[Gisti-presse]L'Italie intègre ses migrants/Italy integrates its migrants

From : alaux@... , the 31st March 2006 09:56

*"le Figaro", 30 mars 2006*     Rome favorise l'intégration des immigrés par Richard Heuzé Avant les législatives des 9 et 10 avril, le débat agite droite et  gauche sur l'expulsion des clandestins. Mais sur le terrain,  l'intégration progresse à grands pas.   LES LIEUX COMMUNS ont bon dos. Pendant une décennie, Giancarlo  Gentilini, l'ancien maire de Trévise, s'est fait une réputation de dur  en brandissant la «tolérance zéro» contre les immigrés. Il a retiré les  bancs publics pour les empêcher de s'y asseoir et les a fait déloger de  force quand ils ont occupé le parvis de la cathédrale. On pourrait donc  croire que cette ville cossue de 33 000 habitants est raciste et  xénophobe, à l'image de son édile, membre actif de la Ligue du Nord.   Surprise : Trévise est la ville d'Italie où l'immigré se sent le mieux  intégré. Et sa région, la Vénétie, a développé le plus grand nombre de  structures d'accueil. Tel est le résultat d'une enquête menée par la  communauté charismatique Caritas, très au fait des questions  d'immigration. La Vénétie, comme le Frioul voisin, sont des terroirs de  petites industries qui ont besoin de la main-d'oeuvre du tiers-monde. Il  est fréquent d'y trouver des Marocains, des Asiatiques ou des Africains  contremaîtres et chefs d'équipe, quand ils ne deviennent pas eux-mêmes  petits patrons.   Les sept régions les plus accueillantes du pays pour l'immigré s'y  trouvent dans le nord et le centre de l'Italie. Des structures d'accueil  avec interprètes, services de placement et indications en diverses  langues ont parfois été créées pour eux. C'est le cas de la ville  textile de Prato, près de Florence, où un habitant sur quatre est  d'origine chinoise.   L'immigration est un phénomène nouveau en Italie. Longtemps ses  travailleurs ont émigré vers d'autres cieux. A partir des années 70 et  80, les flux se sont inversés. L'Italie est entrée dans l'espace  Schengen en 1997. Cela implique surveillance aux frontières, refoulement  des clandestins (54 300 l'an dernier), accords de réadmission avec les  pays de départ. Aujourd'hui, les immigrés ne considèrent plus l'Italie  comme une terre de passage, mais bel et bien comme une destination.   Querelle sur les centres de rétention   Selon une enquête du centre d'études sociologiques Censis, 58% d'entre  eux ont décidé de s'y établir. Leurs motivations sont fortes : sept sur  dix s'attendent à gagner plus d'argent dans les mois à venir. Six sur  dix comptent dépenser davantage. Aussi, au-delà des inévitables  frictions, voit-on une véritable force d'intégration qui les anime. Ce  qui fait dire au directeur du Censis, Giuseppe Roma : «Ils sont  dynamiques et dopés à l'adrénaline autant que les Italiens sont  pessimistes et dépressifs.»   Deux conceptions radicalement différentes de l'immigration s'opposent  dans la campagne électorale pour le scrutin législatif des 9 et 10  avril. La droite prétend endiguer l'afflux de clandestins. C'est le but  de la loi Fini-Bossi, de juillet 2002 (du nom de deux alliés de Silvio  Berlusconi), qui instituait des centres de rétention (CPT) sous  surveillance policière, au nombre de 14. Si le clandestin n'est pas  identifié dans les soixante jours, les tribunaux lui notifient son  expulsion, qui devient exécutoire dans les trois jours. Cette loi  prévoit aussi l'octroi d'un permis de séjour limité à deux ans et couplé  avec un contrat de travail. «Fermeté et humanité», est le mot d'ordre  lancé par le ministre de l'Intérieur, Beppe Pisanu. Silvio Berlusconi se  déclare pour sa part opposé à une Italie multiethnique.   La gauche, en revanche, part en guerre contre les CPT qu'elle assimile à  une institution «barbare». Elle se déclare prête à ouvrir plus largement  les frontières du pays pour répondre aux besoins en main-d'oeuvre de  l'Italie et se promet de «détricoter» la loi Fini-Bossi. «Il faut passer  des accords de collaboration avec les pays de départ pour organiser une  immigration maîtrisée», explique le chef de file de la gauche, Romano Prodi. www.lefigaro.fr/international/20060330.FIG000000069_rome_favorise_l_integration_des_immigres.html