[Pap-infos]Bùsqueda Piquetera / Jusqu’au bout. Projection, causerie (Boris Barnet)

From : precairesassocies@... , the 26th February 2006 10:28
  • 2006-02-26 10:28:44 — precairesassocies@... - [Pap-infos]Bùsqueda Piquetera / Jusqu’au bout. Projection, causerie (Boris Barnet)

"Nous sommes hantés par un peuple d’images, si vous entendez hanter   comme quelqu’un d’antan l’aurait entendu, c’est-à-dire habités, tout   simplement..." DIMANCHE 26 FÉVRIER 2006 à 16h00, atelier Boris Barnet à la coordination des intermittents et précaires 14 qui de la charente, 75019, M° Corentin Cariou "Il n’y a pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de   nouvelles armes." Gilles Deleuze. Projections suivie d’une discussion, de : 1. Bùsqueda Piquetera , documentaire tourné par Jeanne Gaggini et   David Planque en Argentine en 2003, qui donne la parole à un   mouvement de chômeurs piqueteros : le MTD Solano, Movimiento de   trabajadores desocupado) 2. Jusqu’au bout , téléflim de fiction de Maurice Faivelic sur   l’occupation de leur usine classée "Seveso" par les salariés de   Cellatex en juillet 2000, à Givet dans les Ardennes. « La situation   était explosive dans l’entreprise », Christian Larose , secrétaire   général de la Fédération textile de la CGT 1. Bùsqueda Piquetera Documentaire, 62 min, autoproduction, France, 2005 Contact : busquedapiquetera@no-log.org Les manifestations, émeutes et pillages de décembre 2001 ont révélé à   la scène internationale la grave crise économique que traverse   l’Argentine. Cependant dès le milieu des années 90, les licenciements massifs ont   poussé les plus pauvres à s’organiser collectivement pour faire face   à la misère. En dehors des structures syndicales ou politiques,   apparaissent des mouvements de chômeurs et les premiers « piquetes »   blocages de routes. À travers cette nouvelle pratique se développe   une forme d’organisation basée sur l’horizontalité et une recherche   constante d’autonomie face aux institutions. Tourné en 2003, Bùsqueda Piquetera donne la parole aux piqueteros du   MTD Solano (Movimiento de trabajadores desocupado). 2. Jusqu’au bout Téléfilm de fiction, diffusé sur France 3, le 26 novembre 2005 à 20 h   55. « La situation était explosive dans l’entreprise » Christian Larose ,   secrétaire général de la Fédération textile de la CGT Ecrit et réalisé en 2004 d’après Cellatex, quand l’acide a coulé, de   Christian Larose, secrétaire général de la Fédération textile de la   CGT, qui joua les médiateurs pendant le conflit, tourné sur les lieux   même de l’occupation (l’usine de Givet dans les Ardennes), avec des   acteurs de la lutte et des acteurs professionels (Bernard-Pierre   Donnadieu dans le rôle de Christian Larose), le téléfilm Jusqu’au   bout, met en fiction le "conflit des Cellatex" (la Cellatex devient   la Chimotex ; Givet, Cravennes). En juillet 2000, une usine de soie artificielle classée "site   Seveso" (56 000 litres d’acide sulfurique et 46 tonnes de sulfure de   carbone y étaient entreposés), est mise en liquidation judiciaire   après la disparition de ses repreneurs autrichiens. Les 153 salariés   se barricadent aussitôt dans l’usine qu’ils menacent de "tout faire   péter". Ils font la une des médias... Martine Aubry est alors Ministre du Travail (et refuse temporairement   de signer la convention Unédic qui instaiure le PARE), et Jean-Pierre   Chevènement ministre de l’Intérieur : « Il n’est pas acceptable que, quelle que soit la situation   difficile, les salariés puissent prendre en otages les populations   avoisinantes, pas davantage que les riverains de la Meuse, en France,   en Belgique, en Hollande, en répandant de l’acide sulfurique dans ce   fleuve » "Bonjour, Je vous avais informé par email de la diffusion de Jusqu’au bout de   Maurice Failevic. Beaucoup d’entre vous qui ne regardez pas la télévision le samedi,   m’avez remercié de vous avoir prévenu car vous avez beaucoup aimé le   film... Grâce à vous Jusqu’au bout a fait un bon score malgré la concurrence   de Star’ac et du rugby. 3,6 millions de téléspectateurs soit 16,5% de   part de marché. Et cela ne tient pas compte de ceux qui ont regardé   le rugby mais ont enregistré le téléfilm. Merci à Tous. Bernard-Pierre Donnadieu" ----- Boris Barnet "Boris Barnet fut un cinéaste soviétique. « Au bord de la mer bleue »   et nous y étions à Cannes, c’est l’histoire d’une femme, de deux   hommes, d’un kolkhoze de pêcheurs et d’un miracle (aussi loin que je   m’en souvienne). Pourquoi Barnet plutôt que Vertov ou Medvedkine ?   Parce que Vertov c’est le montage, Medvedkine l’histoire, et Barnet   cela aurait pu être les deux. Je ne sais rien sur Barnet si ce n’est   « Au bord de la mer bleue » qui aurait pu être un film de Flaherty   mis en scène par Douglas Sirk ; j’en sais trop sur Vertov et   Medvedkine (la peur, les trahisons, le courage, la guerre, le   communisme de guerre et Mosfilm qui ne fut pas un Hollywood   soviétique, pas tout à fait)". Le groupe boris barnet se constitue au gré des propositions et des   invitations de ceux qui y participent. Ses activités sont diverses,   changeantes. Elles ne sont pas définies ou déterminées à l’avance.   