[Pap-infos]Aux parisiens et gens d’alentours, (re)prenons la rue dès mardi

From : precairesassocies@... , the 1st November 2010 17:41
  • 2010-11-01 17:41:58 — precairesassocies@... - [Pap-infos]Aux parisiens et gens d’alentours, (re)prenons la rue dès mardi

Aux parisiens et gens d’alentours, prenons la rue dès mardi 14h30, de   Jussieu à la déchèterie bloquée de la rue Bruneseau Le mouvement de ces dernières semaines a permis de vérifier à grande   échelle que, si brutalement réimposée par des dizaines d’années de   restructuration capitaliste qu’elle soit, la triste perspective   d’avoir à perdre sa vie pour la gagner n’était pas pour autant   devenue plus désirable. Mettre en cause le droit à la retraite radicalise la violence de   rapports sociaux profondément destructeurs : vivre un temps enfin   libéré de l’exploitation devrait être un privilège que les société   d’assurance seront chargés de monnayer tout au long de la vie. Par   là, c’est l’horizon d’un temps retrouvé que l’on obscurcit encore   davantage. Au sein d’un refus généralisé qui cherche encore les moyens de   s’affirmer plus largement et de façon plus décisive, la force du   mouvement a jusqu’alors reposé d’une part sur une partie des   catégories (cheminots, salariés des ports, de la pétro chimie) à la   fois parmi les plus aptes à bloquer l’économie et aussi pour   lesquelles ce temps libéré de l’exploitation reste tangible du fait   de pouvoir jusqu’à aujourd’hui sortir de l’emploi avant 60 ans sans   devoir dépendre de très chiches allocations chômage, et, d’autre   part, sur les entrants dans le salariat que sont les lycéens, eux qui   sont soumis à l’emprise sur la vie d’un temps de travail (le   scolarisé a à se produire comme force de travail) non reconnu comme   tel. (Parmi les revendications opposées à la réforme, nul hasard   alors à ce qu’il soit entre autres choses réclamé que les année   d’école effectuées soient comptabilisées comme trimestres ouvrant   droit à la retraite.) Chacun a bien compris, au point que les voix officielles elles-mêmes   ne manquent pas d’y faire allusion, que ce qui est en cause a pour   effet de rassembler au-delà de toutes les catégories et concerne   toutes les générations, et cela non seulement théoriquement mais en   pratique. Les divisons réelles d’une population que l’on voudrait   ordonner selon une lutte des place, des rôles et des identités,   toujours exploitées politiquement, ne fonctionnent actuellement que   très mal. Même la classique diabolisation des « casseurs » paraît cette fois de   peu de portée : chacun a en ce moment plus clairement conscience   d’être quotidiennement frappé, cassé, apeuré, réduit au silence,   blessé par de bien plus violents mécanismes que l’anecdotique chute   de quelques vitrine où les superficielles blessures de poulets en   bleu ou en civil. Chacun sait que face à la sauvagerie de cette   violence subie, il n’y a aucune évidence à faire montre de retenue.   La violence exercée contre ce monde s’en trouve difficilement   blâmable, sauf à entrer dans un débat politique sur les modalités de   son usage et le choix de ses cibles. L’érosion des frontières bien apprises, incorporées, qui séparent la   population des dominés est avec l’adoption de la modalité du blocage   l’une des principale richesse d’un conflit en cours dont tous les   organes de la domination s’évertuent à annoncer la fin pour tenter de   la faire advenir. La présence sur les blocages, comme dans les   assemblées générales interpro, de chômeurs et précaires a priori déjà   privés de tout autre droit à la retraite qu’un minimum vieillesse   misérable accessible seulement à 65 ans confirme, si il en était   besoin, que c’est tendanciellement une majorité de la population qui,   non seulement ne veut pas de cette réforme et du monde qui   l’instaure, mais cherche, encore et toujours, y compris dans les plus   grandes difficultés (pauvreté, temps quadrillé par l’emploi et le   contrôle social, freins à la possibilité et à la portée de la grève,   dispersion, répression, hostilité des organisations instituées vis-à-  vis de l’auto-organisation des premiers concernés, etc.), à affirmer   pratiquement ce refus. La force de cette cause réside dans cette   recherche. C’est de là qu’il nous faut partir. Déjà, ces   retrouvailles avec la durée constituent une angoissante et magnifique   sortie du présentéisme qui tient lieu de temporalité générale à notre   domesticité éternisée. De l’école à la retraite, du chômage à l’emploi, la concurrence de   tous contre tous structure la vie du plus grand nombre. À tel point   que les formes de solidarité efficaces sont désormais l’apanage des   nantis, seuls aptes en temps ordinaire à défendre et promouvoir leurs   intérêts et leurs aspirations. Face à ce collectivisme réellement   existant, lui qui se charge d’imposer aux autres l’égoïsme individuel   pour tout horizon, l’orientation défaitiste d’une intersyndicale plus   soucieuse de représentativité, de respectabilité et de compromis que   du sort de ses mandants supposés vient redoubler une atomisation que   les pratiques actuelles critiquent en acte. La situation à Paris, et dans une certaine mesure, dans la