[Migreurop]article l'Humanité (27 avril 2010) : "Immigration : la guerre des chiffres est déclarée"

From : stagiaire.si@... , the 28th April 2010 16:14
  • 2010-04-28 16:14:37 — stagiaire.si@... - [Migreurop]article l'Humanité (27 avril 2010) : "Immigration : la guerre des chiffres est déclarée"

http://www.humanite.fr/2010-04-27_Societe_Immigration-La-guerre-des-chiffres-est-declaree Société - Article paru le 27 avril 2010 Envoyer à un ami E-mail du 1er destinataire E-mail du 2e  destinataire E-mail du 3e  destinataire E-mail du 4e  destinataire Votre e-mail Votre nom et prénom Y joindre un message code Veuillez recopier le code, les lettres en majuscule Enquête Statistiques Immigration, La guerre des chiffres est déclarée Enquête Statistiques     Immigration, La guerre des chiffres est déclarée Alors que des parlementaires réclament la transparence sur le coût de la  politique d'expulsion menée par la France, Éric Besson répond en  demandant une étude chiffrée sur le coût de l'immigration irrégulière.  Une façon, pour le ministre, de réorienter le débat sur un terrain  volontairement glissant. Avoir tous « les chiffres sur la table » pour « en parler calmement ».  Tel est l'objectif d'Éric Besson en annonçant le lancement d'une étude  sur le coût de l'immigration irrégulière. « Je vais demander à un expert  indépendant de mettre tous les chiffres sur la table pour que tous nos  citoyens, qui sont aussi des contribuables, sachent tout en la matière,  et on verra que beaucoup de bêtises sont racontées », a indiqué le  ministre de l'Immigration. Et d'anticiper illico sur les résultats de  cette étude en déclarant que « l'immigration irrégulière coûte cher ». Éric Besson détournait ainsi le débat engagé au début du mois par quinze  parlementaires, de gauche comme de droite, qui ont annoncé leur volonté  de réaliser un audit informel sur le « coût réel de la politique  d'immigration » : moyens policiers considérables, gestion des centres de  rétention, expulsions... Combien coûte à l'État la machine à expulser ?  Depuis la création du ministère de l'Immigration, en 2007, la question  est récurrente, mais n'a jamais obtenu de réponse précise. Les chiffres  en la matière sont extrêmement variables... L'association Cette France-là, à l'origine de l'initiative des  parlementaires, a déjà compilé les différents coûts relatifs aux  interpellations, à la rétention et aux éloignements. D'après ses  calculs, le total s'élèverait à plus de 2,05 milliards d'euros par an... Un chiffre colossal, dix fois supérieur aux estimations officielles.  Selon le ministère, « le coût global de la politique d'éloignement peut  être estimé à 232 millions d'euros, sans compter les coûts afférents aux  différentes juridictions qui n'ont pu être évalués, soit un montant par  reconduite de l'ordre de 12 000 euros ». Une moyenne bien en deçà de  toutes les estimations. Ainsi, la commission des Finances du Sénat  évalue le coût des expulsions à 415,2 millions d'euros, soit 20 970  euros par personne reconduite. Ce montant, précisent les sénateurs, « ne  prend pas en compte les services des préfectures compétents dans ce  domaine, l'aide juridictionnelle attribuée aux personnes retenues, ainsi  que le coût du contentieux devant les tribunaux ». Autant d'éléments que Damien de Blic a, lui, décidé de prendre en compte  dans ses calculs. Maître de conférences en sciences politiques à  l'université Paris-VIII, il additionne l'ensemble de la chaîne de  l'expulsion, en aval et en amont des centres de rétention, et arrive à  un total de 700 millions d'euros, soit 26 000 euros par expulsion.  « Expulser des dizaines de milliers d'étrangers par la force suppose en  effet la mise en place de moyens administratifs et policiers  considérables », conclut-il. Si plusieurs tentatives ont été faites pour chiffrer le prix de la  politique de répression à l'égard des sans-papiers, le calcul du coût de  l'immigration irrégulière, comme le demande le ministre, paraît en  revanche beaucoup plus délicat. Au-delà de l'idéologie sous-tendue par  la démarche (« Démontrer à quel point les étrangers en situation  irrégulière coûteraient cher à la société française et par conséquent  aux citoyens français », dénonce SOS-Racisme), la réalisation même de  cette étude n'est pas sans poser des questions. Comment, en effet,  calculer le coût des sans-papiers ? Par définition, l'immigration  clandestine est très difficilement quantifiable. Le ministère lui-même  paraît incapable de les ?dénombrer, se contentant de répéter  invariablement que 200 000 à ?400 000 sans-papiers vivraient en France.  