« Picture Me », une certaine idée de la femme

From : info-diplo@... , the 21st October 2010 16:54
  • 2010-10-21 16:54:45 — info-diplo@... - « Picture Me », une certaine idée de la femme

____________________________________________________    **  Le Monde diplomatique  **          21 octobre 2010     http://www.monde-diplomatique.fr/ _____________________________________________________ Les blogs du *Diplo* - Le lac des signes * « Picture Me », une certaine idée de la femme   par Mona Chollet   De très jeunes filles anonymes, rêvant de réussite dans le showbiz, face à des hommes d'âge mûr, auréolés de leur prestige de photographe ou de cinéaste, qui ont le pouvoir de transformer le rêve en réalité - ou pas : l'année dernière, les remous suscités par le documentaire d'Ole Schell et Sara Ziff consacré à l'univers des mannequins, *Picture Me*, qui venait de sortir aux Etats-Unis, nous avaient paru jeter un éclairage particulièrement pertinent sur l'affaire Polanski   http://www.peripheries.net/article324.html, qui battait alors son plein. Le film a fait sensation parce qu'il témoigne de la banalité des abus sexuels dans cet univers. Il arrive sur les écrans français ce 20 octobre, et il mérite le détour. S'il n'a rien d'un brûlot - il oscille entre l'esprit critique et un reste de fascination -, il démonte efficacement la vision des femmes dont ce milieu est le laboratoire ; une vision dont il n'est pas anodin qu'elle soit diffusée auprès des adolescentes comme un idéal.   New-yorkaise issue d'un milieu aisé et cultivé - père neurobiologiste, mère avocate -, Sara Ziff a été, conformément à la trame classique de la *success story* dans ce métier, « découverte » dans la rue à l'âge de 14 ans. Pendant dix ans, elle a enchaîné publicités, défilés et photos de mode ; une vie que son petit ami Ole Schell, apprenti réalisateur, a filmée avec son caméscope. D'abord frais et innocent, *Picture Me* prend progressivement une tonalité plus sombre, au fur et à mesure que la jeune fille, après l'excitation des débuts, se heurte aux limites de l'expérience, et découvre l'envers du décor.  L'une des séquences les plus marquantes la montre en larmes après un défilé. Dans les coulisses, les mannequins ne disposent d'aucun espace privatif : entre deux passages, elles se changent au milieu de l'agitation générale, et des intrus en profitent sans vergogne. *« Il y avait ce type qui prenait des photos*, sanglote-t-elle. *Je lui ai dit d'arrêter de me prendre en photo quand j'étais nue, mais, au lieu d'arrêter, il m'a répondu : *"Tu auras peut-être le privilège de poser pour moi un jour"* ! »* Tout y est : l'asymétrie d'un rapport de pouvoir qui réduit les femmes à un pur objet de voyeurisme sous le prétexte parfois mince de l'« art », mais aussi l'injonction à développer un rapport froid et détaché à son propre corps, la demande de respect de son intimité se voyant opposer une fin de non-recevoir. *« Dans ce métier, ton corps n'est pas connecté à ton esprit, à toi-même : c'est juste un corps »*, entend-on dans le film. *« On est des poupées vivantes »*, dit une autre. Confirmant cette éradication de la subjectivité, Sara Ziff dit avoir développé une conscience extrême des regards posés sur elle : *« A chaque fois, ma tête se vide, et mon apparence prend le dessus. »* Cette conscience est d'ailleurs flagrante dans toute son attitude, y compris sur les images tournées dans l'intimité. On aperçoit également, durant quelques secondes, la fillette d'une de ses collègues russes : haute comme trois pommes, l'enfant minaude, virevolte et tourne gracieusement sur elle-même, en regardant la caméra par-dessus son épaule, pour révéler le mot « LOVE » brodé dans le dos de son tee-shirt... Aujourd'hui, Ziff dit avoir acquis la conviction qu'il est *« plus agréable de regarder quelqu'un que d'être quelqu'un que tout le monde regarde » (...)*  Lire la suite de cet article de Mona Chollet :  http://blog.mondediplo.net/2010-10-20-Picture-Me-une-certaine-idee-de-la-femme _____________________________________________________ * DVD-ROM - OFFRE SPÉCIALE  POUR LA RENTRÉE UNIVERSITAIRE    *34 euros* au lieu de 45, soit *25 %* de réduction  (jusqu'au 4 novembre). *- 480 numéros du journal*, plus de *400 cartes* *- Plus de 40 000 documents* indexés par date,  par thème et par pays, accessibles via un puissant  *moteur de recherche*.       *40 années d'archives, depuis 1970, une base de connaissances essentielle pour comprendre le monde.*        *Pour commander en ligne :*   http://www.monde-diplomatique.fr/t/dvdrentree          _____________________________________________________ © Le Monde diplomatique octobre 2010