Quelque chose pourtant les relie ou les compose. Quelque chose qui a   à voir avec le cinéma - le montage - la politique - le commun. Ce qui s’y agence s’inscrit dans une lutte qui fut un mouvement   social d’importance. Une lutte née en France l’été 2003, du refus de la réforme de leur   système d’assurance-chômage par les intermittents du spectacle,   rassemblés dès lors en une coordination des intermittents et précaires. Une lutte qui fut d’emblée plus vaste, irréductible à tel ou tel   objet contre lequel elle s’élève, à tel ou tel projet qu’elle défend.   Cette lutte pourrait être définie comme le champ d’un agencement du   sensible, une pratique s’élaborant en reliant des évènements ou des   situations qui semblent à première vue éloignés les uns des autres. Non pas une convergence des luttes, mais un partage, une fabrique du   commun : qu’est-ce qui nous rapproche d’autres collectifs, qu’est-ce   qui rassemble et fonde des communautés politiques ? Cette perspective politique de partage d’un commun a trouvé un chemin   en explorant le cinéma. Se sont ainsi mis en place régulièrement des   ateliers de projections de deux ou trois films ensemble, suivies de   discussions collectives autour d’une table. Une manière de   questionner « la lutte » depuis le cinéma, par des agencements de   films qui d’abord se regardent. Et voir ainsi ce qui circulent entre   nous, entre les images. Rendre au présent des « films militants »   passés dans l’histoire du cinéma, mais qui n’appartiennent presque   plus à l’histoire de la politique. Par exemple, le travail et ses   divisions sont ainsi souvent revenus au travers des films de Godard,   du groupe Medvedkine, d’Eustache, de Minelli, etc., mais ils étaient   abordés à partir des expériences des uns et des autres. Plusieurs projections et discussions ont eu lieu autour des révoltes   de novembre 2005 en France. Le cinéma permet de voir ce que la   télévision ne montre pas : qu’est-ce qui se passe dans les banlieues,   depuis leur apparition au lendemain de la guerre jusqu’à   aujourd’hui ? Mais aussi le cinéma nous interroge sur la séparation :   séparation entre l’évènement et le spectateur, séparation entre Paris   et la banlieue, séparation entre ce mouvement de novembre et les   autres mouvements sociaux. Histoire d’essayer de comprendre pourquoi   il n’y a eu aucun prolongement de ces révoltes au sein des autres   mouvements, pourquoi tout se passe comme si les banlieues n’étaient   pas en France et que ce qui s’y agitait ne concernait que ceux qui y   vivent et ceux qui en « auraient la charge » ? C’est là une sorte de point commun, de nœud entre le cinéma et la   politique : rendre visible ce qui est invisible et établir un partage   du commun. Ce qui est ainsi en jeu n’est pas la découverte d’un cinéma engagé,   ni l’analyse de son histoire, mais la question : à quoi engage le   cinéma ? Avec, comme postulat, qu’il engage autant celui qui regarde   que celui qui fabrique, et que regarder des films ensemble, c’est   comme en faire. Les ateliers de projections et de discussions évoluent aussi sous   d’autres formes. Se pose surtout la question de la fabrication.   Comment « restituer nos expériences » ? Comment donner à voir notre   lutte, la façon dont elle se fabrique, ses modalités d’actions aussi   bien que ses raisons (ce qui ne va pas, ce qui est insupportable), ce   pour quoi, ce contre quoi, elle se constitue ? Comment restituer la   puissance qui s’effectue dans l’agir ensemble (puissance du nous) ? L’enjeu de la fabrication est soumis à une tension : d’un côté le   désir de faire, de fabriquer, de participer à la lutte de cet endroit-  là, d’un autre côté le refus de continuer de travailler dans les   conditions habituelles - la normopathie libérale. Le mouvement de   l’été 2003 a été marqué par des grèves, et la revendication « on ne   joue plus » n’était pas juste un slogan. Elle exprimait la nécessité   que toute production s’arrête, au moins le temps d’y voir un peu plus   clair avant de se remettre au travail. Ces différents moments permettent de faire un pas de côté par rapport   à d’autres moments de lutte. Veiller (comme on veille sur le sommeil   d’un enfant) : s’extraire de l’urgence, faire une halte, accueillir,   prendre soin, se soucier de ce qui tend à disparaître avec   l’atomisation des lieux (« lieux culturels » séparés des « lieux   politiques » par exemple). Le groupe Boris Barnet continue de se   constituer et de s’inventer autour du cinéma comme expérience   partagée. Il construit un espace habitable par ceux qui y   participent. Quant à la question de son devenir, elle est chaque fois   remise en jeu. "Nous sommes hantés par un peuple d’images, si vous entendez hanter   comme quelqu’un d’antan l’aurait entendu, c’est-à-dire habités, tout   simplement..."