[Migreurop](FR) Médiapart : A Nador et Melilla, d'autres barricades sur la route des réfugiés

From : elsa.tyszler@... , the 29th October 2015 15:30

(FR) Un très long article sur la frontière maroco-espagnole rédigé par une envoyée spéciale de Mediapart http://www.mediapart.fr/journal/international/281015/nador-et-melilla-dautres-barricades-sur-la-route-des-refugies    - Ouvrez l'Europe #OpenEurope        - Reportage  A Nador et Melilla, d'autres barricades sur la route des réfugiés 28 octobre 2015 |  Par Rachida El Azzouzi *Frontière sud de l'Europe oubliée des médias, le Maroc, en bon gendarme de Bruxelles, a toujours mené la vie dure aux migrants qui voulaient pénétrer les enclaves espagnoles. Les réfugiés syriens n'y échappent pas. Depuis des mois, des dizaines de familles sont coincées à Nador, ville du nord-est marocain, frontalière de Melilla, dont on ne sort pas non plus. * *De notre envoyée spéciale à Nador et Melilla (Maroc)*.- Majdouline se gratte sous son *« jilbab »* noir, longue robe en lycra qui couvre son corps et ses cheveux. Elle a une éruption de boutons. *« L’angoisse mais aussi la gale ou une affection qui y ressemble »*, d’après le pharmacien qui lui a vendu un savon antibactérien en guise de traitement. Elle vit dans un hôtel miteux de Nador où s’entassent, dans la promiscuité, des dizaines de familles syriennes bloquées par les autorités marocaines dans leur transhumance vers l’eldorado européen. Trois mois déjà qu’elle erre dans cette ville du nord-est marocain, frontalière de Melilla, l’enclave espagnole suspendue aux côtes africaines, seule frontière terrestre, avec Ceuta, séparant l’Afrique et l’Union européenne. Impossible de franchir avec son passeport syrien les quelques mètres qui la séparent de ce minuscule bout d’Europe de 12 km2, considéré comme *« une ville occupée »* par les Marocains et protégé par une triple barrière ultra sécurisée qui a coûté 33 millions d’euros à Bruxelles. [image: Des familles syriennes bloquées à Nador squattent le parc devant leur hôtel]Des familles syriennes bloquées à Nador squattent le parc devant leur hôtel © Rachida El Azzouzi Majdouline, elle, est prisonnière de Nador où elle comprend *« difficilement les gens »* qui parlent le dialecte amazigh du Rif et peu l’arabe, encore moins son versant syro-libanais. Elle attend son mari Ahmed. Il est en prison, ne sortira pas avant la mi-novembre. Il a écopé de deux mois ferme pour avoir tenté de s’immoler devant le poste-frontière de Beni Ensar, l’autre *« check-point »* entre Nador et Melilla. Le 15 septembre dernier, alors qu’il protestait lors d’un énième sit-in avec d’autres Syriens contre le blocage de la frontière, les policiers ont bousculé violemment sa femme et leur bébé. L’humiliation de trop. Ahmed a voulu s’asperger d’essence. Un cri de colère, de désespoir. Les policiers ont filmé la scène avec leur téléphone tout en le contenant et en lançant la machine répressive. Depuis l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, en décembre 2010, qui a provoqué la révolution en Tunisie et la chute de Ben Ali, toute tentative d’immolation est sévèrement réprimée et passible de prison dans un Maroc hanté par le spectre d’un soulèvement populaire. *« Chez nous, les réfugiés syriens finissent en prison, c’est cela l’hospitalité marocaine »*, ironise Omar Naji. Ingénieur en urbanisme, il est l’une des figures de la section de Nador de l’association marocaine des droits de l’homme (AMDH ), la première association à avoir dénoncé les mauvais traitements et les obstacles réservés aux exilés syriens, *« super réfugiés »* qui devraient pourtant bénéficier du statut évident de demandeurs d’asile. *« Pressions dans les commissariats, présence quotidienne sur le terrain… L’AMDH fait un boulot incroyable sur Nador dans un contexte très difficile »*, salue Elsa Tyszler, du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem ), basé à Rabat. Elle voulait rejoindre Nador pour enquêter sur la situation des Syriens et autres migrants mais elle a différé son voyage : *« trop chaud ».