Culture etimpérialisme

From : info-diplo@... , the 3rd March 2008 18:25
  • 2008-03-03 18:25:47 — info-diplo@... - Culture etimpérialisme

____________________________________________________                     A commander en ligne                    CULTURE ET IMPÉRIALISME                   Un livre d'Edward W. Said       http://www.monde-diplomatique.fr/boutique/culture      ____________________________________________________      En 1999, « Le Monde diplomatique », avec les éditions      Complexe, décidait de publier le livre du grand      historien britannique Eric Hobsbawm, « L'Age des      extrêmes. Histoire du court XXe siècle ». Il fallait      contourner une censure de fait qui empêchait la      traduction de ce livre (1). L'ouvrage s'est vendu à      plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.      Depuis, « Le Monde diplomatique » a contribué à publier une      dizaine de livres étrangers. Pour en faciliter l'accès,      nous avons décidé de les mettre en vente sur notre      boutique en ligne.      Nous vous présentons ci-dessous l'un de ces ouvrages -      ainsi qu'un long extrait -, écrit par Edward W. Said :      « Culture et impérialisme ».      Publié il y a plus de trente ans, « L'Orientalisme » avait      suscité un immense intérêt et de vives polémiques sur      les relations que l'Occident a entretenues, et continue      d'entretenir, avec le monde musulman. L'auteur y      démontrait que l'« Orient » n'était qu'un fantasme créé      par les orientalistes.      Avec « Culture et impérialisme », Edward W. Said récidive.      Il nous conduit « au coeur des ténèbres » blanches, à la      source de l'aventure coloniale constitutive de      l'histoire de l'Occident moderne. S'appuyant sur une      analyse fine et singulière d'oeuvres classiques que      chacun connaît et admire, il montre comment les grands      créateurs du XIXe et du XXe siècles, de Joseph Conrad à      Rudyard Kipling, d'Albert Camus à Giuseppe Verdi, de      Charles Dickens à Honoré de Balzac, ont évoqué et      calmement admis cette formidable entreprise de      domination conduite par l'« homme blanc ».      Palestinien né à Jérusalem, nourri de culture      occidentale classique, Edward W. Said — décédé en 2003 —      appartient, comme il le dit lui-même, « aux deux      univers sans être entièrement d'aucun ».      Ce livre, publié conjointement par « Le Monde      diplomatique » et les éditions Fayard, constitue une      oeuvre majeure pour comprendre l'histoire et les enjeux      de notre temps.      EXTRAIT : ALBERT CAMUS, OU L'INCONSCIENT COLONIAL      « Le Monde diplomatique », novembre 2000      Albert Camus est le seul auteur de l'Algérie française      qui peut, avec quelque justification, être considéré      comme d'envergure mondiale. Comme Jane Austen (2) un      siècle plus tôt, c'est un romancier dont les oeuvres ont      laissé échapper les réalités impériales qui s'offraient      si clairement à son attention. (...)      Camus joue un rôle particulièrement important dans les      sinistres sursauts colonialistes qui accompagnent      l'enfantement douloureux de la décolonisation française      du XXe siècle. C'est une figure impérialiste très      tardive : non seulement il a survécu à l'apogée de      l'empire, mais il survit comme auteur « universaliste »,      qui plonge ses racines dans un colonialisme à      présent oublié. (...)      Le parallèle frappant entre Camus et George Orwell (3),      c'est qu'ils sont tous deux devenus dans leur culture      respective des figures exemplaires dont l'importance      découle de la puissance de leur contexte indigène      immédiat qu'ils paraissent transcender. C'est dit à la      perfection dans un jugement sur Camus qui survient      presque à la fin de l'habile démystification du      personnage à laquelle se livre Conor Cruise O'Brien,      dans un livre qui ressemble beaucoup à l'étude de      Raymond Williams sur Orwell (et paru dans la même      collection, les « Modern Masters » (4)).      O'Brien écrit : « Il est probable qu'aucun auteur      européen de son temps n'a si profondément marqué      l'imaginaire et aussi la conscience morale et politique      de sa propre génération et de la suivante. Il était      intensément européen parce qu'il appartenait à la      frontière de l'Europe et était conscient d'une menace.      La menace lui faisait aussi les yeux doux. Il a refusé,      mais non sans lutte. Aucun autre écrivain, pas même      Conrad, n'est plus représentatif de l'attention et de      la conscience occidentale à l'égard du monde non      occidental. Le drame interne de son oeuvre est le      développement de cette relation, sous la montée de la      pression et de l'angoisse. »      (...) De plus, Joseph Conrad et Camus ne sont pas les      représentants d'une réalité aussi impondérable que la      « conscience occidentale », mais bien de la domination      occidentale sur le monde non européen. Conrad exprime      cette abstraction avec une force qui ne trompe pas,      dans son essai « Geography and Some Explorers » (5). Il y      célèbre l'exploration de l'Arctique par les      Britanniques puis conclut sur un exemple de sa propre      « géographie militante » : « J'ai posé le doigt au beau      milieu de la tache, alors toute blanche, qu'était      l'Afrique, et j'ai déclaré : “Un jour j'irai là-bas.” »      Il y est allé, bien sûr, et il reprend le geste dans « Au      coeur des ténèbres ».      Le colonialisme occidental, qu'O'Brien et Conrad se      donnent tant de mal pour décrire, est, premièrement,      une pénétration hors des frontières européennes et dans      une autre entité géographique. Deuxièmement, il ne      renvoie nullement à une « conscience occidentale »      anhistorique « à l'égard du monde non occidental » :      l'écrasante majorité des indigènes africains et indiens      ne rapportaient pas leurs malheurs à la « conscience      occidentale », mais à des pratiques coloniales très      précises comme l'esclavage, l'expropriation, la      violence des armes. C'est une relation laborieusement      construite où la France et la Grande-Bretagne      s'autoproclamaient l'« Occident » face aux peuples      inférieurs et soumis du « non-Occident », pour      l'essentiel inerte et sous-développé.      Lire la suite :      http://www.monde-diplomatique.fr/2000/11/SAID/14483#suite      Commander le livre sur notre boutique en ligne :      http://www.monde-diplomatique.fr/boutique/culture      (1) Lire « “L'Age des extrêmes” échappe à ses censeurs »,      « Le Monde diplomatique », septembre 1999.      http://www.monde-diplomatique.fr/1999/09/HOBSBAWM/12431      (2) Ecrivain britannique (1775-1817). Ses oeuvres      complètes viennent de paraître dans la « Bibliothèque      de la Pléiade », Gallimard, Paris.      (3) Lire François Brune, « Rebelle à Big Brother », « Le      Monde diplomatique », octobre 2000.      http://www.monde-diplomatique.fr/2000/10/BRUNE/14327      (4) Conor Cruise O'Brien, « Albert Camus », Viking, New      York, 1971.      (5) Joseph Conrad, « Last Essays, Geography and some      Explorers », J. M. Dent, Londres, 1926      ________________________________________________      Nous contacter :      - Pour toute requête concernant votre abonnement      au journal : abo@...      - A propos des commandes passées sur notre boutique      en ligne ( http://boutique.monde-diplomatique.fr ) :      boutique@monde-diplomatique.fr      ________________________________________________      Votre inscription à la liste « info-diplo » :      Si vous désirez résilier votre inscription à      info-diplo, rendez-vous à la page :      http://www.monde-diplomatique.fr/info-diplo/      Pour signaler un changement d'adresse de courriel, il      suffit d'inscrire votre nouvelle adresse, puis de      résilier l'ancienne.