[Pap-infos]45 heures sur le toit de l'UNEDIC, récit (Interluttants)

From : precairesassocies@... , the 19th July 2007 13:42
  • 2007-07-19 13:42:04 — precairesassocies@... - [Pap-infos]45 heures sur le toit de l'UNEDIC, récit (Interluttants)

Coordination des Intermittents et Précaires d'Ile de France http://www.cip-idf.org Interluttants n° 28, sommaire, articles téléchargeables en pdf http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3496 SUR LA TABLE DES NÉGOCIATIONS,  LES PRÉCAIRES TRAVAILLENT LA VALEUR    CHÔMAGE Elle avait dit : « 80 rue de Reuilly, métro Montgallet, tous    ensemble». Le rendez-vous proposé par Juliette en novembre 2003 au 20h de France 2 occupé, a été honoré. On y est allés, tous ensemble. Mardi 24 avril 2007, 20h05, une centaine de personnes, planquées   dans  les locaux poubelles d’un immeuble avoisinant, s’engouffre dans   le  bâtiment du siège de l’Unedic, 80 rue de Reuilly, à Paris. Très   vite,  ils sont rejoints par un deuxième groupe arrivant de la place   du  Palais Royal où se tenait un rassemblement à l’appel de la    Coordination des intermittents et précaires d’île de France. Tu entres dans l’immeuble par la porte vitrée qui se trouve à   droite,  si possible pas par le tourniquet, tu rencontreras un   gardien mais tu  n’as rien de particulier à lui déclarer pour   l’instant, tu avances  tout droit vers les ascenseurs qui se trouvent   au fond du hall à  gauche. Tu verras, absolument tous les sols sont   recouverts de  moquette. Tu montes au 8ème étage et là, tu te diriges   vers le grand  escalier suspendu qui s’élance sur la droite. Tu   montes, tu verras,  au milieu, il se sépare en deux, tu empruntes les   marches de droite.  Sur le palier, il y a une porte vitrée, tu entres   dans une grande  salle en forme de tunnel au centre de laquelle se   trouve la table  longue et ovale. A l’autre bout de la pièce, une   autre série de baies  vitrées donne sur un grand balcon où sont   alignés quelques thuyas en  pots qu’on peut déplacer facilement. À   droite de la balustrade, fond  du balcon, il y a une porte qui donne   sur un escalier de secours  intérieur; à gauche, tu trouveras une   petite coursive avec une  barrière fragile qui permet de faire   quasiment le tour du toit, tu  laisses sur ta gauche les chaufferies,   les machineries qu’on dirait  de bateau. Tout au bout, les toits des   immeubles voisins sont  accessibles si tu sautes d’un petit mur de 1m   50 environ, mais pour  l’instant ce n’est pas nécessaire. 1ère heure d’occupation. Ca y est, nous sommes au dernier étage de l’Unedic. On investit la    salle de négociation. On barricade comme on peut. Un frigo. Des    chaînes. Un porte-manteau. On essaie d’insonoriser l’alarme-incendie    avec du gaffer. Certains sortent d’emblée à manger et à boire sur la    table. Il y a même du champagne. Quelques uns profitent du balcon.   Il  fait beau. La vue est agréable. Si ce n’étaient quelques    guignols en armure et en civil qui tentent d’investir notre toit.   Nous faisons bloc. Les corps de flics sont divisés : le chef des armures accepte    d’attendre que les occupants  se décident en AG  à lever le siège ou    pas, alors que le chef de la BAC pousse ses hommes à forcer l’accès   à  notre terrasse. L’un d’eux se permet même de voler dans une poche   une  carte solidarité transport et son ticket gratuit tout neuf. La    première ligne proteste : la région a déjà tellement tardé à lâcher    les transports gratuits aux RMIstes ! Les flics finissent par rendre    la carte, non sans en avoir profité pour embarquer quelques    occupants. On tient. Leurs chefs s’engueulent. Diviser   l’organisation  policière pour régner sur le toit. Ils descendent :   on exulte. La première AG, enthousiaste, décide passer la nuit à   l’Unedic. 4ème heure d’occupation. Bientôt le dernier métro. On vérifie que les vigiles ne sont pas à    l’affût, on cherche les clés, on enlève les chaînes qui ferment la    double porte en verre. Nous sommes une petite dizaine à sortir.    