[Mineursisoles]TR: [Rime] TRIBUNES & IDÉES : (collectif) "De la suppression du ministère à celle de la xénophobie d’État", L'Humanité, 15 janvier 2010

From : ericdavid@... , the 15th January 2010 20:54
  • 2010-01-15 20:54:01 — ericdavid@... - [Mineursisoles]TR: [Rime] TRIBUNES & IDÉES : (collectif) "De la suppression du ministère à celle de la xénophobie d’État", L'Humanité, 15 janvier 2010

IDÉES - TRIBUNE LIBRE - HISTOIRE  Article paru le 15 janvier 2010 ---------------------------------------------- Envoyer à un ami  E-mail du 1er destinataire [          ]  E-mail du 2e  destinataire [          ]  E-mail du 3e  destinataire [          ]  E-mail du 4e  destinataire [          ]  Votre e-mail [          ]  Votre nom et prénom [          ]  Y joindre un message  code Veuillez recopier le code, les lettres en majuscule  [          ] tribunes & idées De la suppression du ministère à celle de la xénophobie d'État  [envoyer]  TRIBUNES & IDÉES De la suppression du ministère à celle de la xénophobie d’État TEXTE COLLECTIF identité nationale et immigration : Quel projet ambitieux pour la gauche  ? Comme beaucoup, aujourd’hui, nous exigeons la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration qui est un activateur de xénophobie. Sa pérennité, notamment au-delà de 2012, risquerait d’en faire un élément central de notre régime politique et de l’entraîner plus encore dans une transition autoritaire et populiste, propulsée par le nationalisme et le sécuritarisme, dont l’histoire a montré qu’ils conduisent aux dictatures et aux guerres. Nous appelons à signer la pétition qui vient d’être lancée pour sa suppression (*). La création de ce ministère, en 2007, a fait franchir à la France un seuil symbolique dans la transformation de sa culture politique. Ce monstre administratif puise cependant ses racines dans une histoire plus que séculaire  : xénophobie à l’égard des premiers migrants européens, racisme colonial et impérial au nom de valeurs dites « universelles », antisémitisme d’État analysé dans bien des travaux français et anglo-saxons  ; dans une histoire aussi plus récente, et mal connue des Français, celle, après la décolonisation, du redéploiement en ex-métropole des bureaucraties de l’État colonial dans la genèse des premières politiques antimigratoires. Cela s’est traduit par une suspicion constante à l’égard des migrants (« profiteurs », « faux réfugiés », soi-disant mariages blancs et aujourd’hui gris) et une élévation continue des taux de rejet des demandes d’asile. Les sciences humaines et sociales permettent de comprendre aussi tout ce que ces dispositifs ségrégatifs doivent au besoin de disposer d’une main-d’œuvre bon marché et précaire en Europe de l’Ouest. Elles analysent le rôle des recompositions du champ politique dans les années 1980 autour de la réémergence nationaliste et les concessions des uns et des autres, tant à droite qu’à gauche, pour s’adapter à ce changement politique. Elles soulignent l’évolution des politiques en Europe, les convergences et surenchères qu’elle entraîne. Elles montrent le remplacement progressif de la dimension socio-économique des inégalités par des facteurs explicatifs racistes et islamophobes qui préfèrent pointer les « problèmes d’intégration » plutôt que de regarder les dégâts du tournant néolibéral. Si les débats publics, où se multiplient les dérapages, peuvent aujourd’hui être organisés par les préfets et mettre en branle tout l’appareil d’État avec si peu de résistance, c’est bien parce qu’au cours de cette histoire s’est formée une xénophobie d’État. Elle s’exprime par les actes et discours d’autorités publiques qui ont désigné l’étranger comme un problème, un risque ou une menace et qui ont ainsi réactivé de multiples formes de discriminations et d’expressions de la xénophobie, préparant la remontée électorale et idéologique des nationalismes en Europe. Pour toutes ces raisons, il ne suffira pas de supprimer le ministère pour effacer ce qui l’a fait naître. De même qu’il ne suffira pas – en 2012 pas plus qu’en 1936 – d’une simple alternance électorale pour infléchir le cours de l’histoire. Mais les dépendances actuelles à ce qui s’est construit depuis des décennies n’induisent aucune fatalité pour l’avenir  : il faut