[Migreurop]Dossier exilés du N/O de France par journal régional

From : alaux@... , the 29th septembre 2008 14:11
  • 2008-09-29 14:11:04 — alaux@... - [Migreurop]Dossier exilés du N/O de France par journal régional

Bon dossier d'un journal régional - "la Voix du Nord" - sur les exilés de Calais et du Nord-Ouest de la France. Largement inspiré - et c'est tant mieux - par le rapport de la CFDA (Coordination française pour le droit d'asile) "la Loi des jungles" (http://cfda.rezo.net/download/La%20loi%20de%20la%20jungle_12-09-2008.pdf) * 1) "la Voix du Nord", 27 septembre 2008*     Calais, comme un aimant pour les migrants par Olivier Berger et Laurent Decotte Il fait un temps à ne pas sortir son chien. Amrar, Ahmad, Nana, Ali et Noor ont trouvé refuge sous un abri de fortune dans la « jungle » calaisienne. À la première occasion, ils tenteront de grimper dans ou sous un camion pour gagner leur eldorado, la grise Angleterre. Comme au temps du camp de Sangatte, finalement. Munis de leurs sachets de nourriture offerts par le Secours catholique, ils remontent une antique voie ferrée désaffectée dans la zone industrielle des Dunes, non loin du port. Ils nous invitent gentiment à les suivre en ce mardi pluvieux. Soudain, ils disparaissent derrière un bosquet. L'entrée de leur domaine : un trou dans le grillage de l'usine chimique Tioxide. On débouche sur un terrain de foot incongru avec trois ballons et un jeune Afghan qui remplit des bouteilles à une arrivée d'eau au tuyau éventré. Leur lieu de ralliement avant de s'égailler derrière les dunes pour rejoindre leurs invisibles cabanes. Depuis quelque temps, ce terrain est la « jungle » afghane de Calais. « Djungueule », prononcent les migrants dans un anglais approximatif. Le terme générique de plusieurs sites bien planqués aux marges de la ville. L'objet des pires spéculations depuis le viol fin août d'une journaliste canadienne. Son agresseur, aurait-elle déclaré, parlait français couramment. Or ici, qui parle français à part les passeurs ? *Tirés commedes lapins* À force de passages, un chemin sablonneux serpente entre les épines des argousiers. Après une petite centaine de mètres, des déchets, un abri bricolé. Cinq Afghans nous convient à découvrir leur chez-eux provisoire, fait de palettes, de bâches et de couvertures. Ils parlent avec gravité mais sans une once d'agressivité. Au contraire, ces sans-rien regrettent de ne pouvoir nous offrir le thé, symbole incontournable de l'hospitalité en Afghanistan. Dehors, il pleut à dégouliner. Le plus vieux dit avoir 21 ans. Les autres, 16 ou 17 ans, l'appellent en riant « grandfather », grand-père. Tous disent avoir perdu un parent tué par les talibans, avoir fui leur pays en guerre avec ce désir d'Angleterre. La plupart ont déjà essayé de « passer », mais se sont fait coincer et débarquer du camion. Ils retenteront en se glissant dans la roue de secours. Qu'ont-ils à perdre ? La vie ? Amrar a perdu trois camarades d'infortune lors du passage de la frontière iranienne, tirés comme des lapins par des garde-frontières. Ahmad raconte que son bateau entre la Turquie et la Grèce a coulé et que les garde-côtes n'ont pas pu sauver tout le monde. En 2002, le camp de Sangatte fermait. Depuis, entre 200 et 500 exilés dorment chaque jour dans des campements informels de la ville, lit-on dans le rapport de la Coordination française pour le droit d'asile. Si l'on ajoute ceux désormais dispersés dans des bois ou des champs allant de la Belgique à la Normandie, les exilés seraient peu ou prou autant qu'à l'époque de Sangatte. Non loin de la gare et de l'hôtel de ville, le long d'une voie ferrée et d'une résidence en chantier, se trouve le « squat des Africains ». Une scierie désaffectée, un immense hangar avec des appentis dont un abritant des toilettes abandonnées qui ont retrouvé leur utilité. Il y a peu de place perdue. Des matelas sont étalés partout. Des adultes s'y reposent après une nuit qu'on imagine agitée. D'autres font du feu et des gamins jouent dehors, dans les flaques, ou dedans, non loin d'un trou de plusieurs mètres de circonférence, servant