[Pap-infos] chroniques du bonheur

From : lolabergeret@... , the 17th July 2003 09:17
  • 2003-07-17 09:17:15 — lolabergeret@... - [Pap-infos] chroniques du bonheur

chroniques du bonheur Brigitte Fontaine Dans les forêts, dans les villes en braise rouges au dessus de la mer, sur les colline parfumées, vivait une bête chaude et fauve qu'on appelait le  bonheur. Partout elle bondissait, elle riait dans la nuit, partout elle dansait avec  le feu et chantait avec les loups. Cela se passait dans aucun temps particulier car le temps voyez-vous est une  chose mystérieuse. Cette bête mangeait tout ce que les gens lui donnaient, elle se laissait  traire par eux, elle les pénétrait de son rameau doré s'ils le désiraient et elle faisait de  la musique avec leurs veines et leurs cheveux. Pourtant il y en eu quelque-uns qui la détestèrent parce qu'elle les  empêchait de régner et que, étant libre et gratuite, elle cassait le marché. Alors un jour ils vinrent avec des armes, ils la capturèrent et  l'enfermèrent trés loin dans une cage. Cela se passait dans aucun pays particulier car les pays voyez-vous sont des  choses mystérieuses. Pour que les gens ne se révoltent pas, ils fabriquèrent d'innombrables  copies de la bête. Pour qu'ils en soient dégoutés, qu'ils n'y comprennent plus rien et qu'ils  l'oublient, ils la firent bien mauvaise. La fausse bête se mit a roucouler,  à jouer au bridge, à vendre le soir dans les rues ses tristes appâts, à chanter des opérettes et a porter des rubans roses comme on en met dans  les cheuveux des petites filles pour les empêcher d'être ce qu'elles sont elles-mêmes: de grandes bêtes  chaudes et fauves. Les gens devinrent amers et tristes, ils ricanèrent, s'empifrèrent de  gâteaux, se tapèrent dessus avec rage et beaucoup se moquèrent du caniche appelé bonheur, de la perruche appelée  bonheur. Puis ils oublièrent le bonheur comme c'était prévu dans le plan, excepté  quelque-uns que l'on mit à l'hôpital. Pourtant, dans les yeux de tous les bébés on peut voir se refléter l'image  de la terrible bête et il parait que sa chaleur en vérité est telle que les barreaux de sa cage  sont en train de fondre là-bas trés loin où les soldats l'ont laissée. J'ai rencontré une vieille, vieille dame qui n'espérait plus la voir arriver  de son vivant, "mais, me dit-elle, je sais qu'elle existe et après tout c'est l'essentiel". Comme elle allait bientôt mourir, elle ne pouvait pas mentir. _________________________________________________________________ Découvrez les nouvelles émoticônes animées de  http://g.msn.fr/FR1001/866  MSN Messenger nouvelle formule