Pendant une bonne vingtaine de minutes, on tourne en rond dans le    bâtiment désert à la recherche d’une issue. Enfin nous tombons sur   un  vigile au détour d’un couloir. Il nous fixe quelques secondes et   se  met à courir, apeuré. Attendez, attendez on veut juste sortir !   On le  poursuit; ça dure quelques minutes, jusqu’à ce que notre ami   se  retrouve coincé. On veut juste sortir ! Pas rassuré, il nous    accompagne jusqu’à l’entrée principale. Fermée. Bon. Il talk-walke    ses supérieurs. - Heu, ils sont dix là, ils voudraient sortir. - Négatif Ahmed. Cinq minutes passent. - Heu, ils veulent juste sortir là. - Négatif Ahmed. Re cinq minutes. - Heu... Ils veulent sortir; ils ont l’air gentils... - Négatif Ahmed, on attend la police. Mais la police s’en fout. On finit par sortir à deux heures du mat. On a raté le dernier métro. De la 4èmeà la 10ème heure d’occupation. La rédaction du premier communiqué des occupants a duré une nuit    entière. Difficile de dire combien de personnes y ont participé tant    il est passé de main en main, de groupe en groupe, et s’est modifié    au fil des heures. Au départ, il y avait l’envie d’écrire un texte    ensemble, de s’adresser à nous avant de s’adresser aux journaux, aux    télés, aux «partenaires sociaux». La valeur d’une action ne se   mesure  pas uniquement à son impact médiatique mais aussi à ce   qu’elle opère  de transformation, d’expérience collective pour chacun   d’entre nous.  Aussi nous voulions poser ensemble la question : «   qu’est ce qu’on  fout là ? », niveler un tant soit peu les   différences entre ceux qui ont préparé l’action et ceux qui pour   ainsi dire débarquent, donner  consistance au collectif né sur le   toit de l’Unedic, faire en sorte  que cette occupation fasse   expérience, être attentif à ne pas  simplement répéter, essayer de   faire advenir quelque chose de nouveau dans les phrases, dans les   analyses, dans les slogans, prendre garde  que les discours déjà   écrits, les analyses déjà produites n’empêchent pas une autre parole   d’émerger. Bien sûr, le lendemain, beaucoup d’entre nous ne tenaient   plus debout. Certains nous ont reproché  notre manque d’efficacité et   nous ont divulgué quelques bonnes  recettes pour s’adresser aux   médias. Peut-être au final avons-nous redit plus mal ce que d’autres   avaient déjà écrit ailleurs. Mais quand même quelque chose a commencé   à se dessiner, au moins une manière d’être-là, joyeux, moqueurs, de   répondre à l’injonction au travail par notre volonté de ne pas s’y   plier. Communiqué de la 10ème heure : Changement de propriétaire à l’Unedic : les chômeurs s’occupent   d’eux- mêmes Depuis mardi 24 avril 2007 à 20H, le siège de l’Unedic à Paris est    occupé. Nous, précaires, intermittents, chômeurs, étudiants, occupons   l’étage de la présidence du siège de l’Unedic, organisme paritaire   qui établit les règles de l’assurance-chômage. Depuis des décennies    seuls les partenaires sociaux (organisations patronales et certains   syndicats) y ont pouvoir de décision : sans les premiers concernés.   Dans un souci de justice sociale, nous exigeons une refonte du   système paritaire avec les premiers concernés. Pour décider de nos vies, l’Unedic joue au bonneteau avec des   chiffres basés sur des modes de calculs arbitraires auxquels personne   n’a accès. Ces chiffres disent toujours la même chose, trop nombreux,   trop cher, mais l’injonction à travailler plus pour réduire les coûts   masque une autre réalité : Aujourd’hui, 80% des embauches s’effectuent en CDD (vacations emplois   aidés, etc,), auxquelles il faut ajouter les stages gratuits, les CDI   à temps partiel : la quasi totalité des salariés connaît désormais   des périodes de chômage, que celui-ci soit provisoire, récurrent ou   de longue durée. L’ANPE dénombre 4,5 millions d’inscrits. Plus d’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Plus d’un million de personnes   touchent le RMI, si l’on inclut les conjoints et les enfants, trois   millions de personnes en dépendent. Plus de 12 millions de salariés   ont un revenu mensuel inférieur à 843 euros. Plus de trois sans logis   sur dix ont