de dépôt d'ordures. *Évacuation* Comme à l'OUA (Organisation de l'unité africaine), chaque nationalité a son secteur. Les Érythréens et les Soudanais du Darfour semblent être les plus nombreux. Deux ou trois Darfouris nous conduisent cordialement vers un monsieur qui nous demande en français si on n'est pas de la police. Il est méfiant, raconte être en France depuis six mois. Certains éléments de son témoignage sont troublants. Il est un chef, un passeur ? Ou peut-être juste un malchanceux. Quelques matelas plus loin, au milieu des Somaliens, des Égyptiens et des Éthiopiens, deux Nigérians visiblement cultivés se présentent comme des opposants politiques. Ils sont les seuls à pester avec virulence contre leur condition : «  Même au Nigeria je n'ai jamais vécu comme ça. Pire que des chiens. Pourtant, on a le même dieu, le même sang qui coule dans nos veines. » Ce jour-là, les migrants attendent avec crainte l'évacuation de leur squat par les CRS. Ce moment surviendra tôt ou tard, au petit jour. Et comme depuis cinq ans, le problème se déplacera. Sur le mur délavé du baraquement où les associations distribuent la nourriture, une phrase de l'économiste Alfred Sauvy : «  Si la richesse ne vient pas aux hommes, les hommes vont naturellement vers la richesse. » Eldorado, où es-tu ? *** *Les forces de police dans le Calaisis * Les forces de police présentes dans le Calaisis pour la lutte contre l'immigration clandestine sont très importantes. Le siège de la police aux frontières du Pas-de-Calais se trouve à Coquelles, où travaille l'immense majorité des 500 fonctionnaires du département. Une demi-compagnie de CRS, soit 35 hommes, se trouve en permanence à Calais, de même qu'une trentaine de gendarmes mobiles. En outre, des détachements militaires assurent la protection et la surveillance de la gare TGV de Fréthun et les installations du tunnel sous la Manche. De janvier à août 2008, 24 000 interpellations ont été effectuées dans le Calaisis. « Elles interviennent toujours dans un cadre légal, sur réquisition du procureur de la République », précise Gérard Gavory, sous-préfet de Calais. http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/27/article_calais-comme-un-aimant-pour-les-migrants.shtml     Le voyage sans fin de Caled et Kassa Au petit matin, Caled les vit arriver de loin. Dans ce long nuage qui préfigure la terreur. Soldats gouvernementaux ou milices janjawids, peu importe, le mécanicien de 32 ans quitta Mellit, son village du Nord-Darfour. Deux mois après, il est à Calais. À Mellit, au nord d'Al-Fasher, la capitale darfouri, «  la vie était agréable avant que les combats ne commencent ». Pillages, tortures, meurtres, l'impitoyable chasse aux rebelles soudanais était insupportable pour les civils, une cible si commode. En s'enfuyant, Caled n'a pas eu le temps de prévenir sa femme. « Je ne sais pas où elle est. Mais si ma famille est toujours en vie, elle la protège. » À la hâte, il emporta son maigre pécule (200 dinars soudanais, 65 centimes d'euro), une gourde d'eau, de la farine. Direction, la Libye. *Du désert libyen à la Sicile* À pied, en stop, de nuit surtout pour éviter d'être repéré par les patrouilles armées aux intentions menaçantes, les garde-frontières libyens aux gestes expéditifs, Caled avança sans se retourner. Le petit mécano de Mellit économisa son eau, se nourrissant de quelques bouchées de la bouillie traditionnelle fabriquée à base de farine de millet et de maïs. Ça peut paraître inhumain, ça l'est sans aucun doute, mais Caled traversa l'hostile désert libyen en quinze jours. Pour arriver dans la périphérie du port de Benghazi. Avant d'apprendre le nom de la ville où il se trouvait, il commença à chercher le moyen de passer. «  J'ai demandé dans la rue, discrètement, pour ne pas attirer l'attention de la police libyenne. » Il finit par trouver un passeur et son bateau. Caled se perd dans les chiffres, peine à expliquer comment il a réuni les 2 000 $ réclamés pour la traversée clandestine. Il a trouvé des petits boulots, réparé des voitures. Une nuit, après cinq jours de navigation à