* Depuis le mois de septembre, les autorités fliquent et virent sans ménagement chercheurs et journalistes qui s’intéressent au sujet. [image: Zara, en fauteuil roulant, coincée à Nador depuis des semaines avec sa famille]Zara, en fauteuil roulant, coincée à Nador depuis des semaines avec sa famille © Rachida El Azzouzi Majdouline, elle, est prisonnière de Nador où elle comprend *« difficilement les gens »* qui parlent le dialecte amazigh du Rif et peu l’arabe, encore moins son versant syro-libanais. Elle attend son mari Ahmed. Il est en prison, ne sortira pas avant la mi-novembre. Il a écopé de deux mois ferme pour avoir tenté de s’immoler devant le poste-frontière de Beni Ensar, l’autre *« check-point »* entre Nador et Melilla. Le 15 septembre dernier, alors qu’il protestait lors d’un énième sit-in avec d’autres Syriens contre le blocage de la frontière, les policiers ont bousculé violemment sa femme et leur bébé. L’humiliation de trop. Ahmed a voulu s’asperger d’essence. Un cri de colère, de désespoir. Les policiers ont filmé la scène avec leur téléphone tout en le contenant et en lançant la machine répressive. Depuis l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, en décembre 2010, qui a provoqué la révolution en Tunisie et la chute de Ben Ali, toute tentative d’immolation est sévèrement réprimée et passible de prison dans un Maroc hanté par le spectre d’un soulèvement populaire. *« Chez nous, les réfugiés syriens finissent en prison, c’est cela l’hospitalité marocaine »*, ironise Omar Naji. Ingénieur en urbanisme, il est l’une des figures de la section de Nador de l’association marocaine des droits de l’homme (AMDH ), la première association à avoir dénoncé les mauvais traitements et les obstacles réservés aux exilés syriens, *« super réfugiés »* qui devraient pourtant bénéficier du statut évident de demandeurs d’asile. *« Pressions dans les commissariats, présence quotidienne sur le terrain… L’AMDH fait un boulot incroyable sur Nador dans un contexte très difficile »*, salue Elsa Tyszler, du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem ), basé à Rabat. Elle voulait rejoindre Nador pour enquêter sur la situation des Syriens et autres migrants mais elle a différé son voyage : *« trop chaud ».* Depuis le mois de septembre, les autorités fliquent et virent sans ménagement chercheurs et journalistes qui s’intéressent au sujet. « Nador vit de la trilogie infernale : trafic de migrants, de drogue et contrebande » *« En quoi la question des migrants, des réfugiés syriens menace-t-elle la sécurité de l’État ? » *s’interroge Omar Naji. *« C’est la première fois*, dit-il*, que le ministère de l’intérieur marocain envoie une dépêche aux rédactions pour dire que tout va bien, que les Syriens ne sont pas maltraités, en réponse à la petite section de Nador de l’AMDH qui a mis en évidence le business mafieux dont sont victimes des réfugiés avec le consentement implicite des autorités. »* Ce lundi soir, on le retrouve dans le local rudimentaire de l’association, niché dans un quartier populaire aux trottoirs et routes défoncés. Trônent sur les murs une banderole, vestige des manifs du mouvement du 20 février 2011, et un portrait de l’icône de la lutte anticoloniale Abdelkrim el Khattabi, *« le Che Guevara du Rif ».* Il y a là Souad, une camarade militante, institutrice, et Majdouline. La jeune Syrienne, tout juste majeure, est *« à bout »*, seule, sans le sou*. *Elle raconte que dans son hôtel, deux grands-mères syriennes sont revenues la cheville cassée après avoir enjambé un mur de trois mètres à la frontière de Beni Ensar, dans l’espoir fou d’atteindre Melilla. [image: Majdouline, 18 ans, de Damas, son mari en prison à Nador, son enfant à Melilla avec son frère]Majdouline, 18 ans, de Damas, son mari en prison à Nador, son enfant à Melilla avec son frère © Rachida El Azzouzi Bientôt quatre ans que Majdouline et sa famille s’épuisent sur les routes de l’exil. Originaires de Homs en Syrie, ils vivaient à Damas, le père était commerçant, le frère, comédien, la belle-sœur esthéticienne... Jusqu’à ce que tombent la guerre, les obus, les roquettes. Elle égrène, les yeux mouillés, les épreuves, les brimades, les pays traversés : le Liban, l’Algérie, la Tunisie (où son père décédera d’un cancer foudroyant), puis de nouveau l’Algérie et enfin le Maroc. Ils ont traversé à pied pour l’équivalent de 300 euros par personne la frontière algéro-marocaine, principal point d’entrée des Syriens au Maroc. Fermée depuis 1994 après un attentat à Marrakech qui impliquait les renseignements algériens selon le Maroc, cette frontière terrestre la plus longue du monde (1 600 kilomètres), surnommée *« L’Oriental »*, est le point de jonction de tous les trafics. Elle est, avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla à l’ouest, l’un des carrefours du *« trabendo »* (contrebande), cette économie informelle qui empêche le développement de toute industrie structurée et qui fait vivoter des dizaines de milliers de Marocains du Rif, région montagneuse et rurale matée dans le sang sous Hassan II, livrée à la misère et devenue le grenier à kif de l’Europe. En 2014, Rabat a érigé de nouvelles tranchées et grillages pour lutter contre les *« trabendistes »* et