Lille-Annoeullin Début mai, des détenus du quartier maison centrale (qui regroupe les  détenus purgeant des peines longues) se sont retranchés dans un atelier  où ils se sont armés de ce qu'ils trouvaient sur place pour se défendre.  Deux jours plus tôt, un détenu s'était /"violemment rebellé"/ causant  /"des blessures graves"/ contre deux surveillants. Roanne En novembre, une lettre signée de 80 prisonniers du centre de détention  de Roanne met en cause le fonctionnement des parloirs familles, et  notamment les fouilles humiliantes qui les accompagnent. Un prisonnier  est accusé d'avoir incité un mouvement collectif. Il est mis à  l'isolement par l'administration pénitentiaire, en guise de  représailles. Aujourd'hui encore, il est maintenu en régime fermé sans  que rien d'autre ne motive cette punition, que sa volonté de mettre en  lumière les agissements de l'administration pénitentiaire, et de ne pas  s'y plier. Le 25 avril, une lettre de revendication est remise à la direction et la  juge d'application des peines. Début mai, un rassemblement de solidarité  a lieu devant le centre pénitentiaire. Dans la même période, un  prisonnier met le feu à sa cellule, et des matons sont pris à partie et  agressés par des détenus. Chacun de ces faits témoigne à sa manière de l'insatisfaction, la  tension, la colère, qui règnent en prison. Les prisonniers qui se  révoltent subissent en retour une représsion forte de la part de  l'administration pénitentiaire ; si les actes qui sont posés nous font  écho, il est important de manifester une solidarité qui puissent casser  l'isolement et renforcer les luttes.