quinze sur l'esquif, il mit un pied en Europe. En Sicile. Où ? «  Aucune idée. J'ai cherché la gare. Mais en Italie, ce n'est pas comme en France, personne ne parle anglais. » La longue errance en train débuta. Avec les expulsions de gares inconnues, de villes sans nom, les ascensions dans un nouveau train et encore un autre. « Je payais mon billet quand je pouvais. On ne savait même pas où on était, où on allait. Mais j'ai fini par arriver à Paris. Ça a duré très longtemps. » Un bon mois jusqu'au jour où il tomba sur Kassa, un petit Éthiopien débrouillard qui avait à peu près emprunté le même trajet. Kassa s'est échappé de prison après sept ans de détention. « J'ai suivi les pas de mon père dans l'opposition politique car je suis de l'ethnie oromo. J'ai payé pour ça. » Sa soeur cadette est installée à Londres depuis quatre ans. Elle est passée par Calais. Caled et Kassa ont uni leurs efforts pour atteindre la porte d'entrée anglaise. *Londres ou l'asile politique* Mais leur destinée commune s'arrêtera là. Arrêté cinq fois en quinze jours, témoin des accidents quotidiens qui émaillent la vie des candidats à la traversée, Caled renonce à l'Angleterre. « C'est trop dangereux. Moi, je veux simplement une vie tranquille. » Il a décidé de déposer une demande d'asile politique, épaulé par Sylvie Copyans de l'association Salam. En France, il doit bien y avoir un avenir pour un mécanicien dur au mal, venant de Mellit au nord du Darfour. Sous son bonnet, Kassa sourit. Lui, il a un plan, un objectif absolu surtout : « Rejoindre ma petite soeur », de deux ans sa cadette. Il s'agrippe à ce rêve de toutes ses forces. Londres, sa soeur. «  Mais je n'ai pas de nouvelles d'elle depuis quatre ans. En fait, ça fait neuf ans que je ne l'ai pas vue. » Larmes aux yeux, Kassa s'éloigne. OL. B. http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/27/article_le-voyage-sans-fin-de-caled-et-kassa.shtml     Nouvelle municipalité, quelle politique ? Les associations locales réclament un accueil de jour. La nouvelle municipalité calaisienne ne veut pas en entendre parler. Autour d'une même table, élus et bénévoles vont se rencontrer régulièrement au conseil des migrants. Comme promis lors de la campagne, le premier conseil des migrants s'est tenu la semaine passée. Les associations (Salam, Secours catholique, Belle Étoile...) ont apprécié l'ouverture d'un dialogue. Quelques avancées, aussi, comme la prise en charge par la mairie des frais d'installation et d'entretien de trois toilettes. Mais le problème de fond reste entier. Natacha Bouchart, la nouvelle maire UMP, veut informer les réfugiés sur leur situation : droit d'asile, retour volontaire au pays... «  S'ils restent dans la rue, c'est qu'ils le veulent bien. Maintenant, il faut améliorer la situation des migrants et protéger les biens des Calaisiens dans le même temps. » Durant deux mois, la mairie va tout mettre en oeuvre pour nettoyer le quai de la Moselle, ce lieu de rendez-vous quotidien de centaines de réfugiés depuis plus de six ans, «  avant de trouver un autre endroit ». Plus éloigné du centre-ville. Ce qui ne correspond pas aux souhaits des associations : «  Qu'on mette du macadam sur ce terrain boueux, qu'on y dresse un chapiteau, des vestiaires, un petit muret, mais qu'on les laisse en centre-ville.  » Natacha Bouchart veut également fermer les squats dans Calais. «  Mais où iront les migrants si ce n'est dans un autre squat ? », interrogent les bénévoles qui réclament un accueil de jour. Pas un Sangatte « bis », avec des hébergements, «  juste un point fixe où ces personnes pourraient déjeuner, prendre une douche, se changer... » Et tenter la traversée, la nuit tombée. *Le plan grand froid* La prochaine réunion se tiendra fin novembre avec, à l'ordre du jour, le plan grand froid. «  L'an passé, nous avions été pris au dépourvu et le service du 115 n'a jamais répondu ! », s'indignent les associations. «  Nous devrons, à l'issue de cette réunion, avoir trouvé un site afin d'accueillir ces centaines de personnes en cas de déclenchement d'un plan grand froid. Il faut s'y préparer.  