seulement bien en mesurer l’ampleur pour afficher des finalités politiques qui en relèvent le défi. Telle pourrait être l’ambition d’une coalition de tous les partis de gauche pour la décennie 2010 : changer en France le cours de l’histoire qui a conduit, à plusieurs reprises déjà, l’Europe dans le gouffre et à nier l’humanité de l’autre. Il faut alors non seulement prévoir de supprimer le ministère de l’Identité nationale, mais aussi tout ministère de l’Immigration  ; régulariser les personnes actuellement sans papiers, supprimer les services de police des étrangers et les contrôles au faciès  ; mettre fin aux rafles et expulsions de masse. Il faut poser en principe que l’on ne saurait enfermer des personnes pour les seuls motifs des conditions de séjour et en tirer les conséquences  : démanteler les centres de rétention administrative et peser sur les politiques diplomatiques pour stopper la prolifération des camps d’étrangers dans la périphérie européenne. Il faut rétablir le droit de travailler des demandeurs d’asile et placer l’ensemble des institutions du droit d’asile sous la seule autorité du ministère de la Justice ou des Affaires sociales. Il faut libérer le système scolaire de toute tutelle xénophobe et autoritariste, notamment supprimer la « base élèves » ainsi que toute mention d’origine dans les données et statistiques administratives des écoles  ; renouveler automatiquement les titres de séjour pour tout élève ou étudiant régulièrement inscrit dans un établissement dont seuls les professeurs doivent être juges de la réussite scolaire de même qu’ils doivent être seuls décideurs des contenus pédagogiques. Il faut enfin interdire toute mise en doute administrative ou politique des mariages mixtes et renforcer les sanctions pénales à l’encontre des élus ou fonctionnaires tenant des propos de nature xénophobe. Et bien d’autres mesures encore… Cette liste, non exhaustive, ne vise pas à créer une nouvelle utopie mais seulement à signaler que le consensus à gauche pour la suppression du ministère de la honte ne doit pas masquer l’ampleur de l’aggiornamento qui reste à accomplir pour s’affranchir d’une histoire séculaire bien lourde et édifier un projet de gauche qui soit à la hauteur des enjeux de l’époque. Il s’agit de peser sur les évolutions culturelles du pays et du continent, en exprimant fortement des valeurs et principes qui fassent obstacle à la résurgence menaçante des nationalismes. Il s’agit aussi de penser les idéaux qui doivent orienter une politique d’accueil et d’échanges égalitaires entre les peuples et les nations. (* ) Lire  : http://www.humanite.fr/appel-pour-suppression-du-ministere-de-l-identite-nationale-et-de-l-immigration Armelle Andro (démographe, université Paris-I), Étienne Balibar (philosophe, université Paris-X et University of California), Stéphane Beaud (sociologue, ENS), Marc Bernardot (sociologue, université Le Havre), François Brun (sociologue, CNRS, Cresppa-GTM), Damien de Blic (politiste, université Paris- VIII), Laurence De Cock (historienne, lycée de Nanterre et Paris-VII), Emmanuel Dockès (juriste, université Paris-X), Milena Doytcheva (sociologue, université Lille-III, France), Gilles Frigoli (sociologue, université de Nice-Sophia-Antipolis), Gilles Lhuilier (juriste, université de Bretagne-Sud), Michael Löwy (sociologue, émérite du CNRS), Catherine Gousseff (historienne, CNRS, centre Marc-Bloch, Berlin), Éric Guichard (information et communication, Enssib), Rada Ivekovic (philosophe, université de Saint-Étienne), Sylvain Laurens (sociologue, université de Limoges), Olivier Le Cour Grandmaison (politiste, université d’Évry), Olivier Masclet (sociologue, université Paris-V), Joël Oudinet (économiste, université Paris-XIII) Frédéric Neyrat (philosophe, lycée Charlie Chaplin-Décines), Christian Poiret (sociologue, université Paris-VII), Philippe Rygiel (historien, université Paris-I), Patrick Simon (socio-démographe), Mahamet Timéra (sociologue, université Paris-VII), Maryse Tripier (sociologue, université Paris-VII), Jérôme Valluy (politiste, université Paris-I), Eleni Varikas (sociologue, université Paris-VIII)   Source : http://www.humanite.fr/2010-01-15_Idees-Tribune-libre-Histoire_De-la-suppression-du-ministere-a-celle-de-la