[Obs-enfermement]L’introuvable accueil des étrangers ? (colloque Rennes OEE 25 novembre)

From : rodier@... , the 6th December 2017 11:24
  • 2017-12-06 11:24:23 — rodier@... - [Obs-enfermement]L’introuvable accueil des étrangers ? (colloque Rennes OEE 25 novembre)

ci-après un aperçu de ce qui s'est dit au colloque de l'OEE à Rennes le  25 novembre : Les nouvelles formes de contrôle des personnes étrangères : de l’accueil  à l’enfermement  (dont la captation sera bientôt disponible en ligne)   L’introuvable accueil des étrangers ? #1 Nicolas   10 novembre 2017 Droits des étrangers  ,  France  https://medialibre.info/echanges-partenariats/nicolas-de-lenfermement-a-lassignation-a-residence-lintrouvable-accueil-des-etrangers/             /*A Rennes, le samedi 25 novembre 2017, se tenait un             colloque de l’Observatoire de l’Enfermement des Étrangers,             traitant de la question des mesures et dispositifs             dérogatoires à l’enfermement. Depuis le contexte jusqu’aux             perspectives de mobilisation, cette série d’articles se             propose de rendre compte des éléments mis en avant durant ce             temps-fort du militantisme sur la question de la défense des             droits fondamentaux des étranger.e.s *//*en France*//*.*/       #1 Petit retour historique et contextuel : Comment en est-on       arrivé là ? La question des personnes migrantes cristallise les opinions publiques  en Europe depuis une dizaine d’années. L’expression stéréotypée « /avec  humanité et fermeté/« , chère aux responsables politiques, résume à elle  seule l’ambivalence dans le traitement des étranger.e.s en Europe et en  France. Il y a d’un côté la Convention de Genève, la Déclaration  Universelle des Droits de l’Homme, le Code du Droit d’Asile… Autant de  textes imposant de respecter les droits fondamentaux des personnes  étrangères. De l’autre, il y a la tentation d’instrumentaliser la  question, de jouer sur la paranoïa sécuritaire, d’user des stratagèmes  populistes d’extrême-droite à des fins électorales. Au milieu, il y a  des êtres humains qui traversent des épreuves indescriptibles, et à qui  on refuse la liberté de vivre là où ils et elles l’ont décidé. Pour saisir le propos du colloque qui s’est tenu le 25 novembre 2017 à  Rennes, il faut revenir à un certain nombre de moments, d’éléments qui  ont contribué rendre de plus en plus inaccessible l’accueil en France,  et plus largement, en Europe.         *En 2008, l’entrée en vigueur de la directive « retour »         institutionnalise l’enfermement des étrangers en Europe.* Partons de 2008, et de cette directive européenne qui légitime  l’enfermement comme mode de gestion de la question des personnes  étrangères, et qui permet « l’industrialisation » de cette pratique.  Auparavant, chaque pays européen avait sa réglementation en la matière.  La directive marque un tournant : désormais, une personne étrangère  pourra être « retenue » pendant maximum 18 mois. Ce qu’il faut y voir,  ce n’est pas tant qu’on fixe une durée maximale à l’enfermement, mais  bien qu’on tolère au sein de l’Union Européenne cette pratique. Priver  une personne étrangère de liberté simplement parce qu’elle est étrangère  devient légitime dans les pays de l’Union. Cette directive forme une première étape dans l’homogénéisation des  politiques migratoires à l’échelle européenne, et également, un point de  non-retour. Dès lors, un processus s’engage, qui mène à un glissement de  la logique dans la gestion de la question des étranger.e.s en Europe :  de la logique de l’accueil et de l’asile, on passe à une logique de  gestion des flux et de restriction de libertés. Cette déshumanisation a  des conséquences multiples et dramatiques.         *A l’échel**le continentale, la volonté de **simplifier les         renvois et de **transformer l’Europe en citadelle imprenable* La Règlement dit « Dublin » (2003 puis réformé en 2013) met un terme  définitif à la libre-circulation des personnes étrangères au sein de  l’espace Schengen. Celui-ci prévoit la mise en place de la base Eurodac,  un fichage généralisé des demandeurs d’asile en Europe, permettant une  systématisation de l’expulsion de personnes étrangères. De manière plus globale, les frontières européennes se rigidifient de  plus en plus, notamment via la méthode de l’externalisation de la  gestion des flux migratoires, c’est-à-dire des accords entre pays  européens et pays limitrophes (Turquie, Libye…) et la création des  « hotspots »,  véritables  centres de tri et de contrôle pour demandeurs d’asile disposés à  l’entrée du territoire européen, sur les îles grecques et en Italie.  L’agence Frontex, chargée de la surveillance des frontières extérieures  de l’Europe, voit dans ce cadre une augmentation de plus de 1000% de son  budget entre 2006 et aujourd’hui.         *A l’échelle nationale, restreindre les libertés pour mieux         expulser* En France, cela s’est traduit par le développement de nouvelles  structures. De fait, jusqu’au démantèlement de la « Jungle » de Calais  en 2015, les lieux d’enfermement et de restriction des étranger.e.s en  France étaient clairement identifiés : il s’agissait des Centres de  Rétention Administrative (CRA), de Locaux de Rétention Administrative  (LRA), ou encore des Zones d’Attente au sein des structures  aéroportuaires. Ce sont des lieux qui sont pour la plupart connus, ainsi  en témoigne le site de la campagne « Close The Camps » menée par Migreurop. Toutefois, depuis 2015 et avec la création de nouvelles structures comme  les CAO (Centres d’Accueil et d’Orientation), l’enfermement laisse place  à des pratiques « alternatives » de contrôle et de restriction des  libertés. De fait, se développent les mesures dites « dérogatoires » à  l’enfermement : l’assignation à résidence des étranger.e.s au sein de  leurs structures d’hébergement dans l’attente du traitement de leur  dossier administratif par les préfectures. Cela permet une  dématérialisation de l’enfermement tout en démultipliant les  possibilités de contrôle.             *Hors de tout cadre légal, ces pratiques sont certes des             mesures « alternatives » à l’enfermement mais à bien des             égards « dérogatoires » à l’accueil.*