les réseaux terroristes. Mais les bidons d’essence, les cigarettes et autres denrées illicites venues d’Algérie, de l’huile aux produits d’entretien, abondent toujours le long de la route qui serpente entre les montagnes d’Oujda à Nador. Comme les migrants, chair à trafic*. « Nador vit, avec la bénédiction du pouvoir, de la trilogie infernale : trafic de migrants, de drogues [cannabis, cocaïne et héroïne – ndlr] et de contrebande »*, rappelle Omar Naji de l’AMDH. [image: La triple barrière de Melilla, côté espagnol, 12 km de grillages, tranchées, barbelés, capteurs de bruit, caméras, miradors...]La triple barrière de Melilla, côté espagnol, 12 km de grillages, tranchées, barbelés, capteurs de bruit, caméras, miradors... © Rachida El Azzouzi [image: La triple barrière de Melilla, depuis la route qui mène au cap des Trois Fourches, côté marocain. Au loin, Beni Ensar]La triple barrière de Melilla, depuis la route qui mène au cap des Trois Fourches, côté marocain. Au loin, Beni Ensar © Rachida El Azzouzi Dans cette ville religieuse et conservatrice de 165 000 habitants, qui avait tristement défrayé la chronique en 2013 avec *« le baiser de Nador »* (deux jeunes avaient été poursuivis pour *« atteinte à la pudeur »* pour avoir posté sur Facebook une photo d’eux s’embrassant), les mafias locales exercent en plein jour dans les cafés frontaliers, à quelques pas des policiers en faction. Les témoignages recueillis décrivent tous les mêmes marchandages et méthodes pour entrer illégalement dans Melilla : emprunter la bicyclette d’un vendeur de pain par exemple (300-400 euros par personne), monter dans la R21, R18 ou R11 surpeuplée d’un *« trabendiste » *(entre 800 et 1 000 euros par personne) ou passer à pied avec de faux passeports marocains (1 200 euros par personne en moyenne), voire, selon certains récits, filer par la mer en jet-ski. Dans cette vidéo postée sur YouTube , une Syrienne désigne clairement un agent d'autorité du poste-frontière de Beni Ensar impliqué dans le réseau. Les Syriens ont un avantage de taille sur les Subsahariens. Ils ont *« une tête d’Arabe, de musulman, de Marocain »* qui leur permet de passer inaperçus. Quand les Érythréens, Soudanais, Ivoiriens… sont traqués comme des bêtes, sans cesse refoulés. Et condamnés, parce que noirs de peau, à emprunter les voies de tous les dangers : la *« patera »* par la mer, l’embarcation de la mort (quand ils ont de l’argent) ou le triple rideau de fer dont l’escalade relève du miracle depuis que le Maroc, en bon gendarme de l’Europe, a rajouté des barbelés tranchants. Perçus comme *« riches »*, les Syriens ont malgré eux fait monter les enchères.* « Au point que les candidats à l’exil marocains, algériens ne peuvent plus se payer le passage »*, constate Elsa Tyszler du Gadem. « Aujourd'hui que nous sommes frappés par le mal, les Arabes nous rejettent » Oublié des médias internationaux concentrés sur la crise migratoire historique en Europe centrale, le Maroc, deuxième route de l'immigration africaine vers le vieux continent après la Libye, *via* la Méditerranée, a vu le profil de ses migrants bouleversé par la guerre civile en Syrie. Les réfugiés syriens ne sont pas des centaines de milliers comme en Grèce ou en Turquie à échouer dans les villes du nord du Maroc mais ils sont des milliers depuis 2012 à emprunter ce couloir migratoire, moins dangereux que les corridors funèbres sous les feux de l’actualité. Et ils sont chaque année plus nombreux. Selon des chiffres des autorités espagnoles, depuis le début de l’année, plus de 6 000 Syriens ont rejoint Melilla. Soit déjà plus du double de l’année passée. [image: Samir, 30 ans, de Manbij près de Kobané devant le Ceti de Melilla]Samir, 30 ans, de Manbij près de Kobané devant le Ceti de Melilla © Rachida El Azzouzi À Nador, ils sont un peu moins d’un millier, selon l’AMDH, à être coincés dans leur quête interminable d’un ailleurs européen. D’un côté, des familles pauvres dont les enfants mendient dans les cafés et bazars du centre-ville, qui, pour certaines, dorment dans la rue, ne pouvant se payer ni une auberge, ni une traversée illégale. De l’autre, des classes moyennes aisées mais souvent fauchées après des mois, des années d’exode, à la merci des passeurs, à vivre dans les hôtels ou à louer des appartements quand elles y parviennent, les autorités interdisant toute location aux réfugiés non enregistrés au HCR-Maroc (Haut-commissariat aux réfugiés). Dans les pensions bondées où les autorités ont demandé, début octobre, aux tenanciers de ne plus accueillir de Syriens, à l’exception des réfugiés inscrits au HCR, les familles se partagent une chambre, un lit à