[Obs-enfermement]Le PRAHDA ou les dérives d'un hébergement d'urgence privatisé

From : rodier@... , the 20th October 2017 09:56
  • 2017-10-20 09:56:13 — rodier@... - [Obs-enfermement]Le PRAHDA ou les dérives d'un hébergement d'urgence privatisé

http://factuel.info/abonne/cddle/blog/prahda-ou-derives-dun-hebergement-durgence-privatise-004362 *Le PRAHDA ou les dérives d'un hébergement d'urgence privatisé* Lundi 9 octobre 2017 / CDDLE  http://factuel.info/sites/factuel.info/files/styles/large/public/CDDLE/dscf9314b.jpg?itok=_06_XDGE  */Que faire pour voir disparaître ces campements de migrants demandeurs  d'asile ? C'est le but du dernier né du mille feuille technocratique et  financier : le PRAHDA (programme d’accueil et d’hébergement des  demandeurs d’asile). Les CAO (centre d'accueil et d'orientation) étaient  déjà perçus comme des CADA (centres d’accueil des demandeurs d’asile) au  rabais, professionnellement et financièrement. Qu'en sera-t-il du Prahda  et que se passe-t-il à Besançon ?/* Depuis plusieurs années, les structures d’hébergement d’urgence  souffrent d’un déficit de places et le système coûteux de réservation de  nuitées d'hôtels pour héberger les demandeurs d'asile soit des personnes  en situation régulière atteint des limites financières auxquelles nos  gouvernants traînent à trouver une solution pour faire face à  l'obligation faite par la loi de les loger. De plus que faire des migrants dont la démarche d'asile n'est pas encore  entamée et qui obtiennent à la préfecture un rendez vous pour ouverture  de dossier avec des délais de plus en plus longs (plus de deux mois  actuellement à Besançon), alors que durant ce délai leur hébergement  n'est pas prévu ? Que faire des campements spontanés qui sont la conséquence de cet état  de fait et que nous connaissons à Besançon depuis 2013 à Battant?  Campement à la suite duquel un abri de nuit a été ouvert pour une  quarantaine de demandeurs d'asile à l'ancienne maternité Saint-Jacques,  mais qui a toutefois fermé depuis sans avoir été remplacé. D'autres sont  apparus depuis (Chamars, Granvelle, Squat Denfert, Cusenier, Isenbart)  aux occupants desquels le collectif SolMiRe apporte un soutien  humanitaire constant. Que faire quand seuls les référés devant le tribunal administratif  contraignent la préfecture à loger ces demandeurs à la rue comme le veut  la loi ? Que faire quand les campements ne sont plus tolérés par nos  autorités mais que le Secrétaire général de la Préfecture se déplace en  personne au Tribunal Administratif pour se plaindre que les structures  d’hébergement d’urgence manquent de places et tenter de convaincre  le juge que le recours aux nuitées d'hôtel doit cesser, justifiant ainsi  implicitement le maintien à la rue des plaignants? Que faire si le  tribunal obtempère devant ces pressions et que subitement la loi n'est  plus la loi et que les gêneurs doivent retourner à leur invisibilité ?... Or bientôt l'hiver sera là. Toutefois et il ne revient ni au Maire ni au  Préfet de faire de la discrimination entre demandeurs d'asile et  réfugiés en triant à priori entre «politiques » et « économiques »,  argument de la prestidigitation macronienne repris avec facilité depuis  la fin de la Guerre Froide et d'un accueil teinté d'anti-communisme. Il  leur revient de laisser l'OFPRA statuer en la matière. *Montage financier miracle et diminution de moyens pour les migrants* Pour tenter de répondre à ce problème chronique de l'hébergement sur  tout le territoire Bernard Cazeneuve, Ministre de l'intérieur, avait  lancé en septembre 2016 avec Emmanuelle Cosse le Prahda (Programme  d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile) qui se développe  désormais sous l'autorité de l'OFII (Office français de l’immigration et  de l’intégration), avec l'objectif de devenir plus efficace à moindre  coût ; efficace pour qui restant la question subsidiaire. Le gouvernement a donc confié pour ce faire à la Caisse des dépôts et  consignations et à sa filiale immobilière la SNI (société nationale  immobilière)    le soin d'acquérir des locaux en rachetant au niveau national 62 hôtels  F1 au groupe Accor. Adoma, société d'économie mixte filiale de la SNI, a  pour sa part remporté depuis l'appel d'offre en tant qu'opérateur de ce  « contrat à impact social    » inspiré des « social impact bonds » anglo-saxons, grâce auquel l’État  pense résoudre un problème financier en faisant appel à l’hôtellerie privée. Avec ce programme et selon un type de montage financier sur lequel il  faudra revenir dans un autre article, l'État joue au bonneteau pour  maîtriser ses coûts dans l'immédiat car il devra payer quelques  dividendes à long terme aux investisseurs s'ils réussissent ou les  remboursera en cas d'échec. Sil fait des économies dans l'immédiat on  peut donc douter des économies à long terme. Quant aux migrants le coût  de leur hébergement et de leur accompagnement devrait encore baisser par  rapport à celui des CAO (Centres d'accueil et d'orientation conçus pour  désengorger Calais). Les bénéficiaires réels du programme  ne seront  visiblement pas ceux qu'on pourrait croire. *Le projet PRAHDA : « Hébergement d’urgence avec accompagnement social »* Un document d'ouverture au marché public    présentait ainsi les trois publics éligibles à une prise en charge en  PRAHDA : « /- les personnes majeures qui n’ont pas encore déposé de demande  d’asile, mais qui ont manifesté l’intention de déposer de manière  imminente une demande d’asile ou sont en attente d’un enregistrement  formel de leur demande d’asile auprès du guichet unique pour demandeurs  d’asile ;/ /- les demandeurs d’asile en cours de procédure en attente d’orientation  vers les structures relevant du dispositif national d’accueil adaptées à  leur situation ;l/ /- les personnes sous procédure Dublin, qui pourront y être assignées à  résidence, dans l’attente de leur transfert vers l’Etat responsable de  l’examen de leur demande d’asile. /» à savoir le premier pays de  l'espace économique européen où ils ont mis les pieds (soit les pays de  l'UE plus la Norvège, l’Islande, le Liechtenstein et la Suisse) ; *La réalité : Expulsion renforcée des « Dublinés » assignés à résidence* Or dans les faits ce PRADHA    vise presque uniquement les demandeurs d'asile sous procédure Dublin qui  sont assignés à résidence dans ces hôtels avant expulsion, les autres  publics visés étant laissés le plus souvent à la rue. On ne peut que dénoncer une telle dérive qui dans le cadre d’un  dispositif social et sous couvert d'une offre d'hébergement aux migrants  souhaitant déposer une demande d'asile, sert en fait en s'appuyant sur  un levier légal arbitraire, non obligatoire à discriminer un certain  type de demandeurs d'asile, les "dublinés , à organiser leur «résidence  forcée» en vue d'une expulsion plutôt que d'un accueil. *A Besançon : conditions d'accueil rudimentaires* C'est exactement la situation que l'on peut observer à Besançon où  l'ancien hôtel Formule 1 de la Zac Valentin    a été ouvert à Chatillon le duc dès juillet dans le cadre de ce programme. Ce centre héberge effectivement en majorité des « Dublinés » qui y sont  assignés à résidence avec l’obligation de pointage quotidien en  attendant leur transfert après accord éventuel du pays responsable de  leur asile. Ainsi une sorte de centre de rétention semi-ouvert  s'organise à nos portes sans grande protestation officielle, ni réaction  municipale ou de l'Agglomération du Grand Besançon et sans explication  donnée à quiconque du reste avant son ouverture. Quant aux quelques demandeurs d'asile à la rue hébergés récemment depuis  les campements du centre ville au grès des référés, il semble que la  scolarisation de leurs enfants pose problème dans les écoles  environnantes. Que feront nos autorités de cette obligation ? Côté aménagements spécifiques prévus pour reconfigurer cet ancien hôtel  ne disposant que de petites chambres, sans cuisine, ni lave linge et  dont les douches sont à chaque étage à l'extérieur des chambres, force  est de constater que ce bâtiment a été investi sans que soient effectués  les travaux qui selon les promoteurs du projet étaient nécessaires pour  que ces lieux "/soient adaptés à leur nouvelle destination sociale/".  