un emploi à temps complet, partiel, ou précaire et   pourtant cherchent soir après soir où dormir. Réforme après réforme, les conditions d’accès à l’indemnisation se   durcissent, les temps d’indemnisation se raccourcissent, les   contrôles (suivi mensuel, radiations) augmentent. Cette organisation   sociale nous oblige à accepter des emplois toujours plus précaires. On nous voudrait adaptables à merci, malléables à merci, corvéables à   merci : c’est ce qu’ils appellent « responsabiliser le chômeur». Dans le climat délétère instauré par la campagne électorale, on nous   assène les prétendues vertus de la valeur-travail. Nous, chômeurs,   précaires et intermittents prétendument assistés, venons travailler   sur la valeur du chômage. Nous appelons les premiers concernés, chômeurs, salariés précaires,   intermittents, sans papiers, à occuper les antennes Assedic, et à   venir soutenir notre occupation. Le plein emploi est mort. Et il faut de nouveaux droits. Nous ne descendrons du toit de l’Unedic qu’avec des parachutes dorés. Les occupants du siège de l’Unedic 13 ème heure d’occupation. Du gravier. Un bout de carton. Dans   toilettes, il y a toit. 14 ème heure d’occupation. Pas facile d’envoyer les communiqués. On   capte Internet très mal sur un bout du toit à la frontière du   bâtiment de l’Unedic et de l’IGS, gardée en permance. Cela se joue à   quelques centimètres. Avec l’ordinateur, on fait une sorte de danse   de tortue. 15ème heure d’occupation. Tiens, l’eau est coupée. Communiqué de la 15ème heure: La France assistée vous invite Nous précaires, flottants, sans qualités, intermittents du chômage,   entrepreneurs toi-même, sommes réunis au siège de l’Unedic. Nous   invitons les partenaires sociaux, toute structure ou tout individu   intéressés par la refonte de l’assurance-chômage à nous rejoindre à   la table des négociations que nous occupons ce jour. Remettons tout à zéro. Inventons un nouveau système d’assurance-  chômage à l’élaboration duquel participeraient naturellement et   majoritairement les premiers concernés. On pourrait partir du   principe communément admis qu’un jour chômé doit être égal à un jour   indemnisé à 2,3 Smic jour. La France assistée de l’Unedic occupée En bas, le soutien s’organise depuis la première heure. Confusion des tâches, entre un éventuel ravitaillement, l’envoi des   communiqués, le recueil de soutiens politiques (ça marche bien entre   les deux tours!). Un peu tous ânes de Buridan ce premier soir. Et   puis Marc est toujours en garde à vue. Avant la tombée de la nuit,   dans un café, les témoins rassemblent les fils de l’arrestation. Marc   était à l’entrée du siège quand les manifestants continuaient   d’entrer. Puis, clef au bras, plaquage contre le mur, puis au sol, le   quotidien des interpellations... Sauf que là, on lui a collé sur le   dos une inculpation pour «violence sur personne exerçant une autorité   publique ayant entraîné une incapacité inférieure à 8 jours de   travail » (en l’occurrence 1 seul jour). Marc aurait bousculé un   commissaire. En défaveur de Marc : 3 policiers confirment la version   de leur collègue. Alors qu’il devait être jugé le 12 juin dernier,   l’avocate de Marc a réussi à obtenir un report de l’audience afin de   réunir tous les éléments permettant de disculper son client. Ces   preuves ne manquent pas : de nombreux témoignages ont été réunis,   plus une vidéo montrant que c’est le policier, sans brassard ni   gyrophare, qui s’est jeté sur lui, seul, avant que deux collègues ne   le rejoignent. Marc doit comparaître le 2 octobre 2007 au Tribunal de   Paris (métro Cité). Nous exigeons l’abandon des poursuites et nous   appelons tous ceux (collectifs, organisations, individus) qui ont   soutenu l’occupation de l’Unedic à manifester activement leur   solidarité. 16ème heure d’occupation. La direction de l’Unedic nous contacte. La direction technique de   l’Unedic, c’est Jean-Pierre Revoil, qui s’est récemment distingué en   critiquant ouvertement la manipulation des chiffres du chômage et   leur utilisation politique. Nous savons bien qu’il n’aura aucune   prise sur la réponse que le Medef et la CFDT donneront à cette   occupation, mais nous jouons le jeu. Nous avons tout notre temps.