région,   sont parmi les fruits empoisonnés d’une morphologie fonctionnelle à   la domination : police, direction des organisations politiques et   syndicales, mass media, concentration de capitaux, tout concourt à   dépeupler le désert qui nous tient lieu d’habitat, parce que tout ici   conspire à la privatisation de l’existence. Pour qui survit ici, englué dans ce maillon faible du mouvement, là   où la liaison entre réalités sociales diverses est des moins faciles,   là où le territoire est plus qu’ailleurs dominé par la logique   capitaliste et le pouvoir d’État, il y a un défi à relever   collectivement : ce que les luttes en région nous apprennent, que   pouvons-nous en faire ici ? Serons nous capables de bloquer des   galeries marchandes ? D’aider des salariés à débrayer ? De bloquer   des plates formes logistiques ? Et comment le faire face à l’énorme   mobilisation policière qui prévaut en nos terribles contrées ?   Pourrons nous instituer des rdv réguliers qui permettent à chacun   selon sa disponibilité de rester lier à une collectivité en devenir,   à une communauté de lutte ? À quoi les tentatives réalisées ici se   heurtent-elles et qu’est ce qui permettrait d’y parer ? Faut-il dès   maintenant inciter tous ceux qui ne peuvent faire la grève   reconductible à multiplier les courts débrayages, les arrêts   maladie ? Comment gagner le temps de s’organiser et de nuire au   capital ? On a vu lors des manifestations à l’appel de l’intersyndicale,   lorsque d’aucuns en ont heureusement pris l’initiative, une   disponibilité à ne pas se borner au cadre de la protestation   instituée s’est traduite par des manifs prolongeant les cortège   officiels (mais sans doute dans une faiblesse trop aisée à disperser   pour le pouvoir), par de multiples assemblées, par la circulation de   n’importe qui dans divers lieux de lutte et par de trop rares actions   de blocage. On a vu des lycéens aller débrayer des étudiants, les appeler à la   grève, les emmener en manifestation. On a vue des scolarisés de   banlieue manifester jusqu’à la capitale de leur propre chef (de   Montreuil au 20e, sur les Champs, au Sénat, ailleurs encore),   réalisant avec bonhomie et entrain ce crime de lèse-capitale, cette   incursion au centre, que l’État cherche précisément à prévenir et   empêcher depuis des décennies (1986, CIP, CPE) et en permanence (il   suffit de constater le niveau de répression auquel on été soumis les   manifestants lyonnais place Bellecour...). Aujourd’hui, il n’y a pas d’autre choix pour continuer que de parier   sur une reprise de la mobilisation des lycéens dès jeudi, et de ne   pas laisser les organisations officielles et en l’occurrence   socialistes "de lycéens" (c’est à dire d’un parti qui s’est prononcé   "contre l’assistanat" dont les retraités sont aujourd’hui accusés de   jouir en dispendieux parasites, tout comme ce fut le cas des chômeurs   sous Jospin), les syndicats de profs et autres, les orgas de parents   d’élèves, dépolitiser la situation qui s’y construit comme ils ont   commencé à le faire sous prétexte d’« accompagnement » ; pas d’autre   choix que de contribuer à la constitution progressive d’un «   mouvement étudiant » (souvenons nous que la lutte contre le CPE avait   mis des mois à se mettre en place après l’adoption de la loi), pas   d’autre choix que de chercher tous les moyens pour que le refus   persiste à s’affirmer. L’appel de l’AG de la fac de Tolbiac à manifester ce mardi à 14h30,   de Jussieu à la déchèterie bloquée de la rue Bruneseau (Paris 13e),   parce qu’il ne se borne pas au respect de l’agendadodo de   l’intersyndicale, parce qu’il provient d’une assemblée, parce qu’il   prévoit d’organiser des blocages, parce qu’il cherche à se lier avec   des grévistes, parce qu’il préfigure ce que pourrait être le retour   des lycéens dans le mouvement en même temps qu’il s’adresse à des   étudiants encore trop indécis, est un rendez-vous qui peut revêtir   une grande importance politique pour la situation « parisienne », et   de ce fait même, pour le mouvement d’ensemble. En cette journée des morts, nous avons un petit moment pour envisager   ce que sera notre résurrection et prévoir de la jouer dès ce premier   jour ouvré de novembre. Alors ce serait pas mal que chacun appelle   toutes ses connaissances à venir ce mardi à 14h30 et qu’on s’y   retrouve le plus nombreux possible. Si cela se passait au mieux, se   décideraient aussi dans la foulée des actions à mener pour la rentrée   lycéenne, vis-à-vis de telle ou telle grève (celle des agents de Pôle   emploi ce 9 novembre par exemple), de telle ou telle question. D’aucuns nous parlent de la votation de 2012 comme du débouché de ce   qui a eut lieu et ne pourrait se prolonger que dans les urnes.   Mensonge. Ces prolongations- là ne sont pas l’affaire d’on ne sait   quel arbitre mais des acteurs eux-mêmes. Il est encore et toujours   temps de voter avec nos pieds, ici et maintenant, de circuler,   palabrer, s’organiser et bloquer, bloquer encore ce qui nous entrave. Piquets volants, bloquons l’argent, piquets mobiles, bloquons la ville ! Une version avec des liens en complément : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5322