Sur ce point, Natacha Bouchart semble vouloir trouver une solution. En attendant, les bénévoles continuent, chaque jour, d'alimenter et d'habiller les migrants de passage par Calais. L. RENAULT http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/27/article_nouvelle-municipalite-quelle-politique.shtml * 2) "la Voix du Nord", 28 septembre 2008*     La dispersion des camps après Sangatte par Laurent Decotte La mer est loin. Mais l'aire d'autoroute à côté. Depuis dix ans maintenant, la petite ville de Norrent-Fontes « accueille » un camp de migrants. Dans un fossé communal, entre deux champs. Pour atteindre le camp, il suffit de suivre les réfugiés qui errent comme de pauvres hères. Ils font leurs courses en ville puis regagnent leur camp fait de bâches, de couvertures et de palettes. Comme à Calais (lire notre édition d'hier). Mais en plus propre. Il faut dire que l'association Terre d'Errance est très présente, aide et a instauré quelques règles. Ce jour-là, ils sont une vingtaine de migrants. Exclusivement des Érythréens. Lesquels, raconte Jérémie, de Terre d'Errance, auraient payé le prix fort en ayant voulu se débarrasser des passeurs soudanais. Un Érythréen d'une vingtaine d'années s'est fait « poignarder » et est décédé, rapporte le jeune bénévole très dynamique, pas aveugle, juste très humain. Contrairement à ce qui se passe chez les Afghans, par exemple, il y a dans ce camp d'infortune des hommes, mais aussi des femmes. Ce jour-là pas de bébé ou d'enfant mais Jérémie dit en avoir déjà vu. Ce sont des jeunes gens cultivés, qui parlent bien anglais. Monique, une bénévole, mère de famille et infirmière de métier, regrette que l'Érythrée perde ainsi «  ses gens érudits ». Eux aussi regrettent d'avoir dû quitter leur pays. Mais tous disent avoir fui le service militaire d'une durée « aléatoire » et dont ils ne peuvent se soustraire sous peine de grave châtiment. «  Si le régime changeait, je retournerais tout de suite chez moi », assure Anouar. Là-bas, dans son pays de la Corne de l'Afrique, frontalier du Soudan et de l'Éthiopie. *Marié, trois enfants* Tous l'ont quitté au péril de leur vie. Chacun raconte avoir failli mourir. Qui en passant une frontière. Qui en traversant le désert soudanais ou libyen entassés à une vingtaine dans un 4x4. Ou Maria lors de sa traversée de la Méditerranée. Son bateau a coulé. Elle a été sauvée par les gardes-côtes italiens, tandis que certains de ses compagnons d'exil sous ses yeux se noyaient. Le jour de notre rencontre, elle venait de revenir de Paris en train. - «  Pourquoi ? » - «  Je suis montée dans un mauvais camion. Il n'allait pas en Angleterre. » Le lendemain, Jérémie nous apprenait que le soir où nous l'avons vue, pleine de grâce, Maria était passée. Plutôt chanceuse, elle n'essayait que depuis une semaine alors qu'en moyenne, selon Jérémie, les migrants mettent deux à trois mois. Ils essaient tous les soirs. Comme Chombie. Dont le parcours d'exil surprend. Lui a déjà vécu de l'autre côté de la Manche. Il bossait sans papiers. Et sur son chantier s'est fait pincer, renvoyer. Depuis son arrivée en Europe, il s'est ainsi fait expulser à trois reprises vers l'Italie. C'est le premier pays dans lequel il a été interpellé et là où ses empreintes ont été relevées. Celui donc, dans lequel, en vertu du règlement européen de Dublin, il doit faire sa demande d'asile. Mais lui ne veut pas vivre dans le pays de Silvio Berlusconi, dont il ne parle de toute façon pas la langue. Il est marié et a trois enfants, qu'il n'a pas vus depuis trois ans. Il n'a la haine contre personne. Pense qu'il traversera la Manche «  si Dieu le veut ». Et remercie de tout son coeur les bénévoles qui apportent réconfort, vêtements et nourriture. Là où les institutions n'envoient que forces de l'ordre pour des contrôles. La main sur le coeur, les yeux embrumés, Maria dit souhaiter longue vie aux bénévoles de Terre d'Errance Marie-Thérèse, Monique et Jérémie. Monique doit être très contente pour la jolie Maria. «  On ne les aide pas à passer. Mais à les voir vivre ici, dans ces conditions et parce que l'Angleterre