` Revoil se présente. Une porte de verre nous sépare. Nous sommes dans   la salle des négociations, bulle insonorisée. On le voit, mais on ne   l’entend qu’avec le haut parleur d’un téléphone portable. C’est assez   drôle, on est tous autour du téléphone et lui à 3 mètres ne nous   regarde même pas. Nous l’invitons à nous rejoindre pour discuter avec   tous les concernés présents. Il refuse. Il veut parler à des   délégués. Nous n’avons ni délégué ni chef ni porte-parole. Les coups de fils se multiplient. D’un coté, Revoil doit composer   avec les recommandations de la préfecture, les instructions de ses   chefs et son désir de ne pas achever son mandat sur une mauvaise   note; de l’autre un occupant qui change de voix, qui change de sexe,   qui sait très bien ce qu’il ne veut pas et qui prend ses décisions    collectivement.  Forcément ça prend du temps. On cherche une   solution. Une téléconférence ? Niet. Bon et vous allez nous donner à   boire ? Communiqué de la 22ème heure : Zut, zut et zut ! Nous voulons des golden parachutes Vingt-deuxième heure d’occupation du huitième étage de l’Unedic, en   plein septième ciel paritaire, mais toujours sans golden parachute ! Une rencontre entre des occupants précaires et trois dirigeants de   l’institution paritaire, dont M. Jean-Pierre Revoil, vient d’avoir   lieu. Répondant à nos demandes d’information détaillée face à   l’opacité générale de cette usine à gaz (entre autres angles morts   statistiques, le nombre de cotisants au régime d’assurance-chômage ne   parvenant pas à ouvrir de droits, la répartition des radiés entre ex-  indemnisés et non indemnisés, etc.), ce dernier s’est engagé à nous   donner accès dorénavant à ces données, sous réserve des   autorisations  légales délivrées par la CNIL. Il a de plus   fréquemment admis que nos remarques sur la non- indemnisation et les   radiations massives des chômeurs ou sur les campagnes (y compris   électorales) visant à discréditer les prétendus fraudeurs et assistés   étaient fondés, se démarquant ainsi des jugements habituels de la   CFDT comme des organisations patronales. Nous avons formulé des exigences : que la remise à plat du régime   d’assurance-chômage ne se fasse pas sans les premiers concernés mais   fasse l’objet d’un débat public, et cesse de noyer le bébé dans l’eau   du bain, que chaque jour chômé soit indemnisé ; la suppression du   caractère obligatoire du suivi mensuel qui multiplie les radiations,   l’arrêt des poursuites pénales de la CFDT à l’encontre de précaires   en mouvement ces dernières années. Le directeur général est actuellement en train de transmettre nos   demandes aux administrateurs de l’Unedic, dont Annie Thomas, (CFDT)   et Denis Gautier-Sauvagnac (MEDEF), ainsi qu’au ministère de   l’emploi, occupé par un certain M. Borloo. Dans l’attente de leur réponse, nous nous apprêtons à passer une   nuit  difficile, privés d’eau, de nourriture et d’électricité mais   heureux d’être ici réunis, à moins qu’en haut lieu on décide de ne   faire donner que la force. Il faudra, dorénavant s’habituer à ce que chômeurs, précaires et    intermittents s’occupent de leurs affaires. 23ème heure d’occupation. Au téléphone: Super Précaire:  Vous nous coupez l’eau sous cette chaleur et vous    refusez l’accès à un medecin? Jean-Pierre Revoil : Il n’a pas de stéthoscope: ce n’est pas un médecin! 