Pourtant ce centre vise l'accueil de 90 demandeurs d'asile d'ici la fin  de l'année. On ne peut en attendant que souscrire à ce que le Mrap   précise  à ce sujet au niveau national : « /Ces PRAHDA ne correspondent pas aux  normes d’hébergements collectifs : le manque de matériel empêche de  faire la cuisine pour tous et toutes, l’exiguïté des locaux, le manque  de personnel et de moyens et l’éloignement des villes s’apparentent à de  la maltraitance institutionnelle, tant du point de vue physique que  psychologique /». *Des questions restent en suspens* On peut vraiment s'étonner qu'une politique visant l’éloignement qui  relève traditionnellement davantage de la gestion sécuritaire des flux  migratoires que de l’accompagnement social soit confiée à Adoma (ex  Sonacotra) devant œuvrer en principe à l'intégration dans la société  d’accueil des populations qu'elle héberge. Laisserons nous peu à peu  avec ce programme se répandre un nouveau type d'hébergement policier  géré par de curieux travailleurs sociaux dont le soutien qu'ils  apporteront se concentrera sur une aide à l'expulsion ? « /Toute l’ambiguïté réside dans la superposition de ces deux  dispositifs. Comment peut-on d’ailleurs à la fois protéger des personnes  jugées vulnérables et chercher à les expulser parce qu’également  indésirables? /» s’interrogeait déjà en 2016 le sociologue Gilles  Frigoli dans un dossier de la Cimade à propos de l'assignation à  résidence, à l'occasion d'une enquête menée à Besançon  . Avec l'apparition d'un outil de financement inventif venu d'ailleurs  pour satisfaire une commande de l'État, le migrant semble ouvrir soudain  un marché où le privé viendrait accaparer des tâches relevant en  principe des pouvoirs publics en prétendant à une plus grande  efficacité. Tout dépend il est vrai de qui  est considéré comme  principal bénéficiaire de cette efficacité. Loin de coûter, le migrant  va même pouvoir rapporter davantage ? Et dès lors vous pouvez remarquer  que les promoteurs ne parlent plus de risque « d 'appel d'air ».   - Quand abordera-t-on sur le fond*les causes* qui contraignent ces  migrants à fuir leurs pays alors qu'ils aimeraient pouvoir y vivre ? - *L'assignation à résidence* est-elle pas une alternative à la rétention ? - *Le règlement Dublin* ne devrait-il pas être abrogé au sein des  institutions européennes ? En effet ce recours à cette procédure permet  surtout d'augmenter le nombre des expulsions de demandeurs d'asile  refusés en fonction de leur lieu d'entrée dans l'espace économique  européen et non de la recevabilité de leur demande sur le fond.   Alors que cette procédure n'est pas obligatoire et que tout pays peut  examiner une demande d’asile même si un autre pays en est responsable en  faisant valoir ce qu’on appelle la clause de souveraineté, le choix  français se porte clairement sur une accélération de la machine à  expulser et vise à se débarrasser de certaines demandes d'asile pourtant  légitimes sur le fond. Une telle situation organise de fait le non-accueil national et  fragilise ainsi à la fois le droit d'asile dans notre pays ce faisant  les relations entre pays européens en protégeant certains pays de  l'Union au détriment d'autres, au prétexte qu'ils sont situés en bordure  de l'espace économique européen. Sans compter que les personnes  demandant l'asile doivent pouvoir choisir le pays de leur demande en  fonction de leurs parcours personnel, du lieu où elles ont déjà de la  famille. - Au fait, comment actuellement appréhende-t-on en en haut lieu  l'arrivée de l'hiver ? Nous prônons quant à nous un maximum d'efficacité  au service de l'humain. Macron avait promis qu'il n'y aurait plus de  campements en hiver et "/plus une seul migrant à la rue d'ici la fin de  l'année/" ; qu'en sera-t-il à Besançon ?