est leur rêve, on est toujours très contents pour eux quand ils réussissent. » http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/28/article_la-dispersion-des-camps-apres-sangatte.shtml     Hossein, Afghan adopté, maintenant bachelier - Ton nom, c'est comment ? « Hossein Rizai-Mistiaen » Rizai est le nom de son père de sang, un Afghan. Mistiaen celui de son père adoptif, Bruno Mistiaen, professeur de géologie habitant La Chapelle-d'Armentières. - Bruno, tu le considères comme ton père ? « Oui, oui ». Hossein était orphelin, il ne l'est plus tout à fait. Il a perdu son père, tué par les talibans. Puis le reste de la famille a fui l'Afghanistan pour l'Iran où sa mère a succombé à une maladie. Hossein a été élevé un peu par son oncle, puis il est parti pour l'Angleterre. Son voyage s'est arrêté en France, quand Bruno Mistiaen a été appelé pour se rendre à la maison de l'enfance de Lille, où un jeune Afghan venait d'arriver. Il avait 15 ans, avait été blessé dans une bagarre avec un Kurde. Bruno s'en est occupé, lui a trouvé une école, a demandé la tutelle, puis la nationalité française pour l'adolescent. Se heurtant à la machine administrative, il a carrément décidé d'adopter. «  Ce fut long, mais rétrospectivement assez facile. » Bruno Mistiaen a 62 ans, est célibataire et n'a pas d'enfants. N'y voyez pas là le mal, cette heureuse rencontre est juste la résultante d'un parcours. Dans les années soixante-dix, dans le cadre de son doctorat de géologie, Bruno mène des études en Afghanistan et se prend d'amour pour ce pays. «  Par la suite, je suis allé dans de nombreux endroits du monde, mais l'Afghanistan m'a marqué beaucoup plus qu'ailleurs. » Tous ont réussi Cette passion l'amène à appartenir à l'Alliance franco-afghane et de fil en aiguille à passer beaucoup de temps au camp de Sangatte. Jusqu'à ce jour où il passa la porte de la maison de l'enfance. Aujourd'hui, avec Hossein, son pavillon est devenu une sorte de maison afghane. Tous les dimanches, ils sont cinq ou six dans le salon. Tous ont réussi. Ali travaille. Alli est en BTS. Hossein, lui, vient de décrocher un bac S et commence un DUT de génie civil. Récemment, il cherchait un stage dans le cadre de sa formation. Un employeur lui a lâché : «  Avec un CV pareil, vous, vous allez bosser. » Car son enfance fut en partie une vie d'adulte. Et Bruno en est conscient. «  Ce n'est pas pareil que si je l'avais élevé depuis tout petit. Je le considère plus comme un adulte que comme un gamin, même si des fois il fait le gamin. » Hossein rit. Lui qui passe pas mal de temps devant la télé a une petite amie. Se dit heureux en France, même s'il rêve d'Iran. Nous, à Hossein : «  En fait, tu as quel âge maintenant ? » Bruno répond : «  Vingt et un ans le 6 octobre. Le jour de la Saint-Bruno. » L. D. http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/28/article_hossein-afghan-adopte-maintenant-bacheli.shtml     Quand l'exilé est « l'indésirable » Monsieur le juge arrive avec deux heures de retard. Les policiers de la PAF et les exilés attendent patiemment depuis deux heures. Ce jour-là, six migrants sont présentés au juge des libertés et de la détention (JLD) qui doit prononcer leur libération ou leur maintien au centre de rétention de Coquelles. Il y a un Indien, un Turc, un Kurde irakien, un Chinois, un Brésilien et un Malien. Tous ont été interpellés car ils n'avaient pas de papiers et font l'objet d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF). Le JLD est censé s'assurer de la légalité de la rétention. Il peut libérer soit parce qu'il rejette le fond du dossier, soit pour vices de procédure. Ce jour-là, il ne prononcera aucune remise en liberté. Pour autant, cela ne signifie pas que les migrants vont être reconduits à la frontière. Si les APRF ont plus que doublé entre 2006 et 2007 avec 5 512 notifications entre janvier et septembre 2007 (sur 17 671 interpellations), seules quarante et une personnes ont été réellement expulsées. Il faut que les représentations consulaires des pays reconnaissent les personnes et qu'elles accordent un laissez-passer. Il