plusieurs. Dans une grande précarité. L’AMDH a tenté d’en visiter quelques-unes mais les réceptionnistes ont aussitôt dépêché un officier en civil des renseignements généraux qui leur a barré l’accès. Si l’on croise très peu de *« Sub »* (Subsahariens) dans les rues de Nador, retranchés sur les hauteurs dans les forêts alentour, Gourougou, Taouima, Selouane…, et cibles de rafles, ratissages permanents quand bien même certains posséderaient une carte de séjour ou de réfugié, on ne peut pas rater les Syriens. Leurs journées se suivent et se ressemblent entre mendicité, survie et tentatives de passage de la frontière. Le matin, à l’aube, ils prennent la direction de Beni Ensar en bus ou taxi. Ils rentrent en fin de journée, désespérés d’avoir été encore repoussés. Le dénuement étant tel dans les hôtels, ils prennent d’assaut les parcs de la ville en attendant l’heure du coucher. [image: Des Syriens décrivent les conditions de vie indignes au sein du Ceti à Melilla auprès d'Omar Naji de l'AMDH (de face)]Des Syriens décrivent les conditions de vie indignes au sein du Ceti à Melilla auprès d'Omar Naji de l'AMDH (de face) © Rachida El Azzouzi D’autres rejoignent le Marjane, le grand centre commercial sur la route de l’aéroport, pour faire la manche en exhibant leurs passeports syriens et obtenir quelques sous qui paieront une nuitée, un repas. Les habitants, relativement pauvres dans cette terre d’émigration qui a fourni les principaux bataillons de travailleurs marocains à l’Europe dans les années 1960-70, les tolèrent, les aident quand ils le peuvent, *« fissabillah »* ("de bon cœur", *« pour satisfaire Allah »*). Un morceau de pain, une couverture… Mais point d’élan collectif de solidarité. Lors de la fête de l’Aïd el-Kébir, fin septembre, des associations caritatives islamistes distribuaient de la viande de mouton aux nécessiteux marocains… sans un geste pour les Syriens à quelques pas de là. *« On a ouvert nos maisons aux Arabes, on les a accueillis pendant les guerres, Israël-Liban, Irak-Amérique… mais aujourd’hui que nous sommes frappés par le mal, les Arabes nous rejettent. »* Assis en tailleur sur un bout de carton qui lui sert de tapis de sol au milieu des déchets et des excréments, Samir fume de colère et des *American legend*, des cigarettes de contrebande algériennes. À ses pieds, un verre de thé bien rouge comme on l’affectionne au Moyen-Orient, où s’agglutine un essaim de mouches, et le faux passeport syrien au nom d'*« Abdallah Kassabi, né à Damas »*, acheté 1 300 euros dans les bas-fonds d’Istanbul, qui lui a permis de rallier par avion l’Algérie. Il ne comprend pas pourquoi les pays arabes malmènent les réfugiés syriens fuyant Bachar al-Assad et Daech alors que des pays européens, comme l’Allemagne ou l’Autriche, leur ouvrent grand les bras. Samir vise les deux pays qu’il a traversés : le Maroc qui considère les Syriens comme des clandestins, pas des réfugiés, mais aussi l’Algérie où il a travaillé au noir pendant six mois dans le BTP pour se reconstituer un pécule et poursuivre son odyssée. Depuis le 1er janvier de cette année, Alger réclame un visa aux Syriens. Finie la clémence qui courait depuis le début du conflit en 2011, où les Syriens affluaient dans la capitale algérienne par bateau ou par avion sans visa et pouvaient se loger, voir leurs enfants scolarisés, leurs soins pris en charge, choses impossibles au Maroc. Alger a même durci cet été les conditions d’obtention du visa. *« Les ambassades ne l’accordent qu’une fois celui du ministère des affaires étrangères obtenu qui, lui-même, doit avoir l’aval des forces de sécurité. Une procédure utilisée pour les pays dont les ressortissants sont considérés comme à haut risque terroriste »*, décrit ici la presse algérienne. Dans Melilla « la blanche », la grande désillusion Pour Samir, c’est de *« la non-assistance à personne en danger ».* Il a la trentaine, vient de Manbij, au nord-est d’Alep, *« petit Londres »* aux mains de Daech tant les djihadistes britanniques constituent le gros des troupes*. *Trois mois et dix-sept jours qu’il a *« passé Nador, le plus dur » *après avoir *« loué »* le passeport d’un Espagnol d’origine marocaine en échange de 700 euros*.