[Migreurop] Malte : le camp de Safi Barracks

From : alaux@... , the 31st March 2006 09:57
  • 2006-03-31 09:57:02 — alaux@... - [Migreurop] Malte : le camp de Safi Barracks

*Bellaciao 30 mars 2006*     Malte - Le camp /par Laura Eduati, 27 mars 2006 traduit de l'italien par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau  de traducteurs pour la diversité linguistique www.tlaxcala.es. Cette  Traduction est en Copyleft/ Le centre de détention de Safi Barracks à Malte est un cage gigantesque  où les migrants vivent comme des bêtes. Quand les militaires maltais  ouvrent la porte cadenassée, des dizaines d'Africains nous accueillent  aux cris de "Freedom ! Liberté !"... Ils approchent, l'angoisse dans les  yeux, dans un choeur ininterrompu :"Aidez-nous, on ne peut pas vivre  là-dedans, on souffre trop !" Sur les barreaux ils ont accroché un drap  : "Dieu jugera Malte pour ce qu'elle fait aux migrants". L'odeur de leurs corps, lavés avec une seule savonnette par mois dans  des toilettes épouvantables, est insupportable. Dans les chambrées, ils  dorment sur des matelas infects, les plus chanceux disposent de draps  désormais jaunes de saleté. Ils vivent là depuis des mois, sans savoir  pourquoi, sans voir ni médecins ni avocats ni bénévoles d'ONG. Une heure  de récréation par jour, parfois même pas lorsqu'ils "n'ont pas été  sages". Sans un seul livre ou journal à lire, sans un seul stylo pour  écrire. Il ya une télévision au fond de la coursive, mais même pas un  banc pour s'asseoir et regarder l'unique chaîne en maltais. "On va  devenir fous". Certains le sont déjà devenus. Ils n'en pouvaient plus de  supporter l'attente, 18 mois de prison parce que tu es illégal et que tu  as l'unique chance d'obtenir l'asile politique à Malte. Ils n'en  pouvaient plus : ils sont sortis de leurs gonds, les militaires les ont  forcés à signer une feuille et les ont emmenés. Où ? Mohamed montre une bassine à lessive : il y a là des restes de riz  bouilli et des tranches de patates bouillies . "Regarde ce qu'ils nous  donnent à manger. C'est chaque jour le même menu : macaronis et riz.  Jamais de viande ni de légumes, parfois une pomme. " Il prend une  poignée et la met dans la bouche. "Nous n'avons ni fourchettes ni  assiettes". Rien qu'une gamelle pour le Lipton, comme ils appellent le  thé. Un Soudanais se touche la poitrine, il a de l'asthme mais on lui a  donné un médicament périmé depuis un mois. Il s'agit d'un échantillon  gratuit, italien. Durant la visite, de nombreux migrants nous font voir  des comprimés, des sirops et des aspirines : tous périmés. Les malades  graves sont alités : ils n'arrivent pas à participer à l'effervescence  (provoquée par notre visite). L'un souffre de goître, un autre a le  diabète, un troisième a une cloque dans l'oeil : "Ils m'ont donné une  pommade, mais ça n'a pas guéri". La Convention de Genève stipule que les malades sont "vulnérables" et  ont la priorité. Ils ne devraient pas être en prison. Et pourtant le  gouvernement conservateur de La Vallette assure, par la voix du  lieutenant-colonel Brian Gatt, un homme de deux mètres, que le Safi est  en fait le lieu le plus décent. Car c'est pire dans les autres centres  de Malte : derrière les barreaux disparaissent pour de longs mois même  des enfants et des femmes enceintes. Au centre de Tà Kandja, le jour  même de la visite de la Commission Droits civiques, justice et Affaires  internes du Parlement européen, un groupe de migrants s'est révolté et  un soldat a failli perdre un doigt dans l'affrontement. Et le même  après-midi, au moment où la délégation de Bruxelles sortait du  majestueux palais du ministère de la Justice et de l'Intérieur, 90  Africains se sont évadés du centre "La Floriana", ce qui a déchaîné une  chasse à l'homme dans les rues de l'élégant centre historique. Depuis des mois, les migrants sont en agitation permanente, ils se sont  autoorganisés et ils provoquent des tumultes ou ils font des grèves de  la faim. On a vite fait de comprendre que les choses n'ont pas bougé  d'un pouce depuis 2004, lorsque la Commission pour les droits humains de  Strasbourg avait écrit un rapport sévère sur les conditions des  demandeurs d'asile à Malte. Aux prisonniers qui s'échappent des griffes  de la police, on crie :"Ils faudrait les brûler en place publique" et  "Soyez reconnaissants que nous vous donnions l'hospitalité". Le racisme  est devenu un problème politique et il existe un parti qui se présente  comme une alternative aux conservateurs et aux travaillistes et se fraie  son chemin à coups de slogans xénophobes. Le gouvernement de l'île ne  cache pas la crise provoquée par les migrants. Crise devenue plus aiguë  depuis 2004, avec l'entrée de Malte dans l'Union européenne, qui a  transformé ce pays en porte d'entrée principale en Europe depuis  l'Afrique méditerranéenne. Le ministre de la Justice et de l'Intérieur Tonio Borg débite les  données du problème et explique que Malte n'est pas en mesure de gérer  les migrants. Sa conclusion ne tarde pas à arriver : "L'Union européenne  doit nous aider, nous ne pouvons tout faire tout seuls. " Chaque État  membre peut se comporter comme bon lui semble et la législation maltaise  est très dure à ce sujet : elle réserve à tous les migrants illégaux 18  mois de prison. Les migrants n'ont pas la possibilité, une fois  débarqués, de demander un permis de séjour pour travailler et il semble  que le gouvernement n'envisage nullement cette possibilité. Beaucoup  demandent l'asile politique, mais en vain : la commission maltaise pour  les réfugiés est la structure administrative la plus dépourvue et les  procédures y sont très lentes. Tout cela a choqué et dégoûté les membres de la délégation du Parlement  européen : « Bruxelles ne peut plus tolérer ces camps, il faut  harmoniser les lois sur l'immigration de l'Union européenne. » Ce  commentaire est unanime à gauche comme à droite. http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=25125