26ème heure d’occupation. Parmi nous des fourmis. Dès les premières heures, on a presque mangé    toutes nos provisions. On s’apprête à jeûner quand elles sortent de    leurs sacs de la nourriture : un camembert coupé en 28 parts, un   pain  coupé en 28 tranches, pour le chocolat, chacun un bout. Elles   sourient. Quelqu’un leur dit : « Ah vous êtes fières de vous ! » Communiqué de la 36ème heure : Aux questions posées, l’Unedic répond : pas de liquide pour les    chômeurs ! Au matin du troisième jour d’occupation, nous attendons toujours des    réponses des responsables de l’Unedic et du ministère de l’emploi   aux  questions posées hier par l’entremise de son directeur général. Depuis près de 24 heures, la direction de l’Unedic nous a coupé   l’approvisionnement en eau. Pour nous faire quitter les lieux sans   les réponses que nous sommes venus chercher ici, l’Unedic emploie une   méthode qui illustre parfaitement son fonctionnement usuel : couper   les vivres, priver des moyens d’existence. Doit-on s’en étonner   lorsque l’on sait que la notification la plus massivement délivrée   par cet organisme indique : « vous ne remplissez pas les conditions   requises pour ouvrir des droits à une indemnisation » ? Au péril de notre santé, nous voici en grève de la soif involontaire.   Croit-on entamer ainsi notre détermination ? Dormir dehors, sans   manger, ni même boire, pouvoir éventuellement poser des questions   auxquelles il n’est pas répondu, voilà en tout cas un bon   entraînement aux conditions de vie de la société sarkoziste. Tous les jours de cette triste campagne, ils disent vouloir   réhabiliter le travail. Tous les jours, nous dirons : « chaque jour   chômé doit être indemnisé ». 37ème heure d’occupation. Le plus dur c’est les départs. Régulièrement des petits groupes   quittent l’occupation. On s’est fixé un seuil minimum. En dessous de   20, on descend tous. Au matin du troisième jour, moins de vingt   personnes sont prêtes à continuer. On discute longuement. On veut   seulement que la décision de rester soit partagée autant par ceux qui   restent que ceux qui partent. On commence à jouer au freesbee, à   construire un château avec les sous-mains. Puis quelqu’un se   déshabille, se drape d’une couverture de survie. Il sort dehors,   court le long de la coursive. De la rue, des gens crient : «C’est Super Précaire ! » Finalement,   nous restons tous. 42ème heure d’occupation. Certains ont des films dans leur ordinateur. Et si on regardait un   film ensemble ce soir? C’est con j’ai pas Zéro de conduite... Communiqué de la 44ème heure : Du liquide pour les précaires ! Nous qu’ils nomment assistés occupons depuis avant-hier la salle du   conseil d’administration de l’Unedic. Nous attendons toujours que   Annie Thomas (CFDT) et Denis-Gautier Sauvagnac (MEDEF) respectivement   présidente et vice-président de l’Unedic à qui ont été transmis nos   revendications,  se mouillent. En attendant nous nous félicitons de   la libération de Marc, en garde à vue depuis le début de notre action   et des divers communiqués de soutien émis par des sources aussi   diverses que surprenantes. La joie continue de nous animer malgré   l’embarg’eau entrepris par la direction de l’Unedic et la préfecture   de Police. Comme nous ne cédons pas au chantage à l’emploi, nous ne   céderons pas au chantage à l’eau. Nous appelons tous les précaires à occuper leurs antennes Assédic   pour qu’ils ouvrent enfin les robinets à fric. Les golden-précaires de l’Unedic assoiffée 45ème heure d’occupation. «Annie Thomas va vous contacter» nous dit Revoil au téléphone. Des   cris viennent de la terrasse, «ils sont là ». On a juste le temps de   se regrouper sur la coursive avec la barrière fragile. Presque tous   là, serrés entre le vide et la façade du 9ème étage de l’Unedic, on   entend les cris de soutien qui viennent du bas. Un par un on nous   traîne de force dans la salle des négociations. Un thuya a blessé un flic pendant l’assaut. Il est au bord de   l’évanouissement. Un autre veut le soulager avec un peu d’eau mais le   robinet est fermé pour lui aussi. Nous rions. 21ème heure après l’occupation. En redescendant du toit, j’avais un peu mal aux reins. Une once   d’hypocondrie me fait craindre les conséquences sur mon organisme de   24h sans eau. Sur internet, il est écrit que le premier symptôme de   la carence en eau, avant les problèmes rénaux, c’est le délire. Je   repense au freesbee, aux jeux de construction sur la table de négo   qui nous avaient redonné le goût de l’occupation. Je revois les   photos de Super Précaire. Je relis nos derniers  communiqués. Et je   me dis que ah oui, tiens.