* Le voilà de l’autre côté, dans Melilla *« la blanche »*, au Ceti (*Centro de estancia temporal para immigrantes*), le centre d’hébergement temporaire pour immigrants de l’enclave espagnole*. *Et c’est la grande désillusion*. * *« Ici, c’est Guantanamo sauf qu’on peut sortir la journée »*, dit-il en pointant les grilles du Ceti, prison à ciel ouvert débordée de Syriens (et Palestiniens de Syrie), les Subsahariens étant devenus rares depuis que la barrière a été un peu plus blindée. *« **Construit pour la migration subsaharienne des années 1990, soit pour des jeunes hommes célibataires, le Ceti ne correspond plus du tout au public d’aujourd’hui : familles, enfants, bébés, vieillards, personnes handicapées. Les équipements sanitaires et de restauration n’ont jamais été augmentés depuis la création du centre »*, pointe Elsa Tyszler du Gadem. [image: 2 000 personnes, dont 500 enfants, pour une capacité de 480 places, à l'intérieur du Ceti de Melilla]2 000 personnes, dont 500 enfants, pour une capacité de 480 places, à l'intérieur du Ceti de Melilla © Rachida El Azzouzi Le 5 octobre dernier, une délégation espagnole du parti anti-austérité Podemos, débarquée de la péninsule, a tenté de visiter le Ceti. Seuls le député Miguel Urban  et la sénatrice Maribel Mora  ont pu y accéder. Le reste de la délégation a été refoulé *sine die* comme le sont les journalistes (à notre instar). Ils décrivent et dénoncent ici eux aussi *« un Guantanamo espagnol ».* *« Mis à part le personnel de sécurité et de l'administration du centre, seules trois personnes aident les résidents : un médecin, un psychologue et un avocat de la Commission d'aide aux réfugiés espagnol (CEAR). Trois personnes pour 1 750 réfugiés et migrants »*, s'indigne le député Miguel Urban. Dans ce centre d’une capacité de 480 places dont on ne voit pas le bout de travaux d'agrandissement démarrés il y a des mois, près de 2 000 personnes, dont 500 enfants, s’entassent dans des conditions inhumaines et dégradantes, sous les hangars et les tentes. Elles attendent d’être transférées par bateau vers la péninsule, *« des transferts très aléatoires à la discrétion du commissaire général de Madrid »*, déplore le Gadem. La nuit, les familles déjà éclatées, des membres étant encore bloqués côté marocain, sont séparées. Les femmes, les enfants, les malades, les vieux, d’un côté, les hommes de l’autre, avec jusqu’à 150 personnes par chambrée. [image: Mohamed (en jogging rouge), Dmbele (assis à gauche), avec leurs compagnons de route, héros de la "boza" du 10 octobre]Mohamed (en jogging rouge), Dmbele (assis à gauche), avec leurs compagnons de route, héros de la "boza" du 10 octobre © Rachida El Azzouzi *« C’est impossible de bien dormir et de se reposer là-dedans. Les gens crient, pleurent, se bagarrent parfois très violemment. Nous sommes les uns sur les autres »*, explique Samir qui marche seul depuis un an vers le nord de l’Europe, *« la Belgique, la Hollande ou l'Allemagne, surtout pas la France trop dure avec les gens comme nous ». *Il a laissé sa femme et leurs enfants dans le chaos syrien avec ses parents, garde l’espoir d’un regroupement familial *« bientôt »*, leur téléphone tous les quinze jours quand il a de l’argent. *« Ils sont des morts vivants là-bas »*, lâche-t-il, dans une infinie tristesse. Comme de nombreux Syriens, il refuse de déposer une demande d’asile à Melilla de peur d’être vissé en Espagne par le règlement de Dublin le temps que son dossier soit traité : *« L’Espagne ne m’intéresse pas, il n’y a pas de travail. »* Alors chaque jour, Samir se rend au port industriel de Melilla. Il veut *« faire ‘‘harraga’’ »*, quitte à *« brûler »* sa vie pour atteindre son but, s’accrocher au double-fond d’un poids lourd, alternative risquée mais moins périlleuse que l’embarcation de fortune lancée sur la mer agitée. Deux de ses compagnons de route y sont parvenus il y a quelques jours : *« Pourquoi pas moi ? »* [image: Devant le Ceti, la misère et la richesse, les réfugiés syriens et les golfeurs.]Devant le Ceti, la misère et la richesse, les réfugiés syriens et les golfeurs. © Rachida El Azzouzi Ce samedi 10 octobre, à l’aube, vingt Subsahariens sur une trentaine de candidats ont rallié le Ceti. Pour la première fois depuis des mois, il y a eu une *« boza »*, cette folle performance des Africains qui réussissent l’escalade de la triple barrière, symbole de la forteresse Europe, un effort surhumain où l'on joue sa vie en moins de cinq minutes, trois clous vissés à l'avant de la basket pour vaincre les mailles serrées. Boza signifie *« victoire »* dans plusieurs dialectes de l’Afrique de l’Ouest et c’est le premier cri que poussent ces jeunes, lorsqu’ils foulent le sol de Melilla, malgré le supplice des mains, des bras et des pieds déchirés, fracturés, par les barbelés et le saut final. Parmi eux, Mohamed, 18 ans, ivoirien, et Dmbele, 21 ans, de Guinée-Conakry. Un an qu’ils campaient dans l'enfer des forêts de Nador, systématiquement ratissées par la police après l'enfer du désert algérien. Ils avaient tenté le passage à plusieurs reprises, par la barrière mais aussi