Une fois le public précisé, comment calculer leur coût ? Calcule-t-on  aussi les recettes, les rendements ? L'affaire n'est pas simple. Jusqu'à présent, une seule étude a été écrite sur le « coût réel de  l'immigration en France ». Publiée en mars 2008 par l'association les  Contribuables associés, elle a été réalisée par Jean-Paul Gourévitch,  également auteur de l'Immigration  : ça coûte ou ça rapporte ? qui se  présente comme un « expert en Afrique et en migrations ». Dans sa  monographie figurent, pêle-mêle, dans la case des coûts de  l'immigration : l'aide juridictionnelle, les zones d'éducation  prioritaire, le travail illégal puisque « la part des étrangers auteurs  d'infractions ayant trait au travail illégal tend à augmenter  fortement » (et peu importe s'ils sont davantage victimes de ce système  qu'ils n'en profitent), la fraude dans les transports en commun,  puisqu'elle « provient largement des jeunes de banlieue issus de  l'immigration », la prostitution puisqu'une majorité des « prostituées  professionnelles » sont étrangères et ainsi de suite. Conclusion  :  « Chaque année, l'immigration coûte aux contribuables 36,405 milliards  d'euros. » Interrogé par l'Humanité sur sa méthodologie, Jean-Paul Gourévitch se  retranche derrière une pseudo-neutralité scientifique, assurant qu'il  n'est « pas du tout engagé politiquement d'un côté ou de l'autre ». Il  considère que « toute étude peut toujours être instrumentalisée, surtout  sur un sujet sensible. Ne pas faire d'étude, c'est encore pire, c'est  l'amalgame, la rumeur, la schématisation, le n'importe quoi ». Les  travaux de Jean-Paul Gourévitch, pour le moins contestables, sont  largement repris par les sites d'extrême droite, qui en font leurs choux  gras sur Internet. « Derrière les chiffrages se cachent toujours des choix idéologiques,  analyse Pedro Vianna, rédacteur en chef de la revue Migrations société.  Chiffrer l'immigration revient à en avoir une vision utilitariste  :  est-ce que ça coûte cher ou pas ? La démarche de l'association Cette  France-là est radicalement opposée, elle relève d'une logique  législative et budgétaire, et pose la question de l'utilisation de  l'argent de la collectivité. » Officiellement, l'« étude globale » promise par Éric Besson devrait  porter sur le « coût du maintien sur le territoire des étrangers en  situation irrégulière » : hébergement, soins, scolarité, « manque à  gagner pour les services sociaux et fiscaux du travail non déclaré »,  rétention, etc. Le cahier des charges est en cours d'écriture et l'appel  d'offres devrait être lancé prochainement. Inversement, des économistes travaillent sur les bénéfices de  l'immigration pour les pays d'accueil. Ainsi, des études de  l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et  de la Banque mondiale démontrent que la régularisation des travailleurs  sans papiers serait bénéfique pour l'économie française. Au Royaume-Uni,  une étude publiée par la London School of Economics, en juin 2009,  démontre que la régularisation des 618 000 migrants vivant en situation  irrégulière sur le territoire britannique rapporterait quelque 3  milliards de livres (4,6 milliards d'euros) aux caisses de l'État. Pour la France, des études ?économétriques estiment que  ?100 000 immigrés augmentent le niveau de vie des Français de 0,1 %.  « Ce bénéfice est faible, précise le démographe Hervé Le Bras, parce que  les 100 000 personnes sont à comparer aux 65 millions de Français. Mais  si vous ramenez ce chiffre au migrant lui-même, ça veut dire que la  moitié de sa productivité ne lui revient pas, mais revient à l'ensemble  de la communauté. » Le chercheur revendique sa participation à ce type  de calculs : « En tant que démographe et économiste, j'établis au mieux  les chiffres. Sinon, on laisse le champ libre à Le Pen, qui dit que ces  gens nous coûtent cher, ce qui est radicalement faux. » Et de donner un exemple d'actualité  : les retraites. « La plupart des  étrangers payent leurs annuités alors qu'ils ne toucheront pas ou très  peu de retraite, explique encore Hervé Le Bras. L'État y gagne. » Et pas  qu'un peu. L'association Droits devant  !! a, elle aussi, sorti sa  calculatrice : 300 000 travailleurs sans papiers vivant en France et  gagnant le smic en moyenne versent chaque année dans les caisses de  l'État 1,5 milliard d'euros pour les retraites et les Assedic. Des  cotisations dont les travailleurs sans papiers ne verront jamais la  couleur... « Il faut multiplier ce chiffre par le nombre d'années depuis  1974, début de la surexploitation des sans-papiers, souligne Jean-Claude  Amara, de Droits devant  !! On arrive à un chiffre colossal ! Quand on  entend Besson dire que l'immigration coûte cher, on a envie de rire... » Si le ministre de l'Immigration souhaite, comme il le dit, mettre « tous  les chiffres sur la table », il devra aussi compter sur les bénéfices  conséquents apportés par l'immigration irrégulière à la France. Le débat  est ouvert. Marie Barbier