y a bien longtemps qu'en France, « un charter » n'a pas été affrété vers l'Irak ou l'Afghanistan, et pour cause. Les migrants continuent d'être interpellés, de plus en plus sont placés en garde à vue. Mais au final, cette politique trouve ses limites puisque les migrants sont relâchés. À quoi bon, si ce n'est dissuader ? Et encore, l'est-ce vraiment quand on a déjà frôlé la mort dans l'exil ? La solennité du juge face à ces migrants, plus ou moins bien accompagnés d'un interprète - comme ce Malien qui n'en a pas -, n'en est pas moins kafkaïenne. Et que dire de la situation de ce Kurde irakien ? Il a été interpellé en Angleterre où il a fait une demande d'asile qui lui a été refusée. Les autorités d'outre-Manche lui auraient alors proposé d'être expulsé soit en Irak, soit en France. Le juge lui-même s'interroge : «  Ils rejettent votre dossier mais vous renvoient en France. Curieux. » En effet, il aurait pu l'être s'il avait été interpellé une première fois en France. Alors le règlement européen veut que le migrant soit réadmis dans ce premier pays. Mais ce n'est pas le cas ! Non, ce jeune homme va être libéré, essayer de regagner l'Angleterre où, «  visiblement, on ne veut pas de vous », dixit le juge. Et s'il se fait de nouveau coincer, peut-être le renverra-t-on encore en France. Et ping. Et pong. L. D. http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/28/article_quand-l-exile-est-l-indesirable.shtml *ZOOM*     D'où viennent-ils ? Combien sont-ils ? Pourquoi fuient-ils ? *. Depuis quand ?* À la suite de la chute du mur de Berlin, les ressortissants de certains pays de l'ancien bloc soviétique n'ont plus l'obligation d'avoir un visa pour aller en Angleterre. Cependant, certaines personnes sont malgré tout refusées et le temps d'attente peut être long. Ainsi voit-on les premières personnes dormir au terminal des ferries. Un début. La guerre du Kosovo qui éclate en 1999 crée un afflux important de réfugiés. Le terminal des ferries est alors fermé aux migrants. C'est la rue, les camps ouverts puis fermés. Finalement, celui de Sangatte ouvre le 24 septembre 1999 dans une ancienne usine d'Eurotunnel. Prévu pour accueillir 200 personnes, il en hébergera jusqu'à 2 000, avant d'être fermé en décembre 2002. Durant cette période, selon la Croix-Rouge qui gérait le camp, 67 611 étrangers y auraient transité. *. Combien sont-ils ?* C'est la guerre des chiffres. Selon Olivier Clochard, l'un des auteurs du rapport de la Coordination pour le droit d'asile (CFDA), Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, se serait félicité qu'il n'y ait plus aujourd'hui que 100 à 200 migrants chaque nuit sur le littoral, contre 4 000 à Sangatte. Faux, selon le sociologue, pour qui il n'y a jamais eu plus de 2 000 personnes à Sangatte. Tandis qu'il estime entre 500 et 1 500 le nombre de migrants en permanence sur un littoral qui s'étire de la Belgique à Cherbourg (sans compter ceux autour des gares du Nord et de l'Est, à Paris). Et non une centaine ou un peu plus comme l'avancerait le ministre. Concluant : « C'est donc peu ou prou autant qu'au temps du camp de Sangatte. La fermeture n'y a rien fait. » *. D'où viennent-ils ?* Essentiellement d'Asie (Afghanistan, Irak, Iran, Pakistan...) et d'Afrique (Érythrée, Somalie, Soudan...). Ils fuient des guerres, des persécutions, l'enrôlement de force dans l'armée (Érythrée), des régimes dictatoriaux. Et quelques-uns tout simplement l'absence de perspectives d'avenir ou la misère. *. Pourquoi l'Angleterre ?* La plupart maîtrisent un tant soit peu l'anglais. Ils ont de la famille ou au moins des membres de leur communauté nationale outre-Manche, ce pays réputé plus favorable au travail illégal. Et puis même si différentes réformes ont eu lieu depuis 2002, les conditions d'accueil faites aux demandeurs d'asile continuent à être réputées comme étant meilleures. Voire idylliques dans la tête de certains. Enfin, malmenés depuis le départ, ils n'ont jamais été incités à s'arrêter et à demander l'asile en route. L. D. http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/09/28/article_zoom.shtml