par la mer, à la nage ou sur un pneumatique précaire. En vain. *« C’est le cœur qui a travaillé »*, dit très modestement Mohamed, vêtu d’un jogging rouge vif remis à son entrée au Ceti. Il découvre lui aussi avec stupeur ce centre plein à craquer où il va passer des jours et des nuits, des mois, peut-être des années, avant la prochaine étape. *« Mais c'est quand même le paradis ici par rapport à ce qu'on a vécu, on nous donne des repas, un savon »*, balaie-t-il. *« Le plus dur »* pour lui est définitivement derrière : *« C’est le Maroc, surtout le racisme de la police contre les Noirs. » *Son premier réflexe a été d'appeler sa famille, sa mère, un bref et laconique appel, sans détails :* « Je vais bien. »* «L’extrême pauvreté côtoie l’extrême richesse sans que cela ne choque personne» Nassam, un dentiste originaire d’Alep, ruiné par quatre années d’exil du Liban à l’Égypte puis de la Turquie à l’Algérie, observe les *« boza »* du jour, fasciné. Il a vendu tout l’or de sa femme Bahija pour passer la frontière marocaine avec les siens, dormi vingt jours dans les rues de Nador pour pouvoir payer le passage qui lui a coûté près de 3 000 euros. C’était il y a deux mois. Chacun a franchi les tourniquets séparément, à plusieurs jours d’intervalle, seul moyen de se fondre dans l’anonymat. Alia, leur fille d’un an, est entrée seule dans les bras d’un *« trabendiste ».* Il a fallu un test ADN, des semaines d’attente et de paperasse avant que Nassam puisse la récupérer au centre pour mineurs de Melilla où elle avait été confiée. Il ne supporte pas la vie au Ceti. Son père, qui possédait une usine de filature à Alep, a été transféré avec sa mère la veille vers la péninsule. Il espère que son tour viendra rapidement. [image: Après un test ADN et des semaines d'attente, Nassam a récupéré sa fille passée seule avec un passeur de Nador à Melilla]Après un test ADN et des semaines d'attente, Nassam a récupéré sa fille passée seule avec un passeur de Nador à Melilla © Rachida El Azzouzi Le Ceti est tellement invivable que dès que les portes s'ouvrent à 7 heures du matin (pour se refermer à 23 heures), Nassam sort *« respirer »*. Quitter le bruit, la saleté. Détendre son corps, son esprit. Tromper l'ennui, la pensée. Comme des centaines de résidents. Il peut marcher des kilomètres le long de la *« valla »* ("barrière" en espagnol), sans but précis, juste pour passer le temps si long, en évitant seulement les beaux quartiers où il sent qu'il n'est pas le bienvenu. Puis il revient au Ceti, devant les grilles duquel les Syriens se regroupent par régions : Alep, Homs, Idlib... Les Kurdes ont leur petit campement de fortune sur le terrain vague en face du centre, un feu de bois et une poêle où crépitent des falafels qui finissent en sandwichs. *« La nourriture est mauvaise, chaque jour identique, alors on essaie de cuisiner comme chez nous »*, explique Ahmed, un patriarche de Kobané concentré sur Facebook et son smartphone, l’outil qui lui permet de rester connecté *« avec l’horreur »*. Ce samedi, devant leur café informel, c’est l’attentat d’Ankara en Turquie ayant décimé les rangs d’un rassemblement pro-kurde qui mobilise les conversations masculines. *« C’est Erdogan qui a fait cela »*, jure Ahmed. Sous leurs yeux, derrière les déchets qui s'amoncellent et à un jet de pierre d'une bande de Subsahariens qui s'enivrent et se piquent sous un pont, un magnifique écrin de verdure : le golf de Melilla, voisin direct du Ceti. Défilent tout au long de la journée des golfeurs endimanchés sous leurs chapeaux mais aussi, de part et d'autre des routes qui séparent le golf et le centre, des joggeurs, des vététistes, des cavaliers, des quads. [image: José Palazon]José Palazon © Rachida El Azzouzi L’enclave espagnole, tout à la fois port franc, cité balnéaire et ville de garnison, est un confetti, 80 000 habitants sur 12 km2, qui condense entre ses favelas et ses yachts toutes les folies, toutes les inégalités, toute la schizophrénie du monde. *« L’extrême pauvreté côtoie l’extrême richesse, sans que cela ne choque personne. Ici, on aime fermer les yeux sur le réel »*, dit José Palazon de l’ONG Prodein . La soixantaine, professeur d’espagnol, passionné de photographie, il est l’auteur de ce cliché qui a choqué la planète l’an dernier où l’on voit une golfeuse concentrée sur son swing pendant que des Subsahariens risquent leur peau en grimpant les grillages de la honte. La misère, l’Afrique, le Sud, et l'opulence, l’Europe, le Nord, synthétisés en une image. *« Mais elle n’a pas eu le pouvoir de faire fléchir nos gouvernements comme la photo du petit Syrien retrouvé mort sur une plage turque cet été »*, regrette le militant. Il a signé, début octobre, avec une vingtaine d’associations et d’ONG européennes et marocaines, dont l’AMDH, le Gadem, une déclaration commune *(à lire sous l’onglet Prolonger )* dénonçant *« dix ans d’impunité et d’externalisation des frontières de l’Europe en Afrique »*. Car *« rien n’a changé depuis les événements meurtriers d’octobre 2005 [plus d’une dizaine de migrants avaient été tués par les forces marocaines et espagnoles à Melilla et à Ceuta, sa jumelle à l’ouest – ndlr]. On ramasse toujours des corps, des morts qui fuient l’Afrique pour une vie meilleure. L’Espagne et l’Europe ont un peu plus délégué le contrôle de la frontière de Melilla au Maroc et le Maroc aux mafias para-policières frontalières »*, assène José Palazon à la table du « Dolce Vita », un café à un quart d'heure de bus du Ceti, dans le centre-ville chic de Melilla, où peu de migrants s’aventurent. [image: Café informel des Kurdes de Syrie sur le terrain vague entre le Ceti et le golf]Café informel des Kurdes de Syrie sur le terrain vague entre le Ceti et le golf © Rachida El Azzouzi [image: Le terrain vague des Kurdes, derrière le golf, puis la barrière, au loin, les monts marocains]Le terrain vague des Kurdes, derrière le golf, puis la barrière, au loin, les monts marocains © Rachida El Azzouzi C’est le QG de son association et de tous ceux qui viennent en aide aux migrants dans la ville, *« une minorité »*, dit-il en déroulant sur une tablette ses dernières images et vidéos . José Palazon habite à quelques mètres de là, en face d’un hôtel dont près de la moitié des chambres sont occupées à l’année par les troupes de la *guardia civil*. Au moindre « assaut » nocturne sur la barrière, elles partent au quart de tour, sirènes hurlantes. Lui aussi, l’appareil photo en bandoulière pour témoigner de leur brutalité. À quelques mètres de là, également, au pied de la vieille ville fortifiée, qui surplombe le port et au loin le mont Gourougou, une statue imposante : le général Franco, dictateur qui a bâti une partie de sa carrière dans la ville autonome et à Nador. *« Melilla reste le dernier coin d’Espagne où survivent encore les symboles du franquisme. Cela en dit long sur les mentalités de la ville »*, lâche José Palazon. Il se désespère de voir la population, *« beaucoup de militaires »*, applaudir la politique migratoire répressive conduite dans l’îlot colonial aux mains depuis 1991 du PP, le très droitier Parti populaire. Bientôt minuit ce dimanche soir. Deux adolescents passent et le saluent chaleureusement, pas des Syriens mais des Marocains qui dorment dans des grottes à flanc de falaise. *« Ne traînez pas là, je vous en prie, la *guardia civil* va vous rafler. »* Pour aller plus loin, ci-dessous, quelques rapports et sites associatifs ressource (merci à Elsa Tyszler du Gadem qui blogue ici  ou encore là  sur la frontière sud de l'Europe). Côté marocain : - AMDH Nador, rapport sur la situation des migrants subsahariens à Nador, 2015 - HRW, « Abus et expulsions : Les mauvais traitements infligés aux migrants d’Afrique subsaharienne au Maroc », 2014 - GADEM/FIDH rapport conjoint « Maroc : entre rafles et régularisations, bilan d’une politique migratoire indécise », 2015 Côté espagnol : - Andalucía Acoge, site Justicia en la frontera - APDHA, rapport « Droits de l’Homme à la frontière Sud », 2015 - PRODEIN, site Melilla frontera sur  Rapports institutionnels/universitaires : - Rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants, sur sa visite en Espagne , avril 2015 - Rapport sur les renvois à la frontière : « Rechazos en frontera : frontera sin derechos ? » , université Complutense de Madrid - El Qadim Nora (2010) « La politique migratoire européenne vue du Maroc : contraintes et opportunités » , Politique européenne, 2010/2 n° 31, p. 91-118. Par ailleurs, voici dans son intégralité la déclaration conjointe des ONG et associations européennes et marocaines de défense des droits des migrants, signée le 7 octobre dernier, en marge d'un colloque à Rabat au Maroc. *« Dix ans de violences aux frontières sud de l'Union européenne.* *L'impunité autour de l'externalisation des politiques de "gestion" des migrations doit cesser.* *Dix années après les évènements meurtriers aux frontières de Ceuta et Melilla, en octobre 2005, les organisations de la société civile constaten**t une impunité des actes de violence commis sur les candidat-e-s à l'immigration vers l'Europe à la frontière nord marocaine, frontière sud de l'Europe.* *2005-2015 est une décennie qui, bien que marquée dans les dernières années par des changements politiques prometteurs, a été jalonnée par une violence constante et parfois mortelle, notamment dans les zones transfrontalières.* *L'analyse des exactions commises à la frontière Nador-Melilla a mené nos organisations à publier cette déclaration.* *Nous, organisations de la société civile issues de la région afro-méditerranéenne et de l’Europe, réunies à Rabat les 1, 2 et 3 Octobre 2015 dans le cadre de l’atelier "Bloquer les migrant·e·s le plus loin possible des frontières européennes ?", demandons à tous les gouvernements concernés, ce qui suit :* - *Le respect des dispositions du droit international, *notamment la convention de Genève relative aux réfugiés dont le Maroc et l'Espagne sont signataires. Le respect du principe de non-refoulement des personnes et la cessation de tout acte de violence physique et morale visant les personnes en mobilité transnationale aux frontières de Ceuta et Melilla. - *Le respect des dispositions légales en cas de reconduite aux frontières, notamment *l'arrêt des refoulements des personnes en quête de protection internationale, des arrestations visant les personnes en possession de carte d’immatriculation/de séjour, de documents pouvant prouver la qualité de réfugié ou encore de femmes enceintes et d'enfants. Nous rappelons que la décision fixant le pays de renvoi doit relever du contrôle juridictionnel avec prise en compte de toutes les garanties de procès équitable qui s’en suivent.  - *L'arrêt de l'instrumentalisation de la « lutte contre la traite des êtres humains » pour mener des opérations de répression*. Si, à plusieurs reprises, les autorités marocaines ont utilisé cet argument – exemples de la rafle massive du 10 février 2015 à Gourougou et de celle du 15 août 2015 à Oujda – les procédures de détection et de protection de potentielles « victimes de traite » de la part des autorités n'ont jamais été mises en place. - *Que soit rendu effectif l'accès aux bureaux d'asile aux frontières de Ceuta et Melilla pour toute personne en quête de protection internationale, sans aucune discrimination.* Nous demandons ainsi que les autorités marocaines cessent de bloquer le passage aux personnes originaires d'Afrique subsaharienne, qui peuvent légitimement prétendre à une protection au titre du droit d’asile, et aux réfugiés de Syrie, ou de toute autre région du monde. Depuis plusieurs mois, des personnes ressortissantes de Syrie et palestiniennes de Syrie sont bloquées à la frontière de Beni Ensar, empêchées d'atteindre Melilla, parfois par la force. Certaines d'entre elles ont été arrêtées et poursuivies. En septembre à Nador, un réfugié Syrien a été condamné à une peine de prison ferme de deux mois. Ces blocages ont ouvert la porte à un vrai trafic humain où les personnes syriennes et subsahariennes sont contraintes de payer des sommes considérables pour traverser les frontières. *Nous déplorons l’utilisation de ressources techniques et financières abyssales dans la construction de nouvelles barrières et dans la multiplication des actes de violence à l’égard des personnes en mobilité transnationale et/ou potentielles demandeuses d’asile.* *Nous demandons de manière urgente, la fin de l’impunité dont jouissent les responsables de ces exactions et de ces politiques migratoires sévissant aux frontières Sud de l’Europe, en particulier aux abords des enclaves de Ceuta et Melilla.* *Nous demandons à ce que les textes de loi, actuels ou à venir, concernant l'immigration et l’asile soient respectés et prennent en compte les engagements internationaux du Maroc et les dispositions de la Constitution marocaine de 2011. La précarité notamment légale et en termes de protection des droits subsiste pour certaines catégories d'étrangers au Maroc, et ce malgré la nouvelle politique migratoire. »* Premiers signataires de la déclaration : Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat, chercheur en migration ; Alianza por la Solidaridad ; Alliance contre le Racisme et la Xénophobie nord du Maroc ; association AL KHAIMA ; association des Sénégalais de Lâayoune ; asociación Elín ; association lumière sur l'émigration clandestine au Maghreb (ALECMA) ; association Marocaine des Droits Humains (AMDH) ; asociación Pro Derechos de la Infancia (PRODEIN) ; association Thissaghnasse pour la Culture et le Développement (ASTICUDE) ; Centre euromed migration et développement Pays-Bas (EMCEMO) ; Collectif des Communautés Subsahariennes au Maroc (CCSM) ; Collectif Loujna Tounkaranké ; Conseil des Migrants Subsahariens au Maroc (CMSM) ; EuroMed Droits – Réseau euro-méditerranéen des droits humains ; Groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants (GADEM) ; Pateras de la vida ; Réseau Migreurop.